Discours de la servitude volontaire

Discours de la servitude volontaire

 

 

La Boétie à l’honneur grâce à son Discours de la servitude volontaire (1550), mis en scène par Stéphane Verrue.

 

discourssurlaservitudevolontaire.jpgNul ne peut rester indifférent à l’analyse moderne de la réalité de la tyrannie que propose Étienne de La Boétie en son seizième siècle avec Discours de la servitude volontaire. En nos temps préélectoraux incertains et au regard des pays arabes Tunisie, Yémen, Égypte, Syrie…, ces contrées non reconnues démocratiquement et dont les peuples avaient été pensés comme « ignorants » et crispés dans leur soumission à des maîtres prétendus éternellement « savants », sont aujourd’hui en voie de désaliénation progressive du joug politique étatique. La pensée sur le monde bouge : apparaissent des états forts à déstabiliser enfin, et à bousculer, selon la raison.
Évidemment, la conviction philosophique de La Boétie s’en réfère déjà à l’Antiquité et à ses armées levées, prêtes à établir tel ou tel tyran capable d’asservir un peuple entier, mais il fait allusion aussi à son époque contemporaine à l’écoute des conflits religieux internes, comme aux guerres « européennes » en cours. À quoi est dû le pouvoir d’un seul ? À des circonstances hasardeuses le plus souvent, mais encore à l’appui peu honnête de trois ou quatre ou bien de quatre ou cinq lieutenants directement aux ordres de ce seul puissant qui les conforte de son regard appuyé, eux, les courtisans, les serviteurs zélés, qui, à leur tour, asservissent chacun, cinq ou six cents hommes à la même soumission et au même aveuglement. Et ainsi de suite … , c’est une question d’équilibre et d’échange entre personnes qui pensent « faire des affaires ». Est-ce le pouvoir de la « grande gueule » d’un seul qui suffit à impressionner des auditeurs paresseux et aisément influençables ? Se ferait-il que l’être non critique soit à la recherche inconsciente d’un tyran qui le tyrannise, ou dans la situation opposée, serait-ce que le dit « fort » cherche sans cesse un autre à tyranniser ? Mystère, énigme, malaise, La Boétie pose le problème et médite avec nous, en suivant l’argumentation naturelle du cours précis de sa parole.
Si on en revient à Locke, le gouvernement par la majorité est celui qui convient le mieux à la société civile. Sachant que la seule source de légitimité du pouvoir politique se trouve dans l’individu, chacun donc doit se soumettre à la décision de la majorité comme si c’était la sienne propre, car c’est là une des conditions de la viabilité de la société civile. Encore faudrait-il que les majorités qui se dessinent soient cohérentes dans leur raisonnement et restent lucides et clairvoyantes, responsables d’elles-mêmes.
François Clavier, en s’arrêtant sur ces mouvements de la pensée universelle, travaille de sa voix claire, posée et en même temps, interrogative, à la délivrance de toutes les sujétions présumées ou cachées. Il met royalement à mal l’idée d’autorité en vue de l’affranchissement à venir pour les libérations souhaitées.
Une séance intense de réflexion à la fois politique et poétique sur l’actualité.

 

 

 

Véronique Hotte

 

 

 

Discours de la servitude volontaire, adaptation et mise en scène de Stéphane Verrue. Du 7 au 29 juillet 2011 à 19h30. Théâtre des Halles : 04 32 76 24 51


Archive pour juillet, 2011

Julie telle que

Crédit : Pierre Grosbois

Festival d’Avignon

Julie telle que  de Nadi Xerri-L, mise en scène de l’auteur.

 

