Memory

Memory GUI-DELERM

Faut-il à ce point craindre l’avenir! Oui, pour se sentir bien et protégé dans l’univers du passé de Vincent Delerm, comme semble l’être le public ce soir là. Les perspectives futures ne sont guère florissantes:la culture européenne est en perdition, au profit d’une culture universelle labile.
Nous assistons à la disparition des idéologies et des pouvoirs politiques des états, au dépend d’une mondialisation qui fait peur, si bien matérialisée dès les années 90 par la « world company » des Guignols de l’info d’Alain Duverne.

C’est justement à un voyage dans les années 70 à 90 que nous invite Vincent Delerm. A 35 ans, ce chanteur, auteur et metteur en scène de cette pièce légère et nostalgique, aidé par Macha Makeïeff, imprime une mélancolie slave à ces poussières de mémoires. Secondé ici par Nicolas Mathuriau qui joue de plusieurs instruments sur scène.
Avec huit chansons inédites et deux pianos droits, les objets du passé sont les vecteurs de ces souvenirs. Pêle-mêle: deux vélos, un écran de projection amovible, une radio-cassette, de vieux compteurs électriques, un xylophone, une raquette de tennis , deux rideaux, et une porte en lanières plastiques multicolores.
Vincent Delerm, un peu mal à l’aise à son entrée sur scène, incarne Simon. Un rôle autobiographique, qu’il maîtrise au cours du jeu de mieux en mieux en lui imprimant un humour décalé. Au prologue, on entend la voix de Woody Allen et à la fin, celle de Léo Ferré, qui chante en italien Avec le temps .
Delerm chanteur revendique « une émotion, une chanson, un spectacle », et cette création est vraiment réussie. Elle laisse son auteur seul, au milieu des murs ocres du théâtre des bouffes du Nord. Comme le souligne Philippe et Martine Delerm dans Fragiles paru il y a dix ans: “On ne sait pas ce qu’on attend. Ce serait tellement simple de voir la vie en noir, la vie en rose. Mais les jours ne se suivent pas, ne se ressemblent pas. Combien de temps perdu ? Aucun. Combien de certitudes ? Pas. Comment sort-on de la coquille ? Fragile.”

Jean Couturier

Théâtre des Bouffes du Nord jusqu’au 30 décembre puis en tournée en France.


Archive pour décembre, 2011

La Vie va où ?

La Vie va où ? un spectacle à lire et à écouter de Michèle Guigon.

  La Vie va où ? dans analyse de livre guigon_couv Michèle Guigon, on la revoit encore avec bonheur, toute jeunette avec son accordéon plus gros qu’elle, dans les spectacles de Jérôme Deschamps qui avait bien visé quand il l’avait engagée ; quelque vingt cinq ans et deux solos plus tard,  elle  est apparue  au Festival d’Avignon où elle avait fait un tabac (voir Le Théâtre du Blog) puis au Théâtre du Lucernaire.
Avec un nouveau solo aussi grave qu’enjoué, plein de  tendresse , aujourd’hui édité en livre et CD réunis; entre temps-c’était en 2007 -il lui  était arrivé un « petit » pépin: un cancer du sein qu’elle a affronté courageusement comme beaucoup de femmes,  et qui est le fil rouge de son dernier spectacle.

  Aucun décor, juste un tabouret et son fidèle accordéon fétiche; pendant une heure et quinze moments de texte, musique et chansons, Michèle Guigon dit les choses de sa vie chamboulée avec un style bien à elle; d’abord,  son enfance heureuse dans l’Est de la France. Et puis sa terrible rencontre avec la maladie ; les mots sont crus et la frappent en plein visage:  » Vous préférez chimio ou ablation d’abord? » et,  en bonne connaisseuse  de la langue française,  elle tique évidemment sur le mot malheureux du spécialiste : « préférer » et ajoute lucidement:  » Ah! Tu parles d’un choix! Ils sont où les avantages, on ne sait même pas si un des deux tickets est gagnant. (..) Alors… Qu’est-ce que je suis capable de supporter : perdre les cheveux d’abord ou perdre le sein d’abord?
 Cela ne l’empêche pas de nous parler, avec beaucoup d’humour et une grande pudeur, de sa conscience de vieillir, et  du sentiment de la perte, avec,  en vrac:  les illusions, les amis, les dents… Ou, sans aucun état d’âme, de ce que l’on ne dit jamais: le goût très métallique dans la bouche que donne les médicaments de la chimio. mais Michèle Guigon  nous raconte aussi qu’elle a encore plus apprécié les petits bonheurs de la vie quotidienne après avoir été à deux doigts de la quitter.
Comme le texte de La Vie va où est remarquablement écrit, dans une langue à la fois précise et savoureuse, que la diction est vraiment impeccable, on ne se lasse pas d’écouter le récit de ce voyage intérieur, aussi intelligent que plein d’émotion et de tendresse. Et dont,  c’est  garanti, les élèves de cours de théâtre ne tarderont pas, avec raison, à s’emparer…

