Bullet Park

Bullet Park d’après Les Lumières de Bullet Park de John Cheever, mise en scène de Rodolphe Dana.

   On ne connaît sans doute pas assez l’œuvre de cet auteur américain (1912-1982) qui écrivit de nombreuses nouvelles et romans dont Les Lumières de Bullet Park (1969) où, en bon ethnologue, il décrit,  avec un humour parfois  féroce, les faits et gestes de la classe moyenne américaine qui ne rêve que de consommation et de bonheur familial avec maison et petit jardin. Mais où c’est le plus souvent l’ennui, voire le désespoir des jeunes et de leurs parents via l’alcool , et le prétendu bonheur de ces gens qui croient à l’ idéal de l’ »american way of life qui s’écroule. Avoir  toute une maison parfaitement équipée en appareils électro-ménagers dernier cri, c’était le rêve de l’époque pour beaucoup  de petits employés américains, petits-enfants de paysans émigrés venus tenter leur chance sur le continent américain ;  mais, prévient Cheever, la richesse matérielle  et la consommation ne protègent contre rien et ne peuvent  jamais être  le gage d’un bonheur quelconque.
Dans Les Lumières de Bullet Park, Cheever met en scène un couple,  les Nailes  tout à fait représentatifs de cette « classe moyenne »: la femme  s’occupe de la maison,  son époux  est le représentant local  des bains de bouche Spang produits par la Saffron Chemical Corporation,  et  ils ont un fils Tony; tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes si Tony quii passe son temps à regarder la télévision, au lieu de faire ses devoirs, ne tombait soudain dans une grave dépression au point de ne plus vouloir quitter son lit. Cheever  se moque de ce monde de petit bourgeois bien pensants et propres sur eux,  mais sans haine, dans une coexistence, comme le souligne Rodolphe Dana, entre tragédie et comédie.
Et l’on n’est alors souvent pas loin, dans ce faux paradis sur terre des scènes absurdes qui ont ont fait la  réputation d’un Ionesco. La vie réelle et le langage qui  la sous-tend semblent alors disparaître: tout  part en vrille, emporté par un délire total,  comme dans cette scène où  Nellie et Elliott Nailes reçoivent chez eux  un couple de voisins qu’ils ne connaissent pas; Elliot prend seulement le train chaque matin avec Paul Hammer mais Nellie ne connaît pas Marietta qui raconte que Paul a traduit l’œuvre d’Eugenio Montale, poète italien, prix Nobel en 75, avant de s’apercevoir… qu’il était déjà traduit! Et il y a cette réplique  aussi merveilleuse qu’absurde de Marietta: « Et vous Elliott? vous traduisez également des poètes étrangers déjà traduits?  » *
Le roman est plein de ces dialogues surréalistes qui ont la saveur de scènes théâtrales : restait à adopter ce roman à la scène et Rodolphe Dana , Katja Hunsinger et Laurent Mauvignier n’ont pas vraiment réussi leur coup:  cette « adaptation « où on ne retrouve pas vraiment  Cheever, s’étire sur deux heures dix, sans qu’il y ait vraiment de fil conducteur, et même si il y a une belle unité de jeu chez les sept comédiens, même si la scénographie est réussie (une pelouse vert cru avec une cuisine avec sept réfrigérateurs tous modèles confondus), on s’ennuie assez vite. Les petites scènes se succèdent aux petites scènes sans trop de rythme et ce qui aurait pu passer en une heure vingt devient vraiment laborieux, au point que des spectateurs exaspérés quittent la salle. C’est l’éternel problème d’incompatibilité  entre  récit  et dramatique, que ce soit au théâtre ou au cinéma,  et la  correspondance entre Goethe et Schiller en faisait déjà foi, au point que  peu  d’ adaptations de romans  tiennent la route quand elle sont portées à la scène. Soit l’on veut préserver  la quasi intégralité du texte. Ou bien il faut tailler à la hache et l’univers du roman comme les personnages  disparaissent :  il y faut  de toutes les façons  une dramaturgie exemplaire, ce qui est rarement le cas…
Alors à voir? Pas sûr! A part quelques scènes où le théâtre reprend ses droits comme celle qui est citée plus haut, on reste vraiment sur sa faim. A vous de  décider , avant de vous embarquer pour ce  long voyage éprouvant de deux heures dix…

Philippe du Vignal

Théâtre de la Bastille jusqu’au 22 décembre.

