Les Fidèles-Histoire d’Annie Rozier

Les Fidèles-Histoire d’Annie Rozier , texte et mise en scène d’Anna Nozière.

 

  0ei4kr1b.jpg Les Fidèles est sans aucun doute l’un des spectacles les plus remarquables de cette saison, l’un de ceux qui peuvent hanter la mémoire de ceux qui ont eu le bonheur de le voir à Bordeaux où Dominique Pitoiset l’a accueilli, puis à Sartrouville et ici.
Il y a d’abord  un texte, écrit dans une langue à la fois précise et flamboyante, par Anna Nozière dont on peut penser qu’il  est en partie autobiographique, qui va jusqu’à l’intime,(La famille c’est pas rien », comme elle dit),  même si elle reste très pudique,   une mise en scène- revendiquée comme frontale-absolument exemplaire, et une direction d’acteurs au cordeau  en exacte adéquation avec le texte. Ce qui est loin d’être évident quand, si on a bien compris, c’est  son vrai grand premier travail théâtral.

  Il s’agit d’une sorte d’exorcisme familial depuis l’accouchement représenté sur  scène. La mémoire de l’enfance est ici convoquée à travers de courtes scènes où l’on ne sait jamais si  l’on est dans la réalité ou le cauchemar. Aucun  naturalisme, sauf par petites touches, comme cet encensoir qui dispense généreusement sa fumée d’ encens, des cierges allumés, et cette insupportable clochette d’église qui sonne à intervalles réguliers, ou ce papier peint à fleurs du couloir du fond avec ce bon vieil interrupteur rond en porcelaine des années 1930 que l’on trouve encore dans les vieilles maisons de province…
   Comme personnages: la mère monstrueuse d’autorité: « Ma mère. Laissait crever tout raide nos rêves.Cassait nos jouets.Cognait fort nos dos et nos cuisses.Des vipères sortaient de sa bouche.Je m’habituai;Le croira qui le veut.À qui crier ? » Et quand Anna Nozière évoque la figure paternelle, elle n’est guère plus tendre: « Mon père Un cheval à œillères Broutait Paisible L’herbe du champ. Je ressemblais petite À un loup pris au piège. Qui ne peut pas sortir la patte. Qui attend le chasseur. Et qui saigne en silence.Couché sur le flanc ». L’oncle pervers aux comportement douteux, la vieille grand-mère atteinte de démence frontale, la religieuse en noir et la sœur de  la jeune Annie Rozier, double évident  d’ Anna Nozière, et le curé toujours prompt à brandir la croix, son arme de guerre préférée pour exorciser tout ce qui bouge à l’horizon .
   Tous les rituels familiaux, empreints d’un impitoyable et terrifiant  catholicisme, sont ici convoqués dans une  sarabande de courtes scènes à la Pommerat: veillée mortuaire aux bougies  où le mort n’est pas longtemps mort et se met à ressusciter,  disputes entre mère et fille, repas familial, baptême, héritage sous forme d’objets surréalistes entassés dans une remorque-on pense à Molière- photo d’un ancêtre, avec en, prime, sa jambe de bois, vieilles marmites en alu, bébé momifié,  etc…
La machine de l’introspection familiale tourne à fond: c’est à la fois ludique et effroyable, comme un miroir grossissant  où Anna Nozière montre l’ univers  de l’enfance aussi terrible qu’ancré à  jamais dans notre propre histoire à tous. En allant jusqu’au plus intime d’elle-même, sans psychanalyse de salon, sans langage hermétique et,  que l’on se rassure , sans images vidéo:  n’en déplaise à M. Luc Bondy qui semble trouver cela génial. Mais ici, avec un vrai sens poétique, Anna Nozière  atteint l’universel, quand bien même, on n’a pas été élevé dans la religion catholique. Familles, je vous hais/ familles je vous aime? Les deux, mon capitaine…

