Hamlet

Hamlet de Shakespeare, traduction de Jean-Michel Desprats, mise en scène de Jean-Luc Revol. 

 

480842292137f90e33c7.jpgC’est la 22 ème édition de ces Fêtes nocturnes de Grignan, château de Madame de Sévigné, restauré au 19 ème siècel puis au début du  20 ème  par une certaine  Marie  Fontaine, et, fait assez exceptionnel dans la France des festivals d’été, cet Hamlet va se jouer 40 fois devant  600 spectateurs par représentation. Si l’on compte bien , cela doit donc  faire quelque 24.000 personnes qui auront pu voir Philippe Torreton dans le rôle titre. Et c’est  assez rare pour être signalé…
La longue façade Renaissance du château situé sur un piton rocheux en haut d’un adorable village,avec ses fenêtres à croisillons, est impressionnante  et constitue un fond de scène  aussi exceptionnel que le fameux mur médiéval de la Cour d’ Honneur du Palais des papes à Avignon.
On ne va quand même pas vous raconter les mésaventures d’Hamlet dans son château d’Elseneur, mais plutôt vous parler de la mise en scène de Jean-Luc Revol. La nuit n’est pas encore  tombée , et  le spectacle commence à 21 heures devant  un public très composite, de le Drôme ou des environs,  la cinquantaine ou plus, comme ailleurs mais où il y a quand même de nombreux jeunes gens.
Le spectacle  ne  commence pas très bien: Hamlet, Marcello, Horatio et Bernardo déboulent sur la scène, en débitant leurs répliques, sans guère de nuances , et , comme la  scénographie de Sophie Jacob avec un sol de fragments de carrelage ancien, mais  en contre-plaqué qui résonne à chaque pas, n’est pas très réussie, rien ne parait pas vraiment dans l’axe. On oubliera aussi les croix à motif des tombes qui surgissent tout d’un coup, on  oubliera aussi les costumes noirs un peu mode d’ Aymeric François et  la voix de basse amplifiée ridicule du spectre d’Hamlet: bref, tout cela n’est pas très fameux…  Et les scènes suivantes confirmeront cette impression de mise en scène et de direction d’acteurs plutôt approximatives, même si
torretonphilippehamletgrignan2011andyparant680x1024.jpgcela a tendance à s’arranger par la suite…
Philippe Torreton n’ a plus tout à fait l’âge du rôle; peu importe, il s’en sort  habilement en jouant un Hamlet,  bouffon, délirant qui prend le public à partie.. Son personnage ne semble pas vraiment pris d’angoisse  et de folie maladive mais cela fonctionne quand même. grâce au magnétisme que l’acteur exerce sur le public. Et , à entendre les rires , on se dit que le texte, dans la traduction  très ciselée de Jean-Michel Desprats , que l’on entend  bien, finit par passer, mais cela tient parfois du miracle.   Jean-Luc Revol  dit très justement que le pièce est fondée sur la vengeance, et on entent souvent le mot mais ce  que l’on ne sent  pas dans sa mise en scène: c’est la peur- indéniable dans Hammet puisque chacun s’épie-et le fait , comme il le dit aussi que cette vengeance politique finit par tuer tous les autres sentiments…   Mais il  y a  Torreton, et c’est, on le sait, un grand acteur qui a raflé  plusieurs  Césars avec  son Capitaine Conan de Bertrand Tavernier et un Molière  pour son Richard III;  ici il  prend tout sur ses épaules , avec une solidité qui force l’admiration, puisqu’il est présent à peu près tout le temps pendant le spectacle, et s’il n’était pas là, avec son expérience et son indéniable présence, on peut se demander ce qui se serait passé…
Manque en effet une réelle unité de jeu  qui nuit à ce mécanisme de la terreur que Revol voudrait faire ressentir, et là, on est loin du compte, dans les deux premiers actes surtout:   Catherine Salviat (Gertrude, la mère d’Hamlet), comme Georges Claisses (on mari Claudius) et Jean-Marie Cornille (Polonius), sont tous  un peu raides, et font bien  leur travail mais chacun de leur côté.! Quant à Anne Bouvier (Ophélie), désolé, mais on a  du mal à croire à son personnage, elle est quelque part mais pas là, sauf dans la célèbre scène de la folie. Manque aussi une dramaturgie qui prenne vraiment en compte la pièce et ses personnages , même si l’on peut comprendre le parti pris de Jean-Luc Revol qui a choisi de faire des coupes à la hache, de façon à ce que le spectacle,sans entracte , ne dure pas plus de deux heures et demi. Du coup,  c’est toute la pièce qui s’en trouve déséquilibrée, surtout à la fin quelque peu bâclée, comme si Revol craignait de ne pas être dans les temps.
Mais, cela dit,  on voit rarement, malgré le froid assez vif, un public aussi attentif et buvant la moindre des répliques de cet Hamlet; il a fait une véritable ovation- frappe de pieds sur les gradins et six rappels à Philippe Torreton et à ses camarades. Le spectacle, même avec ses manques, est, il faut le signaler, loin  de toute esbrouffe et de toute vulgarité comme dans l’adaptation (sic) de la célèbre pièce par Philippe Macaigne au Festival in d’Avignon. (voir le Théâtre du Blog) . Alors à voir? Oui, malgré tout, si vous n’êtes pas trop exigeant, à la fois pour Philippe Torreton et pour la magie du lieu… Donc à vous de décider.