Les Lumières de Bullet Park, traduit de l’américain par Dominique Mainard est publié au  Serpent à plumes 270 pages, 20 euros.

* La farfalla di Dinard (1956) – Papillon de Dinard, a été traduit par  Mario Fusco  et est publié par Verdier, 2010.

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Archive pour novembre, 2011

Amarillo

Amarillo par le Teatro Linea de Sombra.

 

Ce spectacle devait faire partie de la défunte année culturelle France-Mexique. Remercions le théâtre Montfort d’avoir permis au public de découvrir cet objet inclassable. Le mot « objet » prend tout son sens, puisque le mur en béton, du sable,et des bidons d’eau sont le dénominateur commun aux différents tableaux. Le thème central est donc ce mur, (qualifié de mur de la honte par les Mexicains) qui barre la scène; il sépare en effet l’Amérique et le Mexique, et des milliers de migrants mexicains cherchent à le franchir au péril de leur vie.
Comme le dit un acteur au début du spectacle : »Je regarde vers le Nord mais le Nord ne me regarde pas ». Et il énumère dans une belle scène, les prénoms, âge, et origine géographique de quelques uns de ces candidats au mirage économique américain. Il n’existe pas de progression mais le spectacle est construit de scènes, dont certaines sont d’une vraie beauté plastique et émotionnelle, en particulier lorsque les acteurs se confondent aux images réelles de tentatives des migrants qui sont projetées sur le mur. Devant cette fracture entre le monde des riches et celui des pauvres, le spectacle évoque aussi le combat de ces femmes mexicaines, abandonnées par leurs conjoints partis pour le Nord vers une autre vie. qui se regroupent pour survivre.
Ce spectacle d’une heure mérite d’être vu pour son esthétique et pour le message qu’il porte.

 

Jean Couturier

 

 

Théâtre Montfort jusqu’au 26 novembre.

Les Concerts Brodsky

Les Concerts Brodsky, texte de Joseph Brodsky, composition piano de Kris Deffoort, dramaturgie et jeu Dirk Roofthooft, réalisation informatique et musicale de Jean-Marc Sullon.

  brodsky4.jpgLe spectacle prévu pour le 16 avait dû être reporté pour cause de désaccord sur les droits.
 Sur le plateau noir de la salle Gémier, juste un piano à queue où officie Kris Deffoort qui revendique  le fait d’être d’abord  un jazzman; avec le comédien, il a défini un canevas musical  sur lequel il improvise parfois pour que les  poèmes de Brodsky puissent correspondre à l’ »urgence de dire » que le poète russe (1940-19996) ,  condamné en 1965  pour parasitisme et qui émigra aux Etats-Unis. Brodsky, (prix Nobel en 87), avait  l’habitude de déclamer ses poèmes en public, où transparait toute la nostalgie de la Russie et la tristesse de la séparation avec sa famille qu’il n’avait jamais pu revoir. .
  Ce qui explique le  désir de Dirk Roofthoot,   comédien des spectacles de Guy Cassiers,  (voir Le Théâtre du Blog) de mettre en scène  et de dire ces poèmes avec son complice musicien; il a raison de rappeler que Brosky était lui-même persuadé que la sonorité des mots était peut-être plus importante que leur signification elle-même. Oui, mais voilà, entre les bonnes intentions et ce que l’on voit sur scène, il y a comme  un fossé.
Le comédien est en effet tout à fait à l’aise, trop peut-être, et, visiblement pas dirigé par une metteur en scène,  chuchote  au micro  ou  hurle les poèmes de Brodsky , sans que l’on comprenne très bien pourquoi. Il y a  de courts moments où le schéma texte/musique fonctionne mais, ce que dit Deffort au piano semble plus intéressant que cette lecture en français, qui ne peut évidemment rendre la sonorité des mots choisis par Brodsky, surtout devant un micro. Et  une sorte de chape de plomb s’abat sur  une salle pas très remplie. Au bout de quelque quinze minutes, on n’a guère envie de continuer à écouter ces poèmes qui sont pourtant de grande qualité…

 Alors à voir? Ce n’est pas une priorité et Brodsky mérite beaucoup mieux que cela, alors mieux vaut sans doute le relire…


Philippe du Vignal

Théâtre national de Chaillot jusqu’au 26 novembre.

