Ossyane

Ossyane, d’après Les Echelles du Levant d’Amin Maalouf, mise en scène et adaptation de Grégoire Cuvier.

   ossyanne.jpgOssyane est une fresque historique : animée par le refus de la haine, une famille levantine avance à contre-courant des grands conflits qui ont troublé les deux derniers siècles. Ossyane ( en arabe « insoumission ») est le dernier descendant de cette famille. Le cours mouvementé de son existence le met aux prises avec l’Histoire, dans un acharnement du destin auquel Ossyane s’efforce de résister. Mais les garde-fous de sa raison finiront par céder, entraînant trente années d’obscurité et de folie. C’est cette plongée dans la démence qui a guidé le travail d’adaptation de Grégoire Cuvier. Il confie avoir voulu attirer l’attention sur « ce fragile équilibre dont nous sommes faits », soumis aux aléas incontrôlables du monde extérieur.
Et l’interprétation d’Olivier Cherki finit par éclater d’une force sombre, donnant à voir toute l’étendue des troubles qui s’emparent de l’esprit d’Ossyane. Malgré tout, cette folie n’est développée qu’après une longue première moitié qui fait se succéder les époques à une vitesse parfois vertigineuse (surtout pour les premières séquences). C’est, au final, ce voyage spatio-temporel qui stupéfie le plus. De la chute de l’Empire Ottoman à la guerre civile du Liban, en passant par la deuxième guerre mondiale, Vichy et le conflit israélo palestinien, c’est tout un pan de notre Histoire qui défile, le jeu des acteurs côtoyant les images d’archives.
Grégoire Cuvier a d’ailleurs construit son récit de manière « cinématographique », agençant les scènes de manière à « les faire démarrer le plus tard possible et les couper le plus tôt possible ».L’ensemble, dynamique est fondé sur une maîtrise parfaite de l’espace-temps scénique. Le voyage se fait en effet dans une étonnante fluidité. De menus détails scénographiques, orchestrés par Grégoire Faucheux et alliés aux costumes de Camille Pénager, soulignent le passage du temps comme les changements d’espaces, avec une habile discrétion. Ce sont surtout les métamorphoses des acteurs qui ponctuent l’Histoire. La première, d’Audrey Louis, souligne un travail technique indéniable : de fraîche jeune fille , elle se retrouve grand-mère prostrée sur une chaise après une transformation douloureuse, quelques secondes d’un silence déchirant.
L’équipe de Grégoire Cuvier, présente en son esprit lors de l’écriture du texte, incarne de nombreux personnages autour d’Ossyane. Chaque séquence est lancée par un tableau, une immobilité première qui fige un instant la folle chronologie. Mais si elle donne lieu à de brillantes apparitions (comme celle de Jean-Marc Charrier qui, après avoir joué le père s’impose brutalement en fils renié), cette chorégraphie est parfois trop brusque pour ne pas heurter le spectateur. Ainsi parsemé d’imprécisions, le spectacle n’atteint pas toujours le plein aboutissement : les acteurs sont quelquefois pris en flagrant délit de récitation et l’enchaînement des rôles demande une virtuosité qui n’est pas toujours au rendez-vous.
L’adaptation semble parfois un peu trop complexe pour la scène, mais le spectacle nous entraîne dans une aventure qui joue avec le destin et la tragédie. À travers la folie d’un individu, c’est toute l’humanité que questionne Ossyane.

 

Elise Blanc

 

Au Théâtre 13 jusqu’au 30 octobre.

 

Oui, on confirme; c’est un spectacle qui porte les marques d’une adaptation toujours difficile d’une grande saga romanesque au théâtre, mais et les meilleures scènes sont celles où Ossyane, joué par Olivier Cherki avec beaucoup de sensibilité et d’intelligence, sombre dans la folie. Par ailleurs, Christine Braconier et Audrey Louis sont impeccables.Mais il faudrait que Grégoire Cuvier revoit certaines séquences, surtout au début, où le jeu est comme accéléré et où les comédiens, on ne sait pourquoi, se mettent à réciter le texte, ce qui nuit évidemment à l’unité du spectacle et ne profite à personne.
Mais aucun doute là-dessus, Grégoire Cuvier réussit à faire naître l’émotion , sans effets et sans pathos, ce qui n’est pas si fréquent chez les jeunes metteurs en scène. Après le Roméo et Juliette d’Olivier Py, sec comme un coup de cravache, cela fait du bien. Colette Nucci a eu raison d’inviter cette jeune compagnie.

