Maldito sea el hombre que se confia en el hombre

angelicaliddell1.jpgFestival d’Avignon

 

Maldito sea el hombre que se confia en el hombre: un projet d’alphabétisation, texte, mise en scène, scénographie et costumes d’Angélica Liddell.

 

En vitesse parce que les spectacles longs se succèdent aux spectacles longs , et il ne reste pas beaucoup de temps pour en rendre compte mais on y reviendra la semaine prochaine. Nous vous avions parlé l’an passé de cette Maison de la force, magnifique travail de la metteuse en scène espagnole; elle revient avec Maudit soit l’homme qui se confie en l’homme: un projet d’alphabétisation. Avec un titre emprunté à la fameuse phrase du livre de Jérémie.
Il s’agit,  là encore, d’un exorcisme où chaque lettre de ce drôle d’alphabet: Loup, Violence correspond à une idée d’agression et où plane la méfiance. Angelica Liddell dénonce avec rage le mal et l’humiliation que l’homme inflige à se proches. Alors autant, dit-elle,  détruire la famille et elle se réjouit qu’un accident de voiture en tue tous ses membres, de façon à ce qu’ il n’ y ait pas de mariage et qu’enfin cette chaîne de malheur soit coupée.
Les images sont sans doute un peu moins fortes que celles de La Maison de la force qu’abritait le somptueux cloître des Carmes, encore que… mais le texte possède un style et une pensée incomparables dans tout le théâtre contemporain. Eh! Bien!  Qu’est-ce qui vous prend du Vignal, toujours à faire la fine bouche? Si, si, allez y  s’il reste encore des places et vous verrez… Quelle intelligence du dramatique, quel sens de l’espace, quelle direction d’acteurs! Et cela, malgré l’indispensable surtitrage, le texte est là: imposant, dur et cassant.  » Je n’ai pas connu un seul enfant qui soit devenu un bon adulte ». Et il y a encore des phrases plus cinglantes .
Visiblement,  Angelica Liddell a encore des comptes à régler avec la société, la famille, le sexe et en particulier avec l’homme ou les hommes qu’elle a aimés. On vous en reparle plus longuement. Mais si vous êtes en Avignon, ne ratez surtout pas ce spectacle.

 

Philippe du Vignal

 

Salle de Monfavet à 17 heures jusqu’au 13; relâche le 11. Navette contre les remparts à gauche en regardant la gare.

 En tournée: le 6 janvier 2012 si vous avez le bonheur d’habiter Pau ou ses environs.


Archive pour juillet, 2011

Les enfants d’Icare

Les Enfants d’Icare, texte et mise en scène de Bruno Thircuir, scénographie de François Gourgues, musique de François Mimoun
Bruno Thicuir parcourt le monde dans son beau camion théâtre, il a ramené de ses voyages en Birmanie, en Afrique et en Europe, ce conte philosophique, pour enfants et plus grands, qui dénonce le monde de robots dont nous sommes les héritiers. Nous sommes accueillis dans un espace onirique et fabuleux, peuplé de marionnettes étranges, splendide univers d’art brut.
Un acteur birman imposant nous offre des gâteaux, de l’eau, un africain sur le plateau du camion est occupé à sculpter la tête d’un enfant en argile, une femme imposante perchée sur des cothurnes, inquiétante ombre féminine, les aide aux manipulations. L’enfant grandit, on nous conte la fable de l’un de ses rêves, celui de traverser la mer, que le roi de l’île voisine veut l’aider à réaliser. Il ordonne donc à ses sujets de construire un pont immense, mais une fois tous les arbres de la forêt abattus, le pont s’avère trop court et le roi qui ne sait pas nager, se noie dans la mer après l’avoir essayé. “Il ne faut jamais réaliser les rêves des enfants!”. L’enfant grandit, se fait enfermer dans une usine où il travaille comme un robot, finit par rêver de s’échapper avec sa voisine une petite Japonaise, qui part faire le tour du monde.
Les trois acteurs manipulent à vue la tête de l’enfant d’argile, déroulent des images surprenantes, l’enfant et sa voisine surgiront de leurs marionnettes robots. Un univers de rêve pour dénoncer ce qui nous engloutit !