Lecture par Jean-Louis Trintignant


Lecture par Jean-Louis Trintignant
, avec Daniel Mille à l’accordéon  et Grégoire Korniluk, mise en scène de Gabor Rassov.

trintignantsebastienklopfenstein.jpgLe grand Jean-Louis Trintignant reprend à l’Odéon un spectacle, qu’il avait créé il y a un an et demi.  Il dit, seul, accompagné par deux excellents musiciens, avec lesquels il est en parfaite complicité, quelque vingt poèmes de trois auteurs  populaires : Jacques Prévert, Boris Vian et Robert Desnos dont Antonin Artaud  disait:  » C’est aussi beau que ce que vous pouvez connaître de plus beau dans le genre, Baudelaire ou Ronsard » ; trois auteurs que tout Français depuis une cinquantaine d’années a eu l’occasion de lire à l’école primaire ou au lycée.


Le choix de Trintignant est aussi subtil qu’intelligent, et il nous fait découvrir entre autres poèmes de Vian une autre version-censurée- du très fameux Déserteur  ou, moins connus  peut-être  du grand public, les formidable  poèmes de Desnos, en particulier celui qu’il avait écrit à sa femme Youki en 26,  et que l’on retrouva sur lui quand il mourut du typhus au camp de concentration de Terezin en Tchecoslovaquie, loin des siens et de la France.


Le comédien, bien mis en scène par Gabor Rassov, dit ces poèmes avec  beaucoup de force et d’humilité; il les dit avec l’air de ne pas y toucher et pendant une heure et demi, et c’est un vrai régal du début jusqu’à la fin. Trintignant va bientôt fêter ses 81 ans et, si le corps ne suit pas toujours, il a  cette voix merveilleuse, solide et grave,  pleine d’ironie, chaleureuse et pleine de légèreté. La diction  est impeccable et il sait bien mettre en valeur les jeux sur le langage où excellait son cher Prévert: équivoques, allusions, aphorismes, mots à double sens: c’est un véritable feu d’artifice et jamais peut-être le poète n’avait  été si bien dit.


Le public, très ému, qui  a gardé  une attention soutenue pendant tout le spectacle, a fait à Trintignant une ovation debout de plusieurs minutes. Qui a dit que le public n’aimait guère la poésie au théâtre? Jean-Louis Trintignant n’était  à l’Odéon que trois jours mais  une tournée en France va suivre; surtout si vous pouvez aller le voir, n’hésitez surtout pas, c’est vraiment quelque chose d’à la fois simple mais exigeant et tout à fait exceptionnel.

Philippe du Vignal

Gribouille

Gribouille mise en scène d’Emilie Valantin

 

ev.jpg Le spectacle est le résultat d’une collaboration entre la compagnie d’Emilie Valantin et le théâtre de marionnette d’Ekaterinbourg, dans le cadre de l’année France-Russie 2010. Il a reçu le Masque d’or Moscou 2011 pour la meilleure création de marionnettes.

L’idée d’adapter ce texte de Georges Sand est d’Emilie Valantin. Les comédiens de la troupe russe ont fabriqué 35 marionnettes à partir des dessins de la metteuse en scène. Nous assistons dans le salon de George Sand-dont le frère était lui-même marionnettiste- à un concert de piano de 70 minutes , et l’interprète qui fait partie de la troupe russe, joue des morceaux de sa composition et différents morceaux de musique classique. Les comédiens reproduisent vocalement le vol de Monsieur Bourdon, l’un des personnages principaux de la fable. Dans une scénographie réussie, où l’espace de jeu est constamment modifié:chaises, bancs et porte-manteaux deviennent la maison des parents de Gribouille, une forêt ou le château de monsieur Bourdon.

La marionnette- environ 50 cm- est portée sur table et la manipulation se fait à vue, mais chacun des huit comédiens se dissimule derrière le corps et la tête du personnage. Le texte du conte dans une adaptation très poétique, est dit en russe par chaque personnage, puis traduit en français par un acteur de la compagnie d’Emilie Valantin.

