Au moins j’aurais laissé un beau cadavre

aumoins.jpgFestival d’Avignon

 

Au moins j’aurais laissé un beau cadavre, d’après Hamlet de Shakespeare, adaptation, mise en scène, conception visuelle et scénographique de Vincent Macaigne. 

 

Vincent Macaigne avait déjà commis un Idiot d’après Dostoievski en mars 2009 au Théâtre national de Chaillot ( voir le Théâtre du Blog); le jeune metteur en scène s’était fait remarquer par une utilisation massive de pseudo-sang, peinture et vrombissements électroniques insupportables à l’oreille humaine.
Cette fois-ci, Macaigne  a « adapté » comme il dit, la pièce culte du théâtre occidental.   Cela se passe dans le mythique Cloître des Carmes qui accueillit l’an passé la grande Angelica Liddell avec son formidable spectacle La Maison de la force, révélation du dernier Festival. « Animé, nous dit la feuille programme, par la farouche volonté de faire entendre la voix du théâtre dans un monde en crise, le comédien Vincent Macaigne est devenu metteur en scène pour s’exprimer sur un plateau transformé en champ de bataille des corps et des idées » (sic) avec « une débauche d’artifices revendiqués et magnifiés » (sic).
Pas prétentieux pour un centime d’euro, le Macaigne! Mais au fait, que voit-on sur ce plateau des Carmes? En fond de scène, quelques drapeaux  danois  et français, des distributeurs de boissons et des réfrigérateurs, des trophées de chasse accrochés aux murs, une longue table nappée de blanc avec des coupes de fruits et des bouteilles. Côté jardin, une sorte d’harmonium blanc auréolé de guirlandes lumineuses. Côté cour, une vitrine avec un squelette humain, et une autre plus basse, remplie de crucifix,petites statues de saintes vierges, tableaux religieux, etc… Sur une pelouse en mauvais état, une grande bâche blanche chiffonnée, et en bord de scène, une tombe avec une croix, pleine d’une eau boueuse rougeâtre où surnage le corps du papa d’Hamlet. Il y a aussi deux  couronnes mortuaires et de gros bouquets de fleurs artificielles. Et des vapeurs d’encens d’église. Sur le dessus du cloître, que les comédiens rejoignent par une escalier métallique en spirale,une sorte de grand préfabriqué blanc rempli de vieux cartons en vrac, doté de grandes baies vitrées avec stores coulissants. Aucun doute: quand on entre  dans le cloître, tout ce fatras kitsch , pourrait être rangé dans la catégorie « installations », et figurer dans quelque musée d’art contemporain.
Ce que l’on voit ensuite est plutôt pathétique, et dans la droite ligne d’Idiot. On invite  les spectateurs qui arrivent à monter sur scène pour danser et chanter, histoire de se les concilier? Comme dans un club de vacances! Le ton est donné, dans le style facile et racoleur:  les huit acteurs se débrouillent comme ils peuvent mais, reconnaissons-le, plutôt pas mal,  même quand Macaigne, qui doit penser naïvement que c’est tout nouveau et provocant,  les fait jouer nus, pour donner vie à ce texte, inspiré par celui de Saxo Gramaticus, le premier auteur de cette chronique danoise du 12 ème siècle, vite et mal écrit, et agrémenté  de courts extraits d’Hamlet.
Mais  ce bricolage est   d’une rare vacuité (Macaigne au moins ne se fait pas trop d’illusions sur ses qualités) et se complaît dans la parodie, l’anachronisme vulgaire , et le « théâtre dans le théâtre » le plus facile, du genre engueulade avec les techniciens auquel personne ne peut croire un instant: « Tu fermes ta gueule tout de suite, c’est mon texte », ou conseil aux comédiens: « Sois précis:ils ont payé 27 euros ». Ah! Ah! Ah!… Et il faudrait compter le nombre de fois où les personnages disent merde. Evidemment laminés, ils  ne sont plus que des avatars de ceux de la célèbre pièce.
Bien entendu, tous tombent, retombent à un moment ou à un autre dans la tombe, y pataugent et en ressortent pleins de boue, habillés ou nus. Même si Jacques Livchine ( voir commentaire) qui dit s’ennuyer à tant de spectacles de l’institution théâtrale, trouve cela génial….Il nous permettra de n’être pas du même avis.Il y a aussi pour ceux nombreux parmi nos lecteurs que cela intéresse, de nombreux jets automatiques de serpentins.
Les acteurs courent sans arrêt dans les gradins, et Macaigne a fait d’Ophélie  une  demeurée, et  d’Hamlet un  pauvre benêt: l’excellent comédien Pascal Réneric essaye de lui donner une consistance et monte aux créneaux pour remplir le vide abyssal de cette mise en scène qui n’échappe à aucun stéréotype du théâtre contemporain; bien entendu, on a  droit à de la musique d’opéra, à une découpe de métal à la tronçonneuse,  et à des jets de  bouteilles de faux sang prises dans des petites caissettes, (merci M. Brecht!), histoire de faire bien comprendre à ce demeuré de public- dont le premier rang est protégé par des plastiques bleus- que l’on est bien au théâtre, et pas dans la vie réelle.
Vous avez dit lourdingue? Le théâtre a-t-il besoin de cette débauche de moyens? Au fait, combien de fongible par soir, M. Macaigne?   Il y a quand même un beau moment, mais qui, là aussi, appartient davantage à une installation: on gonfle dans le noir, la grande bâche blanche qui se déplisse lentement et un château médiéval surgit, château dont le sol sera bientôt inondé de jets de sang…Le public applaudit comme à un tour de magie.
A la fin-encore un symbole?-les personnages couverts de sang  se tassent les uns contre les autres dans un grand aquarium, ce qui donne une belle image comme l’est aussi ce tas de détritus et de vieux cartons jetés par les baies du praticable, et couvert de brume…Le spectacle tient quand même  de la mauvaise bande dessinée pipi/caca/boudin, même si Macaigne réussit  à en maîtriser à peu près le rythme. Cela dit, après quatre heures, on sort de là mal nourri, déçu et étonné que ce  spectacle, complaisant, peu exigeant et qui, à lire Macaigne, a quand même de sérieuses prétentions, ait pu être accueilli au Festival. Saluons quand même le travail des comédiens sur le plateau (Thibault Lacroix qui faisait partie d’ Idiot a préféré partir et on le comprend) mais aussi des techniciens qui doivent refaire la mise pour le lendemain et nettoyer les costumes.
Au moins, Macaigne aura fourni du travail aux intermittents et les Assedic peuvent lui en être reconnaissantes! Pour le reste, autant en emporte le vent… Tout le monde n’est pas Angelica Liddell…   Et le public?  Une petite partie des spectateurs-et le plus souvent des jeunes gens- lasse de ces effets à répétition, a vite déserté, ce qui est rassurant, et le reste du public est resté jusqu’au bout, mais a applaudi mollement.
Logique: le petit magasin Macaigne, fondé sur l’énergie de jeunes comédiens et la provocation facile, a ses limites. Cela dit Macaigne sait faire les choses et pourrait très bien  quand il se sera un peu calmé et aura viré sa cuti, diriger une revue de music-hall mais très franchement, ce spectacle ne laissera pas une trace indélébile dans le théâtre contemporain.
Enfin, si le cœur vous en dit!

