Chiche l’Afrique

Festival d’Avignon

 

Chiche l’Afrique, texte et interprétation Gustave Akakpo, mise en scène de Thierry Blanc.

 D’une entrée à la Bob Wilson au rap cagoulé d’Areva en passant par une émission aux invités choisis, Gustave Akakpo porte en Avignon tout le poids de la politique franco-africaine. Seul en scène, sous la vaillante protection d’ « amis militaires » dissimulés en coulisse, il varie les situations et les personnages avec limpidité et bonne humeur, même si le spectacle est parfois énigmatique pour qui ne maîtrise pas bien l’Afrique présente et passée. Car on en fait le tour : ingérence, corruption, restes coloniaux, tout y passe. Et la France n’est pas en reste : BHL, Pasquat, Chirac et surtout Sarkozy, on retouve tous ceux qui de près ou de loin ont joué un rôle dans  le continent de la « sombre minorité  » jusque dans une projection finale, grand résumé de soixante ans de relations France-Afrique. C’est une dénonciation par le rire, un parti pris cinglant d’accents variés pour nous ouvrir un peu les yeux, à brûle pourpoint de l’actualité. On nous rassure sur l’extrême sécurité atomique de la France, pays aux 58 centrales dont les 34 vieillissantes sont connues pour être les plus maîtrisées, on nous démontre comment les élections font la démocratie, pour finir par évoquer « le coq qui ne laisse passer aucune poule ». « Nul ne s’habitue au noir, c’est une peur qui remonte à l’enfance. La France a toujours peur du noir alors que l’Afrique est obligée de faire avec. » On retrouve toute la verve d’Akakpo dans un texte qui veut parler à tous et où France et Afrique s’éclairent l’une l’autre.

 

Élise Blanc

Le Petit Louvre – Chapelle des Templiers jusqu’au 31 juillet.

 


Archive pour juillet, 2011

Rhinocéros

Festival d’Avignon

rhinoceros.jpgAvec une jeune troupe de comédiens coréens, Alain Timar donne un coup de fouet bienfaisant au symbolisme de Rhinocéros, la pièce politique de Ionesco.« Le monstre peut surgir de nous. Nous pouvons avoir le visage du monstre », écrit Ionesco dans Entre la vie et la mort.
C’est bien ce sur quoi réfléchit le metteur en scène avignonnais, Alain Timar, en montant l’une des œuvres-clé de ce cher Ionesco d’origine roumaine, avec des acteurs vifs et impliqués de nationalité coréenne. Comment percevoir la faille en chacun qui, d’homme moyen et citoyen passif, fait passer son propre modèle inoffensif à la préfiguration de la bête ? Comment en arrive-t-on à l’idée de totalitarisme monstrueux, qu’il s’agisse du nazisme, du communisme de l’ex-URSS ou des conflits plus récents encore comme ceux de l’Algérie, du Cambodge, du Rwanda ou de la Bosnie, sans parler des soulèvements actuels en cours dans les pays du Maghreb ?
Comment ne pas voir en soi comme chez l’autre collègue tout proche la corne du monstre qui pointe ? Un éternel problème de tout temps et de tout pays à résoudre aujourd’hui, d’autant plus difficilement que le visage de l’ennemi est devenu confus ou invisible.
Comme le remarque Alain Timar : « Les foules ont construit un nouveau Temple, celui de la consommation dans lequel elles ont déifié le pouvoir de l’argent et les biens matériels ». Voilà pourquoi sur une scène blanche et glacée, cernée de paravents mobiles, une bande anonyme de bureaucrates aux tenues bien mises de gestionnaires des temps modernes,: costume et cravate sombres, chemise blanche pour les hommes; petite jupe et veste soft pour les femmes, envahit l’imaginaire du spectateur. Tous pareils, à l’image des figures des clips publicitaires déversés sur les écrans du du monde entiers: des jeunes gens « bien sous tous rapports », avec le mobile et le portable en guise de panoplie ,et une certitude hargneuse en soi comme supplément  d’âme qui se voudrait efficace.
Un seul des employés diffère des conventions, Béranger, mal réveillé, un peu ivre, qui médite malgré lui. C’est une fonction naturelle à laquelle il prend plaisir à s’adonner ; il continue, envers et contre tout – et les autres le regardent avec compassion et pitié -, à mettre en avant les valeurs de l’amitié, du lien social et de l’amour, au service d’un humanisme à réhabiliter. La mise en scène directe est sous contrôle, à travers les entrées et les sorties des personnages entourés de miroirs qui laissent du même coup au public la possibilité de se voir et de prendre plus crûment conscience de ses responsabilités.
Bref, un moment de théâtre revivifiant dû à l’intensité des acteurs généreusement engagés dans ce jeu collectif, rythmé et  swingué. Une belle conviction rageuse pour la sauvegarde d’un monde à venir perfectible. Bravo.

