Casimir et Caroline

 Casimir et Caroline , pièce populaire d’Ödön von Horvath, mise en scène d’Hélène François et Emile Vandenameele.

 

tumblrll2tchtm2f1qzjo79.jpgC’est sans doute la plus  célèbre pièce du grand dramaturge autrichien von Horvath écrasé par une branche de platane il y a très exactement 73 ans un soir de juin 38, lors d’une tempête sur les Champs-Elysées, alors qu’il errait en Europe, chassé par le nazisme..
Casimir et Caroline, cela se passe dans les années 30, à la fête de la Bière à Munich.Tout le monde, ouvriers, bourgeois et grands patrons,  essaye de rire, en faisant des tours de manège, en buvant et en chantant au son des orchestres,  mais le cœur n’y est sans doute pas tout à fait; personne n’est dupe et l’avenir est sombre:  l’Allemagne connaît alors  une grave récession et un chômage sans précédent; on connaît la suite… Emmanuel Demarcy-Motta avait monté cette pièce culte, il y a deux ans ( voir le Théâtre du Blog). Et
elle  avait été brillamment mise en scène par Jacques Nichet Cette fois, ce sont deux jeunes metteuses en scène  qui s’en sont emparées. Elles avaient écrit et joué avec un certain bonheur Qu’est- ce qu’on va faire de toi? en 2009, une sorte de mise en abyme de la vie d’un restaurant ( voir le Théâtre du Blog).
L’argument est simple: Casimir et Caroline, un jeune couple est venu, comme tout le monde à cette fameuse Fête de la bière. Casimir aime Caroline. Caroline aime Casimir mais Casimir a perdu son emploi, et sait que, sans argent, on ne compte  plus socialement; Caroline a beau lui assurer qu’elle continue à l’aimer, on la sent avide de plaisirs et d ‘une vie que seuls les riches peuvent lui procurer… Et elle ne tardera pas à se détacher de son amoureux. Le zeppelin, ballon dirigeable, dont ils sont fiers pour leur pays, (un peu comme quand le Concorde survolait les Champs-Elysées, coïncidence orvathienne) offre le symbole d’une vie rêvée et luxueuse à laquelle ils n’auront jamais accès. Et le couple finira par se séparer.
Reste à savoir comment monter aujourd’hui cette « volksstück » , pièce populaire selon les termes mêmes de l’auteur. Ödön von Horvath est on ne peut plus précis: « Il faut bien entendu jouer ces pièces de manière stylisée, le naturalisme et le réalisme les tuent. Ils en feraient des tableaux de genre, et non pas des tableaux qui montrent la lutte du conscient avec le subconscient. C’est cette lutte qui en ferait les frais. Respectez scrupuleusement les temps marqués dans les dialogues, c’est là que le conscient ou le subconscient sont en lutte, et c’est cela qu’il s’agit de rendre visible. » Oui, mais voilà,  ce n’est pas si facile que cela, et les deux jeunes metteuses en scène ont fait de leur mieux, ce qui est souvent le pire ennemi du bien. Après quinze minutes de retard,  ( comment Collette Nucci ,directrice du Théâtre 13 tolère-t-elle cela?), on est enfin admis à pénétrer dans  la salle, accueilli par un serveur qui vous offre un verre de bière.
Sur la scène nue, il y a  plein de ballons bleus et jaunes,  trois sièges de toilette installés sur un praticable noir , et au fond, une trentaine de vieux pneus  (???) et de la musique de bal  populaire . On se dit  alors que l’affaire parait bien mal engagée…   En effet, les personnages semblent inexistants et Eurydice El-Etr débite ses répliques  sans que l’on puisse y croire une seconde. Alban Aumard ( Casimir) n’est pas non plus bien crédible. Une demi-heure après le début, on nous demande de sortir et le spectacle continue devant le théâtre, mais, à part quelques bienheureux qui sont assis sur des  bancs, le public ne voit ni n’entend grand chose. Erreur grossière qui continue à plomber le spectacle qui n’ avait pas besoin de cela!
Quinze minutes après environ, on rentre dans la salle: guirlandes d’ampoules de couleur au sol, fumigènes à gogo avec lumières rasantes rouges, une figure en orange et jaune du Casimir qui figurait sur les boîtes de lait des années 70, bref, rien ne nous est épargné… Le spectacle continue sans rythme aucun, à la va-comme-je te pousse.  » Tout dans ce travail- dramaturgie, scénographie, costumes et lumières-tend à créer un espace de fête dans lequel le public est invité, voire attendu. Nous franchissons la ligne de démarcation entre acteur et spectateur dont parlait Bernard Dort. le dispositif scénique invite à prendre part à la fête, du moins à en donner l’illusion ». On veut bien ! Mais ce témoignage d’auto-satisafaction n’est guère convaincant…
Que Bernard Dort, notre cher et bon professeur- mort hélas trop tôt- qui vénérait  Von Örvath et qui  nous aura tant appris,  continue à reposer en paix,  mais ici on est vraiment loin du compte! C’est un travail à la dramaturgie et à la mise en scène bâclées, et il n’y pas grand chose à sauver de cette vaine entreprise, sinon  les quelques scènes de beuverie entre le pdg et le président du tribunal bien jouées par Pierre-Louis Gallo et Jean- Louis Grinfeld. Mais cela ne suffit évidemment pas à compenser le reste qui n’est pas bien fameux!
Enfin, si cela vous tente quand même,  cette malheureuse chose (comme dirait Jacques Livchine:  un mois de prison avec sursis) est encore jouée ce soir !  Et sera reprise en septembre à Main d ‘œuvres à Saint- Ouen.

