Les vagues

Les vagues, de Virginia Woolf, adaptation et mis en scène Marie-Christine Soma

0603640001306743354.jpgOn pourrait parler, avant la lettre, de « l’ère du soupçon ». Le roman de Virginia Woolf ne relate pas le parcours de ses six personnages, ou figures, mais explore les diverses épaisseurs du temps, son élasticité, son émiettement, temps qui constitue, défait et refait ce que nous appelons personnages ou personnalités.
Cela paraît très abstrait, mais  il n’y a rien de plus concret, de plus vécu, pour peu que l’on veuille bien être attentif à sa propre expérience du temps. Le groupe aussi nous fait et nous défait. On ne peut s’empêcher de penser au « groupe de Bloomsbury », brève et intense expérience, avant et après la première guerre mondiale, de communauté d’artistes et écrivains passionnément modernes, inventifs, amoureux les uns des autres, dont firent partie Virginia Stephen et son futur époux Leonard Woolf. Un, personne, cent mille, dirait leur contemporain Pirandello des éclats du « moi ».
Le roman met en regard l’évolution de la lumière sur les vagues de la mer et celle de ses six figures. Sur scène, les images de la mer sont renvoyées à un discret écran vidéo et c’est la théâtralité du monologue intérieur qui est mise en avant. Les moments de dialogues, émergés du souvenir, faisant du reste partie du même flux de pensées et de sensations. Disons, du sens, à tous les sens du terme.
Tout cela paraît bien abstrait, encore une fois, et ça ne l’est pas. Marie-Christine Soma a choisi de donner au temps qui passe la figure la plus concrète qui soit, en distribuant Susan, Rhoda, Jinny, Neville, Bernard et Louis à deux générations d’acteurs. Elle a posé comme axe dramatique la mort accidentelle et lointaine de Perceval : il faut de l’absence, du manque pour que naisse la parole.
Les plus jeunes construisent les personnages, les sortent par petites touches du flou, les plus âgés commencent par de courtes effractions dans leur jeu, avec parfois une note d’humour, les regardent, leur font une ombre bienveillante du fond du plateau et progressivement en viennent au monologue rétrospectif : voilà comment nous avons vécu, voilà comment tout cela a toujours existé, mais pas toujours avec la même valeur.
Peu d’objets, des tables et des chaises pour jouer le repas de la bande au restaurant, quelques pétales en arrière plan, un jeu de miroir qui ouvre sur une brume indéfinie le petit plateau de la Colline. Il y a de l’enfance là-dedans, et de la gravité.
C’est parfois long (presque trois heures), avec flux et reflux. C’est toujours beau, et vrai. L’adaptation de Marie-Christine Soma est une vraie re-création contemporaine des Vagues, sans trahir jamais Virginia Woolf. Les chefs-d’œuvre ont cette force : on se sent porté en même temps que notre vision s’élargit et s’approfondit.
Qui dira que le théâtre est inutile ?

Christine Friedel

Théâtre de la Colline  01 44 62 52 52, jusqu’au 15 octobre.


Archive pour 19 septembre, 2011

Les vagues

Les vagues, de Virginia Woolf, adaptation et mis en scène Marie-Christine Soma

0603640001306743354.jpgOn pourrait parler, avant la lettre, de « l’ère du soupçon ». Le roman de Virginia Woolf ne relate pas le parcours de ses six personnages, ou figures, mais explore les diverses épaisseurs du temps, son élasticité, son émiettement, temps qui constitue, défait et refait ce que nous appelons personnages ou personnalités.
Cela paraît très abstrait, mais  il n’y a rien de plus concret, de plus vécu, pour peu que l’on veuille bien être attentif à sa propre expérience du temps. Le groupe aussi nous fait et nous défait. On ne peut s’empêcher de penser au « groupe de Bloomsbury », brève et intense expérience, avant et après la première guerre mondiale, de communauté d’artistes et écrivains passionnément modernes, inventifs, amoureux les uns des autres, dont firent partie Virginia Stephen et son futur époux Leonard Woolf. Un, personne, cent mille, dirait leur contemporain Pirandello des éclats du « moi ».
Le roman met en regard l’évolution de la lumière sur les vagues de la mer et celle de ses six figures. Sur scène, les images de la mer sont renvoyées à un discret écran vidéo et c’est la théâtralité du monologue intérieur qui est mise en avant. Les moments de dialogues, émergés du souvenir, faisant du reste partie du même flux de pensées et de sensations. Disons, du sens, à tous les sens du terme.
Tout cela paraît bien abstrait, encore une fois, et ça ne l’est pas. Marie-Christine Soma a choisi de donner au temps qui passe la figure la plus concrète qui soit, en distribuant Susan, Rhoda, Jinny, Neville, Bernard et Louis à deux générations d’acteurs. Elle a posé comme axe dramatique la mort accidentelle et lointaine de Perceval : il faut de l’absence, du manque pour que naisse la parole.
Les plus jeunes construisent les personnages, les sortent par petites touches du flou, les plus âgés commencent par de courtes effractions dans leur jeu, avec parfois une note d’humour, les regardent, leur font une ombre bienveillante du fond du plateau et progressivement en viennent au monologue rétrospectif : voilà comment nous avons vécu, voilà comment tout cela a toujours existé, mais pas toujours avec la même valeur.
Peu d’objets, des tables et des chaises pour jouer le repas de la bande au restaurant, quelques pétales en arrière plan, un jeu de miroir qui ouvre sur une brume indéfinie le petit plateau de la Colline. Il y a de l’enfance là-dedans, et de la gravité.
C’est parfois long (presque trois heures), avec flux et reflux. C’est toujours beau, et vrai. L’adaptation de Marie-Christine Soma est une vraie re-création contemporaine des Vagues, sans trahir jamais Virginia Woolf. Les chefs-d’œuvre ont cette force : on se sent porté en même temps que notre vision s’élargit et s’approfondit.
Qui dira que le théâtre est inutile ?

Christine Friedel

Théâtre de la Colline  01 44 62 52 52, jusqu’au 15 octobre.

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