Ph. du V.


Archive pour 27 septembre, 2011

L’Implorante

L’Implorante de Claude Guilmain, mise en scène de Louise Naubert et Claude Guilmain.

 

 implorante.jpg La rencontre de plusieurs formes d’expression artistique : vidéo, sculpture, danse, littérature, photographies et images/textes empruntés à des téléphones mobiles et une suite d’illusions spatiales nous interpellent dès les premiers moments de ce fascinant spectacle. Le fond de mur semble glisser à droite puis  à gauche.
Sans dire un mot, Sylvie Bouchard, la comédienne/danseuse envoie des textos contre le mur, devenu écran ,ou des images comme celle d’un train qui passe, et nous  voilà  dans le métro à Paris, ou dans la cour de l’atelier de Camille Claudel, ou au Musée Rodin  où le rapport entre les amants commence à se dessiner. . Tandis que la jeune comédienne , prépare une exposition dans son atelier parisien, nous entendons une belle  voix ‘off’  qui lit la correspondance passionnée entre Auguste Rodin et Camille Claudel,  l’élève de Rodin  devenue sa maîtresse, son modèle et  était, selon les uns, encore plus douée que le maître.
La première partie du spectacle ( 75 minutes), se situe dans le présent où la relation Rodin-Camille Claudel opère une fascination sur la danseuse et nous devinons un parallèle entre ce rapport déchirant  des deux sculpteurs et  sa propre vie.  Tandis  qu’elle prépare une exposition de photos et  de sculptures, la  toile de fond d’une relation amoureuse est évoquée par les appels téléphoniques qui interrompent le travail de la jeune femme, et qui assurent  le va et vient entre le présent et le passé où un romantisme exacerbé déchire cet autre  corps fragile..!
Et toujours Sylvie Bouchard se transforme en  sculpture vivante, figure pathétique de L’implorante : cette jeune femme constitue une des figures du triptyque L’âge mûr de Camille Claudel qui exprime la tragédie d’une jeune femme abandonnée par son amant pour une femme plus âgée. L’implorante essaye de retenir son amant mais la femme mûre l’emportera. La  deuxième partie du spectacle nous renvoie  au personnage  de  Camille Claudel, après le départ de Rodin.  Temporalités et  récits amoureux se confondent avec un effet est très fort; quand  la voix off  lit le désespoir de Camille dans sa correspondance, Sylvie Bouchard nous plonge alors dans sa vie déchirée par la folie. Gestes  saccadés, membres  désarticulés  d’un corps frénétique qui s’écroule sous  le poids de la douleur…  Un éclairage subtil et discret caresse les formes  nues que nous devinons dans la pénombre d’une conscience qui s’enfonce dans l’abime. Les derniers moments sont intenses.Mais tout d’un coup, c’est fini!  Selon Louise Nabert, il n’y avait pas besoin d’en dire davantage. Dommage: on aurait voulu en savoir plus! Vision minimaliste d’un corps où l’expression de la folie devient le moment insaisissable et  l’espace brouillé  au croisement de la musique, des voix enregistrées, des pas de danse, des formes sculptées, et des  images filmées, l’incarnation d’un esprit qui perd ses moyens dans un chaos chorégraphié  méticuleux… C’est un spectacle  d’une belle émotion qui devrait tourner dans le monde entier. 

 

Alvina  Ruprecht

Théâtre du  Tabaret Hall, Université d’Ottawa, à Zones Théâtrales,Festival des francophonies canadiennes hors Québec.

 


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