Edith Rappoport

Villeneuve en scène, la Vigne, jusqu’ au 27 juillet, www.villeneuve en scène.com

Anatoli

Festival d’Avignon

Anatoli,  récital d’Angélique Ionatos et Katerina Forti


Ce récital est  une belle plongée dans le monde des poètes grecs et du monde entier. Angélique Ionatos n’a rien perdu de sa vigueur lyrique qui nous avait fascinés dès 1985, et sa complicité musicale avec la jeune Katerina Forti lui donne une nouvelle dimension.
Autour des poèmes d’0dysseus Elythis, de Baudelaire et de beaucoup d’autres, qu’elle traduit en les présentant, qu’elle chante, se lève la force vivante d’une Grèce indestructible, loin des remugles de la finance internationale.

Edith Rappoport 

Théâtre du Petit Louvre, à  18 h 25 jusqu’au 31 juillet.

Jan Karski

 

Festival d’Avignon

Jan Karski ( Mon nom est une fiction) d’après Jan Karski , roman de Yannick Haenel, mise en scène d’Arthur Nauziciel.

 

 nauzycielkarski21024x682.jpgOn se souvient peut-être de la petite tempête médiatique qui avait suivi la parution du livre en 2010, quand Claude Lanzmann, le réalisateur de Shoah (1985) l’avait vertement critiqué. Yannick Haenel y  fait revivre ce catholique polonais, de son vrai nom : Jan Kozielewski, mort en 2010, après avoir été fait citoyen américain. » Je suis un catholique juif « , disait celui qui, mobilisé en 39-il avait 25 ans- fut fait prisonnier par les Russes, mais qui réussit à s’évader et à entrer dans la résistance polonaise; il fut ensuite torturé par les nazis, mais s’échappera encore.
Karski eut alors comme mission du gouvernement polonais en exil d’aller avertir les Anglais puis les Américains, des atrocités qui se passaient  dans son pays. Pour en témoigner, il pénétra dans  le ghetto de Varsovie  où ses habitants essayaient de survivre dans des conditions atroces: peur, froid, famine, et cadavres nus (les familles récupéraient leurs vêtements!) qui encombraient les trottoirs!
Ensuite Karski, grâce à des complicités et en soudoyant des gardiens lettoniens qui lui prêtèrent un uniforme, réussit à aller dans un camp d’extermination. Et les images d’enfer sur terre qu’il y  vit le poursuivirent à jamais. Restait à apporter son témoignage aux plus hautes instances de l’Etat américain (dont F. D. Roosevelt): politiques, religieuses, médiatiques, hauts responsables juifs compris,  qui se refusèrent à le croire, alors que, prétend Haenel, ils étaient, grâce à leurs services secrets, bien informés de la situation mais  s’intéresser vraiment au  sort de ces malheureux juifs de Pologne et des autres pays occidentaux, leur aurait singulièrement compliqué la vie…
Comme le dit Haenel, ils pouvaient remercier Hitler de  les avoir exterminés au lieu de les expulser, sinon ils auraient dû les accueillir comme réfugiés, ce qu’ils ne voulaient pas  et,  par ailleurs, ils n’avaient pas du tout l’intention de se fâcher avec Staline, le bon petit père des peuples  qui n’hésita pas, entre autres, à faire exécuter quelque 12.000 officiers polonais. Mais le roman de Haenel n’a pas eu le don de satisfaire les historiens spécialistes de la Shoah…
C’est donc cette tragédie que raconte le livre en trois parties: d’abord les paroles de Karski quand Lanzmann l’avait fait parler dans Shoah. Le second chapitre est un résumé de l’ouvrage de Jan Karski, Story of a secret state, qui fut traduit en français dès 48. Quant au dernier chapitre écrit par Haenel qui en revendique absolument l’écriture, il reprend certains éléments de la vie de Jan Karski, déjà racontés par E. Thomas Wood et Stanislaw M. Jankowski. Ce qui n’a pas du tout plus à Claude Lanzmann…
