Modèles

 

 

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Modèles , écriture collective de Sabrina Baldassarra, Pauline Bureau, Benoite Bureau, Laure Calamy, Sonia Floire, Gaëlle Hausermann, Sonia Neveux, Marie Nicolle, Emmanuelle Roy, Alice Touvet, mise en scène de Pauline Bureau.

 Entourée d’un groupe d’artistes-des femmes pour la plupart-Pauline Bureau s’est interrogée sur la signification du mot femme aujourd’hui? Le spectacle s’ouvre sur un dialogue de Pierre Bourdieu qui répond à une journaliste de la télévision, dont  les images sont retransmises sur grand écran.
En contrebas, cinq femmes déclinent sur un mode ironique doux amer, les violences et les humiliations que nous avons été si nombreuses à subir,  sans jamais oser l’avouer publiquement, le viol, l’avortement, et les violences de toutes sortes !
Avec des chansons d’Édith Piaf et de Courtney Love,  des textes fondateurs de Marguerite Duras, Simone de Beauvoir, Virginie Despentes, Judith Butler, Catherine Millet et Virginia Woolf, et des reproductions de tableaux de Cranach et  de photos de Nan Goldin, la compagnie La part des Anges s’interroge sur les modèles de la féminité avec humour et dérision.
Les cinq actrices,  dans un vaste espace habité par de belles images sur grand écran, portent loin le discours sur la répression d’une moitié de l’humanité qui n’a pas fini de conquérir sa reconnaissance à égalité avec les hommes, même en Europe en 2011. Le tableau des luttes féminines de 1791 à nos jours qui figure dans le dossier de presse, fait froid dans le dos…

Edith Rappoport

 

Spectacle joué au nouveau Théâtre de Montreuil  les 25 et 26 novembre;  puis en tournée,  au centre culturel le Mail à Soissons le 2 décembre,  au théâtre Louis Jouvet de Réthel le 16 décembre, et  au  Volcan du Havre, les 10 au 12 janvier.


Archive pour 27 novembre, 2011

Elle était une fois

Elle était une fois d’Anne Baquet, mise en scène  de Jean-Claude Cotillard, accompagnement au piano et à l’accordéon, direction musicale de Damien Nédonchelle.

presse350.jpg Anne Baquet a déjà plusieurs  récitals à son actif dont J’aurais voulu devenir chanteuse et Non, je ne veux plus chanter ( voir Le Théâtre du Blog) tous les deux très réussis; elle a eu envie cette fois de « raconter un conte musical » en donnant vie à onze personnages sur des chansons écrites par trois auteurs:  Flannan Obé, Fédéric Zeitoun et  Frank Thomas et mises en musique par, entre autres:  Reinhardt Wagner, Juliette et Damien Nédonchelle qui l’accompagne, et des compositeurs classiques comme Gounod,et Tchaïkovsky.
Elle est là sur la petite scène du Ranelagh, espiègle et fine,avec une parfaite maîtrise de son corps- ce qui n’est pas si fréquent chez les chanteurs- et  une  présence formidable et un sens évident de la chanson; Anne Baquet, avec une belle voix de soprano,sait passer de l’humour à la tendresse ou à une certaine nostalgie; en parfaite complicité avec son pianiste, elle a une gestuelle impeccable que la mise en scène rigoureuse de Jean-Claude Cotillard a bien su mettre en valeur. Comme c’est magnifiquement éclairé par Jacques Rouveyrollis, le public se  laisse vite emporter. C’est  du  travail de grands professionnels.A fois dénué de prétention et bien réalisé. Au chapitre des bémols: sans doute était-ce  le soir de la première,  et le spectacle était encore un peu brut de décoffrage mais la balance entre piano était mal foutue et on avait parfois du mal à entendre Anne Baquet. Par ailleurs, Jean-Claude Cotillard devrait revoir d’urgence  son interprétation des petits textes de liaison déjà pas très fameux: là,le compte n’y est pas et, désolé: même si l’on peut comprendre que ce n’est pas si facile de passer du chant au texte,  on ne croit pas un instant à ce que dit Anne Baquet. Et c’est  vraiment dommage mais pas du tout irréversible avec un peu de travail.
Alors à voir? Oui, si vous avez envie  de quitter un peu le monde du théâtre et d’aller écouter  une vingtaine de chansons dans une salle  aussi sympathique qu’un peu délirante, tout en fausses boiseries à 800 kilomètres de Paris… et tout près de la célèbre Maison ronde  de la Radio,  tout près aussi du métro Muette- déformation, dit-on,  du mot  meute, celle des chiens de chasse de Louis XIV qui y étaient logés et  où il y avait encore des vaches en 1910… Si, si c’est vrai! Vous pouvez vérifier… Arrêtez, du Vignal,  de nous abreuver de vos connaissances! Bon, d’accord,  on arrête.