Philippe du Vignal

Cloître des Carmes jusqu’au 19 juillet (sauf le 14).


Archive pour 11 juillet, 2011

Maldito sea el hombre que se confia en el hombre

angelicaliddell1.jpgFestival d’Avignon

 

Maldito sea el hombre que se confia en el hombre: un projet d’alphabétisation, texte, mise en scène, scénographie et costumes d’Angélica Liddell.

 

En vitesse parce que les spectacles longs se succèdent aux spectacles longs , et il ne reste pas beaucoup de temps pour en rendre compte mais on y reviendra la semaine prochaine. Nous vous avions parlé l’an passé de cette Maison de la force, magnifique travail de la metteuse en scène espagnole; elle revient avec Maudit soit l’homme qui se confie en l’homme: un projet d’alphabétisation. Avec un titre emprunté à la fameuse phrase du livre de Jérémie.
Il s’agit,  là encore, d’un exorcisme où chaque lettre de ce drôle d’alphabet: Loup, Violence correspond à une idée d’agression et où plane la méfiance. Angelica Liddell dénonce avec rage le mal et l’humiliation que l’homme inflige à se proches. Alors autant, dit-elle,  détruire la famille et elle se réjouit qu’un accident de voiture en tue tous ses membres, de façon à ce qu’ il n’ y ait pas de mariage et qu’enfin cette chaîne de malheur soit coupée.
Les images sont sans doute un peu moins fortes que celles de La Maison de la force qu’abritait le somptueux cloître des Carmes, encore que… mais le texte possède un style et une pensée incomparables dans tout le théâtre contemporain. Eh! Bien!  Qu’est-ce qui vous prend du Vignal, toujours à faire la fine bouche? Si, si, allez y  s’il reste encore des places et vous verrez… Quelle intelligence du dramatique, quel sens de l’espace, quelle direction d’acteurs! Et cela, malgré l’indispensable surtitrage, le texte est là: imposant, dur et cassant.  » Je n’ai pas connu un seul enfant qui soit devenu un bon adulte ». Et il y a encore des phrases plus cinglantes .
Visiblement,  Angelica Liddell a encore des comptes à régler avec la société, la famille, le sexe et en particulier avec l’homme ou les hommes qu’elle a aimés. On vous en reparle plus longuement. Mais si vous êtes en Avignon, ne ratez surtout pas ce spectacle.

 

Philippe du Vignal

 

Salle de Monfavet à 17 heures jusqu’au 13; relâche le 11. Navette contre les remparts à gauche en regardant la gare.

 En tournée: le 6 janvier 2012 si vous avez le bonheur d’habiter Pau ou ses environs.

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