 

Prix Théâtre 13/ jeunes metteurs en scène. 20 et 21 juin à 20h 30.

 

Philippe du Vignal


Archive pour juin, 2011

Textes sans attendre

Textes sans attendre 

Quelques pupitres, des chaises, des jeux d’ombre et de lumière : la lecture d’un texte n’exclut pas une mise en espace, ni un réel jeu d’ acteurs.Cinq pièces ont été sélectionnées par un groupe de réflexion sur les écritures théâtrales contemporaines, réuni autour de Stéphane Braunschweig depuis octobre 2009: entre bas-fonds vulgaires et hauteurs métaphysiques, sont ainsi questionnées: les origines, l’idolâtrie, la certitude scientifique, la dégradation physique, toutes les inquiétudes profondes et inavouables d’une époque : la nôtre.

 

‘Nzularchia (La Trouille) de Mimmo Borrelli, lecture dirigée par Angela de Lorenzis.

 Gaetano est le fils du boss mafieux Spennacore, et vit dans les ruines de la demeure familiale, où se terre son père, recherché après l’assassinat d’un membre de clans rival. Par une sombre nuit, le fils s’introduit dans la maison et se rapproche de la cachette du père, accompagné de Picceri, son frère jamais né, alter ego forgé de toute imagination…

Une pièce obscure qui a valu à son auteur les prix Riccione Teatro (2005), Eti-Olimpici Teatro (Meilleur spectacle d’innovation) et Vittorio Gassman (2008). Mimmo Borrelli ne craint pas de superposer les voix dans une fugue effrénée. Son écriture, avec des métaphores concrètes, joue sur différents dialectes, et le langage presque inventé qui unit Gaetano à son double est habilement rendu en français par la traduction de Jean-Paul Manganaro qui voit dans la pièce « une signification intérieure rythmée et non pas intellectuelle » . Il lui faut dans une lecture un cadre, proche de celui de L’Enfer de Dante. Et, même si un décor permettait d’en exprimer mieux la couleur sinistre, la voix des acteurs déroule un univers complexe et glauque, qui semble transcender la scène pour vous frapper « en pleine figure », selon les mots d’une spectatrice enthousiaste.

Jean-Marie Winling (le père), avec sa voix de basse, s’empare de la salle dès la litanie lyrique du premier monologue, et il a une présence magistrale. De même, Claude Duparfait s’impose en Picceri, prostré dans les gestes pénibles d’un fœtus non mené à terme, la voix frémissant dans les aigus. À Stanislas Nordey (le fils) en revanche, on peut reprocher une interprétation un peu trop intellectuelle, et qui s’égare dans la gestuelle… Toute l’histoire peut être lue comme un souvenir lancinant que se joue le père en dévorant son fils. Le traducteur le dit lui-même : il fallait  des fous pour jouer ça…

 

Le Test de Lukas Bärfuss, lecture dirigée par Claude Duparfait.

 Pierre est le fils de Simon,un politicien en pleine campagne électorale, embarqué sans doute pour un cinquième échec consécutif. Père lui-même, il semble vivre heureux sa vie de chef de famille comblé. Jusqu’au jour où Frantzeck insinue dans sa tête le doute sur sa paternité… Rongé par l’incertitude, Pierre finira par faire un test ADN et découvrira l’abominable…

Lukas Bärfuss est l’un des auteurs germanophones contemporains les plus joués dans le monde. C’est Bruno Bayen qui l’introduit en France en 2005, avec Les Névroses sexuelles de nos parents. Le Test, pièce aux accents shakespeariens, est présenté dans une lecture si pleine d’évidence qu’elle semble rendre toute mise en scène superflue.

Le texte comporte deux parties, simplement numérotées 1 et 2, . Au départ, un long monologue, sanglant, enchaînant les mots comme de la vermine. Et cette violence continue dans un humour cinglant, une ironie délicieuse qui cisèle à grands traits la réalité bien bourgeoise d’une famille aux apparences tranquilles. L’intrigue s’essouffle un peu dans le 2, plus tragique… Mais la salle était prise. La lecture, parfaitement maîtrisée , a un rythme impeccable, et chaque personnage s’anime à merveille:Jean-Marie Winling, que l’on retrouve en Simon, prend des airs soumis devant sa femme, l’imposante Annie Mercier, qui mène le public dans une complicité savoureuse, et Claude Duparfait, plus nerveux en Frantzeck, tire les ficelles dans l’autre sens. Christophe Brault (Pierre) introduit la pièce en maudissant sa femme, Chloé Rejon. Les repères vont s’effondrer : quelle est la vérité d’un test scientifique?

 

Félicité de Olivier Choinière, lecture dirigée par Stanislas Nordey.

 Une fascination d’employés pour Céline Dion, une jeune fille séquestrée par sa famille, et la monstruosité d’un corps vomi… Trois figures féminines tracent le cercle d’une intrigue compliquée, où le texte progresse en s’effaçant et où les personnages s’intervertissent comme dans un miroir. Les définitions qui ouvrent la pièce multiplient les 1890923.jpgréalités parallèles.