Philippe du Vignal

 

Château de Grignan • 26230 Grignan Réservations : 04 75 91 83 65 http://chateaux.ladrome.frj jusqu’au au 20 août 2011 à 21 heures. 19 € | 13 € | 15 € | 7 €


Archive pour juillet, 2011

Le songe d’une nuit d’été

Festival d’Avignon

Le Songe d’une nuit d’été de Shakespeare, mise en scène de Carlo Boso.

songe.jpg  Ce Songe joue sur le jour et la nuit pour créer deux systèmes de réalités différentes. Le jour, Thésée tente de faire régner l’ordre et l’harmonie en organisant pour la prochaine lune son mariage avec Hippolyta. Une atmosphère troublée par l’irruption d’Egée, venue se plaindre au roi de l’attitude de sa fille Hermia, qui préfère Lysandre à son promis Démetrius.

Côté nuit, la dissension règne aussi dans le monde féérique de la forêt depuis que Titania préfère un jeune page au roi des elfes Obéron…qui compte bien la ramener à lui et utilise pour cela les pouvoirs aphrodisiaques d’une fleur qu’il connaît. Il charge Puck, l’esprit farceur, de cette mission..
Depuis sa création en mai 2010 à l’Académie Internationale des Arts du Spectacle, dirigée par Carlo Boso, Le Songe a été joué dans divers festivals et régions de France. La Compagnie Fracas d’Art rassemble de jeunes comédiens qu’il a formés dans un spectacle qui conjugue avec bonheur,  jeu théâtral, mime, danse et chant.
Le cadre lui-même est propice à la rêverie : une scène de bois à double estrade sous le ciel étoilé de la Cour d’honneur de la Faculté des Sciences. Malgré l’heure un peu tardive, ce spectacle est une véritable boule d’énergie. Les acteurs ont un jeu chorégraphique et rythmé qui ne laisse pas place à l’ennui.
Même si le travail sur la voix n’est pas toujours au point (avec une diction parfois malmenée par des accents maladroits et peu intéressants), la gestuelle est parfaitement maîtrisée. En revanche, les allusions au festival d’Avignon sont d’un effet comique trop forcé. La troupe, dynamique, puise sa force dans un jeu bien réglé, et les acteurs sont rodés. Loic Fieffé, comédien à la voix assurée, assume avec présence et fluidité le ridicule de Bottom. Citons aussi Laure Caillet, savoureuse et débordée,  en Quince et en Egée, et Amira Walter Girard, qui joue tout en souplesse un Puck espiègle et à la toison rouge.
Le spectacle existe aussi en version spéciale d’une heure pour les enfants de  6 à 11 ans.

