Fous dans la Forêt

Fous dans la Forêt/Shakespeare Songs, de William Shakespeare et John Dowland ,conception de Cécile Garcia-Fogel.

fousdanslafore770t.jpg  Avec une griffe facétieuse et à la manière de Trézène Mélodies (des fragments chantés de Phèdre de Racine donnés au Théâtre de la Bastille en 1995), Cécile Garcia-Fogel invente aujourd’hui ses  Shakespeare Songs, ses Fous dans la forêt, un spectacle musical délicat inspiré du maître du théâtre du Globe et de l’œuvre du compositeur et luthiste John Dowland.
Sur scène, Pierrick Hardy est  à la guitare et à la clarinette, Thierry Peala joue et chante , comme l’inspiratrice du projet. On perçoit l’ombre de la nuit, ses dessins vagues, ses figures imprécises, ses bruits de frottements, de craquements et de bruissements non identifiables. On distingue des bâches qu’on descend en ombres tapies ou bien qu’on élève vers les cintres pour en faire des écrans sur lesquels sont traduits pour le public un ou deux sonnets shakespeariens tandis que chantent en anglais les deux interprètes, vêtus tendance Chapeaux melons et bottes de cuir, sur un air à la fois suave et cadencé.
Entre Olivia et Rosalinde, des jeunes femmes enjouées et vives, prises dans les incertitudes du cœur, entre le Fou de la Reine et quelques bribes de Comme il vous plaira ou de La Nuit des Rois, le spectateur est invité à se promener dans la forêt profonde toujours avoisinante, sombre, inquiétante et emplie d’effroi, une construction imaginaire, éternelle et foisonnante qui investit tous les cœurs, enfantins ou moins. Un cerf peut surgir, une image de noblesse et de majesté, il faut savoir alors l’éviter et le laisser passer, le respecter, lui et sa forêt. Pensées mélancoliques d’amour, pincements et tourments de l’âme, les sentiments affectueux passent en vain, et nul ne sait les retenir.
Quand le Fou dit à Olivia qu’il ne saurait y avoir d’horloge dans la forêt, celle-ci rétorque : « Alors, il n’y a pas d’amoureux véritable dans la forêt sinon ses soupirs toutes les minutes et ses gémissements toutes les heures marqueraient la marche paresseuse du temps aussi bien qu’une horloge. » La représentation shakespearienne des Fous dans la forêt fait la part belle aux sentiments mélancoliques, elle apprend « à lire ce qu’en silence l’amour écrit » car « entendre par les yeux, l’amour subtil le sait. »
Un joli moment de poésie et d’ardeur passionnelle transfigurée et transcendée  grâce aux pouvoirs des mots , grâce aussi à un retour sur soi nostalgique qui n’en finit jamais de rêver.

 Véronique Hotte

 Maison de la Poésie du 8 au 26 juin 2011. 


Archive pour 20 juin, 2011

AWALN’ART, V èmes Rencontres Internationales en places publiques à Marrakech.

AWALN’ART, V èmes Rencontres Internationales en places publiques à Marrakech.

 

  C’était  la cinquième édition de ce  festival un peu hors normes  d’une petite semaine au début juin que l’on doit à son directeur artistique, Khalid Tamer, entouré d’une solide équipe administrative et technique qui cherche à opérer une synthèse entre l’art acrobatique du Maroc, le théâtre de rue européen et  certaines  formes de spectacle africain.
  » C’est-dit il, retrouver aussi toute la magie du spectacle vivant qui a lieu sur les places des villes marocaines comme la célèbre place Jemaa El Fna. mais cette année, j’ai voulu aussi associer au Festival  Awaln’art d’autres villes proches, et nous avons établi un partenariat avec le Marrakech du rire dirigé par Djamel Debbouze mais aussi le Pôle régional  des Arts du Cirque et de la Rue de la ville d’Amiens dirigé par Jean-Pierre Marcos qui reçoit  certains spectacles. Je voudrais qu’ assez vite, ici à Marrakech, nous puissions établir un échange réel entre tradition et savoir-faire, en créant un centre de création et  de formation. Nos moyens restent limités mais toutes les compagnies européennes  qui viennent ici le font à des tarifs plus qu’amicaux. Comme vous le savez, je suis aussi le président du Lavoir Moderne Parisien, je dirige la compagnie Eclats de lune,  et nous nous efforçons de créer des résidences croisées, et  d’intéresser d’autres villes françaises comme Marseille à notre aventure. Ces échanges humains aussi bien que culturels sont importants pour la ville de Marrakech qui a toujours été un lieu  de passage et de dialogue ». Et nous sommes passés de 12 à  26 compagnies cette année. Effectivement, et pour cause, diriger un tel festival n’est pas une mince affaire; compte-tenu  des nombreux lieux de représentation,  le téléphone de Khalid Tamer n’arrête pas de sonner, et, entre deux thés,il gère, délègue un de ses collaborateurs quand il ne peut régler l’affaire sur place. L’homme est aussi courtois que solide, et les spectacles fonctionnent avec une rare efficacité, grâce à de nombreux appuis locaux dont l’ambassade de France et son service culturel.
 Nous n’avons pu  évidemment tout voir en trois jours mais Chouf Ouchouf  présenté par le groupe acrobatique de Tanger  sur la place Jemaa El Fna,  constitué par une quinzaine d’acrobates comédiens était tout à fait impressionnant. Imaginez de grands blocs « de pierre » qui circulaient sur une grand scène où quinze  jeunes acrobates enchaînaient les figures avec une grâce et un savoir-faire étonnants. Mais malheureusement la scène était trop basse pour que les centaines de spectateurs rassemblés le vendredi soir  sur la place Jemaa El Fna puissent bien les voir. Il y eut  aussi parmi les spectacles, Source de vie, un cirque du Burkina faso, Nal Boa une création de la compagnie franco-coréenne Ex Nihilo, et une Nuit du conte par Henri Gougaud mais un festival , c’est toujours frustrant, il est impossible de tout voir…

