Antigone
Antigone, d’après Sophocle, par la compagnie Gwenaël Morin
Gwenaël Morin est venu à Aurillac avec sa sobre mise en scène d‘Antigone. Pour cadre de cette tragédie antique, il n’a pas choisi le cœur historique de la ville, mais les murs d’une « tragédie urbaine » : ceux d’une cité.
C’est en effet sur le presque terrain vague de la « résidence de la Montade », entre les barres d’immeubles, que la troupe a installé son aire de jeu. Et un bar ! Car Morin se projette au-delà de Sophocle, au-delà du spectacle : il voit surtout un bel espace à occuper et à rendre vivant, un public important à séduire et à rassembler. Or la tâche n’est pas simple, car le théâtre n’est ni la préoccupation majeure ni une activité identitaire des habitants du quartier ; il faut donc aller les chercher et essayer de les y intéresser. C’est ce que la troupe a fait : elle a placardé des affiches dans les cages d’escalier, et a ainsi recruté une dizaine de personnes pour constituer le chœur antique.
Mais Gwenaël Morin se méfie des bons sentiments : il n’a pas la prétention de faire du « social ». Il lui importe avant tout de créer du théâtre, coûte que coûte, et surtout là où il a envie de le faire. Et tant mieux si les moyens sont petits (décors de bois, de ficelle et de scotch), tant mieux si les conditions sont difficiles (vent, pollution sonore), tant mieux si des comédiens amateurs côtoient de bons professionnels : cela suscite, dans la communauté des spectateurs, une empathie supplémentaire, déclare Gwenaël Morin.
Il s’agit, en fait, d’un véritable parti pris : celui d’une recherche de sobriété pour laisser place à l’humain, avec des comédiens professionnels ou non, et devant un public averti ou pas. Le résultat est remarquable : le texte acquiert une clarté et la tension dramatique perdure jusqu’à la fin: nos émotions et notre jugement sont en permanence sollicités. Si le jeu frôle parfois la caricature, il n’y tombe pourtant jamais. Le metteur en scène a choisi de faire jouer les hommes par des comédiennes et inversement. Ce qui donne une amplitude inattendue aux propos misogynes de Créon, roi de Thèbes.
Ce qui caractérise la mise en scène de Gwenaël Morin est une grande proximité avec le spectateur : c’est un théâtre à la mesure de l’homme, sans manières ni fioritures superflues, sans prétentions ; le spectacle est de grande qualité, mené avec intelligence dans un cadre banal.
Nicolas Arribat
16, 17, 18 et 19 août à 19h30, Aurillac, Résidence de la Montade. Spectacle gratuit.

Création in situ, en effet puisque cela se passe sur la place de l’Hôtel de Ville, noire de monde (le spectacle de 30 minutes est évidemment gratuit), si bien que l’on ne vous livrera que quelques impressions, tant il était difficile d’en voir autre chose que des bribes, quand on n’a pas d’escabeau avec soi comme certains spectateurs prévoyants, ou que l’on n’ pas la chance de disposer d’une fenêtre donnant sur la place ou d’arriver une heure avant.
La compagnie est issue de la majorité de la dernière promotion- et dernière! grâce à l’imbécile obstination de M. Goldenberg, ex-directeur qui a ensuite été prié de quitter les lieux), à faire disparaître l’ École du Théâtre national de Chaillot. Ce n’est pas si souvent qu’une compagnie issue d’une école soit encore en vie cinq ans après sa création. Et cela valait donc le coup d’aller faire un état des lieux…
A la différence de certains professionnels , ils s’expriment dans une authenticité troublante, tant que leurs corps résistent à l’effort fourni. Sur la musique du Sacre du Printemps » de Stravinsky qui a connu les plus grandes interprétations, la chorégraphie est simple:le cercle dans lequel ces cinq hommes et vingt femmes se réunissent au début, va s’ouvrir dans une rotation antihoraire, et va peu à peu se disloquer, laissant la fatigue naturelle des organismes usés par le temps décider du sort de chacun, mais cette ronde va les transformer.