Elise Blanc.

Cour d’Honneur de la Faculté des Sciences jusqu’au 30 juillet, puis à Paris, Hôtel de Beauvais, dans le cadre du Festival des Tréteaux Nomades du 22 au 28 août;  à Rosny-sous-Bois, les 8-9 octobre,  et à l’Espace Jean-Marie Poirier de Sucy-en-Brie (94) le 4 février 2012.

 

 

 

La part égale

La part égale,  de Chloé Martin, adaptation et mise en scène d’Anne Marcel.

Justine déménage. Elle a presque fermé le dernier carton et s’apprête à quitter l’appartement quand elle réalise que son chat a disparu. Son chat ou plutôt sa chatte… Et c’est le premier d’une longue série de jeux de mots.
Chloé Martin décortique la langue française, interroge grammaire et conjugaison pour mieux rendre compte des aberrations sexistes avec lesquelles nous composons le quotidien. Elle arpente  la scène comme si elle délirait seule dans sa chambre, elle se proclame « aménageuse des mentalités » et dénonce ceux qui disent que la femme doit ses menstruations à « la malédiction de la connaissance ».
Sans tomber dans un féminisme extrême et revendicatif, elle impose un humour décapant, multipliant les personnages et les situations loufoques (on assiste notamment à une bataille mythique dont nous tairons les opposants par souci de suspense) pour notre plus grand plaisir.
Son langage a la franchise et le sans-gêne des questions d’enfant, sans manquer de se faire percutant lorsqu’elle énonce que la France connaît un viol toutes les huit minutes. Un solo pour tous les sexes, gratuit le samedi pour le sexe masculin.

Elise Blanc

Théâtre du Petit Louvre, Salle Van Gogh jusqu’au 31 juillet.

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Où on va papa


Festival d’Avignon

Où on va papa
? adaptation de Xavier Carrar de l’ouvrage  de Jean-Louis Fournier, mise en scène de Layla Metssitane.

 