Arthur Nauziciel dit simplement et il a sans doute raison que ce roman « ne raconte pas la shoah mais apporte un témoignage ». Comme le  dit Hanna Arendt:  » Cela ne devait pas arriver. Il est arrivé quelque chose avec quoi nous ne pouvons nous réconcilier. C’est ce que Yannick Hanenel dit d’une façon qui m’a touché et que j’ai envie à mon tour de faire entendre. A mon sens, c’est dans la transgression que propose cet auteur qu’on pourra réinventer quelque chose qui permettre une nouvelle transmission ».
Arthur Nauziciel à 40 ans déjà, s’en inquiète d’autant plus qu’il  sait  de quoi il parle, puisque certains des membres de sa famille furent des victimes de la Shoah et que son grand-père fut l’un des rescapés de Birkenau… Reste à savoir comment on peut s’y prendre théâtralement parlant. Arthur Nauziciel a suivi le plan du roman et a construit sa mise en scène en trois temps: sur la scène nue, juste une photo en gros plan du visage de la statue de la Liberté, et à cour, deux fauteuils, une table basse et une caméra d’époque aux pieds de bois. C’est Nauziciel qui raconte d’abord  l’entretien entre Haenel et  Lanzmann, et c’est aussi agaçant que,quand un(e) ami(e) vous détaille en prenant son temps le dernier film qu’il/elle a adoré… Mais la vérité oblige à dire que Nauziciel est comme absent et pas du tout convaincant… ce qui mine le spectacle dès le début.
Pourquoi ne pas avoir présenté alors un extrait de Shoah? Lanzmann a-t-il refusé? La seconde partie est un récit en voix off,  dit par Marthe Keller, des atrocités commises par les nazis sur les juifs polonais. Sur fond de plan du ghetto-l’image est sans cesse déplacée-conçue par le vidéaste polonais Miroslaw Blaka. Cela fait un peu beaucoup art conceptuel et n’a pas bien sa place ici. Le récit est poignant dans sa sobriété et dans sa précision mais quand même bien long. Quant à  la dernière partie , c’est  un-trop long-monologue dit par Laurent Poitrenaux qui, dans une sorte de ressassement, reprend le récit des atrocités et de l’extermination radicale sans état d’âme, programmés et perpétrés par des officiers allemands  telles que les a imaginées Haenel. Cela se passe dans un lieu que l’on peut identifier comme un couloir de la Maison Blanche absolument sinistre, juste éclairé par un lustre et des appliques: on ne comprend pas très bien pourquoi les portes des bureaux ne sont pas verticales, sans doute à cause de le pente du plateau? Mais bon…
Il faut ici saluer l’interprétation et la performance de Laurent Poitrenaux qui incarne Jan Karski avec beaucoup de nuances. A la fin, Alexandra Gilbert arrive en peignoir; c’ est  comme une image de l’épouse juive de Karski-dont la famille avait péri dans les camps de la mort- et que Karski avait rencontré  en la  voyant dans un spectacle à Broadway; elle danse un solo presque au sol.
Mais presque trois heures,  dont la moitié aurait pu sans aucun dommage collatéral nous être épargnée,s e seront écoulées depuis le début du spectacle! qui, de plus, commence en retard. Disons que, si l’on est sensible à la démarche de Nauziciel, il a quand même eu tendance à se faire plaisir, et  sa dramaturgie, simple démarquage du roman, reste faiblarde; désolé, il aurait fallu un peu plus d’imagination… Et, dans cette troisième partie, le décor imposant de  ce couloir -de la Maison Blanche?-était-il vraiment nécessaire?
Sur un thème proche , Jacques Livchine, avec Terezin, une évocation du fameux camp d’artistes juifs, avait beaucoup mieux réussi son coup, et avec peu de moyens… Alors à voir? Faites comme vous le sentez. Pas mal de gens sont sortis de la salle pas très pleine mais les applaudissements étaient sincères. Très franchement, Arthur Nauziciel avait fait mieux avec Ordet,  ou Julius Caesar l’an passé… On comprend que le public ne se  précipite pas… alors que le spectacle a débuté déjà depuis quelques jours.