Olivier Choinière est un écrivain québecois a vu sa pièce Félicité- créée en 2007-présentée au Royal Court Theatre à Londres, dans une traduction de Caryl Churchill, avant d’être jouée en Écosse, en Australie, et à Zürich. La lecture met le texte sur scène, presque brut. Une histoire qui résonne dans la parole d’un chœur étrange, dont les voix s’échangent, rebondissent, se contredisent. Narration alternée, vivante, presque visible, où les lecteurs enchaînent les rôles. Jean-Baptiste Anoumon, Christophe Brault et Annie Mercier se retrouvent face à Chloé Rejon, l’incarnation des trois féminins. Elle est surtout l’oracle, et joue, avec une force mystérieuse, celle dont les yeux brillants nous guident sur le chemin de la pièce.

Une pièce surprenante qui déroule tout un suspense, mais qui s’épuise à la longue en forçant trop sur la mise en abyme.

 Élise Blanc.

 

Lectures du 18 juin au Théâtre de la Colline. 

LA TRAVERSÉE DE PARIS, L’ENTERREMENT DE MAMAN

LA TRAVERSÉE DE PARIS, L’ENTERREMENT DE MAMAN 

La compagnie Cacahuète basée à Sète, animée avec audace par Pascal Larderet, s’est imposée depuis 27 ans en matière de détournements urbains en osant jouer sur une vulgarité décapante, et aux quatre coins du monde. Un dizaine de compères en grand deuil, escortent le cercueil de Maman, suivi par Papa en chaise roulante poussé par un cousin édenté, la fille court vêtue harangue les porteurs qui ont entrepris de hisser l’enterrement jusqu’au Sacré-Coeur, en haut de la Butte Montmartre.
Avec force gémissements, le cortège funéraire parvient jusqu’à un bassin où le cortège va se rafraîchir. On pénètre dans l’église, on en sort aussi vite, avant d’arpenter les rues envahies de touristes éberlués, on croise des camions-poubelles où le cercueil est parfois délesté, puis repris: on ne va tout de même pas abandonner Maman aux ordures.!
Il fallait suivre jusqu’au cimetière des Batignolles, but ultime du cortège où une collation nous attendait, mais la fatigue a interrompu ce périple improbable.  Cette métaphore hardie sur l’absence de respect de la mort dans nos sociétés occidentales repues laissera des traces.

Edith Rappoport

Idomeneo

Idomeneo de Wolgang Amedeus Mozart, mise en scène de Stéphane Brausnschweig., direction musicale de Jérémie Thore

idomeneoalvaroyanezacteiii179redim.jpgL’inspiration d’Idomeneo à sa création en 1781 est celle de la tragédie lyrique française mêlée à l’influence réformiste de Gluck.
Ce premier véritable sommet de l’opéra mozartien est une œuvre que le compositeur modifia constamment en fonction des réactions des chanteurs. Cet opéra est donné sous la direction musicale de Jérémie Rhorer à la tête du Cercle de l’Harmonie et du Chœur des Éléments. Avec des chanteurs cosmopolites d’excellence – ténor, basse ou soprano : Sophie Karthäuser, Richard Croft, Kate Lindsey, Alexandra Coku, Paolo Fanale, Nigel Robson, Nahuel di Pierro, qu’entoure un chœur magistral d’hommes et de femmes aux vêtements simples et sobres, des citoyens d’ici et maintenant.
C’est un  bel enchantement où se déploie  l’arsenal vibrant de toutes les émotions humaines – sentiments intenses contrariés, doutes, passion, jalousie, vengeance -, des bouleversements  dûs  à des guerres partisanes. Idomeneo, roi de Crète, compagnon des Grecs, s’apprête à rentrer au pays après la guerre de Troie. Son fils Idamante, est aimé d’Électre qui s’était réfugiée en Crète après l’assassinat de sa mère Clymtemnestre. Mais Idamante – remarquablement interprété par la très féminine Kate Lindsey – aime Ilia, prisonnière des Crétois et fille de Priam, le roi de Troie.
Ilia, elle,  est partagée entre l’amour qu’elle sent naître pour le jeune homme et son honneur de princesse troyenne qui lui interdit d’aimer un ennemi de sa patrie. Or, Idamante, fils digne d’un père loyal et grand seigneur, donne ordre qu’on délivre les captifs troyens de leurs chaînes, et appelle à la réconciliation des peuples ennemis.
La scénographie de Stéphane Braunschweig éclaire le retournement social de la condition des prisonniers troyens, réfugiés politiques et boat people de nos temps modernes, mais les navires grecs ont des cales policées et parquetées de neuf.   La présence majestueuse de Neptune qui fait se soulever les flots, gronder la tempête et s’assombrir le ciel, est permanente. La voix de Neptune, homme au dos nu et musculeux, accroché à la fosse d’orchestre comme à une rambarde de navire, se révèle grâce à la basse impressionnante de Nahuel di Pierro. Au centre de la scène, un personnage anonyme perdu dans le paysage, la Troyenne Ilia (Sophie Karthäuser):  le tableau marin avec un jeu nuancé de bleu délimité par la ligne d’horizon, est proche d’Edward Hopper.
Le concert des voix enchanteresses résonne longtemps après que le public ait quitté la salle.

Véronique Hotte

Théâtre des Champs-Élysées les 19, 21 et 22 juin 2011.

