(le) métalOrchestre / Virée(s) vers l’est

Festival d’Aurillac

 

(le) métalOrchestre / Virée(s) vers l’est, par Metalvoice (le) métalOrchestre est un spectacle hybride : il est l’alliage réussi d’effets son et lumière de grande envergure et d’un propos social ; il est également la rencontre non moins réussie entre un orchestre d’harmonie et « le pays de l’usine » de Metalvoice.

Des fumigènes teintés de rouge s’élèvent dans la nuit d’Aurillac : le rouge des haut-fourneaux, le rouge de la révolte. Le chef d’orchestre, en queue de-pie-bleu-de-travail, fend la foule sur un chariot métallique et rejoint son orchestre, installé sur deux estrades. Le concert débute, mais les cuivres et les bois sont rapidement rejoints par des percussions singulières : des ouvriers tapent à tour de bras sur d’énormes caisses ou sur de gigantesques tuyaux métalliques.

C’est une véritable cadence de travail à la chaîne qu’ils imposent alors à l’orchestre. Ce rythme effréné est accompagné d’images d’usines et de slogans projetés, il est ponctué de textes sur le monde ouvrier lus ou slamés. Tout cela illustre, dans une esthétique de réalisme socialiste assumée, la délocalisation d’une industrie, une « virée vers l’est » : des chariots se mettent en branle, traversent la foule et ne s’arrêtent que pour la dominer, à distance.

Cette proposition de Metalvoice sent la sueur et la conscience de classe, la grève et l’injustice sociale. Elle ne changera certes pas le monde, car sa force est avant tout d’ordre visuel. Mais, à la fin du spectacle, l’air de l’Internationale plane tout de même sur la place de la Paix, tel un vieux spectre…

 

Nicolas Arribat

 Jusqu’au 19 août à 23h Place de la Paix.


Archive pour 19 août, 2011

HoriZOne


HoriZOne
par le groupe Zur.

  Le genre de soirées à marquer d’une pierre noire. L’aventure avait déjà mal commencé: le public d’un âge canonique- très peu de jeunes ( le spectacle était payant!) se rue sur les trois bus qui font la navette-obligatoire- ce qui en soi n’est pas une mauvais idée- et transporte tout son monde, après un long détour un peu inexplicable dans les hauteurs d’Aurillac. On fait descendre tout le monde, mais,  erreur,  ce n’était pas là, donc on fait remonter tous les spectateurs et les trois bus nous déposent au pied d’une impasse dans un lotissement. On attend encore debout au moins cinq minutes puis on repart… en longeant le cimetière dans un petit chemin creux. La nuit est déjà tombée…
Nouvel arrêt obligatoire pour regarder une grande photo- type panneau d’affichage- de ce même chemin creux. puis l’on continue à monter le long de ce cimetière dont les porte bizarrement sont ouvertes. Et la montée continue dans un pré très pentu, ni très beau ni très laid,  qui domine une partie de la ville d’Aurillac. On passe devant une sorte de tour de guet en ferraille où va officier un peu plus tard un batteur. Quelques chaises et quelques bancs assez bancales sont  installés sur la pente, tant mieux pour ceux qui courent le plus vite, tant pis pour les autres, Dieu reconnaîtra les siens…
En haut de la tour , il y a comme un court-circuit ( faux bien entendu) il a dans le pré de nombreuses ampoules électriques installées sur des tiges de fer qui se balancent au gré du vent du soir, des panneaux blancs rectangulaires où sont projetées des images de campagne, il y a aussi une bonne dizaine de ruches qu’un apiculteur enfume soigneusement sans que l’on puisse y croire un instant. Plus en haut de la colline, un homme court dans le faisceau d’un projecteur puis marche une femme en robe  en rouge à son bras ; on installe des chevalets de bois avec un fil. Aucun texte enregistré ou in vivo. On entend des sonneries de vaches que réalise assez bien le batteur.
Une des dernières images: une petite maison en bois  en haut  de la colline s’enflamme, seule image un peu stéréotypée- mais qui fasse  un effet certain. Puis le public est invité à monter jusqu’en haut de la colline et à regarder les débris calcinés de la maison. Fin de la plaisanterie d’une longue-trop longue- heure de « spectacle/performance/ réflexion écologique… Aucun applaudissement!  » C’est dit le groupe Zur, apercevoir un  nouveau paysage-monde dans le quotidien, ouvrir des points de vue en avant. Recadrer le connu et contempler l’inconnu qui a toujours été là, caché à notre  regard hâtif. Trouver l’intrus dans notre regard obtus. L’opportun inattendu  (…) Perdre ensemble le temps » .
Cette création collective du groupe Zur « qui veut défendre un art collectif et pluridisciplinaire », en mêlant des pratiques artistiques a quelque chose d’une rare prétention  mais aussi d’une vacuité  inoubliable. Jean-Marie Songy, le directeur du Festival nous avouait  hier à demi-mots que le Groupe avait mal choisi son lieu et que la proposition n’était pas vraiment aboutie dans les conditions  où cette création in situ avait été produite…. En tout cas, les Aurillacois présents, qui aiment leur ville et la très belle région de la Châtaigneraie étaient furieux d’avoir dû débourser 12 euros pour ne rien voir ou si peu… Que sauver de ce marasme? Pas grand chose sinon l’image de la petite maison en flammes, et le balancement des lumières dans le pré…
Cerise sur le clafoutis: il a fallu attendre encore dix minutes pour que les navettes reviennent, et, deuxième cerise sur le clafoutis, elle étaient à peine arrivées que le public a pu bénéficier aussitôt, le ciel ayant puni tout le monde , d’une douche tiède sans doute, mais abondante… Il y a parfois de ces soirs maudits dans un Festival…