Nadia-Xerri L. a écrit Julie telle que pour la comédienne Shams El Karoui, et elle a bien fait. Le spectacle relève d’un moment de théâtre d’une intensité rare, que joue une actrice accomplie. Le texte dit la blessure d’une sœur qui sait que se tient, durant le temps de sa parole et de sa confession, le procès de son frère aîné; il a commis un meurtre, lors d’une beuverie dans un bar nocturne. Ses parents et son second frère sont allés au tribunal, mais elle, au dernier moment, n’a pu avancer, immobilisée et figée sur le paillasson familial de l’entrée. Elle a refusé d’accompagner ses proches qui continuent à croire à l’impossibilité du crime perpétré par le jeune homme : « ça fait bientôt deux ans qu’on fige, qu’on crispe pour faire que surtout rien ne lâche, ne se liquéfie, ne se bouleverse. »
Deux ans d’attente cruelle et d’absence de vraie vie avant la préparation du procès. La douleur de Julie est muette, habitée d’un sentiment de tristesse et d’angoisse qui l’empêche d’agir. La vie de l’étudiante en anglais est ainsi bouleversée, à partir du moment ou le foyer originel a été touché intimement par l’emprisonnement du présumé coupable. La jeune fille ne peut être en mesure de se confier à ses camarades d’études.  Non, ce qu’elle porte en elle restera définitivement inavouable. En même temps, cette traversée de la peine morale personnelle agrandit et éduque son cœur d’une certaine manière, en dépit de tout.   La douleur stimulera la capacité à la fois sobre et percutante de cette expression féminine: Julie expose son discours comme elle déploierait un argumentaire. En tant que sœur d’Alex, « le séducteur qui aimante et fait peur », elle est prise de vertige quand elle devine la supposée réalité des faits, le désir fraternel d’avouer, suivi aussitôt de son dédit. Pour Julie comme pour les siens, comme pour tout le monde, « Tuer un homme est le symbole du Mal. Tuer sans que rien ne compense cette perte de vie, c’est le Mal, Mal absolu.» (Genet)
On ne peut faire mourir quiconque de mort violente, c’est l’un des dix commandements de la religion chrétienne, et un interdit dans toutes les cultures. Ce que révèle la situation tragique d’Alex, c’est aussi la violence indifférente d’une société inique qui peine à protéger les plus démunis, professionnellement et socialement, en les laissant sans protection à l’abandon au bord de la route.
La comédienne s’immobilise dans le noir puis reprend son parcours, en suivant le fil invisible des stations symboliques successives de sa vie meurtrie. Elle arpente les murs environnants et elle s’arrête encore, le visage éclairé par une flamme de vie, de désir , et d’envie, une volonté de comprendre et de rendre compte. Au centre du plateau, une porte vide, c’est l’entrée de tous les possibles pour Julie, l’entrée du gouffre comme l’entrée vers la libération de l’imaginaire apte à lui proposer un destin autre. Pour survivre à la douleur.

Véronique Hotte

Du 8 au 28 juillet 2011 (jours pairs). La Manufacture . Réservations : 04 90 85 12 71

Casanova ou les Variations Giacomo

  Casanova ou les Variations Giacomo de  John Malkovich

casanova.jpgCasanova ou les Variations Giacomo est une pièce opéra de chambre en deux actes pour deux acteurs – le très populaire John Malkovich et Ingeborga Dapkunaite – , pour deux chanteurs :le beau baryton Florian Boesch et la superbe soprano Sophie Klussmann – et pour un orchestre de musique de chambre des plus dignes – la Wiener Akademie sous la direction musicale de Martin Haselböck.
Cette musique élégante est composée d’extraits d’œuvres de deux contemporains exacts  de Casanova: Mozart et son librettiste Lorenzo Da Ponte, qui s’inspira de  sa personne pour construire le personnage de Don Giovanni. D’ailleurs, les plus beaux arias issus des Noces de Figaro, de Cosi Fan tutte et surtout de Don Giovanni sont ainsi réunis. Michael Sturminger met en scène ces écrits de Casanova, lourds des mystères équivoques de Venise, de ses intrigues plus ou moins corsées ou masquées, de l’amour et de l’art de la séduction. Au cours de rencontres variées, Casanova impose sa « qualité » de Vénitien, tour à tour violoniste, écrivain, magicien, espion, diplomate et bibliothécaire. Le libertin brûle de désir et de passion pour ses jolies conquêtes innombrables : nulle barrière ne se dessine devant lui si ce n’est la mort qui va l’obliger à découvrir la morale énigmatique de son existence.
Les mémoires de Giacomo Casanova (1790),  Histoire de ma vie, rédigée en français et considérée comme l’une des sources les plus authentiques des coutumes et de l’étiquette de la vie sociale de l’Europe du XVIII é siècle. La scénographie et les costumes de Renate Martin et d’Andreas Donhauser s’en donnent à cœur joie pour brosser l’univers mythique d’éclats, de miroirs et de moires de Casanova, le séducteur inlassable. Les costumes de cour – perruques et accessoires – sont magnifiques de couleurs, de lumières et de chatoiements, mais le décor qui peut paraître pompier et grossier de prime abord, subjugue finalement. L’œil du spectateur n’est pas indifférent à l’audace de ces trois énormes tentes plantées sur le plateau, trois mannequins en robes immenses et bouffantes à panier, avec des bustes généreusement décolletés pour tailles fines et languissantes.
La scénographie articulée sommairement,  abrite le cabinet du bibliothécaire ou de l’écrivain, la chambre à coucher, le salon, et se retourne – en l’envahissant et en l’enfermant – contre celui qui multiplie les assauts plus ou moins contrôlés sur la gent féminine, c’est-à-dire le cruel mais bien-aimé séducteur John Malkovich. L’acteur américain incarne l’homme à femmes, haï et poursuivi encore ; il pose sur la scène et pour la salle une voix ferme au débit scandé et vif. Il impose une présence naturelle intense et mystérieuse, dominatrice sans excès et raffinée. Sa partenaire Ingeborga Dapkunaite ne déroge pas à la figure féminine attendue – sveltesse, douceur et résignation décidée.
Le duo est « dédoublé » en un gracieux ballet de mouvements qui alternent sur la scène avec les deux interprètes lyriques lumineux, Florian Boesch et Sophie Klussmann, un écho somptueux à ces deux acteurs de théâtre bien trempés. Un quatuor d’excellence qui fait de cet opéra une œuvre puissante incontournable.