Philippe du Vignal

Editions Camino verde   82 rue du Chemin vert 75011 Paris.  20€

All in one

All in one ii_134612017bae43a31-204x300All in one, musique-poésie-image; conception, violoncelle et voix de Birgit Yew; danse: Souraya Bagdadi; oud: Ihab Radwan, percussions et didgeri: J.B. Mondoloni, et voix off : Parhal.

 C’est un curieux spectacle encore en chantier que vient d’ accueillir pour une soirée le Théâtre de l’Atalante, en marge de sa programmation habituelle. Birgit Yew a une solide formation de violoncelliste et  depuis une dizaine d’années, s’accompagne à la voix dans un spectacle en solo Dreams of Irland. Elle a aussi composé plusieurs musiques de films. Cette nouvelle création All in one est une sorte de collage: Birgit Yew joue bien sûr du violoncelle et chante d’une voix admirable en emmenant le public dans un ailleurs d’une rare poésie, surtout quand elle interprète la guigue et le menuet de de la célèbre Suite n°1 de Bach ou des arrangements de chants celtiques.
  Dans le silence absolu de la petite salle de l’Atalante, passe alors  quelque chose de magique. La dame a un beau visage mince encadré de grands cheveux blonds et semble descendre d’un livre pour enfants. Un joueur de oud et un autre de didgeri, cette grande trompe étonnante des Arborigènes australiens viennent par moment la rejoindre. Il y a aussi  quelques  textes dits en voix off de Rilke,  d’elle-même ou de Parhal mais qui  sont bien peu convaincants, et quelques  danses orientales  dont on ne voit pas du tout  la nécessité, d’autant plus que la danseuse cabotine et  essaye d’attirer en vain l’attention du public.
All in the one un spectacle d’essence musicale à la fois f intéressant de par la personnalité  et la  sensibilité de Birgit Yew  mais une véritable dramaturgie et une mise en scène plus rigoureuses ne seraient pas un luxe. Birgit Yew le mériterait amplement… A elle de rectifier le tir!

Philippe du Vignal

Théâtre de l’Atalante le 20 décembre. (A la demande de Birgit Yew, nous précisons volontiers qu’il s’agit d’un travail en cours , susceptible d’être modifié).

le retour du grand renard blanc

 

Le Retour du grand renard blanc par Fred Tousch et compagnie.

  « La fête cette hantise… », titrait en 1976 la revue Autrement, dans un numéro où les chroniqueurs, dont déjà Philippe du Vignal, le redouté rédacteur en chef du Théâtre du Blog, soulignaient déjà l’émergence d’une forme d’expression artistique nouvelle: le théâtre de rue, qui plus tard,  aura ses vedettes (entre autres, Le Royal de luxe, Ilotopie ou le Théâtre de l’Unité) et ses festivals comme Vivacité ou Furies .
Le Retour du grand renard blanc
a été joué dans ces festivals, mais Fred Touch fait ici l’expérience d’un espace clos ! Dans un univers à la Disneyland: deux tipis, un totem, un arbre, du faux gazon qui recouvre le sol de la salle où le public s’installe, et nous sommes… chez les indiens Arapahoes!
Le spectacle a pour sous-titre: Cabaret Rock déjanté, ce qui sous-entend un certain délire potentiel sur le plateau qui, ici, a du mal à s’exprimer. Fred Tousch, dit Jean-Pierre Camalessus, qui a animé les spectacles d’Edouard Baer, et ses camarades musiciens, aux costumes excentriques qui rappellent les  belles  heures du  Grand Orchestre du Splendid avec Coluche,   se dépensent sans compter en chantant et en invitant le public à « faire la poule »,   mais la potion magique, ou plutôt ici, « la salade magique » n’est pas efficace.
« De la même manière que le confit mène au canard, la poule mène au renard”:  c’est une réflexion parmi d’autres de Fred Tousch mais on préférerait voir ce Cabaret Rock déjanté, dans un festival d’été et/ou sur une place publique de village avec la liberté que cela procure pour le public.
Fred Tousch  ajoute: ”Il faut que je fasse des phrases”… Oui, mais il faudrait une rigueur indispensable pour paraître désorganisé. Les feux, la machine à fumée, les serpentins qui s’envolent, ne suffisent pas à donner une énergie à un spectacle qui surfe sur le thème écologique, quand il fait chanter le public: “Plantez un arbre et foutez-nous la paix”.
L’engagement des artistes est indéniable et on peut espérer que le spectacle, qui va se jouer pendant les fêtes, trouve enfin son rythme et son public…