Fous dans la Forêt

Fous dans la Forêt/Shakespeare Songs, de William Shakespeare et John Dowland ,conception de Cécile Garcia-Fogel.

fousdanslafore770t.jpg  Avec une griffe facétieuse et à la manière de Trézène Mélodies (des fragments chantés de Phèdre de Racine donnés au Théâtre de la Bastille en 1995), Cécile Garcia-Fogel invente aujourd’hui ses  Shakespeare Songs, ses Fous dans la forêt, un spectacle musical délicat inspiré du maître du théâtre du Globe et de l’œuvre du compositeur et luthiste John Dowland.
Sur scène, Pierrick Hardy est  à la guitare et à la clarinette, Thierry Peala joue et chante , comme l’inspiratrice du projet. On perçoit l’ombre de la nuit, ses dessins vagues, ses figures imprécises, ses bruits de frottements, de craquements et de bruissements non identifiables. On distingue des bâches qu’on descend en ombres tapies ou bien qu’on élève vers les cintres pour en faire des écrans sur lesquels sont traduits pour le public un ou deux sonnets shakespeariens tandis que chantent en anglais les deux interprètes, vêtus tendance Chapeaux melons et bottes de cuir, sur un air à la fois suave et cadencé.
Entre Olivia et Rosalinde, des jeunes femmes enjouées et vives, prises dans les incertitudes du cœur, entre le Fou de la Reine et quelques bribes de Comme il vous plaira ou de La Nuit des Rois, le spectateur est invité à se promener dans la forêt profonde toujours avoisinante, sombre, inquiétante et emplie d’effroi, une construction imaginaire, éternelle et foisonnante qui investit tous les cœurs, enfantins ou moins. Un cerf peut surgir, une image de noblesse et de majesté, il faut savoir alors l’éviter et le laisser passer, le respecter, lui et sa forêt. Pensées mélancoliques d’amour, pincements et tourments de l’âme, les sentiments affectueux passent en vain, et nul ne sait les retenir.
Quand le Fou dit à Olivia qu’il ne saurait y avoir d’horloge dans la forêt, celle-ci rétorque : « Alors, il n’y a pas d’amoureux véritable dans la forêt sinon ses soupirs toutes les minutes et ses gémissements toutes les heures marqueraient la marche paresseuse du temps aussi bien qu’une horloge. » La représentation shakespearienne des Fous dans la forêt fait la part belle aux sentiments mélancoliques, elle apprend « à lire ce qu’en silence l’amour écrit » car « entendre par les yeux, l’amour subtil le sait. »
Un joli moment de poésie et d’ardeur passionnelle transfigurée et transcendée  grâce aux pouvoirs des mots , grâce aussi à un retour sur soi nostalgique qui n’en finit jamais de rêver.

 Véronique Hotte

 Maison de la Poésie du 8 au 26 juin 2011. 

AWALN’ART, V èmes Rencontres Internationales en places publiques à Marrakech.

AWALN’ART, V èmes Rencontres Internationales en places publiques à Marrakech.

 

  C’était  la cinquième édition de ce  festival un peu hors normes  d’une petite semaine au début juin que l’on doit à son directeur artistique, Khalid Tamer, entouré d’une solide équipe administrative et technique qui cherche à opérer une synthèse entre l’art acrobatique du Maroc, le théâtre de rue européen et  certaines  formes de spectacle africain.
  » C’est-dit il, retrouver aussi toute la magie du spectacle vivant qui a lieu sur les places des villes marocaines comme la célèbre place Jemaa El Fna. mais cette année, j’ai voulu aussi associer au Festival  Awaln’art d’autres villes proches, et nous avons établi un partenariat avec le Marrakech du rire dirigé par Djamel Debbouze mais aussi le Pôle régional  des Arts du Cirque et de la Rue de la ville d’Amiens dirigé par Jean-Pierre Marcos qui reçoit  certains spectacles. Je voudrais qu’ assez vite, ici à Marrakech, nous puissions établir un échange réel entre tradition et savoir-faire, en créant un centre de création et  de formation. Nos moyens restent limités mais toutes les compagnies européennes  qui viennent ici le font à des tarifs plus qu’amicaux. Comme vous le savez, je suis aussi le président du Lavoir Moderne Parisien, je dirige la compagnie Eclats de lune,  et nous nous efforçons de créer des résidences croisées, et  d’intéresser d’autres villes françaises comme Marseille à notre aventure. Ces échanges humains aussi bien que culturels sont importants pour la ville de Marrakech qui a toujours été un lieu  de passage et de dialogue ». Et nous sommes passés de 12 à  26 compagnies cette année. Effectivement, et pour cause, diriger un tel festival n’est pas une mince affaire; compte-tenu  des nombreux lieux de représentation,  le téléphone de Khalid Tamer n’arrête pas de sonner, et, entre deux thés,il gère, délègue un de ses collaborateurs quand il ne peut régler l’affaire sur place. L’homme est aussi courtois que solide, et les spectacles fonctionnent avec une rare efficacité, grâce à de nombreux appuis locaux dont l’ambassade de France et son service culturel.
 Nous n’avons pu  évidemment tout voir en trois jours mais Chouf Ouchouf  présenté par le groupe acrobatique de Tanger  sur la place Jemaa El Fna,  constitué par une quinzaine d’acrobates comédiens était tout à fait impressionnant. Imaginez de grands blocs « de pierre » qui circulaient sur une grand scène où quinze  jeunes acrobates enchaînaient les figures avec une grâce et un savoir-faire étonnants. Mais malheureusement la scène était trop basse pour que les centaines de spectateurs rassemblés le vendredi soir  sur la place Jemaa El Fna puissent bien les voir. Il y eut  aussi parmi les spectacles, Source de vie, un cirque du Burkina faso, Nal Boa une création de la compagnie franco-coréenne Ex Nihilo, et une Nuit du conte par Henri Gougaud mais un festival , c’est toujours frustrant, il est impossible de tout voir…