 Véronique Hotte

les 3, 4 et 5 juillet 2011 à l’Opéra Royal du Château de Versailles dans le cadre de Venise, Vivaldi, Versailles.

L’Événement



L’Événement d’Annie Ernaux, mise en scène de Jean-Michel Rivinoff.

le769ve769nement.jpgAujourd’hui, on parle d’IVG, d’interruption volontaire de grossesse, de « fausse couche » voulue ou pas, d’avortement accidentel ou provoqué. Le discours moralisateur et culpabilisant, fondé sur la pensée chrétienne, s’estompe peu à peu, mais il sourd implicitement encore de nos jours. L’avortement était alors pénalisé et considéré comme un meurtre atténué qui pouvait valoir des années de réclusion.
L’Événement d’Annie Ernaux a été en 1999 pour son écriture, mais il fait référence à cet épisode brutal dans sa violence, survenu plus de 30 ans auparavant dans la vie de la jeune femme. Un acte du réel en quelque sorte, à l’intérieur d’un quotidien banal dont Annie Ernaux est issue, et dont elle fait littérature au sens fort. L’Événement n’est évidemment pas un heureux événement mais l’avortement auquel elle doit faire face, seule, modeste étudiante de lettres en résidence universitaire à Rouen, incomprise des siens et sans amis véritables. Ce qu’elle décrit sobrement, c’est le parcours de combattante d’une femme à la fois perdue et décidée, qui ne veut pas se faire passer pour putain, ni fille facile ni fille mère, mais qui veut – de son libre choix – sauvegarder son être et son âme pour gagner sa vérité intime, survivre, en ayant recours à l’avortement interdit à l’époque. Une question de justice sociale, car si l’on était issu de la bourgeoisie aisée, il n’était pas difficile de s’affilier ou de s’acheter des aides et des complicités médicales malgré l’interdiction légale. Par contre, si l’on appartenait à un milieu d’origine humble, l’idée de pouvoir avorter n’allait pas sans l’évidence d’un chemin de croix à venir, recherche d’argent pour accomplir et cacher le malheureux événement. La peur du scandale faisait que l’on s’en remettait au commerce clandestin des faiseuses d’ange, pratiqué dans des lieux peu salubres et parfois par des mains peu expertes. Beaucoup de femmes mouraient ou restaient invalides. De justesse, ce ne fut pas le destin de la confidente. Annie Ernaux raconte dans le menu des jours et l’état de ses angoisses, l’expérience dont elle se fait fort : sentiment de panique, démarches diverses auprès de médecins sourds à sa requête dans leur confort feutré, trahisons ou double jeu des amis garçons, une amie maladroite à l’écoute pourtant, et promenades solitaires dans un hiver peu accueillant et une nature hostile, campagne normande, Rouen, Paris. On n’est pas loin de l’atmosphère de Madame Bovary. Mais la jeune femme lucide  n’est pas l’héroïne de Flaubert, elle s’en sortira, déterminée et maîtresse d’elle-même. Catherine Vuilliez qui joue avec l’ombre et la lumière, quelques objets rares choisis, et une sobriété à toute épreuve est magnifique de beauté, de liberté et de quant à soi. L’éloge d’une existence conquise individuellement grâce au pouvoir des mots.