 

Philippe du Vignal

 

 Opéra-Théâtre, jusqu’au 16 juillet. A 18 heures ; le 14 juillet à 15 heures. Tél. : 04-90-14-14-14.

 

Le roman  de Yannick
Haenel est publié che Gallimard « Folio », 192 p., 5,70 €

 24 heures pour Jean Vilar

Le tireur occidental

Le Tireur occidental de William Pellier, mise en scène de Michel Cochet


Il y a un parfum d’Afrique fantôme dans ce solo dynamique interprété avec une belle force par Xavier Beja, trônant sur un haut tabouret, entouré des masques étranges. Rodolphe, théologie passionné, part bardé de carnets, de cahiers, de plumes bien taillées pour  un voyage de quatre semaines, soit  7394 kilomètres en train, à la rencontre du tireur occidental, qui tire sur tout ce qui bouge.
Devant eux “l’étendue désertique de l’inoccident”, (…) un paysage d’os et de crânes” ! Le tireur finit par blesser un Raj-jik qui survit, l’abattra et finira par le remplacer au service de l’ethnologue. Ils partent tous les deux à la rencontre de la tribu, mais l’inéluctable disparition surviendra.

Edith Rappoport

Gare au théâtre/ Nous n’irons pas à Avignon le  10 juillet à 20 h 15, Théâtre en Fusion corinne_merle@orange.fr

Courtes

Festival d’Avignon

 

Courtes de Jean-Claude Grumberg ,mise en scène d’Antoine Chalard.

 

courtes3.jpgC’est aussi Antoine Chalard qui a mis en scène cet ensemble de courtes scènes extraites  de Les Courtes où Grumberg, avec un humour féroce, s’en prend à la bêtise humaine, excellent terreau pour la  xénophobie et l’antisémitisme. C’est d’abord Une Vie de On, largement autobiographique, où l’on voit un homme qui reste obsédé par la tragédie qui a cruellement frappé tant de familles dont la famille de l’auteur. Dans Michu, un petit homme gris et inoffensif n’en finit pas de se plaindre des humiliations que lui fait subir son collègue de bureau. Grumberg frappe avec justesse là où cela  fait mal: le jugement souvent expéditif que nous portons sur autrui à partir de quelques apparences… jusqu’à culpabiliser la victime.
Les Rouquins met en scène un homme et une femme, tout comme il faut, couleur passe-muraille qui vivent dans un monde qui ne supporte pas les roux. Et le couple, pris dans le même engrenage social que dans la scène précédente, va commencer, l’un subissant l’influence de l’autre, à craindre de sentir fort … comme, disent-ils, les roux !La parabole est là aussi bien claire: c’est ainsi que naît par bêtise, la haine de l’autre et la peur de lui ressembler.
Et le spectacle se termine par la meilleure de  ces Courtes: Pied de lampe où un un homme se rend dans une boutique de lampadaires et d’abat-jours ; il formule aussitôt sa demande au commerçant abasourdi. Il voudrait en effet voir transformée son épouse en lampe avec abat-jour rose. Refus poli du commerçant qui finira devant la ténacité du client par se laisser convaincre, et l’on verra la pauvre épouse emportée comme un objet dans l’arrière-boutique pour en ressortir, comme une sculpture,  à genoux sur un praticable à roulettes, coiffée d’un abat-jour rose. C’est d’un burlesque plus que grinçant quand on se souvient de l’utilisation des corps humains, une fois gazés dans les camps d’extermination.    Chacun de ces Courtes est suivie de quelques répliques de gens qui sortent d’un spectacle qui brillent d’un antisémitisme aussi sournois que virulent.La mise en scène d’Antoine Chalard est précise, peut-être un peu trop et évite de justesse le côté parfois démonstratif de  ces Courtes qui ne sont pas toutes aussi fortes que la dernière.
Le spectacle est donc inégal, sans doute aussi  à cause d’un rythme un peu cahotant mais les choses devraient vite s’ améliorer, d’autant que les trois comédiens, dont le metteur en scène et Laurent Malburet qui jouent aussi dans Le Petit Violon,  et Marie-Pierre Perez font un très bon travail, notamment dans tout ce qui est gestuel.

 

Philiippe du Vignal

 

Théâtre de l’Alizé à 18 heures.

Le petit Violon

Festival d’Avignon


Le petit Violon de Jean-Claude Grumberg, d’après un conte de Charles Dickens, mise en scène d’Antoine Chalard. Spectacle tout public à partir de 5 ans.