Jean Couturier

Monfort Théâtre jusqu’au 14 janvier 2012

The Cat in the hat

The Cat in the hat cat-300x204The Cat in the hat d’après Le chat chapeauté du Dr Seuss, mise en scène de Katie Mitchell  (à partir de six ans).

  Ce Cat in the hat fait partie d’un parcours « Enfance et jeunesse », qui a lieu pendant quatre mois  avec  le Théâtre de la Ville, le Théâtre Monfort, le Centquatre, la Gaieté Lyrique et le Grand Parquet.
Dénominateur commun: présenter des spectacles  de théâtre, musique ou danse, en plusieurs langues  aux plus jeunes à partir de trois ans.

  Imaginée par  Theodor Seuss,  dit le docteur Seuss, auteur et illustrateur américain (1904-1991), auteur d’une soixantaine de livres pour enfants dont un classique du genre The Cat in the hat ou Le Grincheux qui voulait gâcher Noël.
C’est l’histoire  d’un chat doté d’une longue queue et d’un très haut chapeau qui arrive chez  un petit garçon et sa sœur Sally pour leur apprendre à s’amuser , alors qu’ils regardent la pluie tomber… Il y a aussi, mené par un comédien/ manipulateur un gros poisson rouge dans un bocal qui fait plein de bêtises et  ose même  en sortir. Et deux petites créatures qui adorent jouer au cerf-volant…

  Katie Mitchell, qui,  par ailleurs, monte Tchekov ou Crimp, s’est pris de passion pour ce livre pour enfants et a voulu mettre en scène ces personnages un peu délirants en transposant l’histoire écrite et dessinée du Dr Seuss. Une scène bleue pâle avec des  accessoires ou praticables: commode, petite maison, lit, etc… le plus souvent traités traités en deux dimensions, comme ces bruitages écrits, très drôles : Plop ou Bump qui tombent du ciel. Mais il y a aussi de vrais bruitages admirablement bien faits, par exemple le bruit que fait le chat quand il boit son café…
La gestuelle des comédiens anglais , en particulier celle du Chat, très bien  joué par Angus Wright, est tout à fait remarquable et la voix off en français  efficace, et ils  font même l’effort de dire quelques phrases dans la langue de Molière.  Les petits enfants, voire parfois très jeunes ( deux à trois ans) regardent, semble-t-il, avec un certain plaisir, ce Cat in the hat.

  Alors, que demande le peuple? Nous avons dû perdre notre innocence mais le spectacle, nous a laissé sur notre faim… La faute à quoi? Certains des livres du Dr  Seuss ont été adaptés au cinéma, mais cette transposition  sur scène, pourtant bien  faite ne fonctionne pas vraiment et l’on s’ennuie assez vite. Cela pose question, puisque le spectacle ne dure que trente cinq minutes! Sans doute,  et surtout  à cause d’un scénario et d’un dialogue  pauvrets; bref, on ne passe pas impunément de la page d’album en deux dimensions dotée de quelques phrases,  à une scène de théâtre.
Pas sûr non plus que l’expression graphique- même bien réalisée et assez drôle- et,  ici, exploitée de façon trop systématique,  suffise à créer de la poésie…Surtout avec des  éclairages aussi neutres et aussi plats.  Pour avoir  assisté à de très nombreux spectacles pour enfants, il nous semble qu’il sont en général plus sensibles à des images magiques , comme celles  que peut créer un Philippe Genty, ou bien entendu, dans un tout autre genre, et le grand Joël Pommerat avec Cendrillon.

  Alors à voir? A vous de  décider ; il est toujours difficile de juger de l’intérêt d’un spectacle pour enfants, puisque nous ne le sommes plus du tout, mais là, très franchement, nous ne le conseillons pas… Irions-nous  avec  notre Léontine préférée aux sept ans révolus? Désolé pour nos amis anglais,  mais la réponse est non!
Signalons par ailleurs (sans cocorico aucun) la reprise du très bon Bouli année zéro de Fabrice Melquiot, (tout public à partir de huit ans),  mise en scène d’Emmanuel Demarcy-Motta du 5 au 8 janvier dans cette même salle.