  Mais cet univers aussi glauque que fascinant- il y a aussi du Chabrol là-dedans- n’aurait pu exister sans une excellente direction d’acteurs qui sont tous d’un  haut niveau   en particulier le curé, et la mère :( Virginie Colemyn);  il y a une unité et une précision dans le jeu tout à fait exceptionnels et qui vient, à n’en pas douter d’une réflexion dramaturgique et d’un travail sur le plateau où les comédiens ont sûrement donné beaucoup d’eux-même et peuvent être considérés comme de véritables co-auteurs.
Bien sûr, l’on pense souvent  à l’immense Tadeusz Kantor qui a sûrement inspiré Anna Nozière avec ses deux portes coulissantes du fond, mais jamais le copier. Le spectacle d’Anna Nozière  fait preuve d’une grande  qualité plastique, jusque dans les détails,  comme cette bouteille de vin rouge hors norme. Des bémols? Vraiment peu:   le spectacle gagnerait à un petit élagage, et , même si les lumières sont celles d’un peintre, il y a quand  même un peu trop d’obscurité, au début surtout…

  Mais pourquoi ,  Anna Nozière -à quand même 38 ans- avec une ténacité exemplaire,  a dû trouver une aide d’environ 40.000 euros de mécènes privés, sans doute parce que celle octroyée par le D.R.A.C/Aquitaine restait  tout à fait insuffisante?   Il y a quelque chose qui fonctionnait il y a vingt ans,  mais plus maintenant: d’anciens -ou pas si anciens  d’ailleurs -crocodiles /metteurs en scène reconnus, munis de sérieux appuis, continuent à percevoir une aide comme une pension  d’Etat. £
C’est une question que le prochain ministre de la Culture ne pourra éluder plus longtemps. Sarkozy une fois parti, c’est tout le système d’aides qu’il faudra revoir d’urgence

Philippe du Vignal

 Spectacle joué à l’Odéon-Ateliers Berthier


Archive pour 19 juin, 2011

Discours sur le bonheur

bonheurmodedemploil6gb2ka.jpgDiscours sur le bonheur d’Émilie du Châtelet, mise en scène de Béata Nilska.

Émilie du Châtelet est surtout connue pour sa relation avec Voltaire. Isolés dans son château de Cirey, les deux amants, en « philosophes voluptueux » amoureux des sciences physiques et métaphysique, alliaient sans relâche plaisirs des sens et travail acharné. La belle Émilie fut une compagne savante et passionnée, célèbre pour sa traduction des Principia de Newton. Délaissée par Voltaire, elle trouvera à se consoler entre d’autres bras, et n’en manquera pas d’écrire ce Discours sur le bonheur, texte qui fouille dans le cœur humain pour en tirer comme des lois de conduite, singulières d’évidence, et atteindre sans grande contrainte le but suprême de l’homme.
Le spectacle est ainsi l’occasion d’un voyage dans le temps pour redécouvrir la vie de cette femme unique en son genre. Au discours théorique viennent se tresser deux autres fils d’intrigue qui nous guident dans  son intimité profonde. La relation qui l’unit à son domestique Longchamp, tout d’abord : et la présence humaine de Sylvain Begert nous renvoie à celle de la maîtresse de maison, allégeant le texte philosophique. Cet autre regard, ce spectateur interne comme un reflet humain, nous renvoie plus profondément à la femme qu’elle a du être et à la solitude qui fut la sienne après le départ de Voltaire. En voix off, des lettres livrent encore différents témoignages, plus ou moins élogieux. Ces trois pans-miroirs du spectacle tentent de faire revivre le souvenir d’une femme oubliée par les siècles, démarche peut être un peu maladroite. En effet, le choix de faire du discours théorique une image de la vie de son auteur éclipse parfois l’un et l’autre dans du presque illustratif, tandis que la relation entre les deux personnages crée une intrigue parallèle qui n’aboutit nulle part et laisse le spectateur dans l’expectative.
Malgré tout un tableau assez savoureux d’une époque, rendu par une très belle scénographie à l’ambiance parfumée, qui vous laisse captif de l’envoûtante Édith Vernes.

Élise Blanc.


Au Théâtre du Lucernaire jusqu’au 2 Juillet.

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