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  Aït Ourir est à une petite heure de route de Marrakech,  au pied des montagnes ;il est 19 heures et le soleil se couche- vous ne salivez pas?-  non loin de l’ancien et très beau palais en briques ocre quelque peu en ruines du pacha El Glaoui- qui prit la place, du temps de la colonisation, du roi Mohammed V destitué par la France. Dans la douceur du soir qui tombe et sous l’œil attentif de la cigogne de service posée sur le haut du minaret, quelque huit cent personnes dont beaucoup d’enfants sagement assis en silence sur des tapis,  attendent l’apparition des échassiers du groupe togolais Tchebe-Tchebe. Les danseurs acrobates sur échasses de bois de palmier, masqués ou non, avec leurs musiciens jouant des percussions( tambours horizontaux et  cloche en fer) sont une très ancienne tradition en Afrique de l’Ouest qui fait partie des rites vaudou. Uniquement des hommes, pour des raisons religieuses ( la vieille idée de la femme impure qui pourrait être dangereuse! ).
 Ils sont tout à fait étonnants d’agilité, de maîtrise,  de grâce, mais aussi, bien entendu, de solidarité: à plus de quatre mètres de hauteur au lieu des cinq habituelles( soute d’avion oblige), aucune imprudence,aucune défaillance possible: la moindre erreur serait catastrophique pour eux comme pour le public assis à quelque mètres. Avec une échelle tendue entre entre deux échassiers,  l’un d’eux va même faire le poirier pendant une bonne trentaine de secondes. Il y a comme , avec  l’aide des percussions qui jouent un rôle capital dans ce que l’on pourrait qualifier de rituel, une sorte de libération magique du corps tout entier, surtout quand ils se mettent à danser en chœur! On atteint là quelque chose d’exceptionnel. Le plus beau moment, c’est quand l’un d’eux prélève dans le public un petit garçon, et,  avec l’aide de ses camarades, mais comme si c’était presque un  geste quotidien, arrive à le hisser tout à fait calmement jusque sur ses épaules soit environ à plus de cinq mètres.  Cela nous rappelle mais c’est généralement occulté,  que l’Afrique n’a  jamais cessé au cours des siècles passés, d’avoir des  acrobates de très haut niveau. Le Togo possède plusieurs groupes d’échassiers mais Tchebe-Tchebe serait le seul véritablement professionnel, même s’il n’était jusque là jamais sortis de leur pays. Tchebe-Tchebe est ensuite venu à Amiens mais,  s’ils passent près de chez vous un jour, précipitez-vous.
  photohdste769phaneboucher.jpgSur cette même place, s’est produit aussi juste après Tchebe-Tchebe, Didier Pasquette, funambule français renommé . Il a emmené depuis la France via l’Espagne et le bateau sa structure métallique qui est en soi une belle œuvre d’art et qu’il réussit à monter  avec l’aide d’une seule assistante.  En chaussures, en sabots, ou pédalant sur avec des  vélos de toute dimension, voire à la fin avec une mini-moto y compris un vélo monoroue qu’il fait avancer jusqu’au milieu pour  faire marche arrière ensuite,  il  circule sur un câble avec lui aussi une agilité et une maîtrises du corps absolument impeccables. Et quand les échassiers togolais reviendront à la fin de son numéro, il les regardera sagement assis sur son câble. La cigogne contemplait toujours le spectacle de son œil narquois, et la nuit était tombée. Les enfants partaient lentement, les yeux pleins de rêves.
  Le lendemain, c’était au tour de la compagnie française Generik Vapeur, créée il y a plus de vingt cinq ans déjà, d’emmener avec Bivouac ,dans une grande promenade depuis la place  Jemma El Fna jusqu’à la gare des milliers de gens derrière leur camion où  un groupe rock joue en permanence une musique assourdissante, et une quinzaine d’actants, français et marocains, le  visage, les cheveux, les jambes et bras  maquillés de bleu, en  chaussures et vêtements également  bleus poussent devant eux chacun un fût métallique  dont quelques uns étaient parfois remplis de fumigènes rouges. Même si l’on n’ a guère d’atomes crochus avec ce genre de manifestation de rue, la performance reste impressionnante, et Generik Vapeur sait incontestablement gérer l’espace, surtout dans la circulation intense du samedi matin. Mais la police municipale à chaque carrefour gère la situation avec calme et efficacité, alors que  les panneaux lumineux affichent 39 ou 40 ° ! selon les rues, et il faut une heure et demi pour rejoindre la place de la très belle gare où une grande pyramide de fûts métalliques attend l’arrivée du cortège. Bien entendu, la pyramide s’écroulera dans un vacarme et un torrent d’eau.
  Il y eut aussi à la soirée de clôture du Festival un beau moment, insolite et fort: une improvisation entre un vieux musicien marocain Brahim El Belkani au guembri ( sorte de guitare un peu rustique) et Gaspar Claus, un jeune violoncelliste français, avec ,en fond,des photos en noir et blanc de Marrakech par  Thomas Sappe.
Que demande le peuple?

