Laissez-nous juste le temps de vous détruire

 Laissez-nous juste le temps de vous détruire d’ Emmanuelle Pireyre, mise en scène de Myriam Marzouki. 

100.jpg  Le spectacle  se situe dans la même ligne qu’ United Problems of coût de la main- d’œuvre de  Jean-Charles  Massera ou Europeana de Patrick Ourednik ,  même ligne qu’avait déjà suivi cette jeune metteuse en scène: soit,  à partir du texte d’un écrivain contemporain, un constat et un questionnement très violent  sur l’état de notre civilisation occidentale.
Myriam Marzouki , cette fois, remet le couvert en s’invitant, avec l’ humour caustique d’un texte écrit  par Emmanuelle Pireyre,  dans le pavillon de banlieue , où des  bobos en proie à une passion scrupuleuse pour l’écologie et la sauvegarde notre chère planète, à la recherche d’un bonheur familial absolu. Il y un faut un jardin,  des enfants et
l’obligation qu’ils s’imposent   de sacrifier à » l’universelle sociabilité du barbecue »...
Bien entendu, la bêtise et la prétention sont bien là,quand un jeune journaliste venu faire une enquête sur cet univers où les certitudes ne volent  pas très haut, pas  loin des merveilleuses déclarations de Bouvard et Pécuchet.   Il y a sur scène trois maisons, ou plutôt trois semblants de maisons en tissu avec une porte dont le rideau  est roulé, et chaque maison est entourée d’une petite haie en contre-plaqué;
C’est sans doute un coin de campagne, ou de presque campagne, déjà urbanisée, loin  de Levallois… dont l’une des deux jeunes femmes  a parfois la nostalgie, quand elle se voit obligée de vivre selon ses principes, ce qui représente, avoue-t-elle, un travail à plein temps! Mais tout est dérisoire dans cette obsession écologique qui taraude les deux couples et qui les pousse à prendre à prendre d’incroyables précautions pour ne pas polluer: toilettes  sèches, isolants naturels,ampoules basse consommation, jardin potager familial, bassin de phyto-épuration, prise en compte des trajets de transport des aliments, etc… alors qu’ils sont probablement, d’une autre façon, d’inconscients pollueurs de premier ordre. Ce que suggère aussi l’auteur.
Servie avec efficacité et humour par Myriam Marzouki qui est devenue, spectacle après spectacle, une excellente directrice d’acteurs, cette dénonciation assez décapante de ce type d’idéologie  ne manque pas de piquant, même si la charge est souvent un peu facile.
Comme les comédiens ont une diction de premier ordre et ont adopté une gestuelle un peu mécanique impeccable, très drôle et  qui fait parfois penser  à celle de Buster  Keaton, et que les micros HF-indispensables?- renforcent encore ce côté pantins, l’on rit de bon cœur, quand on entend les délires mentaux  de leurs personnages.
Dans le seconde partie, les comédiens, tous impeccables, en particulier Johanna Khortal Altes, passent en revue les différents thèmes qu’ils pourraient traiter sur  scène, pour réinventer un théâtre d’intervention politique,  à l’image peut-être de celui du Groupe Octobre animé entre autres, dans les années 30,  par Jacques Prévert  et le metteur en scène Roger Blin.Ils  rêvent ainsi de mettre  au point  des sketches sur  le rôle des traders dans la crise financière internationale,ou sur l’affaire, désormais célèbre, du rêve devenu cauchemar des petits propriétaires américains ou irlandais qui se retrouvent à la rue pour avoir fait confiance aux sourires angéliques des banquiers.
Mais là, cela marche moins bien- et c’est dommage: cette mise en abyme tombe un peu à plat, sans doute parce que l’indispensable unité, qui est la  base même  d’un spectacle réussi, n’est pas ici tout à fait au rendez-vous.
Alors à voir? Oui pour toute la première partie, à la fois drôle et intelligente, non pour la seconde plus courte mais estouffadou, qui pèse sur le spectacle…Mais Myriam Marzouki a encore du temps pour la réviser, avant les autres dates prévues prochainement.

Philippe du Vignal

 Spectacle joué au Théâtre du Fil de l’eau de Pantin, du  19 au 21 octobre 2011, et en tournée: au Phénix, Scène Nationale de Valenciennes le  2 février 2012 , et à la Maison de la Poésie, à Paris, du 7 au 25 mars 2012.  

 

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