Véronique Hotte

Théâtre des Halles rue du Roi René Avignon à 11 heures jusqu’au 28 juillet.

La Jeune Fille que la rivière n’a pas gardée

Festival d’Avignon

 

La Jeune Fille que la rivière n’a pas gardée ,chorégraphie d’ Hélène Cathala

La projette Nina Santes dans le courant interactif d’une rivière de sons et d’images, une traversée dansée de l’adolescence.

lajeunefillequelarivie768re.jpgSelon la vision d’Hélène Cathala, La Jeune Fille que la rivière n’a pas gardée fait évidemment référence à la triste et poétique Ophélie chère au cœur d Hamlet , étrangement éconduite par son amant troublé et en conséquence, rattrapée par la folie puis versée dans un cours d’eau qui l’emportera au milieu des nymphéas. L’amante mélancolique catalyse ainsi les douleurs sourdes des temps de l’adolescence, cette époque incertaine et chaotique d’éveil à la vie, à sa sensualité et à la conscience qu’on en peut avoir. Sur ce chemin, qui va de l’enfance à la maturité, la jeune fille danseuse, qu’incarne avec sentiment et élégance tout comme avec rage etaa détermination, Nina Santes, joue sur le plateau avec une vingtaine de capteurs à infrarouge, installés grâce au créateur sonore de la pièce, Arnaud Bertrand, intervenant en direct avec sa musique électro.A chaque détecteur que frôle le corps féminin en mouvement, correspond un son différent, une musique personnelle d’orgue géante que déclenchent les mouvements de l’interprète quand elle s’approche d’un capteur puis passe à un autre. S’ensuit une gestuelle créative et inventive, inattendue et provocante, faite de heurts et de glissements, de sauts et de pauses, d’étourdissements et de langueurs, selon l’utilisation par Nina Santes de ses mains, de ses jambes ou de son buste. La danseuse essaye telle mélodie, se rassure, puis tente davantage de violence dans la perception du monde brutal qui l’entoure, capable de la faire frémir et de l’écorcher à vif.Musique et chorégraphie se composent directement sous les yeux du spectateur, attentif à la re-création de cet univers personnel bousculé qu’il va falloir contrôler, au goût acidulé, à la façon des bonbons trop colorés de l’enfance qui reviennent en mémoire. Un spectacle en forme d’hommage à la jeunesse fragile mais courageuse qui transcende dans la maladresse et l’inconfort les obstacles que le fait de vivre dresse devant elle afin de la rendre prétendument plus forte, plus mature et plus autonome.Voilà des valeurs bien sévères et rigides que la danse de La Jeune fille que la rivière n’a pas emportée allège et rend diaphanes en les propulsant dans la sphère cosmique du firmament, comme dans la chambre des merveilles que recèle en lui tout être au seuil de la vie, en piétinant d’impatience face à son propre destin. Un travail délicat sur le printemps énigmatique de l’existence, une réalité partagée.

 Véronique Hotte

 Théâtre Girasole : du 6 au 29 juillet 2011, relâche le 21, à 15h20.