L’ensemble du spectacle est bien réalisé mais on aurait aimé davantage de folie sur scène et plus de rupture dans le rythme, ce qui aurait rendu plus énergique et moins attendu le récit de ce conte, qui possède la quiétude suave d’un salon de thé avec des gens de bonne compagnie.

 

Jean Couturier

 

Jusqu’au 26 novembre au Théâtre des Deux- Rives à Rouen et le 29 novembre à la Maison des arts de Thonon-Evian et du 15 au 18 décembre à la Comédie de Genève.

HYPERLINK « http://www.cie-emilievalantin.fr » www.cie-emilievalantin.fr

 

 

OUASMOK?

OUASMOK? de Sylvain Levey mise en scène de Valérie Grail.

 

Ouasmok? C’est la question que pose Pierre à Léa qui va prendre son autobus en sortant du collège. Ouasmok? ça veut dire: « Comment tu t’appelles?. C’est de l’arabe » dit Pierre. Il a trouvé ça, Pierre, pour aborder les filles. Surprises, elles répondent. Une méthode révolutionnaire qui permet de savoir si on fera un couple heureux, lui dit-il. Car il a un projet et il en sait déjà beaucoup sur Léa. Dans quelle classe elle est, quel autobus elle prend et même que, si elle est à Notre-Dame du vieux cours comme lui, un collège pour enfants à problèmes, c’est que sa mère est à l’hôpital. Commence alors l’histoire brève de Pierre et Léa, 12 ans, qui vont s’accorder quelques heures, une journée entre parenthèses, réfugiés dans le clocher de l’église de leur collège, une journée pendant laquelle ils vont vivre en accéléré une vie de couple , de la séduction à la séparation, avec mariage, enfant, disputes, tentative de suicide, une vraie vie de couple quoi! Pierre est sans malice, il croit mener le jeu mais c’est Léa qui décide, elle qui a déjà eu un autre mari quand elle avait 8 ans. Ils se quittent et Pierre lance son « Ouasmok? » à une autre jeune fille dans la rue.
Sous son apparente légèreté, Ouasmok, est un texte cruel qui renvoie une image lucide et peu tendre du couple. Comment savent-ils tout ça? Que vont -ils tirer comme leçon de leur aventure? A nous de l’imaginer. Car la pièce nous laisse à nos interrogations qui ne sont sûrement pas les mêmes que celles des enfants qui assistent au spectacle.
Quand il a écrit la pièce, Sylvain Levey souhaitait qu’elle soit jouée par des enfants. Ce n’est que récemment qu’il l’a « donnée » à des compagnies professionnelles et donc à de jeunes comédiens. Julie Ménard et Luc Ducros réussissent ce difficile exercice de jouer des enfants qui jouent à être des adultes, sans artifice. Le décor épuré, un chemin de bois posé sur des tréteaux, un sol recouvert de feuilles mortes, laisse place au rêve.
Valérie Grail s’est passionnée pour ce texte d’apprentissage, subtil et fort qui, sans pathos, avec beaucoup d’ humour, nous dit la difficile aventure de vivre à deux.

Françoise du Chaxel.


Spectacle vu le 18 novembre à l’espace Georges Simenon de Rosny sous bois, puis  en tournée. Compagnie Italique, 01 44 87 98 56.

 

