Love letters

love letters, de A.R Gurney, mise en scène  d’Isa Mercure et Gilles Guillot.

 loveletters.jpgIls ont huit ans, et Alexa invite Tom pour son anniversaire. Ils ont trente ans, ils ont soixante ans… Le principe de la pièce – devenue un  passage obligé pour stars de la scène – est connu :  deux comédiens, assis face au public chacun sur son banc d’écolier, ne se regardent jamais, et lisent les lettres d’amour de toute une vie.
Ni avec toi, ni sans toi : Love letters n’a rien d’une scène de ménage, puisque entre Alexa et Tom, il n’y eu jamais de ménage. Trop amis d’enfance pour devenir amants, dans leur jeunesse – ils se rattraperont plus tard.
Elle, trop riche et  abandonnée  par  ses parents,  mal mariée, et pas qu’une fois. Lui, trop ambitieux, trop bien marié et rangé. Elle, trop artiste, doutant  d’elle-même…  Tout les empêche de se rejoindre mais  une chose les lie indissolublement : ils s’aiment, ils sont à chacun le grand amour d’une vie, l’ami unique, l’alter ego capable de renvoyer durement la balle, mais toujours présent. Assez différents pour se faire grandir l’un l’autre, trop modestement humains pour pouvoir se sauver l’un l’autre.
On retrouve dans la pièce d’E.R.Gurney, l’Amérique du cinéma qui fait rire et pleurer, avec ses parcours de réussite ( Tom devient sénateur) et d’échecs – Alexa passe pas mal de temps en rehab’. Femme libre “punie“ de sa liberté face à un homme “puni“ de son conformisme, vivant pourtant leur lumineuse parenthèse d’amour…
Ici nous sommes au théâtre, en gros plan, dans la salle dite du  » paradis » au Lucernaire. Isa mercure et Gilles Guillot jouent avec gourmandise des contraintes de ce Love letters et du peu d’accessoires que leur permet l’auteur. Le simple verre d’eau joue le passage du temps, de la paille juvénile en plastique rose à la prise en main un peu tremblante d’une femme réfugiée dans l’alcool, ou à celle  toujours ferme du sénateur établi.
Les lettres elles-mêmes, prises, rejetées, donnent le rythme de l’amour et des querelles. Les silences aussi. Les lumières de Serge Peyrat réchauffent cette histoire éternellement jeune, jusqu’au froid final.
Un théâtre de l’émotion, et du sourire.

 

Christine Friedel

Au Lucernaire à  21h – 01 47 44 57 34, jusqu’au 2 juillet. Puis en Avignon, au Petit Louvre du 8 au 31 juillet.


Archive pour 3 juin, 2011

La Chambre de Camille

La Chambre de Camille mise en scène Compagnie Hippocampe

 

« Une main qui se pose sur l’épaule ou la cuisse d’un autre corps n’appartient plus tout à fait à celui d’où elle est venue : elle et l’objet qu’elle touche ou empoigne forment ensemble une nouvelle chose, une chose de plus qui n’a pas de nom et n’appartient à personne ; et il est question à présent de cette chose particulière et qui a ses limites définies. » C’est cette scène où un homme et une femme, emmêlés par le vécu de leurs expériences intimes, luttent ensemble pour trouver leur âme, qu’imaginait le poète Rainer Maria Rilke devant les sculptures d’Auguste Rodin. Un programme magnifique dont s’est emparée la compagnie de mime corporel Hippocampe pour réaliser La Chambre de Camille, une « fiction amoureuse librement inspirée par Camille Claudel et par les sculptures d’Auguste Rodin » pour reprendre ses propres mots.
Et, sur de nombreux points, le projet est mené à son terme : le spectacle n’est presque composé que de gestuelle. Des fragments de beaux textes amoureux, extraits de Quand nous nous réveillons d’entre les morts d’Ibsen, des Lettres à Lou d’Apollinaire, et de celles de Rodin à Camille Claudel , préalablement enregistrés, en alternance avec la musique, choisies avec goût et bien à propos (Ricardo Herz), pour créer le dispositif verbal. La performance physique des quatre jeunes comédiens, Sonia Alcaraz Cartegena, Melody Maloux, Guillaume le Pape et Luis Torreao, est irréprochable, tout en concentration et retenue : les corps maîtrisés sont hautement expressifs et la gestuelle précise. L’effet plastique produit est impressionnant, par exemple dans le passage d’un extrême à l’autre : un pantin manipulable comme pâte à modeler ailleurs figé dans une raideur absolue.
Mais ce rendu visuel semble à lui seul remplir le spectacle, ce qui est insuffisant. En effet, il n’y a pas d’histoire : les saynètes s’accumulent sans jamais avoir de liens entre elles. Cette absence d’intrigue pourrait à la rigueur être compensée par des informations minimales sur les personnages ou le cadre spatio-temporel mais non!
Des deux couples présents sur scène, nous  pouvons  supposer qu’il s’agit pour l’un de Camille Claudel et d’Auguste Rodin. S’il y a d’autres personnages, ce n’est pas suffisamment clair (une question nous venait fréquemment à l’esprit : qui sont -ils  et quels sont les rapports entre eux ?)
Par ailleurs, les petits sketchs ne sont ancrés dans rien de concret ( un décor minimal : fauteuil et paravent); avant tout oniriques, farfelus et imaginaires: nous ne comprenons pas souvent ce que nous voyons. Certes, les comédiens prennent des postures de statues à l’infini et jouent avec ! Mais c’est bien là le seul lien qui nous renvoie à Rodin et à Camille Claudel (et encore, pour ceux qui connaissent ces sculptures).   Il y a donc un problème de démarche dans  cette création : parfois, on se laisse à penser que les personnages pourraient être n’importe qui et nous raconter n’importe quelle histoire, s’il n’y avait le petit texte de présentation pour nous apprendre que le couple Rodin-Claudel était un prétexte.
Un résultat  trop flou: on aura seulement compris que l’on nous parlait de relation de couple. Est-ce du théâtre ? Ce spectacle de mime, a priori issu d’un travail d’improvisation, nécessiterait  un sérieux recadrage!

Barbara Petit

 

Au Lavoir Moderne Parisien (35 rue Léon 75018) jusqu’au 4 juin 2010 à 20h30.

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