Philippe du Vignal

Théâtre du Ranelagh le vendredi, samedi et dimanche

Jean-Paul Céalis: Jardin d’outils

Jardin d’outils de Jean-Paul Céalis.

londres0812daugce769alis109.jpgLe monde était si récent que beaucoup de choses n’avaient pas encore de nom et, pour les mentionner, il fallait les montrer du doigt.
Gabriel Garcia Marquez, Cent ans de solitude.

On ne voit plus guère les inventions de Jean-Paul Céalis, artiste et metteur en scène de remarquables installations Il a quitté le Passage des soupirs à Paris, et  se cache quelque part dans la Sarthe. A la campagne. Il continue de nous étonner. Le voilà maintenant qui s’attaque aux outils de jardin. Il ne donne pas toujours de titre à ses compositions. Le spectateur, à la vue de ces drôles de boutures, les montre du doigt ,bien sûr. Et dans sa tête , jaillissent des mots, des jeux de mots, à la pelle.

Le seau. Un seau de plastique noir avec une cravate. Tu t’approches. Au fond du seau il y a un miroir. Au fond du seau, tu vois ta tête et le mot coupable. Tu es à la fois le seau cravaté (le bourreau ?) et le guillotiné.

londres0812daugce769alis107.jpgFin. Une bêche à trois piques (ce n’est pas une fourche, elle n’est pas recourbée, mais droite). L’ajout de deux segments métalliques à ces piques , forme le mot FIN. Est-ce la bêche du fossoyeur qui creuse la dernière demeure ? Ou l’extrémité de l’outil ? L’outil extrême ?

Le fagot. Un fagot tenu par une ceinture. A l’intérieur du fagot, les hardes, les béquilles et les bouts de ficelle partent dans tous les sens, menacent de tomber. (Jeu de mots possible avec) « mal fagoté ? ».

Le seau et l’arrosoir. Un seau à côté d’un arrosoir. Le bas du seau est équipé d’un triangle de velours noir, sexe féminin. L’arrosoir est troublé, son bec érigé vers le seau.

Les deux brouettes. Deux brouettes, l’une couchée sur le dos, l’autre à genoux à ses côtés. Deux paires de bottes enfilées dans les montants font office de jambes. Le jardinier et la jardinière en transport amoureux?

Tête- bêche. Une bêche verticale dont la lame est un miroir. Approche! Dans le miroir tu vois ta tête. La tête est dans la bêche, la bêche dans la tête. Le trait d’union, c’est l’invention de Céalis. Au pied de la bêche, deux petits miroirs dressés parallèles. Si tu te places comme il faut, tu vois, alors, tes pieds dans la bêche et ta tête dans les petits miroirs. D’où tête-bêche. Céalis dit qu’il n’a pas voulu ça : « J’ai voulu montrer que bêcher , c’est faire entrer du ciel dans la terre».

Terre/Ciel. Un portique avec au sommet le mot CIEL taillé dans un miroir. Au niveau du sol un autre miroir, même dimension, même typographie, avec le mot TERRE en miroir. Je vois en haut la terre qui se reflète dans le miroir CIEL. En bas je vois le ciel qui se reflète dans le miroir TERRE. L’invention, c’est l’idée de sculpter un mot dans un miroir, ce qui permet l’inversion haut/bas et l’insertion d’un signifiant/signifié (ciel, terre) dans un espace illimité. C’est aussi la métaphore du jardin où terre et ciel sont étroitement liés pour produire cultures et symboles.
L’objet céalisien est reconnaissable entre tous: innommable, comme nous l’écrivions déjà en 1988 (Théâtre/public n°8). En 2011, pour notre plus grand plaisir, il prend d’autres formes: « Le jardin, dit-il, c’est d’abord de la terre et du ciel. C’est aussi un immense baisodrome d’animaux». Jean-Paul Céalis continue d’enfanter humour et poésie.