DANS LE VIF

DANS LE VIF. Théâtre du Volcan Bleu, de Paul Dugowson, mise en scène Paul Golub


Paul Golub avait réalisé à Limoges Un siècle d’industrie de Marc Dugowson, émouvant spectacle sur la deuxième guerre mondiale, où l’on voyait une honnête famille d’industriels préserver ses ouvriers des licenciements en faisant la conquête du marché de la construction des fours crématoires. Dans le vif plante les prémisses de ce désastre avec une autre famille d’agriculteurs, engloutie cette fois dans la première guerre mondiale. Sur un plateau nu, devant un immense cycle bleu, on voit un couple s’épuisant à tirer un cheval qui n’en peut plus, la femme sur le point d’accoucher, meurt en donnant la vie à Jules Étienne, fils malheureux qui sera promis à la prêtrise, mais rejeté par des prêtres hypocrites. Jules Étienne fait un mariage heureux avec la jeune servante que son vieux père aurait voulu épouser, mais il est appelé sous les drapeaux dans l’horreur des tranchées, où il trouve néanmoins le bonheur de vraies camaraderies. Blessé, il s’en remet une première fois avec la rencontre d’une marraine de guerre, mais finira paralysé et ne voudra plus retrouver sa famille. Il retrouve sa marraine de guerre devenue mère, riche et heureuse et achèvera sa vie dans un geste absurde en la précipitant dans le vide. Interprété par une équipe de huit acteurs dynamiques, tout particulièrement Christian Bouillette qui campe un père de famille désespéré, hostile puis attendri, Dans le vif nous fait plonger dans les racines du désastre de la deuxième guerre, la montée de l’antisémitisme, la haine féroce des allemands écrasés au fond des tranchées, une mauvaise paix mal conclue. “Dieu est français, il ne nous abandonnera pas !” Il y a de belles scènes familiales, un réjouissant spectacle de travestis dans le théâtre aux armées. Le plateau nu du début s’ouvre dans des tranchées qui se creusent et ne se refermeront pas.

Edith Rappoport

Theâtre Firmin Gémier d’Antony Le 25 novembre au Théâtre Paul Éluard de Choisy le Roi, du 29 novembre au 3 décembre au Théâtre de l’Union à Limoges, le 15 décembre au Théâtre du Cloître de Bellac. Réservations t-valerie@magic.fr Le Volcan Bleu présentera du 1e au 20 février 2012 Le cabaret de la Grande Guerre de Marc Dugowson au Théâtre de l’Atalante à Paris

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L’apprentie sage-femme

L’Apprentie sage-femme de Karen Cushman, adaptation de  Philippe Crubézy, mise en scène de Félix Prader.

  h2026354441321011887.jpgKaren Cusman, écrivaine américaine de  soixante-dix  ans, est l’auteur de sept livres dont L’Apprentie-sage-femme où, à chaque fois,le personnage est une très jeune femme du Moyen-Age occidental.
Elle y raconte l’entrée dans l’âge adulte d’une adolescente misérable qui essaye de survivre à l’hiver en se réfugiant là où elle peut, au  besoin dans un tas de fumier,  en quête d’un peu de chaleur. Les paysans la chassent avec brutalité mais Jeanne l’accoucheuse dite la Pointue, va  la recueillir pour l’aider, moyennant un peu de  pain;  et  la pauvre jeune fille que l’on appelle Cafard de fumier, personnage important dans un village, fera,
sous les ordres de  Jeanne, l’ apprentissage du travail et de la vie, à force d’humiliations diverses, de coups et de privations, mais elle aura aussi parfois de minuscules moments de bonheur.
Intelligente, elle apprend vite comment on peut arriver à gagner son autonomie. Et elle arrivera même dans l’urgence- l’accoucheuse est partie  chez une autre femme- à aider une  paysanne à faire naître son enfant. Et c’est son mari qui la défendra auprès de sa patronne au moment du paiement de son travail.

  Nathalie Bécue s’est emparé de ce  conte avec beaucoup de  force et de conviction mais l’adaptation théâtrale de ce conte et la  direction d’acteurs sont trop  approximative:s pourquoi  Félix Praderla fait-elle ainsi vociférer  sans  raison? Et  l’on ne voit pas vraiment bien les différents personnages qu’elle est censée incarner. Alors qu’ une lecture à voix haute, bien maîtrisée par le metteur en scène lui  aurait épargné la nécessité de  » faire  » théâtral »,  et   aurait sans doute été plus  efficace.  Comme il n’y avait vendredi que huit spectateurs, cela ne devait pas non plus beaucoup aider Nathalie Bécue.
  Alors à voir? Nous ne trouvons vraiment aucun argument solide pour vous persuader de tenter l’aventure…

Philippe du Vignal

Théâtre du Lucernaire jusqu’au 31 décembre.

Rien, solo pour clown

Rien, solo pour clown écrit, mis en scène et joué par Estelle Bordaçarre.

