Les Fantoches

Les Fantoches, spectacle de la compagnie Gérard Gérard, avec  la complicité de Denis Péan (groupe Lo’Jo) et de Wladislaw Znorko, mise en scène de Michaël Filler.

 

ff.jpg  C’est la cinquième édition   de l’opération Par les villages-qui reprend le titre de la pièce de Peter Handke- à Trets et Meyrargues, villages de la Communauté du Pays d’Aix-en-Provence.
Avec des spectacles gratuits, en cours de création et joués ici pour la première fois, qui ont été coproduits, après avoir été « choisis par une commission de représentants des organisateurs, d’élus et de techniciens culturels, et de spectateurs fidèles » . C’est ainsi que la Compagnie Gérard Gérard est venue depuis Rivesaltes ( Roussillon)où elle est désormais installée depuis quelque quatre ans.

  Cela se passe à la Maison des colombes de Trets, une salle polyvalente comme il y a en tant mais apte à recevoir des spectacles de théâtre et plutôt correctement équipée, et où officient une équipe de techniciens efficace; des gradins de 150 places mais pas de scène; les Gérard Gérard transportent avec eux, comme autrefois, leur matériel et leur décor: des projecteurs, un tapis de danse noir et ce qu’il faut pour recréer un café des années cinquante:  comptoir  où officie un patron, habillé de noir, le torchon  toujours à la main, et plutôt cérémonieux, quelques tables rondes  du même style, et une vieille enseigne lumineuse de Mützig, bière d’Alsace,surplombant la scène. C’est sobre mais suffisant. Sur le côté, deux musiciens, parfois assis à une table  en train justement de savourer une bière, ou de jouer l’un de la guitare, l’autre de la batterie.
  Endroit  un peu glauque qui  fait penser à certains bars des années 70 à Bruxelles que fréquentaient surtout  des clodos qui venaient boire  quelque chose vers minuit et dormir assis une heure ou deux. Il y a dans Les fantoches une galerie de personnages embarqués dans leurs rêves ou qui jouent à une improbable partie de Master mind, sans trop y croire, juste histoire de passer le temps, ou chantant au micro, ou encore monologuant comme cette jeune femme assise un peu à l’écart.
« Le spectacle , dit Michaël Filler, dont c’est la première mise en scène vient sans doute d’un sentiment de confusion ressenti à des heures tardives dans les bars : lorsque le temps n’existe plus et qu’on devient tout à coup sentimental. Un questionnement métaphysique et une réponse : pataphysique. C’est une fiction de la mort et de l’au-delà défendue par un jeune collectif (trente ans de moyenne d’age… ).
Nous sommes partis du principe que la plupart des bars sont habités la nuit lorsque le rideau de fer tombe (attention, je ne parle pas de ces cafés modernes à écran plat des grandes villes qui ont remplacé les vieux bars!)
Bien sûr, ce ne sont pas les mêmes occupants que le jour ni les mêmes règles. Ceux-là subissent une nuit éternelle… pour certains c’est un paradis pour d’autre l’ennui. Ce soir là : deux intrus ont glissé dans leur monde.Le spectacle fait tour à tour référence au poème d’Apollinaire La maison des morts,ainsi qu’à la fameuse phrase de Jim Morrison sur les portes de la perception  On nous demande souvent si nous avons écrit le texte. Oui… mais sur le plateau, avec le sentiment qu’un silence vaut bien une parole « .
On ne sait trop en effet si les personnages sont encore vivants mais, comme Tchekov  l’avait dit dans une phrase admirable:  » Ce sont les vivants qui ferment les yeux des morts mais ce sont les morts qui ouvrent les yeux des vivants ».  Le spectacle est ainsi constitué de courtes scènes fugitives  se succédant sans à-coup où officient les  sept comédiens avec une gestuelle très précise et une belle présence.

   Les petits textes auraient sans aucun doute besoin d’être retravaillés mais  bon, c’est surtout un théâtre d’ images à dominante surréaliste et poétique auquel on est convié, comme ce petit bateau émergeant  d’une brume épaisse avec, seul à bord, un petit capitaine-endormi ou  mort?-que le patron de bistrot pose délicatement sur le bar avant d’aller essuyer  avec soin, et une fois de plus, les tables de son café. Images influencées-mais ce n’est pas un reproche- par les spectacles de Znorko et par ceux de  l’immense Kantor qui fait partie de leur héritage. dans une sorte de va-et-vient constant entre le monde des trépassés et celui des vivants.
  Le spectacle finit  simplement , et de façon émouvante, sur quelques phrases de Bach jouées par les  deux comédiennes au violoncelle et au violon. Comme l’écrivait Daniel Barenboïm, pianiste et chef d’orchestre:  » La relation entre la vie et la mort est que celle qui existe entre le silence et la musique – le silence précède la musique et lui succède ».  

 

Philippe du Vignal

 

Maison des colombes de Tretz (Bouches-du-Rhône) le 15 octobre.

 


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