1003769.jpgD’abord le mode d’emploi: évitez absolument d’emmener des adolescents ou des personnes un peu sensibles si vous ne voulez pas vous attirer des ennuis… Ce Où on va papa?  est sans  doute un des spectacles  les plus durs et les plus chargésd ‘émotion de tout le festival. Vous vous souvenez peut-être de la polémique lors de la parution du  livre qui avait valu le prix Fémina à Jean-Louis Fournier, auteur de nombreux essais et collaborateur de Pierre Desproges. C’est son histoire mais romancée de père qui a tenté de dire , souvent avec une grande franchise, voire même avec  un certain cynisme,  ce que la vie lui avait donné, quand il n’existait pas ou peu d’examens significatifs pendant la grossesse; ceux qui ont été affrontés à ce genre de cauchemars le comprendront facilement!
Non, ce n’était pas au Moyen-Age mais  il y a une quarantaine d’années :  sa femme et Jean_Louis Fournier eurent  un premier enfant  qui se révéla vite gravement handicapé physique et mental, puis un second, victime comme son frère des mêmes handicaps, avec tout ce que cela peut représenter de souffrances et de sentiment de culpabilité . Le couple décida quand même d’avoir un troisième enfant qui est maintenant une jeune femme parfaitement normale. La vie  avait enfin cessé de bégayer mais le couple  ne résista pas à cette épreuve inhumaine. A l’impossible , nul n’est tenu… Et l’épouse de Jean-Louis Fournier décida entre temps de quitter ce qui devait être un enfer, alla vivre avec un autre homme mais près de l’institution qui avait accueilli ses deux fils Matthieu et Thomas, nommément cités par son ex-mari, de façon à être près d’eux, ce que ne dit pas le roman. On peut voir les photos de  ces deux enfants et leur terrible métamorphose sur le blog que leur mère a ouvert. Layla Metssitane qui avait réalisé l’an passé avec bonheur une adaptation de Stupeurs et tremblements d’Amélie Nothomb, s’est attaquée à ce texte pas facile à monter si l’on ne veut pas tomber dans le pathos et garder une distance avec cette douleur au quotidien qu’a ressenti Jean-Louis Fournier au fil des années.
Il n’y pas un mot sur les sentiments de la mère, absolument exclue, ce qui  provoqua la polémique quand parut le roman, et qui peut rendre encore plus difficile le passage à la scène. Sur le plateau, une chaise de cuisine des années cinquante en  stratifié bleu et tubes inox, et une vieille valise éclairée de l’intérieur avec quelques objets, dont deux boîtes surprises cylindriques en plastique qui symbolisent les deux enfants.  C’est tout.
Xavier Carrar est le père; il expose les faits, rien que les faits, avec  réserve et précision,  sans se laisser emporter par l’ émotion. Et c’est bien que la metteuse en scène l’ait ainsi dirigé. Les phrases n’en sont que plus cinglantes, plus crues et disent tout le désespoir d’un homme encore jeune, épuisé et qui n’arrive pas à comprendre ce qui lui est tombé sur la tête: le bonheur de voir son existence prolongée par la venue d’enfants mais  qui est très vite devenu une double peine.
Et comment s’en sortir sans un certain cynisme: « Quand je parle de mes enfants, dit-il, je dis qu’ils ne sont  » pas comme les autres « , ça laisse planer un doute .Einstein, Mozart, Michel-Ange n’étaient pas comme les autres. Mes enfants ne ressemblent à personne. Moi qui voulais toujours ne pas faire comme les autres, je devrais être content [...]Maintenant que Mathieu est parti chercher son ballon dans un endroit où on ne pourra plus l’aider à le récupérer, maintenant que Thomas, toujours sur la Terre, a la tête de plus en plus dans les nuages, je vais quand même parler de vous. Pour qu’on ne vous oublie pas, que vous ne soyez pas seulement une photo sur une carte d’invalidité « .
Mathieu et Thomas, dont on se dit qu’ils devaient, malgré tout, être attachants, moururent, le premier il y a une quinzaine d’années, le second il y a trois ans. Mais vivre au quotidien avec deux enfants puis adolescents dont, comme dit la dame qui s’en occupait, »leur cerveau, c’est de la paille » et affronter leur maladie mentale devait être l’horreur absolue. On peut être sensible à la folie d’Ophélie dans Hamlet, ou à celle d’Ajax imaginée par Sophocle mais le théâtre, de mémoire , si friand de folie, ne met pas souvent en scène un tragédie de cette espèce, et Layla Metssitane s’en sort bien; le spectacle est encore un peu brut de décoffrage, et il faudrait que Xavier Carrar puisse arriver à une interprétation plus ample, plus en phase encore avec ce texte hors normes, soutenu par les musiques de Bach, Litz et Schubert. Une des Suites pour violoncelle de Bach aurait peut-être suffi, ce qui aurait donné une plus grande unité au spectacle mais bon…
Alors y aller ou pas? Oui, mais encore une fois, méfiez-vous: c’est peut-être une chose de lire le  livre  chez soi mais  c’en est une autre de  le voir ainsi incarné avec efficacité par un jeune acteur à quelques mètres de vous… Le théâtre contemporain ne traduit pas souvent une telle désespérance face aux cadeaux empoisonnés de la vie, la dégradation du cerveau de proches étant ce qu’il y a sans doute de plus redoutable.
Comme le disait un peu cyniquement le père ,médecin, de notre amie Edith Rappoport: « Heureusement qu’il y a le cancer  et le sida pour nous épargner cela! »

Philippe du Vignal

Présence Pasteur à 12 h 30.

 

Il Convivio

Festival Teatro a Corte de Turin.

 

Il Convivio, création collective in-situ de Francesco Gargiulo, Franck Manzoni, Olivier Pauls, Bénédicte Simon, Carlotta Viscovo, mise en scène de Catherine Marnas. 