René Gaudy

 

 

Jackie

photoderoulgauche1101.jpgJackie d’Elfriede Jelinek, mise en scène de Denis Marleau et Stéphanie Jasmin.

 

Ce petit chef-d’œuvre, qui dure une heure à peine, marie une réflexion  sur le féminisme et sur  l’esthétique symboliste qui domine le travail  de l’Ubu, compagnie de création depuis des années.  Le  portrait de Jackie Kennedy que nous propose l’auteure autrichienne Elfriede Jelinek, offre aux metteurs en scène l’occasion  de  reconstituer  cette belle et mystérieuse figure féminine de la scène politique américaine, tout en prolongeant des expériences avec des caméras,  voir des techniques spéciales , afin d’ évacuer le corps humain « naturel »  de la scène.
Dans Les
Aveugles de Maeterlinck, ou  les Trois derniers jours de Fernando Pessoa d’Antonio Tabucchi, Denis Marleau avait transformé les acteurs en visages filmés, et nous comprenons mieux alors le processus mployé pour   mettre en scène ce portrait de  Jackie Kennedy.
Nous sommes en effet devant  une double médiatisation : celle du personnage et celle du corps de la comédienne, dont l’image  est projetée sur un  écran  en fond de scène, image  transmise par  un  cadreur filmant les moindres  mouvements de Sylvie Léonard qui incarne Jackie dans ce monologue étonnant.Le cadreur  cherche  les plans les plus aptes à représenter l’aliénation de cette femme, en suivant la comédienne dans les  coulisses et, sur la scène, le long des fauteuils blancs,  où elle erre comme une poupée perdue.  Sa caméra établit un rapport de force  entre l’image projetée et cette femme en chair et en os. Les gros plans de ce visage figé  de mannequin sont assortis d’un texte  qui affirment le besoin de son absence et de son silence pour mieux  sentir son importance, et nous renvoient ainsi au portrait d’une femme  avec des gestes et des expressions destinées à construire une Jackie impeccablement habillée mais vidée de sa personnalité, image d’une  beauté  factice et froide.
Le  jeu posé et subtil de  Sylvie Léonard incarne parfaitement ce corps,  produit des annonces de mode, destiné aux défilés de mannequins.   La caméra réduit  Jackie à un  assemblage de  pièces détachées, mais gantées,  chaussures de luxe,  longues jambes, vêtements sans tête, coiffure  permanentée, un peu à la manière surréaliste de représenter  la femme.
Nous voici devant un être humain,  voué à l’effacement de soi avec  la conscience perdue de son propre corps.   Dans les derniers moments du monologue, le ton change. Jackie se transforme alors en Marilyn Monroe pour nous cracher toute sa haine de  cette autre femme dont les rapports avec JFK étaient aussi médiatisés à outrance.  La mise en scène manipule les images filmées  pour montrer  la manière dont les stéréotypes sont créés, et pour démasquer la souffrance de celle qui n’a pas pu se défendre devant la présence spectaculaire du corps de Marylin  dont les médias raffolaient.
À la différence de  ce mannequin, parfaitement maquillé et irréprochable derrière les artifices de la mode,  il y a  la Monroe  qui cherche la caméra et le regard des hommes:la voilà, la femme  blonde toute en rondeurs, consciente du  pouvoir de son corps, entrée par effraction
avec  la force d’un tsunami dans la vie de Jackie qui joue la colère à l’écran en s’appropriant cet autre corps. Perruque blonde, visage crispé,  la comédienne nous montre une  Marilyn incarnant la mort, voir  le destin tragique  de la famille Kennedy.
Sylvie Léonard a réalisé une lecture fluide,  dans un tour de force qui nous a captivés et  émus, surtout  à la fin, de ce combat intérieur  avec sa rivale.  Grâce aux rapports raffinés entre   comédienne,  metteur en scène, éclairagiste,  cadreur  et  ingénieur du son, l’équipe de la compagnie Ubu  a pu  constituer un travail scénique qui donne encore plus de  puissance  à  l’écriture d’Elfriede Jelinek et à cette  plongée dans l’abime médiatique.

 

Alvina Ruprecht 

 

Centre national des Arts, à Ottawa du 22 au 26 novembre, puis en tournée au Canada.

 

 


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