Philippe du Vignal

Les Fidèles-Histoire d’Annie Rozier

Les Fidèles-Histoire d’Annie Rozier , texte et mise en scène d’Anna Nozière.

 

  0ei4kr1b.jpg Les Fidèles est sans aucun doute l’un des spectacles les plus remarquables de cette saison, l’un de ceux qui peuvent hanter la mémoire de ceux qui ont eu le bonheur de le voir à Bordeaux où Dominique Pitoiset l’a accueilli, puis à Sartrouville et ici.
Il y a d’abord  un texte, écrit dans une langue à la fois précise et flamboyante, par Anna Nozière dont on peut penser qu’il  est en partie autobiographique, qui va jusqu’à l’intime,(La famille c’est pas rien », comme elle dit),  même si elle reste très pudique,   une mise en scène- revendiquée comme frontale-absolument exemplaire, et une direction d’acteurs au cordeau  en exacte adéquation avec le texte. Ce qui est loin d’être évident quand, si on a bien compris, c’est  son vrai grand premier travail théâtral.

  Il s’agit d’une sorte d’exorcisme familial depuis l’accouchement représenté sur  scène. La mémoire de l’enfance est ici convoquée à travers de courtes scènes où l’on ne sait jamais si  l’on est dans la réalité ou le cauchemar. Aucun  naturalisme, sauf par petites touches, comme cet encensoir qui dispense généreusement sa fumée d’ encens, des cierges allumés, et cette insupportable clochette d’église qui sonne à intervalles réguliers, ou ce papier peint à fleurs du couloir du fond avec ce bon vieil interrupteur rond en porcelaine des années 1930 que l’on trouve encore dans les vieilles maisons de province…
   Comme personnages: la mère monstrueuse d’autorité: « Ma mère. Laissait crever tout raide nos rêves.Cassait nos jouets.Cognait fort nos dos et nos cuisses.Des vipères sortaient de sa bouche.Je m’habituai;Le croira qui le veut.À qui crier ? » Et quand Anna Nozière évoque la figure paternelle, elle n’est guère plus tendre: « Mon père Un cheval à œillères Broutait Paisible L’herbe du champ. Je ressemblais petite À un loup pris au piège. Qui ne peut pas sortir la patte. Qui attend le chasseur. Et qui saigne en silence.Couché sur le flanc ». L’oncle pervers aux comportement douteux, la vieille grand-mère atteinte de démence frontale, la religieuse en noir et la sœur de  la jeune Annie Rozier, double évident  d’ Anna Nozière, et le curé toujours prompt à brandir la croix, son arme de guerre préférée pour exorciser tout ce qui bouge à l’horizon .
   Tous les rituels familiaux, empreints d’un impitoyable et terrifiant  catholicisme, sont ici convoqués dans une  sarabande de courtes scènes à la Pommerat: veillée mortuaire aux bougies  où le mort n’est pas longtemps mort et se met à ressusciter,  disputes entre mère et fille, repas familial, baptême, héritage sous forme d’objets surréalistes entassés dans une remorque-on pense à Molière- photo d’un ancêtre, avec en, prime, sa jambe de bois, vieilles marmites en alu, bébé momifié,  etc…
La machine de l’introspection familiale tourne à fond: c’est à la fois ludique et effroyable, comme un miroir grossissant  où Anna Nozière montre l’ univers  de l’enfance aussi terrible qu’ancré à  jamais dans notre propre histoire à tous. En allant jusqu’au plus intime d’elle-même, sans psychanalyse de salon, sans langage hermétique et,  que l’on se rassure , sans images vidéo:  n’en déplaise à M. Luc Bondy qui semble trouver cela génial. Mais ici, avec un vrai sens poétique, Anna Nozière  atteint l’universel, quand bien même, on n’a pas été élevé dans la religion catholique. Familles, je vous hais/ familles je vous aime? Les deux, mon capitaine…

  Mais cet univers aussi glauque que fascinant- il y a aussi du Chabrol là-dedans- n’aurait pu exister sans une excellente direction d’acteurs qui sont tous d’un  haut niveau   en particulier le curé, et la mère :( Virginie Colemyn);  il y a une unité et une précision dans le jeu tout à fait exceptionnels et qui vient, à n’en pas douter d’une réflexion dramaturgique et d’un travail sur le plateau où les comédiens ont sûrement donné beaucoup d’eux-même et peuvent être considérés comme de véritables co-auteurs.
Bien sûr, l’on pense souvent  à l’immense Tadeusz Kantor qui a sûrement inspiré Anna Nozière avec ses deux portes coulissantes du fond, mais jamais le copier. Le spectacle d’Anna Nozière  fait preuve d’une grande  qualité plastique, jusque dans les détails,  comme cette bouteille de vin rouge hors norme. Des bémols? Vraiment peu:   le spectacle gagnerait à un petit élagage, et , même si les lumières sont celles d’un peintre, il y a quand  même un peu trop d’obscurité, au début surtout…

  Mais pourquoi ,  Anna Nozière -à quand même 38 ans- avec une ténacité exemplaire,  a dû trouver une aide d’environ 40.000 euros de mécènes privés, sans doute parce que celle octroyée par le D.R.A.C/Aquitaine restait  tout à fait insuffisante?   Il y a quelque chose qui fonctionnait il y a vingt ans,  mais plus maintenant: d’anciens -ou pas si anciens  d’ailleurs -crocodiles /metteurs en scène reconnus, munis de sérieux appuis, continuent à percevoir une aide comme une pension  d’Etat. £
C’est une question que le prochain ministre de la Culture ne pourra éluder plus longtemps. Sarkozy une fois parti, c’est tout le système d’aides qu’il faudra revoir d’urgence

Philippe du Vignal

 Spectacle joué à l’Odéon-Ateliers Berthier

Discours sur le bonheur

bonheurmodedemploil6gb2ka.jpgDiscours sur le bonheur d’Émilie du Châtelet, mise en scène de Béata Nilska.