Remake

Festival Teatro a Corte de Turin.

 

Remake , texte et mise en scène de Myriam Tanant.

 

La pièce est jouée dans le  beau Teatro Astra- une ancienne église-dirigé par Beppe Navello, qui est à la tête de ce festival. Il y a de furieux grondements de tonnerre, et sur la scène, deux actrices travaillent seules enfermées dans le théâtre, à la lueur de bougies puisque l’électricité a été coupée à la suite de l’orage.Il y a deux comédiennes , Giulia  la bonne cinquantaine et une jeune comédienne Maria Alberta..
  Giulia arrive trempée par la pluie avec des bottes qu’on lui a prêtées et parle avec elle du théâtre en général, de l’acteur et de celui du spectateur mais aussi et surtout, du géant Strehler et de l’un de ses chefs d’œuvres La Tempête de Shakespeare, puisque, nous dit-elle, elle y jouait le rôle d’Ariel. Giulia est là petite, très humble, et parle d’une voix douce. Ensuite, on s’apercevra qu’il y avait une panne de micro HF qu’un technicien viendra régler. Cela tombe bien: l’on voit alors sur le fond de scène, les images sublimes, rendues encore plus sublimes par le noir et blanc de la mise en scène de Strehler. Les explications de texte précédentes sur le contenu de La Tempête sont longuettes et ont un petit côté universitaire bcbg agaçant mais bon,tout d’un coup, quand les images apparaissent, et que Giulia raconte comment elle répétait le rôle d’Ariel accrochée par un harnais, en confiance totale, à plusieurs mètres du sol, avec le machiniste qui manipulait les fils, on est fasciné. Elles vont aussi répéter ds scènes de La Tempête avec beaucoup de délices   Théâtre dans le théâtre? Et pour une fois, on ne va  pas râler….Il  y a en effet une telle sincérité dans ce que dit Giulia que l’on est émerveillé par cet accent de vérité qui nous tombe dessus. Oui, c’est bien l’actrice plus toute jeune qui est sur scène et qui regarde, presque incrédule, les images du jeune Ariel qu’elle était à la création, volant dans les airs. Exceptionnel et plus qu’émouvant,on a beau dire:La plus belle de ces images étant celle où celle elle arrive en volant dans les bras de Prospéro… de la façon la plus naturelle possible, comme si c’était évident.Grâce bien entendu à un long travail-exemplaire d’harmonie à trouver entre  la comédienne et le machino. Giulia ajoute avec beaucoup d’humilité  qu’elle restait parfois longtemps ainsi aux ordres, dans les cintres avec son mentor de machiniste, tous les deux attendant  que la répétition finisse sans que que Strehler pense à la faire délivrer…
  C’était en 78, pendant les « années de plomb » quand Aldo Moro fut assassiné.Giulia nous parle de tout cela, calmement et sans nostalgie inutile. Le temps a passé, Strehler est mort depuis longtemps déjà, plusieurs de ses acteurs sont morts eux aussi, mais elle est là sur scène, en train de parler à cette jeune actrice qui est un peu son double et de lui transmettre  le meilleur de ce qu’elle a vécu, en travaillant avec ce créateur  exceptionnel qui fut aussi directeur du Piccolo Teatro de Milan. Nous l’avions souvent vue, en particulier dans Les Géants de la montagne, Arlequin, serviteur de deux maîtres, La Cerisaie et cette fameuse Tempête… Ceux qui, trop jeunes, n’ont pu voir ces spectacles qui appartiennent déjà à un autre monde, semblaient tout aussi émus; on est en Italie certes mais quand le spectacle viendra en France qui fut pour Strehler comme une seconde patrie (il fut directeur du Théâtre de l’Europe), le public devrait l’être aussi.
  Pour avoir eu cette idée sublime et pour l’avoir réussi à la concrétiser, on pardonnera beaucoup de choses- à Myriam Tanant-notamment cette manie souvent inutile d’amplifier les voix; elle avait travaillé au Théâtre du Campagnol puis , avec Strehler mais  sa mise en scène manque au début de rythme et aurait parfois besoin d’être plus précise (mais c’était encore une avant-première)… Ce retour permanent entre présent et passé, où les morts ouvrent les yeux des vivants  comme disait Tchekov, a tout d’une fabuleuse réflexion sur la transmission, sur le temps et sur la fragilité de l’être humain, et rejoint la phrase fameuse de Shakespeare: » Nous sommes de l’étoffe dont sont faits nos songes… Le spectacle évoluera c’est sûr dans le bon sens.
  Un grand merci en tout cas à Beppe Navello d’avoir permis l’éclosion de ce spectacle dans son festival.

