Le corps wigmanien

Le corps wigmanien d‘après Adieu et Merci( 1942) de Sarah Nouveau. 

 

9782296549906j.jpgDans la collection Univers de la danse, Sarah Nouveau, danseuse contemporaine et enseignante à Lille-III,  à partir d’un mémoire qu’elle avait réalisé au Centre d’études chorégraphiques d’Aubagne, entreprend de retracer l’itinéraire de la célèbre danseuse qui s’est fait connaître surtout par ses solos des années 20 jusqu’en 42,  année à partir de laquelle elle se consacrera à des chorégraphies, à des mises en scènes d’opéra et à l’enseignement.
Sarah Nouveau rappelle à juste titre que Mary  Wigman a été très influencée par les travaux de Laban dont elle fut l’élève puis l’assistante en Suisse. C’est à cette époque,  (il y a presque cent ans déjà!), que fut expérimentée une nouvelle approche du mouvement en dehors d’une esthétique « classique » avec, comme axe principal, l’importance du corps en mouvement  et d’un langage propre , indépendamment des thèmes traditionnels où la psychologie et le le langage verbal  régnaient  sans partage. Sarah Nouveau a raison de rappeler que c’est le corps qui raconte et se raconte dans la « danse absolue » wigmanienne, hors de la représentation et de l’expression. Ce qui impliquait bien entendu, comme on le verra plus tard chez Cunningham, un rapport totalement différent à l’espace qui sera traité chez Mary Wigman comme matière, densité et substance à part entière.
Elle analyse ensuite le fameux solo, devenu emblématique de la danse contemporaine dans la mesure où il a préfiguré bien d’autres solos chez ses successeurs, d’abord et surtout,  parce que ce solo avait,dit-elle,  » une relation très subtile à la gravité ». Il y a aussi, dans ce petit livre, une bonne explication de la modernité du style qu’a pu avoir Mary Wigman, au sens baudelairien, c’est à dire une relation très précise à la vie de tous les jours, et non à la mythologie comme nombre de ballets classiques, et par ailleurs, la nécessité pour la chorégraphe américaine d’une nouvelle relation au mouvement: « Nous ne dansons pas des sentiments! Ils ont des contours beaucoup trop nets ».
Les choses sont dites. Et cette nécessité correspond, bien entendu,  à celle dont un peintre comme Kandinsky   parlait déjà en 1910 dans Du Spirituel dans l’art… ou  Paul Klee. Sarah Nouveau consacre aussi un chapitre à l’espace et au rythme tels que les ont théorisés Laban,  puis Dalcroze qui pensait avec raison que l’éducation corporelle pouvait aider à l’initiation musicale et que la respiration jouait un grand rôle dans le déplacement du corps.
Quelques pages traitent un peu rapidement- et c’est dommage- de l’influence de Wigman chez les chorégraphes contemporains comme Karin Waehner, Alwin Nikolaïs, Gerhard Bohner, Pina Bausch et les deux fondateurs du Butô, Hinjikata et Kazuo Ôno. Pour Grotowski, le grand créateur de théâtre et pédagogue contemporain, les choses sont beaucoup moins évidentes que ne le pense Sarah Nouveau et la notion de pauvreté au théâtre qu’il prônait ne sont pas du même ordre que chez Mary Wigman. Même s’il a toujours privilégié l’importance du corps sur la scène. Ce qui n’est pas la même chose.
Malgré ces réserves, ce livre constitue  une bonne initiation à la personnalité de Mary Wigman souvent contestée (subventionnée par les nazis, elle sera ensuite mal vue par le régime hitlérien), et surtout à la redéfinition de la création en danse au début du 20 ème siècle…

Philippe du Vignal

Editions L’Harmattan. 157 pages, 15,80 euros

 


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