Véronique Hotte

Du 6 au 29 juillet, relâche le 21, Théâtre Girasole Avignon. Réservations : 04 90 82 74 42

Le grand cahier

Festival d’Avignon

Le grand Cahier  d’Agota Kristof, adaptation et mise en scène de  Paula Giusti.

agota.jpgCe texte splendide et terrifiant d’Agota Krystof avait déjà été mis en scène par Estelle Savasta dans une version différente , avec seulement deux comédiens, au Théâtre 71 de Malakoff, voilà cinq ans. Paula Giusti, artiste argentine qui s’est formée aux côté d’Ariane Mnouchkine,  s’est emparée de l’expérience terrible de ces deux enfants jumeaux, laissés très jeunes pendant la guerre, sous la garde de leur féroce grand-mère, et qui font l’apprentissage volontaire de la douleur.
Paula Giusti dirige bien ses neuf excellents comédiens qui sont  aussi musiciens. Ils jonglent avec les rôles dans une distribution double pour les rôles principaux; deux jumeaux qui conservent leurs personnages comme l’indique le texte, mais il y a aussi  aussi deux grand-mères. Les neufs éléments de costumes très simples, ils sautent d’un rôle et d’un  instrument à l’autre.
Les jumeaux qui s’instruisent et notent tout dans leur grand cahier, s’endurcissent contre les coups qu’ils reçoivent en se frappant mutuellement, résistent et profitent du viol qu’un militaire allemand leur inflige pour se faire respecter par leur odieuse grand-mère en rapportant de l’argent.
Ils retrouveront leur père en fuite, et accepteront de l’aider à franchir une terrible frontière, mais il y perdra la vie et l’un des jumeaux réussira à la franchir derrière lui. Il y a dans le jeu expressionniste des comédiens un détachement , en même temps qu’un bel engagement qui traduit à merveille l’étonnante écriture d’Agota Krystof.

Edith Rappoport

Théâtre des Lucioles  jusqu’au 31 juillet . T: 04 90 14 05 51, www.trr.fr

Quand m’embrasserras-tu?

Festival d’Avignon

Quand m’embrasseras-tu ? spectacle musical de la compagnie Brozzoni, texte de Mahmoud Darwich, composition musicale de Georges Baux, Claude Gomez et Abdelwaheb Sefsaf.

Nous sommes assis face à une immense page d’écriture presque enfantine, ce sont les souvenirs d’enfant de Mahmoud Darwich, ceux de la terrible fuite  de tous les habitants de son village expulsés  vers le Liban. Les musiciens entrent en scène, commencent à jouer, pendant qu’Abdelwahab, déclame, profère avec une belle rage les poèmes terribles de Darwich : “Bombardez notre ombre, les poèmes ont séché sur nos babines, ne faites pas de signe de victoire au dessus de nos cadavres…Celui qui invente son histoire hérite du sang des mots…”.
Une  séquence , à la fois  belle et poignante,  évoque l’impossible retour à Gaza d’un fils qui veut retrouver sa mère. C’est elle qui viendra avec l’eau, le sel et la nourriture qu’elle a préparé pour la fête rituelle qu’elle offre à son fils banni. Pendant ce temps Thierry Xavier se livre à une peinture athlétique, recouvrant la page d’écriture de couches menaçantes, yeux crevés, blessures de toute sorte.
Un vrai et fort moment d’émotion poétique.

 

Edith Rappoport

La Manufacture à 14 h 15 jusqu’au 28 juillet.contact olivia4@free.fr

Estil un homme?

 

Festival d’Avignon

Est-il un homme? adaptation théâtrale et traduction française de Primo Levi, jeu, lumière et mise en scène de Mario Dragunsky.

