La Pluie d’été


La pluie d’été  de Marguerite Duras par le Club de la vie inimitable , adaptation et mise en scène de Lucas Bonifait.

ARCADI, la Maison des Métallos et le Théâtre Gérard Philipe de Saint Denis ont soutenu une initiative pertinente lancée par Frédéric Fachena du Collectif 12 de Mantes-la-Jolie, en présentant un festival de la jeune création théâtrale qui permet à des  compagnies de reprendre ou de jouer leur création.
Le Club de la vie inimitable est un collectif théâtral créé en 2008, basé à Paris qui a consolidé, projet après projet “un corpus poétique et visuel qui emprunte à une culture actuelle et non académique”.
Nous sommes assis en carré autour d’un espace restreint, les trois acteurs assis à nos côtés se lèvent pour interpréter à tour de rôle les personnages de cette famille pauvre immigrée de Vitry dont le fils Ernesto ne veut plus aller à l’école “où l’on apprend des choses que je ne sais pas! » (…) « Ça commence par les parents, ils vont en prison” !.
Le père et la mère font une démarche auprès du directeur de l’école pour le convaincre du bien-fondé du refus de leur fils.
On goûte pleinement ce texte bizarre qui a fait le délice de lecteurs passionnés (surtout des lectrices) dès la publication du texte en 1990. L’échange des rôles entre les acteurs qui annoncent leurs personnages délivre la représentation de tout réalisme.

 

NEUF MÈTRE CARRÉS  Compagnie des rescapés d’après Paroles de détenus, lettres et écrits de prison sous la direction de Jean-Pierre Guéno, mise en scène et scénographie Sébastien Chenot.

La Compagnie des rescapés se propose d’amener le théâtre à la rencontre du spectateur dans des espaces non conventionnels. Sept acteurs nous livrent ces paroles de détenus dans un quadrilatère blanc cerné par des cuvettes de WC, avec un ballet de panneaux recouverts de tissu blanc.
Malgré une belle présence des comédiens dont on sent le réel investissement, la linéarité de ces témoignages finit par lasser.

Edith Rappoport

Maison des Métallos


Archive pour 16 septembre, 2011

Introspection

Introspection de Peter Handke,  mise en scène de Gwenaël Morin. 

Le metteur en scène est maintenant bien connu du milieu théâtral avec un parcours des plus exigeant notamment avec  son Théâtre Permanent  aux laboratoires d’Aubervilliers où il avait installé un collectif de travail des plus intensifs qui ressemblait à une véritable ruche doté d’une réelle capacité d’expérimentation mais aussi d’innovation, même et surtout quand il s’agit de pièces dites classiques. Avec des hauts et des bas, bien sûr mais toujours avec rigueur et intelligence.
Pas de décors, pas de « costumes », pas de jeux de lumières sophistiqués mais toute l’énergie du spectacle confiée aux seuls comédiens. Et toute cette énergie et cette acquisition de savoir-faire finit par payer…  Il a ainsi présenté le mois dernier une remarquable Antigone d’après Sophocle, dans une cour d’HLM, au dernier Festival d’Aurillac qui a fait un véritable tabac. (voir Le Théâtre du Blog).
Cette fois, G. Morin est allé chercher des fragments d’un texte de Peter Handke  paru en 68. Rien sur le plateau de la petite salle du Théâtre de la Bastille sinon le texte entier affiché collé sur le mur du fond, et le mot Introspection en français et en allemand: Selbstbezichtigung. C’est tout.  Les acteurs sont déjà présents sur le plateau, discrètement sur les deux côtés puis viennent se placer en rang quatre filles et quatre garçons à un mètre du premier rang du public. Ce n’est pas sans rappeler (du Vignal, par pitié, arrêtez de nous resservir vos vieux souvenirs, cela devient fatiguant!) les Mysteries and smaller pieces du fameux Living Theater: même rigueur dans le phrasé, même présence sur le plateau, même  concentration.
Et débute alors  cette étonnante profération du texte de Peter Handke écrit à l’origine pour deux personnages. dans un chœur à huit: alternance une voix/ sept voix ou quatre voix féminines/ quatre voix masculines en réponse, ou avec la totalité du chœur. Et se dévide ainsi cette incantation personnelle qui nous touche de près quant au mode de vie  et à la conduite personnelle, jusque dans les détails insignifiants du quotidien et dans les contradictions les plus élémentaires.
Avec cette litanie du « je » qui revient sans cesse: « J’ai appris qu’il y avait des règlements pour la conduite et pour la pensée. J’ai appris qu’il y avait des règlements pour l’intérieur et pour le dehors. Des règlements pour les choses et pour les hommes. Des règlements généraux et particuliers. Des règlements pour ici-bas et pour la vie éternelle. Des règlements pour l’air, l’eau, le feu, la terre. J’ai appris les règlements et les dérogations. Les règles fondamentales et les règles dérivées. J’ai appris à me plier aux règlements. Je suis devenu un animal social. »
Et la profération de cette litanie  qui pourrait être exaspérante, ne l’est jamais, sans doute parce qu’elle nous touche personnellement, parce qu’elle va  du plus intime à l’universel, avec  quelque chose qui tourne à la folie. Parce que Gwenaël Morin a  fait un travail dramaturgique très solide et eu cette idée formidable de transformer cette partition à deux voix en un chœur qui dit les choses avec une diction, une force et une intelligence du texte assez rares pour être signalées.
Et avec un tempo tout à fait juste: aucune longueur dans cette construction,ce qui est assez rare mais il y a visiblement derrière un gros travail d’une précision exemplaire: la formation d’architecte de G. Morin a dû lui servir, et quand tout est dit ou à peu près, quarante cinq minutes plus loin, le spectacle s’arrête d’un coup: pas de longueurs, pas de fausses fins: la pensée et le temps pour une fois, sont en parfaite harmonie et les comédiens tous remarquables : six de sa troupe: Gianfranco Poddighe , Mélanie Bourgeois, Alexandre Michel , Natalie Royer , Thomas Poulard et deux élèves par roulement de la dernière promotion de l’ École de Saint-Etienne.
Allez-y, vraiment allez-y; on a l’impression de sortir de la Bastille avec l’impression que l’on vous a véritablement parlé et respecté: cela fait toujours du bien par où cela passe.  Cela ne dure que 45 minutes? Oui et après? Mieux vaut quarante cinq minutes de beauté théâtrale que presque trois heures d’opéra-bouffe indigent et laborieux.