 

ilconvivioestunevariationbilinguedubanquetfabulateurphotopierregrosbois.jpgD’abord un petit retour sur le passé récent…Catherine Marnas, metteuse en scène confirmée,associée au Théâtre de Gap, dont la compagnie est basée à Marseille, avait été choisie en janvier  dernier par la Ville de Marseille et par l’Etat pour diriger le Théâtre de la Criée… Mais le Ministre- sans doute téléguidé par l’Elysée- n’avait pas entériné cette nomination et  et l’avait priée purement et simplement  de laisser la place à Macha Makeieff.La profession théâtrale avait trouvé le coup un peu rude mais bien dans les spécialités du Ministère de la Culture qui, dans ce domaine, n’en est malheureusement pas à son coup d’essai:  Bravo Frédo et vive la démocratie!
Il Co
nvivio est un repas/spectacle, comme nous en avons vu beaucoup. mais celui-ci est est exceptionnel de par sa qualité ,  donné dans un beau château en  briques du 19 ème siècle.à Pollenzo à une quarantaine de kilomètres de Turin dans la riche plaine du Pô. Pour le roi d’Italie Carlo Alberto di Savoia, mort en 1849, le domaine du château de Pollenzo représentait une œuvre imposante à réaliser : construction de nombreuses fermes, d’une tour donnant sur la place de l’église et du grand bâtiment dit de l’Agenzia.
Cette dernière est la partie la plus importante du complexe, conçue pour devenir un centre agricole à l’avant-garde pour l’époque. En 1997, le site entier a été inscrit au patrimoine de l’humanité de l’UNESCO. L’Agenzia qui a été choisie, après une restauration terminée en 2004, comme siège de la première  Université des sciences gastronomiques et de la Banque du Vin.au monde.
Le territoire est d’ailleurs l’un des centres de la gastronomie et de la vinification italiennes : Alba et ses truffes, Bra et sa foire internationale du fromage,  et les célèbres vignobles de la région. Revenons au spectacle:  y a une grande table d’une quinzaine de mètres nappée de blanc  qui servira aussi, par moments, de scène aux cinq acteurs français et italiens qui diront des fragments de texte- la palette est large et les extraits de textes bien choisis : Nancy Huston mais aussi Dante avec les vers fameux: de L’Enfer « Toi qui entres ici, entre sans espoir »,… mais aussi entre autres Montaigne, Corneille avec Le Cid,  et Victor Hugo avec Lucrèce Borgia, et avec moins d’évidence un extrait d’Œdipe , qui vient de se crever les yeux et dont le sang macule la chemise blanche.
pollenzo51.jpgLes comédiens, habillés, pour les hommes ,de pantalons noirs et chemises blanches, et pour les femmes de très belles robes anciennes, sont  tous impeccables, en particulier Carlotta Viscovo et Franck Manzoni , et dirigés avec précision par Catherine Marnas; ils  se renvoient la balle, avec beaucoup d’élégance de l’italien au français, tout en aidant à servir les plats.
Au fait, que déguste-t-on? D’abord, dehors dans le soir qui tombe,  des amuse-gueules avec un vers de vin rosé pétillant. Puis à table, des petits raviolis servis à sec et bien chaud s(et non imbibés  de sauce tomate qui les dénature habituellement)dans une serviette blanche repliée sur une assiette, (le luxe! ), puis un morceau de bœuf confit sans légumes (c’est un peu dommage cette absence de mariage) et enfin , une sorte de délicieuse crème glacée peu sucrée. Et du vin rouge de la région servi dans de grands et beaux verres. Le tout- sans abondance mais loin de la pingrerie trop fréquente  de la nouvelle cuisine – est évidemment d’une qualité rare. « L’art de dîner n’est aucun léger art et le plaisir pas un léger plaisir  » , disait déjà notre  Montaigne qui se régala sans doute plus d’une fois, quand il voyageait en Italie.

