Vente aux enchères publiques de la collection Sacha Guitry

Vente aux enchères publiques de la collection Sacha Guitry d’André Bernard.

 

sacha.jpgLe catalogue lui-même est déjà une œuvre d’art que tout passionné de Sacha Guitry devrait acheter. En 269 pages, c’est la vie artistique et personnelle de l’auteur, acteur, metteur en scène de la première moitié du XX siècle qui nous est racontée, avec une riche iconographie et de nombreux textes, lettres et témoignages.
Il sort à l’occasion de la vente aux enchères de la collection d’André Bernard qui a voué sa vie à cet artiste qui c’est selon, fut adulé ou détesté. Sacha Guitry, né à Saint Petersbourg en 1885, est décédé à Paris en 1957 et une foule immense de parisiens suivit jusqu’au cimetière de Montmartre,les funérailles de l’ homme, qui incarna tant à l’époque «  l’esprit parisien ».
Trente six films et plus d’une centaine de pièces jalonnent sa carrière. Il a aussi dessiné des centaines de caricatures et écrit neuf cent articles dont une grande partie va se retrouver dans cette vente aux enchères sous la forme de plus de huit cents lots. André Bernard, que la maladie empêche aujourd’hui de poursuivre et d’entretenir sa collection, préfère, comme il le dit lui-même transmettre ce patrimoine. « J’ai bien dit transmission- et non séparation- d’une collection que je souhaitais, dès sa création, qu’elle soit la plus belle, la plus originale et la plus riche dont je puisse rêver ».
Chacun pourra donc emporter un morceau de ce rêve mais  la vente de la collection du mime Marceau en 2009 a malheureusement montré à quel point la dispersion de ce type de biens pouvait être aisée. Nous ne sommes pas dans un de ces pays de l’Est qui fondent une partie de leur patrimoine culturel sur de belles et riches maisons/musées d’écrivains, et la maison de Balzac à Paris ne verra pas son embellissement comme prévu, pour cause redistribution de budget ! Bref, la politique culturelle nationale et parisienne ne favorise pas ce type de patrimoine.
Sacha Guitry a été un des plus brillants esprits du début du XX ème siècle. Jalousé, dénigré, accusé et condamné pour collaboration, il a répliqué par un livre,
60 jours de prison  dont le manuscrit original sera aussi mis aux enchères, avec une estimation de 10.000 à 15.000 euros….ainsi que d’autres pièces importantes et la totalité de la vente est estimée à 700.000 euros.
Guitry,( marié cinq fois) s’est livré à nombre de réflexions, ou a écrit des pièces de théâtre ,sur les femmes et le mariage.Et citons seulement deux phrases de lui qui traduisent bien son amour de Paris; « Aimer Paris rend orgueilleux, car il vous devient à ce point nécessaire qu’on en arrive à croire qu’on pourrait lui être utile ». L’autre, très actuelle, date de juillet 1940: « La vie à Paris est loin d’être ce qu’elle fut, mais ne pensez-vous pas qu’il vaut mieux se priver à Paris que de se contenter ailleurs ».

 

 

Jean Couturier

 

Catalogue de vente de la société Ader Nordmann: 30€  Ventes aux enchères à Drouot-Richelieu à Paris le 17 et 18 novembre.


Archive pour 8 novembre, 2011

N0 83 Comment expliquer des tableaux à un lièvre mort

N0 83 Comment expliquer des tableaux à un lièvre mort, texte et mise en scène de Tiit Ojasoo et Ene-Liis Semper.

