Remake

Festival Teatro a Corte de Turin.

 

Remake , texte et mise en scène de Myriam Tanant.

 

La pièce est jouée dans le  beau Teatro Astra- une ancienne église-dirigé par Beppe Navello, qui est à la tête de ce festival. Il y a de furieux grondements de tonnerre, et sur la scène, deux actrices travaillent seules enfermées dans le théâtre, à la lueur de bougies puisque l’électricité a été coupée à la suite de l’orage.Il y a deux comédiennes , Giulia  la bonne cinquantaine et une jeune comédienne Maria Alberta..
  Giulia arrive trempée par la pluie avec des bottes qu’on lui a prêtées et parle avec elle du théâtre en général, de l’acteur et de celui du spectateur mais aussi et surtout, du géant Strehler et de l’un de ses chefs d’œuvres La Tempête de Shakespeare, puisque, nous dit-elle, elle y jouait le rôle d’Ariel. Giulia est là petite, très humble, et parle d’une voix douce. Ensuite, on s’apercevra qu’il y avait une panne de micro HF qu’un technicien viendra régler. Cela tombe bien: l’on voit alors sur le fond de scène, les images sublimes, rendues encore plus sublimes par le noir et blanc de la mise en scène de Strehler. Les explications de texte précédentes sur le contenu de La Tempête sont longuettes et ont un petit côté universitaire bcbg agaçant mais bon,tout d’un coup, quand les images apparaissent, et que Giulia raconte comment elle répétait le rôle d’Ariel accrochée par un harnais, en confiance totale, à plusieurs mètres du sol, avec le machiniste qui manipulait les fils, on est fasciné. Elles vont aussi répéter ds scènes de La Tempête avec beaucoup de délices   Théâtre dans le théâtre? Et pour une fois, on ne va  pas râler….Il  y a en effet une telle sincérité dans ce que dit Giulia que l’on est émerveillé par cet accent de vérité qui nous tombe dessus. Oui, c’est bien l’actrice plus toute jeune qui est sur scène et qui regarde, presque incrédule, les images du jeune Ariel qu’elle était à la création, volant dans les airs. Exceptionnel et plus qu’émouvant,on a beau dire:La plus belle de ces images étant celle où celle elle arrive en volant dans les bras de Prospéro… de la façon la plus naturelle possible, comme si c’était évident.Grâce bien entendu à un long travail-exemplaire d’harmonie à trouver entre  la comédienne et le machino. Giulia ajoute avec beaucoup d’humilité  qu’elle restait parfois longtemps ainsi aux ordres, dans les cintres avec son mentor de machiniste, tous les deux attendant  que la répétition finisse sans que que Strehler pense à la faire délivrer…
  C’était en 78, pendant les « années de plomb » quand Aldo Moro fut assassiné.Giulia nous parle de tout cela, calmement et sans nostalgie inutile. Le temps a passé, Strehler est mort depuis longtemps déjà, plusieurs de ses acteurs sont morts eux aussi, mais elle est là sur scène, en train de parler à cette jeune actrice qui est un peu son double et de lui transmettre  le meilleur de ce qu’elle a vécu, en travaillant avec ce créateur  exceptionnel qui fut aussi directeur du Piccolo Teatro de Milan. Nous l’avions souvent vue, en particulier dans Les Géants de la montagne, Arlequin, serviteur de deux maîtres, La Cerisaie et cette fameuse Tempête… Ceux qui, trop jeunes, n’ont pu voir ces spectacles qui appartiennent déjà à un autre monde, semblaient tout aussi émus; on est en Italie certes mais quand le spectacle viendra en France qui fut pour Strehler comme une seconde patrie (il fut directeur du Théâtre de l’Europe), le public devrait l’être aussi.
  Pour avoir eu cette idée sublime et pour l’avoir réussi à la concrétiser, on pardonnera beaucoup de choses- à Myriam Tanant-notamment cette manie souvent inutile d’amplifier les voix; elle avait travaillé au Théâtre du Campagnol puis , avec Strehler mais  sa mise en scène manque au début de rythme et aurait parfois besoin d’être plus précise (mais c’était encore une avant-première)… Ce retour permanent entre présent et passé, où les morts ouvrent les yeux des vivants  comme disait Tchekov, a tout d’une fabuleuse réflexion sur la transmission, sur le temps et sur la fragilité de l’être humain, et rejoint la phrase fameuse de Shakespeare: » Nous sommes de l’étoffe dont sont faits nos songes… Le spectacle évoluera c’est sûr dans le bon sens.
  Un grand merci en tout cas à Beppe Navello d’avoir permis l’éclosion de ce spectacle dans son festival.

 

Philippe du Vignal

 

 

 


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