 

Philippe du Vignal

Vigile

Vigile par le Théâtre Group, direction artistique et mise en scène de Patrice Jouffroy.

vigilebpicaudlger.jpg  C’est un  spectacle aussi  intelligent et  formidable sous la forme d’une conférence déjantée sur le thème de la sécurité dont nous avait déjà rendu compte Edith Rappoport au festival de Chalon.
A l’entrée extérieure de la salle, sur le goudron brûlant,  une vigile féminine de la société  Menouillard Security dont la camionnette  stationne à quelques mètres, en pantalon de combat bleu et grosses chaussures,  interdit formellement de dépasser le ruban rouge et blanc de sécurité ,et injurie sans scrupules un autre vigile aux cheveux gris dans le genre casse-toi, tu fais chier, retourne à ton poste! On ne peut rien dire et le filtrage s’opère sans aucun ménagement:  » Votre sac contient un appareil photo? -Non pas du tout. Pourtant c’est bien un sac à appareil photo, donc vous avez un appareil photo.     Après cet accueil plutôt musclé  auquel tout le monde a cru y compris du Vignal, nous sommes enfin autorisés à pénétrer dans la salle polyvalente. Des alignements de chaises  pour 267 personnes comme l’indique la vigile armée de son compteur. Sur une grande estrade, trois chaises devant un écran de projection, et sur le côté plusieurs vigiles masculins au cas où…   Accrochées au plafond deux grandes bannières donnent aussitôt le ton : La sécurité: première liberté et Liberté, Egalité, Sécurité. Il ya sur l’estrade pour débattre ds problèmes de sécurité dans notre douce France, un commandant de gendarmerie en uniforme et  képi, la coupe de cheveux militaire et fine moustache,   et deux cadres de la société Menouillard Security en costume gris assez vulgaires. Et après les remerciements d’usage au Préfet d’Aurillac et au maire d’Arpajon-sur Cère, la conférence commence .
Dans un langage formaté, digne d’élèves de l’ENA, et très langue de bois: les trois complices  sont là pour nous vanter…et nous vendre  les produits fabriqués par leur firme , le Groupe Vigi-Conseil : caméras de surveillance ou de vidéo-protection c’est selon, pistolets Taser, coffrets de sécurité avec Taser de poche, gel paralysant, etc..
Mais on attend madame la sous-préfète, aux cheveux faussement blonds, ce qui est rarement bon signe; elle arive non en retard mais retardée,  très sûre d’elle:  elle a la voix criarde et le verbe haut, elle est chez elle, puisqu’elle est gardienne de l’ordre public et le manifeste bien  » la meilleure défense reste l’attaque, etc….   Aucun scrupule à jouer sur l’émotion ressentie à l’occasion du meurtre d’une petite fille: tous les coups sont permis dès lors qu’il s’agit de vendre de la sécurité. Et le commandant de conclure:  » Je crois que l’on a bien avancé sur le sujet!    Il y a aussi un  hommage aussi ridicule que naïf, en forme de poème, d’un des vigiles à un collègue décédé,  et un petit film réalisé par une jeune cinéaste sur les effets de la violence,. mais, la projection se passe mal: coupures d’images et de son: bref, le commandant de gendarmerie n’apprécie pas du tout ce que  se permet de dire la jeune femme et lui rappele que lui et son épouse aiment le cinéma, celui de Woody Allen et de  Bunuel en particulier, et qu’il ne saurait tolérer  une qualité d’images aussi médiocre. .  . Mais il y a comme un couac, puisque le commandant de gendarmerie déclenche un projectile de la mallette qui va blesser le cadre de la société au-dessus de l’œil. Le commandant , plutôt ennuyé, ne trouve plus ses mots et prétend qu’il n’y est pour rien, puis s’en va piteusement par l’allée centrale. Cela aurait pu faire une belle fin mais  le Theatre Group a rajouté quelques démonstrations de combat des vigiles, et une engueulade du directeur de Vigi-Consil avec un représentant de la CGT…Ce qui n’était sans doute pas utile.   A cette réserve près, le spectacle est  à la fois très drôle et inquiétant, mais surtout  ludique, bien mis en scène, avec un dialogue d’une grande qualité et une force d’ interprétation rarement atteinte. L
a démonstration quant aux aspects souvent très limites de ces sociétés de surveillance aux méthodes souvent musclées qui fleurissent un peu partout, est impeccable, et est d’une drôlerie remarquable.
Que demande le peuple? Rien d’autre , le peuple, et, en particulier, les jeunes gens,  étaient enthousiastes, et nous aussi. En une heure trente, le Théâtre Group de Lons-le-Saunier signe là, sans contestation possible,  un des  meilleurs spectacles du Festival.  Merci à Jean-Marie Songy de l’avoir invité.
S’il reste des places, courez-y, malgré la chaleur, vous ne le regretterez pas.

Philippe du Vignal

Salle de la Vidalie à Arpajon-sur-Cère jusqu’au 20 août.

 

 

 

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