 

Philippe du Vignal

 

 

Sun

Festival d’Avignon.

 

Sun, texte et mise en scène de Cyril Teste, collaboration artistique de Joël Jouanneau et Servane Ducorps.

 

Le 1er janvier 2009, à Hanovre, un garçon  et une fille de six et sept ans, appartenant à une famille recomposée, considèrent qu’il s’aiment, et à l’aube, s’en vont à l’aéroport pour aller en Afrique se marier. C’est de cette histoire étonnante que  Cyril Teste et le collectif MxM se sont inspirés pour construire ce spectacle qui est en fait davantage un très beau poème visuel. Dans sun.jpg Cyril Teste parlait déjà des interrogations des enfants  , puisque  l’un d’eux se trouvait confronté à la disparition de son père.  » Nous avions questionné des enfants, dit-il, pour connaître leur utopie, leur relation au monde, car une fois devenus adultes, nous oublions un peu ce que c’est que d’être enfant ».
Sun est en fait le premier texte que Cyril Teste écrit lui-même pour la scène mais c’est la base d’une écriture totale, puisque l’auteur/metteur en scène travaille avec toute une équipe de comédiens, scénographe compositeur, vidéaste, éclairagiste, cadreur. Comme pour ses précédents spectacles (voir le Théâtre du Blog).
Les projections de lignes graphiques et d’images, d’une très grande rigueur, deviennent vite magiques, et l’image ne donne jamais l’illusion de quelque chose mais nous renvoie au texte et/ou l’amplifie. On sait combine la vidéo est un piège où tombent nombre de jeunes-et moins jeunes- metteurs en scène, tout contents de faire joujou avec une caméra pour privilégier un moment ou un autre de leur spectacle.
Ici, rien de cela: le texte est en étroite symbiose avec les images, et ce qui fait toute la force de la proposition de Cyril Teste qui est aussi d’une  grande beauté plastique,  et l’on est vite entraîné dans cette incroyable aventure de ces deux enfants, tous les deux formidables de présence et de vérité sur scène: Matteo Eustachon, 11 ans et Zina-Lucia Méziat 10 ans. Cela a été d’autant plus émouvant pour nous que nous connaissons un peu Zina , fille et petite fille de comédiens, qui, à neuf ans, avait déjà élaboré un petit spectacle indien à l’occasion d’un anniversaire…
Cyril Teste a concrétisé en une heure quinze  le temps qui s’est écoulé entre le moment où les deux enfants ont décidé de partir et leur départ réel. Et cela donne un très beau travail, une sorte de conte sur la relation au monde que peuvent avoir des enfants qui vont très vite devenir des adolescents. Mais comment ne pas être ému par leur regard, mais aussi leur espièglerie,  et l’espèce de magnétisme qui semble les unir. Il y a là une fragilité et une beauté des sentiments et comme un arrêt sur image du temps que Cyril Teste a su capter avec beaucoup de sensibilité et de savoir-faire, ce qui n’est pas incompatible.
Le spectacle est fini en Avignon mais va tourner; s’il passe près de chez vous, ne le ratez pas: c’est une des rares bonnes surprises de ce festival, loin, très loin du bluff et de la prétention de cet avatar d’Hamlet proposé par Vincent Macaigne…

 

Philippe du Vignal

 

Salle Benoît XII. 