 

Philippe du Vignal

André le magnifique

Festival d’Avignon

 

André le magnifique, de Denis Podalydès, Isabelle Candelier, Loïc Houdré, Patrick Ligardes et Michel Vuillermoz, mise en scène de Sébastien Bernard.

Alexis Ader, maire de Vigoulet, veut sauver le théâtre municipal de la destruction. Il décide donc d’écrire et de mettre en scène une pièce historique, Le retour du chevalier de Saint-Germaine. Pour l’aider, il fait appel à sa femme Jeanine, à André, le jardinier municipal,  à Norbert, et surtout à l’acteur professionnel Jean-Pascal Faix. La condescendance parisienne de ce dernier va bien vite heurter l’enthousiasme de nos provinciaux.
La pièce, montée à l’origine par ses auteurs, obtint en 1998 le molière du meilleur spectacle comique. C’est une farce à l’accent méditerranéen, une mise en abyme sans prétention de l’autre côté du théâtre et de l’acteur. Sébastien Bernard, qu a  aussi conçu la scénographie: un plateau et ses coulisses,  avec des décors en carton et des costumes tout droit sortis d’un grenier,et c’est tout l’arrière-plan d’un spectacle qui tourne au ridicule : le chevalier se trouve casqué d’une boîte de conserves et attaqué par un ours de fête foraine, grosse peluche souriante qui multiplie les rires.
Dans une ambiance bon enfant, les acteurs ont une bonhomie campagnarde pour  faire naître  cette pièce historique. Donatien Mousset est brillant en André Lagachigue, jouant le  jardinier niais et le beau chevalier,  et Claude Laucournet interprète avec ludisme un Jean-Pascal Faix insupportable de pédanterie.
Le spectacle  fait mouche, rires garantis !

Elise Blanc

Théâtre de l’Etincelle jusqu’au 31 juillet

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Les nuages retournent à la maison

Festival d’Avignon

Les nuages retournent à la maison, de Laura Forti, mise en scène de Justine Heynemann.


« Les nuages retournent à la maison/Comme les poissons qui nagent dans la mer/Le jour ils balaient les anges/La nuit ils se fondent en étoiles » . Dans un hôtel de Florence, Cristina travaille temporairement comme femme de chambre. Elle tombe nez à nez avec une étrangère, une albanaise qui passe la journée recluse dans sa chambre, dans un monstrueux désordre. Cristina ne s’en trouve pas désarmée pour autant et peu à peu, patiemment, finit par apprivoiser la jeune femme.
Cette rencontre entre deux femmes que tout oppose ne se fait pas sans révélations. En s’inspirant de témoignages de femmes albanaises à Florence, l’auteur italienne nous met face au thème politique de l’immigration clandestine et pose la question de l’échange avec l’autre. Un paravent, des photos éparses, la chambre d’hôtel est comme un écrin parfaitement adapté aux deux actrices.
Sur scène, se joue leur monde intime et secret. La voix de Laura Pausini chante la solitude de Nadia, l’étrangère, qui noie son identité perdue en collectionnant les noms et les images des autres : Monica Bellucci, Carla Bruni, autant d’icônes inaccessibles et de lueurs d’espoir. Cristina, vilain petit canard, petite fille encore, ignorante, ne peut qu’être fascinée par cet éblouissant mystère féminin.
A Federica Martucci,  on doit la traduction du texte et l’interprétation de Nadia. Poignante, elle impose sur scène toute la sensualité fragile du personnage. Sur scène et dans la salle, des liens se nouent. Et tout finit par disparaître dans l’Abracadabra.

 

Elise Blanc

 


Théâtre des Béliers jusqu’au 31 juillet.