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  Aït Ourir est à une petite heure de route de Marrakech,  au pied des montagnes ;il est 19 heures et le soleil se couche- vous ne salivez pas?-  non loin de l’ancien et très beau palais en briques ocre quelque peu en ruines du pacha El Glaoui- qui prit la place, du temps de la colonisation, du roi Mohammed V destitué par la France. Dans la douceur du soir qui tombe et sous l’œil attentif de la cigogne de service posée sur le haut du minaret, quelque huit cent personnes dont beaucoup d’enfants sagement assis en silence sur des tapis,  attendent l’apparition des échassiers du groupe togolais Tchebe-Tchebe. Les danseurs acrobates sur échasses de bois de palmier, masqués ou non, avec leurs musiciens jouant des percussions( tambours horizontaux et  cloche en fer) sont une très ancienne tradition en Afrique de l’Ouest qui fait partie des rites vaudou. Uniquement des hommes, pour des raisons religieuses ( la vieille idée de la femme impure qui pourrait être dangereuse! ).
 Ils sont tout à fait étonnants d’agilité, de maîtrise,  de grâce, mais aussi, bien entendu, de solidarité: à plus de quatre mètres de hauteur au lieu des cinq habituelles( soute d’avion oblige), aucune imprudence,aucune défaillance possible: la moindre erreur serait catastrophique pour eux comme pour le public assis à quelque mètres. Avec une échelle tendue entre entre deux échassiers,  l’un d’eux va même faire le poirier pendant une bonne trentaine de secondes. Il y a comme , avec  l’aide des percussions qui jouent un rôle capital dans ce que l’on pourrait qualifier de rituel, une sorte de libération magique du corps tout entier, surtout quand ils se mettent à danser en chœur! On atteint là quelque chose d’exceptionnel. Le plus beau moment, c’est quand l’un d’eux prélève dans le public un petit garçon, et,  avec l’aide de ses camarades, mais comme si c’était presque un  geste quotidien, arrive à le hisser tout à fait calmement jusque sur ses épaules soit environ à plus de cinq mètres.  Cela nous rappelle mais c’est généralement occulté,  que l’Afrique n’a  jamais cessé au cours des siècles passés, d’avoir des  acrobates de très haut niveau. Le Togo possède plusieurs groupes d’échassiers mais Tchebe-Tchebe serait le seul véritablement professionnel, même s’il n’était jusque là jamais sortis de leur pays. Tchebe-Tchebe est ensuite venu à Amiens mais,  s’ils passent près de chez vous un jour, précipitez-vous.
  photohdste769phaneboucher.jpgSur cette même place, s’est produit aussi juste après Tchebe-Tchebe, Didier Pasquette, funambule français renommé . Il a emmené depuis la France via l’Espagne et le bateau sa structure métallique qui est en soi une belle œuvre d’art et qu’il réussit à monter  avec l’aide d’une seule assistante.  En chaussures, en sabots, ou pédalant sur avec des  vélos de toute dimension, voire à la fin avec une mini-moto y compris un vélo monoroue qu’il fait avancer jusqu’au milieu pour  faire marche arrière ensuite,  il  circule sur un câble avec lui aussi une agilité et une maîtrises du corps absolument impeccables. Et quand les échassiers togolais reviendront à la fin de son numéro, il les regardera sagement assis sur son câble. La cigogne contemplait toujours le spectacle de son œil narquois, et la nuit était tombée. Les enfants partaient lentement, les yeux pleins de rêves.
  Le lendemain, c’était au tour de la compagnie française Generik Vapeur, créée il y a plus de vingt cinq ans déjà, d’emmener avec Bivouac ,dans une grande promenade depuis la place  Jemma El Fna jusqu’à la gare des milliers de gens derrière leur camion où  un groupe rock joue en permanence une musique assourdissante, et une quinzaine d’actants, français et marocains, le  visage, les cheveux, les jambes et bras  maquillés de bleu, en  chaussures et vêtements également  bleus poussent devant eux chacun un fût métallique  dont quelques uns étaient parfois remplis de fumigènes rouges. Même si l’on n’ a guère d’atomes crochus avec ce genre de manifestation de rue, la performance reste impressionnante, et Generik Vapeur sait incontestablement gérer l’espace, surtout dans la circulation intense du samedi matin. Mais la police municipale à chaque carrefour gère la situation avec calme et efficacité, alors que  les panneaux lumineux affichent 39 ou 40 ° ! selon les rues, et il faut une heure et demi pour rejoindre la place de la très belle gare où une grande pyramide de fûts métalliques attend l’arrivée du cortège. Bien entendu, la pyramide s’écroulera dans un vacarme et un torrent d’eau.
  Il y eut aussi à la soirée de clôture du Festival un beau moment, insolite et fort: une improvisation entre un vieux musicien marocain Brahim El Belkani au guembri ( sorte de guitare un peu rustique) et Gaspar Claus, un jeune violoncelliste français, avec ,en fond,des photos en noir et blanc de Marrakech par  Thomas Sappe.
Que demande le peuple?

Philippe du Vignal

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