 

th99lievremort.jpgLe Théâtre NO99 de Tallinn,  capitale de l’Estonie au bord de la mer Baltique, compte  400.000 habitants, 10 théâtres, 151 jours par an avec pluie et 93 avec neige.
Le titre du spectacle fait  référence à une action de trois heures que Joseph Beuys avait réalisée à Dusseldörf en 65. Il tenait contre lui un lièvre mort à qui il montrait des tableaux: grâce à des micros disposés dans ses chaussures, le public, qui n’avait pas accès à la galerie,  pouvait cependant voir  Beuys à travers une porte vitrée, une fenêtre et des images vidéo, et entendre ses pas et les commentaires  qu’il murmurait , quand il expliquait le sens de l’art au lièvre mort.
N0 83 se passe dans une  salle répétition aux murs défraîchis,où  il y a juste un vieux canapé, une étagère avec des bouteilles, quelques livres et des bacs en plastique bleu pâle. Neuf jeunes comédiens-sept hommes et deux femmes-travaillent à des exercices d’improvisation, et une dame plus âgée- la directrice de l’endroit?- vient de temps en temps discuter avec eux. Ils entament aussi de grandes dialogues sur l’esthétique du théâtre et de l’art.
Un des jeunes gens apporte plusieurs planches de bois blanc qu’il fait tomber une à une avec un grand bruit. Ils  s’amusent aussi à tous se blottir en mélangeant leurs corps sur l’unique canapé. Il y a aussi des exercices de mime à partir d’un mot. Et une historienne de l’art parle en vidéo de l’art de Beuys.
Dans une scène merveilleusement poétique, trois grands lapins entrent chacun avec une feuille de papier blanc et  regardent en silence un des  jeunes  gens dont le corps est accroché à une planche contre un mur, puis se concertent  et  hochent doctement la tête, dans une inversion souvent utilisée dans l’art (notamment sur le tympan de l’abbatiale d de Conques où est fustigé , avec beaucoup d’humour, le braconnage avec deux lapins portant, attaché à une perche le corps d’un chasseur).
Ici, c’est une allusion évidente à la passion qu’avait Beuys pour  les animaux; on sait qu’il avait partagé trois jours à vivre aux Etats-Unis dans une cage avec un coyote sauvage, espèce que vénéraient les Indiens et qu’avaient cherché à éliminer les colons américains. A la fin, les comédiens  ramassent ce qui est sur la scène: planches, rayonnages, objets qu’ils rangent soigneusement dans les bacs en plastique bleu et posent le tout sur le canapé qu’ils vont  emballer façon, Christo ou Kantor, avec un  grand tissu crème et ficeler avec des cordes, puis  suspendre à un filin,  à quelques mètres au-dessus de la scène. C’est une très belle installation qui pourrait figurer sans complexe dans n’importe quelle biennale d’art contemporain, et que l’on ne lasse pas de regarder jusqu’à la fin.
Puis la dame plus âgée en costume folklorique ridicule vient vanter avec les mêmes phrases les différents mérites de la culture traditionnelle estonienne…. Comme ce collage de scènes est impeccablement réalisé et que les acteurs sont  tout à fait concentrés, ce N0  83 se regarde avec un certain plaisir. Bien entendu, ce NO 83 penser à de nombreuses actions/performance auxquelles on a pu assister dans les musées  d’ Allemagne ou  de  Pologne dans les années 80 et a donc un air de déjà bien connu; quant aux fausses impros parfaitement  réalisées, elles reproduisent ce que l’on peut voir tous les jours dans toutes écoles de théâtre.
Et ce n’est quand même pas d’un intérêt majeur au bout de dix minutes, et le théâtre dans le théâtre, merci, on a déjà beaucoup donné! Et on s’ennuie donc un peu comme à tout happening, performance, événement ou action mais… cela fait aussi partie du jeu, comme le disait Marcel Duchamp. Mais, malgré une fausse fin maladroite après la suspension de l’emballage, ces deux heures trente sans entracte, adroitement mis en scène par Tiit Ojasoo et Ene-Lis Semper,  se digèrent assez bien, même si le spectacle, malgré de bons moments, aurait sans aucun doute été beaucoup plus drôle et plus fort s’il avait été  moins long.
Alors à voir? Disons que ce n’est pas vraiment une priorité, mais cela peut être intéressant, surtout pour des professionnels, d’aller voir  cet ovni  à la  frontière entre arts plastiques et théâtre… Après tout, on ne va pas en Estonie tous les jours , alors ,pour une fois que l’Estonie vient à Paris!

 

Philippe du Vignal

 

Théâtre de l’Odéon jusqu’au 10 novembre.

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