Onzième

Onzième, Théâtre du Radeau, mise en scène et scénographie de François Tanguy.

11.jpgOn connaît depuis  le début des années 80 le Théâtre du Radeau et ses somptueuses images avec des plans qui déconstruisent l’espace où se glissent des personnages qui n’en sont pas vraiment et qui tiennent davantage de silhouettes échappées d’un rêve qui apparaissent sans  aucune volonté de dire ou de proclamer une quelconque vérité.
Il y a toujours eu chez François Tanguy une référence permanente à la peinture, notamment surréaliste mais aussi à Kantor.
Il n’y a rien à « comprendre » , comme le pensaient  certains spectateurs un peu désorientés par ce nouveau poème visuel et sonore qu’ est Onzième. En référence au onzième des seize quatuors à cordes de Beethoven. Il y a juste à prendre,  à se laisser emmener par ce flot d’images, d’extraits de textes et de musiques, et à s’en laisser imprégner.

Le travail d’agencement des différents disciplines convoquées par François Tanguy: oralité, gestuelle, musique, scénographie et vidéo est toujours d’une extrême précision, condition sine qua non, et cela n’a rien de paradoxal,  pour que cet ensemble puisse fonctionner et produire un flot d’images poétiques.
On reconnaît souvent dits à voix basse,  de courts extraits du Richard II,  des frères Karamazov et des Démons de Dostoïevski mais aussi en allemand,  de poèmes d’Hölderlin, et sans doute du Purgatoire de Dante quand un homme parle de sa Lise, et quelques vers des Bucoliques de Virgile. Côté musique, c’est aussi  le même genre de patchwork savamment cousu avec entre autres bien sûr, le fameux quatuor à cordes de Beethoven,  Richter et Leonhardt  avec  les  cantates de Bach mais aussi  un morceau d’opéras Macbeth de Verdi, ou Pelleas et Mélisande de Sibélius,  des chœurs de Schubert et les somptueuses musiques de funérailles de Purcell… La musique-à travers le programme choisi par François Tanguy – est un des éléments essentiels de ce spectacle que l’on peut appréhender sur plusieurs angles: c’est un peu au spectateur de reconstruire ce qu’il voit, selon le mot fameux de Vinci: « la pittura é cosa mentale ».

Et cela marche? Oui et non; il y a  certains moments d’une intense beauté plastique et musicale:  Laurence Chable marchant  en équilibre sur une planche dans un ciel crépusculaire, le discours de Mussolini  devant des soldats casqués, et, à la fin du spectacle, ces faux musiciens jouant dans le vide avec une musique enegistrée,  des merveilleuse ombres chinoises  de personnages énigmatiques, une vieille dame à la Goya en fauteuil roulant  que l’on déplace au gré des scènes:  cette fragmentation de vision que nous imposent les  châssis que les comédiens font rouler,  et les longues tables qui sont autant d’aires de jeux improvisées apparaissent comme absolument  pertinentes, et répondent à une exigence poétique de grande qualité.
Mais il faut les mériter ces images et le spectacle dure tout de même deux heures vingt, ce qui est sans doute beaucoup trop long: on comprend bien que Tanguy ait besoin de temps, comme Wilson à ses débuts, pour nous faire entrer dans son univers mais les effets ont tendance à se répéter et, du coup,  ce théâtre d’images devient alors moins évident, surtout quand Tanguy , qui, lui aussi,  est tombé dansa la marmite de la vidéo, nous impose sur grand écran des gros plans de feuilles et d’herbe pas vraiment passionnantes: on se demande alors ce qu’il  veut  nous dire.
Et l’on a parfois une impression désagréable de saturation: les choses se passent comme si, tout en maîtrisant parfaitement un processus de création, Tanguy n’arrivait plus vraiment à faire en sorte que la machine texte dit / gestualité/ images/ musique arrive encore à produire de  l’émotion et du  plaisir  théâtral.

Alors à voir?  A vous de choisir, ce peut être l’occasion de découvrir l’univers de François Tanguy, à la fois peintre et dramaturge, mais en sachant que Onzième, malgré ses grandes qualités, est un spectacle, extrêmement soigné mais trop long et trop inégal…

Philippe du Vignal


T2G Théâtre de Gennevilliers jusqu’au 14 décembre.

 


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