201101petitviolonmeaux20.jpg    Cela y est: le in comme le off d’Avignon ont vraiment commencé; nous serons six  critiques du Théâtre du Blog :  Elise Blanc, Jean Couturier, Christine Friedel, Véronique Hotte, Edith Rappoport  et moi-même  à essayer de vous rendre compte  au maximum  de l’édition de ce festival et de vous en signaler les moments forts. Le plus tout jeune événement international ( 65 ans ) affiche une excellente santé, malgré les vieilles querelles et polémiques qui resurgissent avant l’arrivée d’Olivier Py à sa direction. Et malgré la crise économique, les réservations  d’hotel comme de spectacles vont bon train, même si le public ne rajeunit guère…
   Avec quelques têtes d’affiche: Jeanne Moreau et Etienne Daho, Angelica Liddell ( voir le Théâtre du Blog de 2011), Wajdi Mouawad, Guy Cassiers, Chéreau avec I am the Wind ( voir notre article de juin dernier) , et dans le off:  beaucoup de solos comme entre autres de Richard Bohringer, Sophia Aram , Didier Porte viré pour la deuxième fois de France Inter…
  Pour commencer un spectacle tout public . C’est  une histoire  simple empruntée à Dickens et  qui tient de la fable. Léo est un jeune et pauvre camelot;  installé dans une roulotte, il  vend des assiettes et de petits ustensiles de cuisine. Il a un ami, un géant qui travaille dans le cirque de Monsieur Univers. Ensemble, ils vont décidé d’enlever la petite Sarah, une enfant sourde et muette que martyrise Monsieur Univers qui la trouve incapable de rien faire. Léo va donc s’occuper d’elle avec beaucoup de générosité et de tendresse. Il lui apprend à jouer du violon, et avec des dessins , arrive à communiquer avec elle et à lui donner une éducation, en ne la considérant pas du tout  comme handicapée. D’autant plus qu’elle  se montre très douée pour l’acrobatie.
   Puis, Sarah grandira, deviendra une belle jeune fille, et, parce que c’est comme ça, parce que c’est la vie, elle tombera amoureuse d’un beau jeune homme et quittera Léo qui en sera évidemment bien triste. Il enlèvera alors de son enseigne de camelot la petite pancarte qui ajoutait à Léo : et Sarah et il n’aura plus de nouvelles d’elle… Jusqu’au jour où, miracle, voici Sarah qui réapparaît, avec son amoureux et  leur petite fille…
  Le spectacle créé en 2009 et qui avait eu le prix du off cette année là,  bien rôdé, est parcouru par des mélodies au violon de Paganini- parfois un peu trop envahissantes- et joué par quatre comédiens au métier solide, Alexandra Nicolaïdis, David Laborie, Antoine Chalard et Laurent Malburet qui réussissent à nous emmener très vite dans l’univers de  Dickens revu par Grumberg; Antoine Chalard a conçu une mise en scène intelligente et peine de nuances à l’opposé de tout réalisme, et c’était  la meilleure solution pour traduire toute la poésie de cette pièce qui dit beaucoup de choses auxquelles les les enfants  peuvent être tout fait sensibles,  comme la pauvreté de Léo le camelot, l’exclusion  provoquée par son handicap que subit Sarah au quotidien, l’exclusion aussi du géant qui ne sera jamais comme les autres, le droit à différence, l’ordre moral, l’amitié sans failles qui le lie à Léo, les accusations calomnieuses, la séparation avec ceux que l’on aime.
Et comme, pour une fois,  ce qui est rare dans les spectacles tout public, la scénographie d’ Emmanuel Briand est tout à fait intelligente et pleine d’idées, avec cette petite roulotte qui se transforme selon la face tournée vers le public en cirque, tribunal ou prison… dont les barreaux sont juste représentés par une projection. On ne dira jamais assez combien est important l’aspect plastique-formes, couleurss et lumières- d’un spectacle destiné en priorité aux enfants.
   Il y a aussi de beaux masques pour les personnages du géant,  de Monsieur Univers et deux gendarmes, et des marionnettes signés Galina Molotov et Vladimir Kantor  d’excellente facture.Comme souvent chez Grumberg, il y a d’excellents moments et d’autres plus …inégaux. Mais nous avons vu la générale donc sans pratiquement de public, et c’est un  test de qualité. Là,  pas de doute possible: dans les 1.400 spectacles du festival off ( si, si!  C’est du moins ce qui est indiqué !), et dont un petite proportion est tout public, ce Petit violon mérite de figurer en haut de la liste des spectacles à recommander.
   La suite à demain…


Philippe du Vignal

Théâtre de  l’Alizé,  15 rue du 58ème Régiment d’Infanterie, Avignon (à deux cent mètres de la gare contre les remparts à droite dos à la gare) t: 04-90-14-68-70

 

 

 

 

 

 

Les enfants des Vermiraux

Les Enfant de Vermiraux  de Serge Sandor, à partir d’extraits de La révolte des enfants de Vermiraux d’Emmanuelle Jouë et Marie-Laure Las Vergnas.