Philippe du Vignal

Théâtre des Abbesses  jusqu’au 30 décembre.

L’Ours normand

L’Ours normand, texte du Cirque  et de l’Entretien de Fernand Léger avec Dora Vallier,  conception et interprétation d’Arnaud Churin.

 L'Ours normand Arnaud-Churin-LOurs-Normand-4-Pierre-Grosbois-thumb-400x624-383781-190x300Nous  connaissons les peintures du grand Fernand Léger (1881-1955), jeune normand venu à Paris étudier l’architecture qui échoue au concours d’entrée aux Beaux-Arts puis fréquente plusieurs académies. Mais l’on sait moins qu’il  fut aussi un excellent connaisseur de l’art de son époque sur lequel il a beaucoup écrit et réfléchi. Il a aussi évidemment connu des marchands comme Kanveiler qui l’a protégé, des peintres: entre autres :Modigliani, Delaunay, des écrivains comme Cendrars, Max Jacob ou Apollinaire avec qui il ne s’entendait pas très bien. Léger  fut très influencé par Cézanne qui lui offrait une ouverture considérable et avait aussi une passion pour le cirque Médrano qui lui a inspiré nombre d’œuvres comme cette formidable Grande parade (1954) de quelque douze m2.
 Ce que l’on sait moins : Fernand Léger a aussi collaboré avec  les Ballets suédois ,  a travaillé avec Jean Epstein et Abel Gance, tourné un film Le Ballet mécanique, et créé les vitraux d’une église d’Audincourt, (la patrie du Théâtre de l’Unité!) avec les peintres Bazaine et Le Moal; il a aussi  peint des fresques à l’université centrale du Venezuela… Enfin Léger a été aussi enseignant et directeur d ‘une école d’art où il accueillit… Serge Gaisnbourg.
 On comprend qu’Arnaud Churin ait été fasciné par le parcours de cet homme exceptionnel qui n’avait jamais renié ses origines rurales, même quand il vivait à Paris ou à New York où il retrouva Duchamp, lui aussi,  d’origine normande.
  Ce qui est  sans doute le plus surprenant chez ce peintre, c’est cette insatiable curiosité devant la vie qui existait autour de lui. Par exemple, quand il découvre  un simple vélo qui tourne suspendu dans la vitrine d’une boutique de vêtements de façon, lui dit le commerçant qui avait tout compris en matière de communication, à provoquer l’intérêt des passants!
Le spectacle d’Arnaud Churin qu’il avait créé il y a une dizaine d’années à la Comédie de Caen, commence par  des extraits  du Cirque qu’il dit au micro; derrière lui des projecteurs au sol s’allument en cadence, avec une musique électronique. Disons tout de suite que ce premier moment n’ a rien de  fameux,et l’on sature assez vite: le texte , pas très passionnant, n’avait sûrement pas besoin de ces béquilles technologiques qui n’apportent absolument rien.

  Puis, miracle,  tout s’éclaire quand Arnaud Churin, très juste, abandonne son micro infernal et prend à bras-le-corps  l’entretien exemplaire de Fernand Léger avec Dora Vallier,  où il  parle de ses relations avec les peintres et les écrivains cités plus haut. Et c’est absolument passionnant, comme si Léger venait nous voir et nous parlait avec une intelligence mais aussi avec une franchise et une simplicité remarquables. De lui, de la peinture , de l’art et de la vie de ce début de siècle .Et, à la fin, il y a une magnifique image: celle de dix barres fluo rouge vif devant lesquelles tourne une hélice en bois.
 Alors à voir? Oui, malgré de fortes réserves sur cette première partie de spectacle et sur une mise en scène mal gérée de l’ensemble qui aurait mérité plus de simplicité mais c’est quand même un beau rendez-vous avec l’homme et le peintre Fernand Léger, cinquante ans après sa disparition…

Philippe du Vignal

Le spectacle a été joué du 1er au 17 décembre au Théâtre de la Bastille et  sera repris en tournée.

La Botte secrète

La Botte secrète, opéra bouffe de Claude Terrasse, livret de Franc-Nohain, direction musicale de Christophe Grapperon, mise en scène de Pierre Guillois.