 

Ensuite le 7 octobre à Cavaillon; les 13 et 14 octobre à Vélizy-Villacoublay, le 20 octobre à Tarbes; les 16 et 17 novembre à la Cité Internationale à paris; le 29 novembre à Maubeuge; le 3 février à Saint Médard-en-Jales/Blanquefort et du 9 au 18 février au Centquatre à Paris.

La Vie de Galilée

Festival d’Avignon

 

La Vie de Galilée de Brecht, par la Compagnie du Grand Soir.

 

Un spectacle magique, burlesque et réfléchi. A vous éblouir les yeux.A l’aube du 17e siècle, ce savant mathématicien, les yeux plongés dans sa lunette, transforme le monde. La Lune se couvre de montagnes, la Terre se retrouve à tourner autour du Soleil, « le ciel est aboli »… C’est trop pour certains esprits, et l’Inquisition s’acharne. La voix de Galilée se lève et se heurte aux préjugés des autorités, et à ceux de l’invité de France Culture, qui nous annonce en voix off que la crise touche les dernières sociétés staliniennes et non le capitalisme. Cet écho d’il y a quatre siècles prend dès lors une résonnance contemporaine. Dans un tourbillon « poélitique » (poésie et politique), pour reprendre leurs termes, les cinq comédiens s’interrogent et débattent, mettent en scène la révolte sur l’entêtement.
Dynamiques, accordés, ils enchaînent ainsi une vingtaine de rôles. Régis Vlachos impose un Galilée à la John Lennon, tout en cheveux et qui regarde le monde avec des yeux d’enfant émerveillés derrière ses lunettes rondes. Un symbole fait chaque personnage, des tutus acquièrent un usage surprenant, des tuyaux font résonner les têtes, et les livres finissent par masquer les visages pour dresser l’Inquisition.
Les chants du peuple, écrits par Eisler pour la création de la pièce, prennent un nouveau souffle dans une adaptation moderne qui joue d’allusions. Entre apparitions du démon et pantomimes, l’espace théâtral assume ses distances avec humour. Et la scène éclate soudain d’étoiles…


 

Élise Blanc

 

 

Espace Roseau, Salle Nicolas Gogol jusqu’au 31 Juillet.

24 HEURES POUR JEAN VILAR


24 HEURES POUR JEAN VILAR  Auteurs en espace public

 

 24 HEURES POUR JEAN VILAR jv150 personnes, artistes et fidèles admirateurs, sont venues pendant 24 heures, lire des extraits des œuvres du grand serviteur du public qu’était Jean Vilar dont l’esprit semble avoir plutôt déserté le festival, trente ans après sa mort. Il n’aurait pas souhaité voir son festival transformé en bruyante foire commerciale, avec ce foisonnement indescriptible de 1200 spectacles du Off qu’il avait vu naître au début des années 70, (le “hors festival”comme on l’appelait alors) et son festival rendu inaccessible par les prix des places et une programmation dépourvue de l’âme qu’il avait toujours su donner…Les auteurs en espace public, membres de la SACD, ont lancé cette initiative bénévole, dans le même esprit que celui de l’Action pour le Jeune Théâtre, association de défense des compagnies, avait lancé son Hommage à Jean Vilar au Théâtre du Soleil, une semaine après sa mort.
Antoine le Ménestrel, acrobate  a ouvert et clôturé ces 24 heures à 19 heures, en escaladant les hauts murs de la maison Jean Vilar, se faufilant sur des points d’accroches improbables, derrière une grande bannière bleue à l’effigie de Jean Vilar, chutant suspendu à un croc, devant le portail de la maison, qui proposait une exposition avec des films .
Et le marathon des lecteurs anonymes a commencé devant une assistance d’abord réduite, puis grandissante au fil des heures, avec un long fleuve de textes distribués à l’entrée. On pouvait choisir son texte, ainsi que sa position de lecteur, sur les bancs dans la cour, aux fenêtres, sur la coursive surplombant la maison, ou assis sur une escarpolette que l’on hissait au dessus des spectateurs. Les textes étaient ensuite accrochés au flanc de la maison. Toute la nuit et toute la journée, les lecteurs se sont relayés, on a pu voir Roland Monod, grand acteur et ancien président de la Maison, lire au petit matin devant des bancs vides et Marie-Do Fréval allongée dans son lit blanc installé dans la cour, lire des textes rendus obscurs car mal sonorisés au début.
L’émotion surgissait parfois, mais les lecteurs sont restés anonymes, hormis Vincent Baudriller, le directeur sortant dont Jacques Téphany, le directeur de la maison, a révélé l’identité. Un beau marathon solidaire où soufflait l’esprit !