La fête

Festival d’Avignon

La Fête de Spiro Scimone par le collectif De Quark

Le collectif De Quark est un groupe de comédiens /metteur en scène de Toulouse qui présente le premier volet de deux pièces d’un auteur contemporain italien, Spiro Scimone La fête. La pièce  explore le quotidien d’une famille, le père, la mère et le fils s’apprêtent à faire la fête pour leur anniversaire de mariage ,  quand leur fils décide de quitter la célébration sans raison claire.
Ce discours de banalité de la vie ménagère qui témoigne d’une véritable  incommunicabilité des êtres, et va basculer peu à peu dans une outrance joyeuse et absurde. Servie par de bons comédiens et par une scénographie simple et originale qui utilise la vidéo à bon escient, cette fête de 55 mn est réussie.
Une courte scène finale évoque Bar  du même auteur que le collectif doit créer à la rentrée.

 

Jean Couturier

Manufacture jusqu’au 28 juillet

Sur le bout de la langue

Festival d’Avignon


Sur le bout de la langue, Cinq soli présentés par les élèves de 3 ème année de l’Ecole Nationale Supérieure des Arts de la Marionnette.

Les élèves de cette école présentent cinq  contes d’origine différente. Chacun en a choisi le thème, la scénographie et  l’a réalisé. Carine Gualdaroni avec Le jour ou je suis morte  nous fait découvrir un conte inuit beau et mélancolique avec une grâce touchante. Simon Delattre nous invite à voir, dans une écriture très personnelle avec Solo Ferrari  les ravages induits par le silicone dans la tête d’une jeune femme devenue une star éphémère.
Quant à l’artiste Sud-Africaine Naomi Van Niekerk, elle  tente de nous faire entrer dans son univers peuplé de moules en plâtre. Le spectateur voyage dans la Chine Impériale grâce aux grains de semoule de Simon Moers avec  Sous la neige qui tombe. Enfin la roumaine Cristina Losif nous captive avec ses fils rouges issus de son corps.
Ces travaux témoignent de la créativité de ces élèves qui bénéficient d’une excellente formation dans le cadre de leur cursus. Allez  découvrir les Philippe Genty ou William Kentridge de demain.

Jean Couturier

Caserne des pompiers jusqu’au 26 juillet

Mais n’te promène donc pas toute nue

Festival d’Avignon

Mais n’te promène donc pas toute nue ! de Feydeau, mise en scène de Gérard Gelas.

 spectacle5182.jpg Le Député Ventroux, en passe de devenir ministre, s’inquiète du comportement de sa femme, qui a la fâcheuse manie d’arpenter la maison en tenue légère. Et pour nourrir ses ambitions politiques, il doit également se ménager la députée Hochepaix et ses critiques amères, prendre garde à l’ombre de Clemenceau et surveiller de près ses domestiques… Gérard Gelas adopté le parti pris d’une mise en scène hétéroclite qui transforme le texte.
Dans une lumière rouge tamisée, et  une musique d’ascenseur,  Gelas a placé des  chorégraphies qui se veulent sensuelles, mais qui cassent le rythme et qui s’intercalent comme pour orienter le texte loin du sens. Tout tourne à la machination contre le député : l’épouse fricote avec le domestique et complote avec la députée pour le pousser au suicide avant de quitter la maison conjugale.
A trop vouloir jouer sur l’absurde et le grotesque, Gérard Gelas a perdu le texte. La farce, ainsi forcée, ne fonctionne pas, et s’étire en longueur…On ne comprend pas ce qu’il a voulu faire:le salon bourgeois 19e siècle se trouve paré de bancs en bois, la maîtresse du député a une grande perruque , et nombre de jeux scéniques sont surfaits ou incompréhensibles.
Quant aux acteurs, ils peuplent cet univers grotesque en rivalisant de mimiques, sans que l’intrigue ne semble évoluer. Guillaume Lanson (Ventroux), Olivia Forest (Clarisse Ventroux), Emmanuel Besnault (Victor et Romain de Jaival), Marie Pagès (la députée Hochepaix) usent d’une technique gestuelle à l’extrême et paraissent toujours attendre un rire du spectateur.  Et la mise en scène  semble tourner sur elle-même, toujours plus excessive et sans limites…

Elise Blanc.

Théâtre du Chêne noir  jusqu’au 29 juillet.

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