Philippe du Vignal

 

Théâtre de la Bastille  jusqu’au 23 septembre et du 6 au 20 octobre.  

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Frères d’hiver

Frères d’hiver de Michel Ouellette, mise en scène de Joel Beddows,

 

freresdhivercreditsylvainsabatie33.jpg  Deux cercles concentriques; au milieu, une forme ovale baignée de lumière douce et froide qui semble vibrer comme une couche de liquide instable, une illusion bien sûr, évoquée par des éclairages bleuâtres et glacés, un paysage d’hiver symboliste. Un jeune homme s’est laissé enfoncer jusqu’au fond de l’eau glacée et le voilà,  cadavre gelé étendu sur une table en inox. Nous ne le voyons pas. C’est Pierre, son frère, qui nous en parle. Enfin, un jeu de lumières bleues, jaunes, rouges tissent des liens entre ces images et le paysage hivernal éclairé par la lumière du soleil matinal, jusqu’à ce que cette boule de braise suspendue dans le ciel, nous aveugle.
Grâce à des effets synesthésiques remarquables, les éclairages de Guillaume Houet donnent substance au monde poétique de Michel Ouellette et Joël Beddows gère le texte, les sonorités, les éclairages et les comédiens, comme un grand chef d’orchestre. Il marie la parole évocatrice de ces figures scéniques qui tentent de s’expliquer, des sonorités au-delà du réel et des récits intimes sur la séparation de deux jumeaux et leurs retrouvailles au-delà de la mort.
Paul, jeune tourmenté qui s’est  toujours senti « différent », est mort sous la glace, dans ce paysage hivernal d’une pureté impeccable. Plus tard, Pierre, retrouve le Journal d’accompagnement de Paul et  part à la quête de ce frère qu’il n’a jamais vraiment connu mais qui aimait écrire. Mieux connaître son  frère devient autant une quête de soi, qu’une remontée douleureuse dans la mémoire familiale. Les mots incantatoires de Pierre qui cherche les souvenirs de ce frère, sont incarnés par cette figure étrange de Paul, joué par l’acteur qui dessine des signes mystérieux dans le vide, les lettres dans l’espace que nous ne comprenons pas mais qui représentent son besoin obsessissionnel d’écrire.
Ensemble, ces signes constituent des images, des métaphores poétiques inscrites dans la gestualité de ce corps fluide qui semble prendre possession de l’espace, alors qu’ensemble, les deux frères exécutent des figures dansées à l’intérieur de cet espace ovale, pour désigner un rapprochement symbolique. Et pendant toute cette fête, Pierre devient le « poème » du frère pour enfin se fondre dans le souvenir de ce jeune homme qui était, nous le sentons bien, son alter ego, son « autre », une partie profonde de lui-même. Cette illustration du poème constitue une réussite.
On reconnaît le travail corporel de Daniel Mroz qui a chorégraphié le personnage de  Paul, vêtu d’une robe ample comme le vêtement du personnage principal de
Le Testament du couturier. Mais  certains mouvements de jambes énergiques  attiraient  l’attention et donnaient presque trop de vie à cette figure qui avançait  dans un monde liminal et diaphane, et beaucoup moins en chair et en os que la chorégraphe ne l’ aurait cru.
L’intervention de Wendy, la muse, l’inspiration, celle qui est attirée par Pierre mais qui est toujours sous le coup de son amour noyé, fonctionne comme   un catalyseur . Elle porte un manteau rouge foncé, bordé de fourrure, comme si elle sortait d’un défilé de carnaval et ce  costume gêne un peu. Elle  aurait pu rester aussi discrète, diaphane et mystérieuse que Paul, son amant cadavérique. L’ambiance évoquait le monde des poètes symbolistes qui évacuaient la scène des corps trop naturels pour la remplir de danseurs.
Et effectivement, dans les derniers moments, Pierre entraine son frère Paul fantômatique dans une danse où les deux frères tournent sur eux-mêmes sans se toucher. Cette chorégraphie concrétise le sens du texte et prend fin lorsque le poème nous entraîne dans un mouvement collectif de couleurs, de lumières, et de sonorités où le va-et-vient des corps  évoque l’assimilation parfaite des deux frères.
Le spectacle dure une heure. Esthétique  impeccable, jeu et émouvant, mais
Il faudrait  sans doute revoir la gestualité de Paul un peu trop vigoureuse. 

 

Alvina Ruprecht

Théâtre de la nouvelle scène à Ottawa, dans le cadre de Zones théâtrales, festival des francophonies hors Québec, du 11 au 17 septembre.

 



 

 

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