Jean-Paul Céalis: Jardin d’outils

Jardin d’outils de Jean-Paul Céalis.

londres0812daugce769alis109.jpgLe monde était si récent que beaucoup de choses n’avaient pas encore de nom et, pour les mentionner, il fallait les montrer du doigt.
Gabriel Garcia Marquez, Cent ans de solitude.

On ne voit plus guère les inventions de Jean-Paul Céalis, artiste et metteur en scène de remarquables installations Il a quitté le Passage des soupirs à Paris, et  se cache quelque part dans la Sarthe. A la campagne. Il continue de nous étonner. Le voilà maintenant qui s’attaque aux outils de jardin. Il ne donne pas toujours de titre à ses compositions. Le spectateur, à la vue de ces drôles de boutures, les montre du doigt ,bien sûr. Et dans sa tête , jaillissent des mots, des jeux de mots, à la pelle.

Le seau. Un seau de plastique noir avec une cravate. Tu t’approches. Au fond du seau il y a un miroir. Au fond du seau, tu vois ta tête et le mot coupable. Tu es à la fois le seau cravaté (le bourreau ?) et le guillotiné.

londres0812daugce769alis107.jpgFin. Une bêche à trois piques (ce n’est pas une fourche, elle n’est pas recourbée, mais droite). L’ajout de deux segments métalliques à ces piques , forme le mot FIN. Est-ce la bêche du fossoyeur qui creuse la dernière demeure ? Ou l’extrémité de l’outil ? L’outil extrême ?

Le fagot. Un fagot tenu par une ceinture. A l’intérieur du fagot, les hardes, les béquilles et les bouts de ficelle partent dans tous les sens, menacent de tomber. (Jeu de mots possible avec) « mal fagoté ? ».

Le seau et l’arrosoir. Un seau à côté d’un arrosoir. Le bas du seau est équipé d’un triangle de velours noir, sexe féminin. L’arrosoir est troublé, son bec érigé vers le seau.

Les deux brouettes. Deux brouettes, l’une couchée sur le dos, l’autre à genoux à ses côtés. Deux paires de bottes enfilées dans les montants font office de jambes. Le jardinier et la jardinière en transport amoureux?

Tête- bêche. Une bêche verticale dont la lame est un miroir. Approche! Dans le miroir tu vois ta tête. La tête est dans la bêche, la bêche dans la tête. Le trait d’union, c’est l’invention de Céalis. Au pied de la bêche, deux petits miroirs dressés parallèles. Si tu te places comme il faut, tu vois, alors, tes pieds dans la bêche et ta tête dans les petits miroirs. D’où tête-bêche. Céalis dit qu’il n’a pas voulu ça : « J’ai voulu montrer que bêcher , c’est faire entrer du ciel dans la terre».

Terre/Ciel. Un portique avec au sommet le mot CIEL taillé dans un miroir. Au niveau du sol un autre miroir, même dimension, même typographie, avec le mot TERRE en miroir. Je vois en haut la terre qui se reflète dans le miroir CIEL. En bas je vois le ciel qui se reflète dans le miroir TERRE. L’invention, c’est l’idée de sculpter un mot dans un miroir, ce qui permet l’inversion haut/bas et l’insertion d’un signifiant/signifié (ciel, terre) dans un espace illimité. C’est aussi la métaphore du jardin où terre et ciel sont étroitement liés pour produire cultures et symboles.
L’objet céalisien est reconnaissable entre tous: innommable, comme nous l’écrivions déjà en 1988 (Théâtre/public n°8). En 2011, pour notre plus grand plaisir, il prend d’autres formes: « Le jardin, dit-il, c’est d’abord de la terre et du ciel. C’est aussi un immense baisodrome d’animaux». Jean-Paul Céalis continue d’enfanter humour et poésie.

René Gaudy

 

 

 


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