Une errance dans les rues, au hasard de la fourmilière du festival off , nous a menée aux portes de ce temple protestant et a ravivé les souvenirs de cette lecture de Primo Levi et de l’extraordinaire force de vie qui en émanait. Mario Dragunsky incarne  Primo Levi et les différents protagonistes de cette traversée de l’enfer concentrationnaire, mais on est toujours déçu par la concrétisation théâtrale des livres qu’on a beaucoup aimés.
Mario Dragunski use et abuse des noirs entre chaque séquence et, malgré un décor soigné, on ne retrouve pas les images surgies de la lecture intérieure. Il n’oublie pas néanmoins que c’est grâce à la lecture  de L’Enfer de Dante que Primo Levi à pu survivre, et sa libération du camp ,après la mort d’un de ses compagnons de souffrance, fait naître à la fin  une belle émotion.

 

Edith Rappoport

Temple Saint Martial jusqu’au 31 juillet t: 06 17 34 15 31

Venus

Festival d’ Avignon

Vénus de Suzan-Lori Parks, mise en scène de Cristèle Alves Meira.

Cristèle Alves Meira, a fait des débuts remarqués  avec Les Nègres de Jean Genet en 2007, et  la réalisation de films documentaires au Cap Vert, en Angola et au Nord du Portugal. En 2010, avec Les Arts en Sac, groupe  d’artistes venant des arts graphiques, visuels et scéniques, Cristèle Alves Meira décide de monter Vénus, qui raconte la terrible histoire de Saartjie Baartman, “la Vénus Hottentote”, jeune femme Sud-Africaine du Cap, exhibée comme une bête de foire à Londres et à Paris au début du XIXe siècle.
La pièce de Suzan-Lori Parks, bien construite, fait alterner des chroniques documentaires et judiciaires, à la fois sobres et effrayants, avec des tableaux vivants proches du mélodrame mais  traités avec un certain humour et bien joués, en particulier par  Jina Djemba, (Vénus). Elle exhibe sa beauté pulpeuse, poitrine somptueuse dont les tétons sont coiffés de noir, énorme postérieur en cuivre, le sexe coiffé d’une ceinture qu’on dirait de chasteté.
Entre les scènes, c’est elle qui relate avec détachement les chroniques judiciaires.Les effrayants complices de cette exploitation éhontée au moment de l’abolition de l’esclavage sont des Européens. Trompée, violée, battue, volée, infectée par ses amants, Vénus finira disséquée par le dernier,  un docteur qui lui avait donné la chaude-pisse. Toute la distribution a une grande tenue, en particulier, Jonathan Genet qui interprète successivement: le frère du premier amant au Cap, la mère montreuse de phénomènes, et le camarade d’école.

Edith Rappoport


Chapelle du Verbe incarné jusqu’au 31 juillet à 18 h 50 www.verbeincarné.fr  et au Théâtre de l’Athénée, du 20 septembre au 8 octobre.

La paranoïa

Festival d’Avignon

La Paranoïa de Rafael Spregelburd, traduction de  Marcial Di Fonzo Bo et Guillermo Pisani, mise en scène de Marcial Di Fonzo Bo
paranoia.jpgLa pièce est le sixième volet de ce que  l’auteur nomme son Heptalogie; c’est une sorte de comédie où la science-fiction a la part belle, c’est à dire qu’on est transporté dans quelques millénaires,avec ce que cela peut comporter d’inquiétude métaphysique. Mais il y a aussi un faux vrai polar; l’action toute entière a lieu sur un plateau tournant, dont les châssis qui le ferment, servent aussi à la projection de courtes séquences filmées qui s’intègrent à l’action scénique.
C’est souvent assez drôle et Marcila Di Fonzo Bo  fait flèche de tout bois, tournant certaines de ces séquences dans le sous-foyer et le très long escalier roulant du Théâtre national de  Chaillot, le premier à avoir été installé dans un théâtre français…
Le point de départ du scénario est simple: quelques personnes sont obligées par des extra-terrestres qui les dominent complètement de leur offrir une œuvre de fiction dont ils se disent dépourvus, puisque seule la planète Terre est le seul fournisseur possible. Les pauvres terriens n’ont aucun choix possible puisque, sinon, ces méchants dominateurs détruiront leur planète.
Mais Rafael Spregelburd traite cette fable avec beaucoup d’humour: les petites scènes se succèdent à toute vitesse, sans que l’on s’y retrouve toujours bien, le délire et le non-sens étant au rendez-vous
mais qu’importe,  et il entremêle, avec une habileté et un sens de la parodie remarquables, la fiction dans la réalité, ou la fiction dans la fiction. Les phrases absurdes se succèdent et Spregelburd emmène le public vers une réflexion sur le théâtre. C’est une sorte de jeu intellectuel brillant dont Marcial Di Fonzo Bo  se régale avec gourmandise. Mais l’auteur tire un peu à la ligne  comme souvent quand il s’agit d’univers parodique, et on se dit que  le metteur en scène qui dirige superbement ses comédiens, aurait pu écourter un peu ces deux heures quinze qui pèsent un peu sur la fin.
Alors à voir? Oui,pourquoi pas, mais sans vous attendre cependant à quelque chose d’exceptionnel.