 11p0486.jpgL’unique personnage de ce solo est Michelle qu’Estelle Bordaçarre avait  mis en scène en  2005, puis de nouveau en 2007. Elle remercie avec raison Samuel Beckett, Buster Keaton, et Jacques Tati : soit trois mâles morts et,  non des moindres, et une femme bien vivante: l’immense Zouc  que  l’on ne voit plus guère en scène et qui avait,  dans les années 70,  imposé son solo avec un fabuleux personnage de femme paumée.
 Estelle Bordaçarre  arrive en scène , habillée d’une robe vert amande ridicule  avec un grand col à deux pointes, et un vieux manteau de fourrure noire. Elle a des cheveux ébouriffés, et seule concession au clown traditionnel, un petit nez rouge. C’est vrai qu’elle a quelque chose de Buster Keaton au féminin qui avait, à la fin de sa vie, été dirigé par Beckett, et certains éléments de la gestuelle de Tati, et de ses descendants les Deschiens de Jérôme Deschamps..
 Michelle désemparée,  marche doucement, à tout petits pas,un tabouret à la main, son seul trésor ; chez elle, tout est minimal,  et aussi rigoureux que minimal: quelques onomatopées, voire quelques mots et des gestes émouvants. Elle cherche quelque chose, comme encombrée par son corps,  absolument seule  à savoir quoi, hésitant sans cesse, à la recherche de son identité.
C’est à la fois pathétique et comique, à l’extrême limite de ce que peut être le théâtre. Reste à faire passer cette angoisse existentielle: ce à quoi Estelle Bordaçarre arrive par moments mais pas toute l’heure que dure ce solo;  comme l’éclairage, très doux, un peu doré,  est plus que discret, on a du mal à rester concentré et l’on reste un peu sur sa faim malgré le professionnalisme de l’actrice.

 Sans doute, faudrait-il revoir ce solo devant un vrai public,  et non à l’occasion d’une  séance réservée aux professionnels polluée par le bruit d’ appareils photos mitrailleurs…

Philippe du Vignal


Rien sera joué les 21 et 22 janvier de l’Apostrophe, scène nationale de Cergy-Pontoise.

Avenir radieux, une fission française

Avenir radieux, une fission française de et par Nicolas Lambert.

