Le bal de Ndinga,

Le Bal de Ndinga de Tchikaya U Tam’si, mise en scène Pascal Nzonzi


f7274ddba686b4cd3.jpg« Indépendance cha-cha tozuwi ye ! / Oh Kimpwanza cha-cha tubakidi / Oh Table Ronde cha-cha ba gagner o ! / Oh Lipanda cha-cha tozuwi ye ! » Ce 30 juin 1960, c’est cette fabuleuse chanson de Grand Kallé et l’African Jazz  qui résonne dans toute la République démocratique du Congo. C’en est fini de l’ex-Congo belge, l’heure est enfin à la liesse.
Mais, parmi la foule déchaînée, certains accusent le coup : le prix à payer pour cette indépendance est exorbitant. Comme Ndinga qui vient de s’écrouler au sol : un soldat mutiné lui a tiré une balle dans le dos, Ndinga est mort au bal de l’espoir. Son destin tragique va devenir le symbole de la souffrance d’un peuple qui a payé cher sa liberté. Pour qu’on n’oublie jamais les délires et dérives de la soif de pouvoir, en 1970 Tchikaya U Tam’si gravait ce drame intime dans une pièce de théâtre, Le bal de Ndinga.
Vingt après ses premières représentations, Pascal Nzonzi porte de nouveau sur la scène ce texte puissant, émouvant, plein de finesse et d’humour. Mais cette fois, il joue seul. Tel un griot lors d’une veillée africaine, il retrace les dernières heures de la vie de Ndinga avec un immense talent de conteur : à lui seul, il parvient à recréer cette ambiance vibrante si particulière à Léopoldville, incarnant toute une palette de personnages qui gravitent autour de Ndinga : son ami Jean-Pierre, sa nièce, le patron colonialiste de l’hôtel Regina où il est boy,  Sabine dont il rêve de s’acheter les plaisirs, et le ridicule sergent Baudouin… C’est une véritable performance qu’accomplit sous nos yeux le comédien, nous faisant revivre la fin des arrestations arbitraires, de la traite des « nègres » comme des « chiens », à l’aide seulement d’un décor minimal et de quelques tubes de l’époque. « La mort est la seule denrée de luxe qui se donne gratuitement », déclare le comédien qui termine la représentation en nage : il a tout donné et nous sommes comblés !
Vous n’entendrez plus jamais le refrain d’ Indépendance cha cha de la même manière…

Barbara Petit

 Maison de la Poésie, 157 rue Saint-Martin, jusqu’au 3 juillet à 20h00 du mercredi au samedi, 16h00 le dimanche.

 


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