 

Philippe du Vignal

Salle de spectacle de Védène: encore, le 14 à 22 heures et le 13 et 15 à 14 h 30. Navette juste à gauche à l’intérieur des remparts en regardant la gare.

Le texte est publié chez L’Arche Editeur.

Au moins j’aurais laissé un beau cadavre

aumoins.jpgFestival d’Avignon

 

Au moins j’aurais laissé un beau cadavre, d’après Hamlet de Shakespeare, adaptation, mise en scène, conception visuelle et scénographique de Vincent Macaigne. 

 

Vincent Macaigne avait déjà commis un Idiot d’après Dostoievski en mars 2009 au Théâtre national de Chaillot ( voir le Théâtre du Blog); le jeune metteur en scène s’était fait remarquer par une utilisation massive de pseudo-sang, peinture et vrombissements électroniques insupportables à l’oreille humaine.
Cette fois-ci, Macaigne  a « adapté » comme il dit, la pièce culte du théâtre occidental.   Cela se passe dans le mythique Cloître des Carmes qui accueillit l’an passé la grande Angelica Liddell avec son formidable spectacle La Maison de la force, révélation du dernier Festival. « Animé, nous dit la feuille programme, par la farouche volonté de faire entendre la voix du théâtre dans un monde en crise, le comédien Vincent Macaigne est devenu metteur en scène pour s’exprimer sur un plateau transformé en champ de bataille des corps et des idées » (sic) avec « une débauche d’artifices revendiqués et magnifiés » (sic).
Pas prétentieux pour un centime d’euro, le Macaigne! Mais au fait, que voit-on sur ce plateau des Carmes? En fond de scène, quelques drapeaux  danois  et français, des distributeurs de boissons et des réfrigérateurs, des trophées de chasse accrochés aux murs, une longue table nappée de blanc avec des coupes de fruits et des bouteilles. Côté jardin, une sorte d’harmonium blanc auréolé de guirlandes lumineuses. Côté cour, une vitrine avec un squelette humain, et une autre plus basse, remplie de crucifix,petites statues de saintes vierges, tableaux religieux, etc… Sur une pelouse en mauvais état, une grande bâche blanche chiffonnée, et en bord de scène, une tombe avec une croix, pleine d’une eau boueuse rougeâtre où surnage le corps du papa d’Hamlet. Il y a aussi deux  couronnes mortuaires et de gros bouquets de fleurs artificielles. Et des vapeurs d’encens d’église. Sur le dessus du cloître, que les comédiens rejoignent par une escalier métallique en spirale,une sorte de grand préfabriqué blanc rempli de vieux cartons en vrac, doté de grandes baies vitrées avec stores coulissants. Aucun doute: quand on entre  dans le cloître, tout ce fatras kitsch , pourrait être rangé dans la catégorie « installations », et figurer dans quelque musée d’art contemporain.
Ce que l’on voit ensuite est plutôt pathétique, et dans la droite ligne d’Idiot. On invite  les spectateurs qui arrivent à monter sur scène pour danser et chanter, histoire de se les concilier? Comme dans un club de vacances! Le ton est donné, dans le style facile et racoleur:  les huit acteurs se débrouillent comme ils peuvent mais, reconnaissons-le, plutôt pas mal,  même quand Macaigne, qui doit penser naïvement que c’est tout nouveau et provocant,  les fait jouer nus, pour donner vie à ce texte, inspiré par celui de Saxo Gramaticus, le premier auteur de cette chronique danoise du 12 ème siècle, vite et mal écrit, et agrémenté  de courts extraits d’Hamlet.
Mais  ce bricolage est   d’une rare vacuité (Macaigne au moins ne se fait pas trop d’illusions sur ses qualités) et se complaît dans la parodie, l’anachronisme vulgaire , et le « théâtre dans le théâtre » le plus facile, du genre engueulade avec les techniciens auquel personne ne peut croire un instant: « Tu fermes ta gueule tout de suite, c’est mon texte », ou conseil aux comédiens: « Sois précis:ils ont payé 27 euros ». Ah! Ah! Ah!… Et il faudrait compter le nombre de fois où les personnages disent merde. Evidemment laminés, ils  ne sont plus que des avatars de ceux de la célèbre pièce.