aveniradieux.jpgIl y a avait eu déjà Elf la pompe Afrique que Nicolas Lambert avait créé en 2004;  il donnait un aperçu des bassesses de la politique coloniale de la France à travers quelques moments-clé du fameux procès où personne ne se souvenait plus de rien: de Loïc Le Floc-Prigent aux autres protagonistes qui avaient tous brassé et/ou profité de paquets d’argent monstrueux (voir Le Théâtre du Blog).
Nicolas Lambert , dans le second volet de cette  affaire, s’en prend maintenant aux beaux discours de la République, présidents, ministres de gauche comme de droite et dirigeants d’EDF qui ont tous applaudi aux  » progrès » de l’industrie nucléaire pour des raisons électorales et politiciennes: mensonges énormes (comme on le sait depuis longtemps, plus c’est gros, mieux cela passe) du genre: l’industrie nucléaire est peu coûteuse , absolument sûre et absolument indépendante, alors que le sigle même de Framatome dénonce le contraire, le nuage de Tchernobyl  n’a pas touché la France! etc…réponses évasives de représentants de l’Etat,  en l’occurrence ceux des organismes chargés de contrôler l’activité nucléaire française, civile et militaire comme cette commission nationale du débat public qui organise de faux débats sur les centrales nucléaires de type EPR.
Ou  bien encore quand l’Etat et ses préfets de la République qui devraient protéger les citoyens, fait semblant de ne pas comprendre et ne voit  aucun lien entre la vingtaine d’ attentats qui ensanglantèrent la France dans  les années 80- ceux de la rue de Rennes,  de la station Saint-Michel, du TGV, etc…, la prise d’otages au Liban , et de l’autre côté: les contrats juteux de l’industrie nucléaire négociés avec l’Iran, mais non respectés.
Et tout cela sur fond de corruption mal déguisée, quand il s’agit de la presse en général dont il est visible qu’on acheté le silence, ou bien  quand l’information est soigneusement verrouillée par des médias qui appartiennent peu ou prou à des industriels de l’énergie et de l’armement. ERDF est ainsi devenu, au fil de quelques décennies ,un État dans l’État, et les parlementaires qui  auraient pourtant dû avoir un droit de regard absolu, ont été priés de se taire.Comment on ne sait pas et mieux vaut ne pas savoir! Essayez  de vous souvenir de  la parole de l’un d’entre eux .
Quant au consommateur, envahi par un déluge de désinformations, ou de fausses informations, il est, lui, prié de croire que les sites nucléaires français  possèdent une technologie irréprochable et  que toute comparaison avec la catastrophe japonaise serait absurde, comme le martèle encore le pauvre Sarkozy dans un discours lamentable  qui pue le mensonge. Circulez, il n’y a rien à voir,  sinon à l’étranger! Beau syllogisme:  vouloir quitter le nucléaire comme le fait l’Allemagne c’est sans doute bien mais pas pour la France. Comment faire autrement? C’est une question, après Fukushima qui ne peut plus être longtemps éludée… Mais que la classe politique toute entière, ou à quelques bémols près, se refuse à voir vraiment en face, alors que cela concerne des dizaines de millions de jeunes Français et l’avenir même de la planète. C’est tout cela que dit le spectacle de Nicolas Lambert en refaisant,
avec des moyens dérisoires,  l’historique de cette histoire de fric organisée à l’échelon international : il est seul en scène, avec un violoncelliste, à incarner les différents protagonistes. Aucun décor  sinon  un gros bidon marqué du fameux logo nucléaire.
Nicolas Lambert sait faire, qu’il incarne  Guillaumat le cynique ministre chargé de l’énergie atomique sous de Gaulle, ou les Présidents ou premiers ministres- les vivants  comme  les morts- qui cautionnèrent cette politique énergétique qui est maintenant au cœur du débat. Il  dénonce, à coup de morceaux d’anthologie tirés d’archives, les passes d’armes entre agents de l’Etat inexistants et trouillards avec des gens comme cette adjointe  à la mairie d’Amiens, brillante et qui ne se laisse pas impressionner. C’est à la fois d’une belle tenue théâtrale, même s’il n’y a pas cette fois  le matériau d’exception qu’étaient les notes prises par Nicolas Lambert au procès d’Elf. Mais le comédien est solide et pugnace, et le public-assez jeune pour une fois- est captivé et savoure ce théâtre citoyen pendant deux heures passionnantes.
On ressort de là avec l’impression d’être un peu plus intelligent et un peu plus lucide. Sans doute, le spectacle est-il encore assez brut de décoffrage: une petite coupe  de quinze minutes ne serait pas un luxe mais les choses vont se caler et  le spectacle  fonctionne déjà avec une remarquable efficacité. Par ailleurs,  et  ce serait un autre débat,  mais, quitte à mettre les choses au clair, Nicolas Lambert pourrait aussi poser, même rapidement  les vraies questions: pourquoi aussi peu de circuits de récupération (canettes, plastiques,emballages divers et toujours plus nombreux  souvent multipliés par  trois),  pourquoi cette débauche de vêtements surtout féminins, et de pseudo-médicaments qui ne servent à rien,pourquoi ces vitrines éclairées en pleine nuit, pourquoi ces blisters pour une ampoule ou dix vis), pourquoi ces cartons de livraison Casino à usage unique, pourquoi ces écrans plats, gros consommateurs d’énergie, qui diffusent de la pub un peu partout jusque dans le métro, pourquoi ces tracts distribués par centaines de milliers et que personne ne lit, pourquoi ces dizaines de milliers de  journaux gratuits qui vont  à la poubelle, etc…
L’industrie nucléaire, non seulement déjà polluante, contribue aussi grandement, à la pollution, en rendant les choses plus faciles et moins coûteuses en efforts (du moins en apparence)… Tout cela, avec le consentement absolu du citoyen français: nous sommes tous loin d’être des consommateurs irréprochables dans ce domaine,et pas très regardants quant aux conséquences vis-à-vis des générations futures!

Philippe du Vignal

Le Grand Parquet  20 bis rue du Département 75018 Paris jusqu’en février 2012 ; Elf, la Pompe Afrique est joué chaque  mercredi.

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