 

Edith Rappoport

La Guerre de Troie n’aura pas lieu

Festival d’Avignon

La Guerre de Troie n’aura pas lieu de Jean Giraudoux par la Compagnie des Fils d’Achinaos.


La Guerre de Troie n’aura pas lieu
n’est pas souvent jouée, à cause surtout du nombre de personnages mais elle est sans doute la meilleure des pièces de cet auteur un peu oublié aujourd’hui et dont Jouvet monta la plupart du théâtre. Elle a de plus le don  d’attirer  les jeune comédiens ou ceux qui espèrent le devenir, sans doute grâce à quelques scènes-culte.
En l’occurrence, il s’agit ici  d’un collectif formé d’actuels et anciens élèves du très fameux lycée parisien Louis-le-Grand qui est entré dans l’histoire du théâtre contemporain , puisque c’est là qu’ont débuté Patrice Chéreau, Jean-Pierre Vincent, Jérôme Deschamps, metteurs en scène et Yannick Mancel dramaturge. Et cela en quelques années…
On ne va pas vous faire  l’affront de vous raconter l’histoire. Mais Jean Giraudoux, qui connaît actuellement une sorte de purgatoire, s’en est emparé avec un humour et l’a traité à sa façon dans une langue qui ne manque pas de qualités. Et cela dit plus de choses que l’on pourrait croire sur l’attirance sexuelle, la hantise de l’avenir, la guerre et  la paix. Cela sent parfois le mot d’auteur dont Giraudoux ne se prive pas et qui éprouve un certain plaisir à frôler la parodie… » Une pièce pas contemporaine, pas classique, pas classable » ,dit avec raison ce collectif de comédiens qui n’en sont pas encore et dont presque tous ne le seront jamais…
L’interprétation est évidemment à la limite de ce que l’on peut attendre; le jeune homme qui joue Hector, presque parodique,  n’est pas crédible une seconde, et les autres n’ont pas assez travaillé: diction parfois  approximative, manque de rigueur dans le jeu, gestuelle pas très au point; seule, Cassandre impose, dans un rôle pas des plus faciles, une présence étonnante sur le plateau. Solide, imperturbable, même quand il y a des  accros techniques; si les petits cochons ne la mangent pas, si elle en a encore la volonté, etc… , elle devrait faire partie un jour des très bonnes comédiennes françaises.  Pour le reste, mieux vaut oublier les costumes disparates, les masques comedia del arte de certains personnages et  la peinture affligeante qui figure sur les portes de la guerre. Mais la mise en scène,malgré des erreurs, tient quand même la route. Et c’est un des miracles qui arrivent au  théâtre: on se surprend à écouter ce texte archi-connu avec un certain plaisir. Autre miracle pour le off, il y avait plus de 40 spectateurs qui regardaient cet ovni: quelque 16 jeunes gens capables de monter la pièce et de descendre la présenter à Avignon. Quand on a une volonté et une énergie aussi patente, on se dit qu’un jour il y  aura bien quelques-uns de ce collectif qui  ressurgiront.

Philippe du Vignal

Théâtre  Le Célimène à 15h 30 25 bis rue des Remparts de l’Oulle; relâche les 15 et  25 juillet.