Bien entendu, tous tombent, retombent à un moment ou à un autre dans la tombe, y pataugent et en ressortent pleins de boue, habillés ou nus. Même si Jacques Livchine ( voir commentaire) qui dit s’ennuyer à tant de spectacles de l’institution théâtrale, trouve cela génial….Il nous permettra de n’être pas du même avis.Il y a aussi pour ceux nombreux parmi nos lecteurs que cela intéresse, de nombreux jets automatiques de serpentins.
Les acteurs courent sans arrêt dans les gradins, et Macaigne a fait d’Ophélie  une  demeurée, et  d’Hamlet un  pauvre benêt: l’excellent comédien Pascal Réneric essaye de lui donner une consistance et monte aux créneaux pour remplir le vide abyssal de cette mise en scène qui n’échappe à aucun stéréotype du théâtre contemporain; bien entendu, on a  droit à de la musique d’opéra, à une découpe de métal à la tronçonneuse,  et à des jets de  bouteilles de faux sang prises dans des petites caissettes, (merci M. Brecht!), histoire de faire bien comprendre à ce demeuré de public- dont le premier rang est protégé par des plastiques bleus- que l’on est bien au théâtre, et pas dans la vie réelle.
Vous avez dit lourdingue? Le théâtre a-t-il besoin de cette débauche de moyens? Au fait, combien de fongible par soir, M. Macaigne?   Il y a quand même un beau moment, mais qui, là aussi, appartient davantage à une installation: on gonfle dans le noir, la grande bâche blanche qui se déplisse lentement et un château médiéval surgit, château dont le sol sera bientôt inondé de jets de sang…Le public applaudit comme à un tour de magie.
A la fin-encore un symbole?-les personnages couverts de sang  se tassent les uns contre les autres dans un grand aquarium, ce qui donne une belle image comme l’est aussi ce tas de détritus et de vieux cartons jetés par les baies du praticable, et couvert de brume…Le spectacle tient quand même  de la mauvaise bande dessinée pipi/caca/boudin, même si Macaigne réussit  à en maîtriser à peu près le rythme. Cela dit, après quatre heures, on sort de là mal nourri, déçu et étonné que ce  spectacle, complaisant, peu exigeant et qui, à lire Macaigne, a quand même de sérieuses prétentions, ait pu être accueilli au Festival. Saluons quand même le travail des comédiens sur le plateau (Thibault Lacroix qui faisait partie d’ Idiot a préféré partir et on le comprend) mais aussi des techniciens qui doivent refaire la mise pour le lendemain et nettoyer les costumes.
Au moins, Macaigne aura fourni du travail aux intermittents et les Assedic peuvent lui en être reconnaissantes! Pour le reste, autant en emporte le vent… Tout le monde n’est pas Angelica Liddell…   Et le public?  Une petite partie des spectateurs-et le plus souvent des jeunes gens- lasse de ces effets à répétition, a vite déserté, ce qui est rassurant, et le reste du public est resté jusqu’au bout, mais a applaudi mollement.
Logique: le petit magasin Macaigne, fondé sur l’énergie de jeunes comédiens et la provocation facile, a ses limites. Cela dit Macaigne sait faire les choses et pourrait très bien  quand il se sera un peu calmé et aura viré sa cuti, diriger une revue de music-hall mais très franchement, ce spectacle ne laissera pas une trace indélébile dans le théâtre contemporain.
Enfin, si le cœur vous en dit!

Philippe du Vignal

Cloître des Carmes jusqu’au 19 juillet (sauf le 14).

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