7fl92731.jpgSerge Sandor, auteur-metteur en scène prolixe et généreux, a toujours emprunté des voies et aussi des voix singulières (voir Cassandre n° 86 p. 58). Il a séjourné  plusieurs mois dans le Morvan pour mettre en scène l’effrayante histoire de la révolte des enfants de Vermiraux, une maison d’enfants de Quarré-les-tombes, à proximité d’Avalllon, fondée en 1882 par l’Institut sanitaire de l’Yonne pour “le redressement intellectuel des anormaux, nerveux arriérés et rachitiques”, établissement privé depuis 1905 qui se doit de faire des bénéfices.
La direction de cet institut rogne donc  sur le nourriture et les vêtements des enfants battus, violés, volés, qui, parfois,  se suicident, ou s’évadent, et finissent un jour par se révolter. Le 22 juillet 1911, le tribunal d’Avallon rend un jugement historique en condamnant à de la prison ferme les gérants de cet institut… qui n’en feront pas beaucoup ou pas du tout.
Serge Sandor s’est emparé de ce drame, et en a fait une chronique vivante avec 70 enfants, six détenus de la prison de Joux-la-ville, la chorale de Quarré -les-tombes et des musiciens morvandiaux
7fl9238.jpgLa première partie ( au marché couvert) montre des enfants muets en galoches et blouse, et  les responsables de la maison en train de s’empiffrer en recevant une dame pincée venue de Paris, les enfants de l’école de danse en tutus dans un petit ballet et la chorale locale. Un journaliste chronique les faits avec l’aide  de  sa femme qui l’appelle sans cesse à partager le repas qu’elle a préparé. Nous partons en procession à travers les belles rues de cette ville ancienne, derrière un attelage de chevaux, jusqu’au tribunal récemment fermé par Rachida Dati.
Une partie de la foule y pénètre pour assister à la reconstitution du procès, pendant qu’un acteur  nous relate ce qui se passe à l’intérieur. Nous pénétrons à notre tour dans le tribunal pour assister aux minutes du procès. Les dirigeants de l’institution se défendent avec une morgue ignoble, leur avocate plaide le mensonge, et les enfants présents restent sans voix.
Il y a une véritable théâtralité dans ce procès insolite, d’autant plus grande quand on apprend que le personnel judiciaire, du magistrat aux avocats, est interprété avec une belle présence par des détenus de la prison.


Edith Rappoport

Marché couvert d’Avallon

 

 

http://vermiraux.blogspot.com/p/le-spectacle.html

La Plainte de l’Impératrice

La Plainte de l’Impératrice,  film de Pina Bausch.

 

bauschlaplaintedelimpratrice.jpgAlors que se poursuit chaque soir la  chasse  aux billets devant le théâtre de la Ville pour le dernier spectacle de la compagnie dans une ferveur irrationnelle, le public  a pu découvrir, après  Pina  de Wim Wenders, l’unique film réalisé par  Pina Bausch entre 1987 et 1988.
Depuis 32 ans, Le Théâtre  de la Ville  a eu une  fidèle collaboration avec la chorégraphe, décédée il y a juste deux ans. Cette œuvre correspond à la première période de la troupe marquée par les créations de Café Muller, Le Sacre du Printemps, Bandonéon, 1980 et Nelken. Filmé sans artifice esthétique, avec une succession de séquences sans liens réel évident et avec parfois des longueurs, ce qui a déstabilisé certains spectateurs, le film nous remémore tous les éléments fondamentaux des chorégraphies de Pina Bausch.: la solitude et l’incommunicabilité des êtres, les rêves brisés sont  là bien sûr, tout comme les éléments de la nature, des arbres, la forêt, la terre, la pluie et la neige. Des plans rapprochés donnent une autre dimension au vécu de ses danseurs que l’on a l’habitude de voir avec la distance de la scène.
Nous découvrons aussi des plans de Wuppertal avec son  métro suspendu. La tonalité de ce film est sombre et il est difficile d’y retrouver ces touches d’humour qui ont agrémenté certains de ses spectacles, sauf peut être dans une scène d’un dîner en tête à tête entre Dominique Mercy et une  jeune femme qui perd ,à chacune de ses paroles,  le haut de sa robe.
pinafilm.jpgLes femmes, même dans des situations les plus surréalistes, portent des  talons hauts et des robes de soirées. L’importance des musiques traditionnelles est à souligner, dont les rythmes n’ont cessé d’induire une pulsation propre à la danse de Pina Bausch. Il est vrai que c’est sans doute la chorégraphe qui a été le plus étudiée dans le monde entier, et chaque mot semble réducteur pour définir son travail. Ce film se termine par un solo d’une personne âgée qui danse pour elle-même, comme un clin d’œil à son mythique Kontakthof qui date aussi de 1988….

Jean Couturier

 

Coffret : livre et DVD L’Arche Editeur, Paris Juin 2011

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