La Star des oublis

La Star des oublis d‘Ivane Daoudi mise en scène de Jean-Damien Barbin

 

.Ivane Daoudi est un auteur dont le nom ne dit rien aux jeunes générations. Elle avait écrit une dizaine de pièces,  (qui ne furent pas beaucoup jouées mais dont l’une pourtant Le Chant du départ  fut montée au Théâtre de la Ville par Jean-Pierre Vincent),  avant de disparaître en 1994 à 48 ans.  Elle écrivit aussi pour le cinéma et la télévision.Jean-Damien Barbin met en scène cette Star des oublis autrefois mise en scène  aussi par Hélène Vincent. Il s’agit de deux jeunes femmes assises dans un cinéma après la projection de Shangai Express de Joseph Von Sternberg; elle sont seules dans le noir. Il semble qu’elles ne se connaissent pas mais elles sont très vite comme aimantées l’une par l’autre. Elles sont profondément seules, c’est sans doute ce qui les réunit  aussitôt, et  rêvent de partir pour un ailleurs, pour un voyage de rêve- lequel elles ne le savent pas trop- mais un ailleurs qui passe aussi par la séduction immédiate  des corps.
Ada est violente
photostardesoublis1.jpg et dure,  profondément séductrice jusqu’à la perversion, et Cherry affiche le désir infini de se laisser séduire, même si elle sait probablement qu’elle en sera la victime consentante. Cela se passe dans une chambre d’ hôtel juste figurée par un praticable où l’on accède par un escalier de quelques marches qui se déploient et par un grand éventail de plastique rouge dans le fond. Juste ce qu’il faut pour évoquer cet univers glauque où elle sont plongées toutes les deux. dans ce cas, plus la passion se développe, plus règne l’envie irrésistible de tuer l’autre comme suprême accomplissement du destin. Aucune autre issue, on le pressent,  une fois leur passion amoureuse portée au zéntih et consommée. Ce qui évidemment ne tardera pas…
Jean-Damien Barbin-par ailleurs professeur au Conservatoire a dirigé ses deux comédiennes à leur demande  avec une maîtrise et une précision remarquable, jusque dans les silences..En évacuant tout réalisme, et c’est bien ainsi. Daphné Barbin et Alexandra Cahen ont une présence scénique indéniable et sont parvenues à rendre crédible cette rencontre amoureuse qui tournera au meurtre qui tient presque d’ un rituel. Il faut évidemment être sensible à l’univers d’Ivane Daoudi, ce que nous ne sommes pas beaucoup.  Reste un travail d’interprétation et de mise en scène de grande qualité assez rare dans le off pour être signalé.

Philippe du Vignal

Théâtre La Luna à 12h 35,  1 rue Séverine jusqu’au 31 juillet.

Le Suicidé


Le Suicidé
de Nicolaï Erdmann, mise en scène de Patrick Pineau.