Émilie du Châtelet est surtout connue pour sa relation avec Voltaire. Isolés dans son château de Cirey, les deux amants, en « philosophes voluptueux » amoureux des sciences physiques et métaphysique, alliaient sans relâche plaisirs des sens et travail acharné. La belle Émilie fut une compagne savante et passionnée, célèbre pour sa traduction des Principia de Newton. Délaissée par Voltaire, elle trouvera à se consoler entre d’autres bras, et n’en manquera pas d’écrire ce Discours sur le bonheur, texte qui fouille dans le cœur humain pour en tirer comme des lois de conduite, singulières d’évidence, et atteindre sans grande contrainte le but suprême de l’homme.
Le spectacle est ainsi l’occasion d’un voyage dans le temps pour redécouvrir la vie de cette femme unique en son genre. Au discours théorique viennent se tresser deux autres fils d’intrigue qui nous guident dans  son intimité profonde. La relation qui l’unit à son domestique Longchamp, tout d’abord : et la présence humaine de Sylvain Begert nous renvoie à celle de la maîtresse de maison, allégeant le texte philosophique. Cet autre regard, ce spectateur interne comme un reflet humain, nous renvoie plus profondément à la femme qu’elle a du être et à la solitude qui fut la sienne après le départ de Voltaire. En voix off, des lettres livrent encore différents témoignages, plus ou moins élogieux. Ces trois pans-miroirs du spectacle tentent de faire revivre le souvenir d’une femme oubliée par les siècles, démarche peut être un peu maladroite. En effet, le choix de faire du discours théorique une image de la vie de son auteur éclipse parfois l’un et l’autre dans du presque illustratif, tandis que la relation entre les deux personnages crée une intrigue parallèle qui n’aboutit nulle part et laisse le spectateur dans l’expectative.
Malgré tout un tableau assez savoureux d’une époque, rendu par une très belle scénographie à l’ambiance parfumée, qui vous laisse captif de l’envoûtante Édith Vernes.

Élise Blanc.


Au Théâtre du Lucernaire jusqu’au 2 Juillet.

Journée de juin du Conservatoire national

 Journées de juin du Conservatoire national, classe de Nada Strancar: L’Imprésario de Smyrne de Goldoni.

 

Un canapé et deux fauteuils rouges avec une table basse dans le fond, deux tables de café 1950 sur le devant , une table basse, un grand tapis, un palmier en plastique, des  jardnières avec des petits buis ronds  d’un vert acide surréaliste,  également en plastique, un grand  miroir suspendu, un piano droit noir dont le dos porte l’inscription « accueil » , avec dessus, un téléphone blanc et un gros classeur à feuilles perforées: tout ce bric-à brac est censé figurer le hall d’un hôtel. C’est à la fois, fade, laid et  mal inscrit dans l’espace de jeu. Une maison aussi richement dotée que le Conservatoire aurait pu se faire aider, pour le décor et les costumes par un scénographe ou, comme il y a quelques années,  par des élèves de l’Ecole des Arts Déco.
L’Imprésario de Smyrne est une pièce très fine- sans doute pas la meilleure de Goldoni mais où le célèbre auteur italien a un regard aiguisé sur la société de son temps, et sur les rapports entre les différentes classes sociales: un l’hôtelier qui revendique son titre et refuse qu’on l’appelle aubergiste,un riche Turc qui veut créer un opéra  dans son pays et laisse à un impresario le soin de recruter chanteurs et chanteuses, jaloux , vantards et imbus d’eux-même.
Bien entendu, comme la plupart du temps chez Goldoni, la situation va se détériorer et le  spectacle ne se fera pas. Et le dédommagement consenti par le seigneur turc sera trop dérisoire pour donner un petit quelque chose à chacun. La pièce comporte de nombreux personnages, ce qui est pratique quand il s’agit de distribuer seize élèves.
Oui, mais voilà qu’en fait-on? Il y a bien une sorte de mise en scène, même si le programme ne désigne pas comme telle Nada Strancar  à qui l’on doit cette chose  pas digne  du tout de la grande comédienne qu’elle est. Ce que l’on voit est accablant , et l’on se demande comment Daniel Mesguich, pourtant directeur attentif,  a pu laisser faire cette présentation de fin d’année. Les chers élèves  font vraiment n’importe quoi, ou bien si c’est Nada  Strancar qui les a ainsi dirigés , c’est plus grave; il y a, par exemple,  une bagarre entre amoureux derrière un piano, mal réglée à laquelle on ne croit pas un instant , et  dont la jeune fille ressort avec un œil au beurre noir… Et , comme il faut donner du grain à moudre à tout le monde,  certaines scènes sont doublées, ce qui n’arrange rien mais ralentit encore un rythme déjà bien défaillant.  La diction, surtout au début est  approximative.Et, de ces jeunes comédiens, que l’on fait  souvent crier  sans raison, c’est à celui qui cabotinera le plus. Alors qu’il sont sûrement intéressants, et   c’est vraiment dommage, à cause de cette mise en scène aussi bâclée que vulgaire, oui, vraiment vulgaire, de ne pouvoir en repérer quelques-uns. Ils ont l’air de bien s’amuser mais  le tout  a un côté amateurs ravis de faire joujou devant un public de copains et parents forcément indulgents… Quand même plutôt gênant pour une présentation de travail d’une classe de conservatoire national!
Cet Imprésario de Smyrne est une comédie mais ce n’est pas une raison pour  se croire autorisé à faire n’importe quoi: la rigueur doit aussi et surtout s’exercer sur ce terrain là.On vous épargnera la description des costumes tape à l’œil, aux couleurs criardes et bling-bling, très laids et/ou mal adaptés aux personnages; on peut très bien jouer Goldoni en costumes d’époque ou pas ,mais, de là,  à tomber dans le décrochez-moi çà! Non vraiment,  pauvre Goldoni , pauvres  jeunes comédiens qui méritent mieux que cela.  Quand on voit la mise en scène aussi fine qu’intelligente de La Villegiature de  Thomas Quillardet et Jeanne  Candel créée au printemps à Vanves (voir le Théâtre du Blog) et reprise au Festival Impatience de l’Odéon, on se dit que Nada Strancar aurait mieux fait de trouver un autre terrain d’exercice. Heureusement, cette pitoyable  chose ne s’est jouée que deux fois, mais nous sommes ressortis de ces deux longues heures, consternés par autant de médiocrité.
Quelque chose à sauver? Oui quand même mais… à la fin: dans la scène où le pauvre impresario annonce la faillite du projet, il y a comme un léger frémissement et , à la toute fin, quand les seize jeunes comédiens chantent en chœur mais  ces petites émotions  ne peuvent  évidemment rattraper une énorme bavure.

