Splendid’s

Splendid’s, de Jean Genet, mise en scène Cristèle Alves Meira

splendids.jpgRing sans cordes, à vos risques et périls, au milieu du parterre de l’Athénée. Portes dorées qui claquent. Irruption de voyous à kalachnikov, c’est tendu.
Le Splendid’s, c’est l’hôtel où s’est piégée une bande de gangsters, après un coup tordu et foireux. Leur otage, une Américaine, est morte, l’hôtel est assiégé, la radio leur renvoie minute par minute la progression de l’encerclement et l’annonce de leur défaite inéluctable.
Qu’est-ce qu’il reste ? Les délices quelques peu amères d’une mort annoncée, la saveur de la lâcheté, la trahison de ceux qu’on aime … Sinon, où serait la trahison ? Un policier passé de leur côté chante sa déception, entre l’image mythique des mauvais garçons et cette bande d’indécis violents. Pourtant, pourtant une autre mythologie se dessine, celle qui parcourt toute l’œuvre de Genêt : pas seulement l’adieu aux beaux corps virils voués à la pourriture, quelque chose de la merveilleuse intensité de l’instant, qui échappe au flic, même deux fois traître.
Cristèle Alves Mera s’était déjà mesurée à Genet, et vaillamment. Ici, elle a imaginé que ces gangsters pouvaient être des terroristes arabes : hommage à l’amour de l’auteur pour les jeunes Marocains et pour les Palestiniens, et puis, après tout, leur victime est américaine. Du coup, on entend beaucoup crier en arabe.
La fiction court ainsi après une réalité qui forcément se dérobe, pour le moins. Le jeu saturé, au premier degré, et, très vite, on n’y croit plus, et on n’en tire qu’un petit plaisir, celui du bourgeois qui aime se faire un peu bousculer.Pour la scénographie, elle a succombé à la tentation de faire du théâtre la scène même de l’enfermement, les
balcons de l’Athénée jouant le rôle du grand bordel de l’hôtel.
Ce qui nous rejette encore davantage à la place du bourgeois à peine choqué. Le huis-clos ne marche pas: au contraire, tout s’éparpille et s’éclate. Peut-être la pièce de Genet, qu’il a abandonnée de son vivant, devrait-elle  être finalement traitée en oratorio ?
Manque sans doute à
Splendid’s un  mode d’emploi et une marche à suivre , comme celles que Genet avait pris la peine d’écrire pour Les Bonnes et Les Nègres.

 

Christine Friedel

Théâtre de l’Athénée, jusqu’au 8 octobre T:  01 53 05 19 19

 


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