Nicolaï Erdmann est un écrivain russe  (1902-1970) qui connut un grand succès avec Le mandat mais sa seconde pièce Le Sucidé, malgré le soutien de Meyerhold et de Boulgakov fut interdite quelques jours avant la première sur ordre du pouvoir stalinien. Erdman fut condamné à l’exil et ne vit jamais sa pièce représentée; c’était une satire virulente contre le régime soviétique qui tient à la fois de la farce et de la comédie…
C’est l’histoire de Semion Semionovitch qui a, une nuit une petite fringale, et veut manger un peu de saucisson de foie et éviter une scène de ménage.Il est en effet au chômage et culpabilise que ce soit sa femme, Maria Loukaniova qui le nourrisse. Mais  Maria  et sa mère pensent qu’il est dépressif et au bord du suicide. Elles vont donc rameuter  son voisin et ses amis pour le retrouver et l’empêcher de passer à l’acte et lui, petit homme assez falot, va tout d’un coup se retrouver au centre de l’attention de son entourage. La formidable machine  s’enclenche alors et Sémione pense alors qu’il vaut mieux qu’il disparaisse de façon à pouvoir continuer à exister aux yeux des autres.
Quand tout le monde le croira mort à la suite d’une mémorable cuite à la vodka, le voilà qui surgira de son cercueil au grand effroi de ses proches. Le texte est plein de trouvailles savoureuses du genre:  » Ce qu’un vivant tait, seul un mort peut le dire » ou « Plus que jamais, nous avons besoin de défunts idéologiques ». » On s’accoutume et pan! Le socialisme arrive! « . « Je regarde Paris d’un point de vue marxiste ».
Et l’on voit Sémione appeller le Kremlin avec cette phrase que n’aurait pas désavoué Pierre Dac:  » Quand un colosse appelle un colosse » et il déclare tout de go: « Eh! Bien oui, Marx ne m’a pas plu  » Il y a aussi nombre de parodies de  discours pontifiants: aucun doute là-dessus:  Erdmann,  comme Gogol qu’il admirait beaucoup, savait observer et écrire des dialogues à la fois absurdes et du plus haut comique, où il montre la vie des humbles pris dans un tourbillon personnel et politique dont ils n’arrivent pas à sortir. Les dialogues sont d’une écriture très précise et parfois cinglante qui peuvent devenir un délice pour une bande de comédiens  comme celle que Pineau a entraînés dans ses aventures depuis une bonne dizaine d’années: entre autres Anne Alvaro, Syvie Orcier, Aline Le Berre , Hervé Briaux…
Reste à savoir comment monter ce Suicidé  aujourd’hui quelque 80 ans après qu’Erdmann ait écrit la pièce. Patrick Pineau qui joue le rôle-titre avec bonheur, l’a mise en scène un peu comme une farce délirante, ce qui semble juste.Le spectacle a du mal à démarrer et à trouver son rythme exact, sans doute à cause de la scénographie de Sylvie Orcier. Côté jardin de cette immense carrière: splendide lieu-culte du festival depuis la création du Mahabharata par Brook, un grand mur gris sinistre surmonté de lampadaires fluo blanc évoque très bien cette société dure et sans grande perspective d’avenir pour l’individu embrigadé de force dans le grand rêve socialiste.
Au milieu de la carrière, il y a  des sortes de blockhaus gris qui vont se révéler être de  toutes petites pièces: la chambre de  Sémionov au papier peint vieillot et,  juste à côté, le ridicule salon de son voisin où se jouent une bonne partie de l’action.
Mais il y a une singulière disproportion- sans doute voulue par Sylvie Orcier qui a aussi assuré la scénographie- entre l’espace de jeu possible et celui où l’on joue réellement; l’on se demande ce que le public perché en haut des gradins de l’autre côté peut bien voir… Patrick Pineau a-t-il vraiment demandé à travailler dans cette carrière? Mais, ce n’était, en tout cas, pas l’idée du siècle en ce qui concerne les scènes d’intérieur. Pour les deux derniers actes avec notamment les scènes d’enterrement, jouer dans ce grand espace prend alors tout son sens, et le cortège  derrière le cercueil avec un prêtre (excellent Louis Beyler) qui se dandine en balançant son encensoir est une belle trouvaille. Et l’on sent que les vingt comédiens et musiciens ont un réel plaisir à jouer et à faire de la musique ensemble.
Alors à voir? A vous de voir…On est un peu déçu mais c’était inévitable: la pièce n’est pas vraiment faite pour un endroit aussi magique mais terriblement contraignant, et  le spectacle ne pourra  prendre tout son sens que sur une scène de théâtre…

Philippe du Vignal

Carrière Boulbon ( avec navette devant la Poste jusqu’au 15 juillet).
Ensuite à partir du 17 novembre: à Bourges, Chambéry, Lausanne, Grenoble, Villefranche, Bobigny, Sénart, Châtenay-Malabry, Evry, Tremblay-en-France, Le Havre, Lille, Lyon, Nantes, Perpignan, Miramas et Châteauvallon.


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