Frères d’hiver

Frères d’hiver de Michel Ouellette, mise en scène de Joel Beddows,

 

freresdhivercreditsylvainsabatie33.jpg  Deux cercles concentriques; au milieu, une forme ovale baignée de lumière douce et froide qui semble vibrer comme une couche de liquide instable, une illusion bien sûr, évoquée par des éclairages bleuâtres et glacés, un paysage d’hiver symboliste. Un jeune homme s’est laissé enfoncer jusqu’au fond de l’eau glacée et le voilà,  cadavre gelé étendu sur une table en inox. Nous ne le voyons pas. C’est Pierre, son frère, qui nous en parle. Enfin, un jeu de lumières bleues, jaunes, rouges tissent des liens entre ces images et le paysage hivernal éclairé par la lumière du soleil matinal, jusqu’à ce que cette boule de braise suspendue dans le ciel, nous aveugle.
Grâce à des effets synesthésiques remarquables, les éclairages de Guillaume Houet donnent substance au monde poétique de Michel Ouellette et Joël Beddows gère le texte, les sonorités, les éclairages et les comédiens, comme un grand chef d’orchestre. Il marie la parole évocatrice de ces figures scéniques qui tentent de s’expliquer, des sonorités au-delà du réel et des récits intimes sur la séparation de deux jumeaux et leurs retrouvailles au-delà de la mort.
Paul, jeune tourmenté qui s’est  toujours senti « différent », est mort sous la glace, dans ce paysage hivernal d’une pureté impeccable. Plus tard, Pierre, retrouve le Journal d’accompagnement de Paul et  part à la quête de ce frère qu’il n’a jamais vraiment connu mais qui aimait écrire. Mieux connaître son  frère devient autant une quête de soi, qu’une remontée douleureuse dans la mémoire familiale. Les mots incantatoires de Pierre qui cherche les souvenirs de ce frère, sont incarnés par cette figure étrange de Paul, joué par l’acteur qui dessine des signes mystérieux dans le vide, les lettres dans l’espace que nous ne comprenons pas mais qui représentent son besoin obsessissionnel d’écrire.
Ensemble, ces signes constituent des images, des métaphores poétiques inscrites dans la gestualité de ce corps fluide qui semble prendre possession de l’espace, alors qu’ensemble, les deux frères exécutent des figures dansées à l’intérieur de cet espace ovale, pour désigner un rapprochement symbolique. Et pendant toute cette fête, Pierre devient le « poème » du frère pour enfin se fondre dans le souvenir de ce jeune homme qui était, nous le sentons bien, son alter ego, son « autre », une partie profonde de lui-même. Cette illustration du poème constitue une réussite.
On reconnaît le travail corporel de Daniel Mroz qui a chorégraphié le personnage de  Paul, vêtu d’une robe ample comme le vêtement du personnage principal de
Le Testament du couturier. Mais  certains mouvements de jambes énergiques  attiraient  l’attention et donnaient presque trop de vie à cette figure qui avançait  dans un monde liminal et diaphane, et beaucoup moins en chair et en os que la chorégraphe ne l’ aurait cru.
L’intervention de Wendy, la muse, l’inspiration, celle qui est attirée par Pierre mais qui est toujours sous le coup de son amour noyé, fonctionne comme   un catalyseur . Elle porte un manteau rouge foncé, bordé de fourrure, comme si elle sortait d’un défilé de carnaval et ce  costume gêne un peu. Elle  aurait pu rester aussi discrète, diaphane et mystérieuse que Paul, son amant cadavérique. L’ambiance évoquait le monde des poètes symbolistes qui évacuaient la scène des corps trop naturels pour la remplir de danseurs.
Et effectivement, dans les derniers moments, Pierre entraine son frère Paul fantômatique dans une danse où les deux frères tournent sur eux-mêmes sans se toucher. Cette chorégraphie concrétise le sens du texte et prend fin lorsque le poème nous entraîne dans un mouvement collectif de couleurs, de lumières, et de sonorités où le va-et-vient des corps  évoque l’assimilation parfaite des deux frères.
Le spectacle dure une heure. Esthétique  impeccable, jeu et émouvant, mais
Il faudrait  sans doute revoir la gestualité de Paul un peu trop vigoureuse. 

 

Alvina Ruprecht

Théâtre de la nouvelle scène à Ottawa, dans le cadre de Zones théâtrales, festival des francophonies hors Québec, du 11 au 17 septembre.

 



 

 

 


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