 

Philippe du Vignal

Conservatoire national, salle Louis Jouvet

L’Échange

L’Échange, Paul Claudel (2e version), mise en scène de Xavier Lemaire.

le769changethe769a770tremouffetard21.jpg Une mise en scène pleine de justesse qui fait ressentir le texte de Claudel avec une étonnante simplicité.Louis Laine, du sang d’indien dans les veines, est fraîchement rentré aux États-Unis avec sa jeune épouse Marthe, ramenée d’Europe. Tous deux vivent dans un cabanon, près de la belle maison de Thomas Pollock Nageoire-qui emploie Louis -et sa femme Lechy Elbernon.
La rencontre se fait  entre deux couples, quatre personnes, quatre morceaux d’une même âme soudain séduits par un désir d’échange.Xavier Lemaire a choisi ici la deuxième version du texte, revue par Paul Claudel et Jean-Louis  Barrault pour les représentations  de  1951, version plus moderne donc. Pour autant, qu’on ne s’y trompe pas, la poésie est là. Et Xavier Lemaire réussit le défi d’un spectacle  respectueux du texte ,  sans manquer d’indépendance.
Le décor est comme surgi de la pièce même : un pauvre cabanon , un fil où pend du linge, trois morceaux d’une jetée de bois sur la mer,  une  balançoire… Le Texas de l’avant-dernier siècle, et si plein d’évidence qu’on l’oublie doucement.  Les comédiens ont  une parfaite maîtrise de l’espace. Et Marthe apparaît dans toute sa force, loin de la petite chose geignarde qu’on voit parfois. Isabelle Andréani ne lui ôte pourtant pas de sa sensibilité, mais exprime cette espèce de masculinité que le personnage peut avoir. Grégori Baquet joue Laine dans sa fragilité, ses emportements subits de l’enfance,  et la violence enfouie. Gaëlle Billaut-Danno, superbement vêtue en cavalière, mène le jeu avec bottes et cravache, et possède toute la sensualité du personnage. Xavier Lemaire prête  ses traits à Thomas Pollock et rend sa bonhomie à cette figure d’homme d’affaire trop souvent asséchée.    Les deux couples enchaînent les échanges dans une grande complicité, au risque d’oublier un peule spectateur : leurs regards se tournent peut être trop rarement vers ce cinquième personnage, qui doit parfois tendre l’oreille pour bien entendre:c’est  le seul reproche qu’on peut faire au spectacle. Les intentions sont comprises et, pour une fois, intelligibles, animées d’une gestuelle précise et juste. Et la mise en scène guide le jeu avec intelligence. Un accord de piano fait brusquement résonner le silence, sans l’encombrer de superflu. Lâché au centre de la scène, le chapeau de Pollock veille sur le second acte, rappelant cet absent qui tire encore les ficelles…
Au troisième acte , la difficulté  qu’il y a à mettre en scène ce long  échange  de lettres, est surmontée: dans la brume du soir, Marthe lève ses yeux brillants sur le spectateur et se confesse à lui. La parole lyrique est bien maîtrisée, et ce n’est donc pas pour fuir la difficulté que Xavier Lemaire a choisi la seconde version de la pièce : « Je la ressens plus essentielle, plus charnelle, plus joueuse, plus théâtrale, bref, plus moderne dit-il ».
Le spectacle fait ainsi briller le texte claudélien d’une clarté qu’on ne lui soupçonnait pas et rend sa simplicité à une œuvre parfois dénoncée comme  intellectuelle.

 

Élise Blanc. 

 

Au Théâtre Mouffetard jusqu’au 3 Juillet; puis au Festival Off d’Avignon du 8 au 31 Juillet. 

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