La Botte secrète Botte_Athenee_gd-300x200La Compagnie des Brigands, créée il y a déjà dix ans, a entrepris de monter des œuvres du répertoire lyrique de la fin du 19 ème siècle, comme les  excellents  Au Temps des croisades mise en scène de Philippe Nicolle ou Phi-Phi mise en scène par Johanny Bert que l’on avait pu voir à l’Athénée qui accueille aujourd’hui cette Botte secrète (1903).
Ce petit opéra bouffe, d’une heure à peine, a pour thème les mésaventures d’un prince de Commagène dont le pantalon porte la marque de la semelle grande pointure d’une botte et qui va donc mener l’enquête chez les marchands de chaussures pour démasquer le coupable. Quiproquos, affrontements entre le Prince et le vendeur, princesse survoltée très portée sur le sexe: c’est parfois drôle mais le livret, cent ans après, n’est pas aussi éblouissant qu’Eric Satie  le trouvait.

 L’intrigue  de Franc-Nohain est quand même un peu mince, mais les dialogues sont  marqués au coin du non-sens et d’un humour ravageur du genre:  » Mon cœur est grand mais l’homme qui m’enlèvera, a le pied encore plus grand »  ou  » Le monde est grand , le pied est petit »  ou encore  » On a toujours besoin d’une corne » , « La botte n’entre jamais sans le pied », phrases à chaque fois suivies d’une scie:  » C’est un proverbe de notre pays ». Cela dit, on sourit plus souvent  qu’on ne rit vraiment…
 Cela  dure une heure, c’est impeccablement dirigé par Christophe Grapperon à la tête d’un orchestre de onze musiciens,  et  par Pierre Guillois, ancien directeur du Festival  de Bussang, qui est vraiment un excellent  metteur en scène; les couplets de Claude Terrasse, sans être géniaux (on est loin d’Offenbach!) sont très bien chantés;  la scénographie de  Florence Evrard avec cette passerelle où l’on ne voit que les jambes et les pieds des clients de la boutique est intelligente et pleine d’invention.
Donc, même si on ne comprend pas très bien pourquoi Les Brigands ont été chercher ce mince opéra bouffe, on peut quand même y prendre un petit plaisir.
La seconde partie du spectacle réunit, pour ce dixième anniversaire de la compagnie,  ses dix sept chanteurs comédiens, pour une revue  souvent  dansée de chansons qui vont d’extraits  des Brigands (justement!) et de Barbe-Bleu d’Offenbach (1869), à d’autres plus récentes des années 20 et 30 comme celles d’Henri Crisitiné, Maurice Yvain ou Reynhaldo Hahn. Et là,  c’est comme une formidable bulle de savon, tout à fait réjouissante avec de superbes images, et des  lumières étonnantes de Christophe Forey, d’autant que c’est  impeccablement mis en scène, toujours par Pierre Guillois, et bien chorégraphié par Stéphanie Chêne; les dix-sept Brigands sont visiblement heureux de faire partager leur plaisir de chanter .Les mélodies  de  ces  trente cinq minutes sont souvent inégales, et Offenbach, comme toujours, est nettement d’une pointure au-dessus mais l’ensemble est d’une rare qualité de chant et de jeu.
Les places sont  chères: 43 euros tout de même, mais bien en-dessous des tarifs du théâtre privé qui ne fait en général pas de cadeaux en cette période de… cadeaux de fin  d’année.

Philippe du Vignal

Théâtre de l’Athénée jusqu’au 8 janvier.
Puis à Mâcon, le 15 janvier; à Saint-Louis le 27 janvier; à Lons-le Sualnier, le 29 janvier et à Saint-Dizier, le 3 février.

Merce Cunningham Dance Company

Merce Cunningham Dance Company  ville-300x224Merce Cunningham Dance Company, deux programmes et une journée autour du chorégraphe.

« Depuis longtemps, Merce Cunningham aime le théâtre de la Ville et le théâtre de la Ville aime Merce Cunningham », ce tte phrase du programme de la saison 90/91 est toujours d’actualité, mais la vie de cette célèbre compagnie  va s’interrompre définitivement  avec  un dernier « event » le 31 décembre, à New York, à 10 dollars la place .
  Merce Cunningham et Pina Bausch décédés en 2009, ont bouleversé la scène contemporaine; ils auront eu chacun un rapport intime avec le théâtre de la Ville. Les danseurs de Pina Bausch se préparent à jouer dix spectacles-phares de la compagnie, cet été, aux Jeux Olympiques de Londres. Mais les  quatorze  danseurs de la Merce Cunnigham Dance Company  sur décision du chorégraphe, vivent, eux,  leurs derniers jours de représentation; c’est un cas unique dans le monde du spectacle vivant!
En effet, le chorégraphe qui a introduit le hasard dans le processus créatif, a, paradoxalement imaginé la fin de sa compagnie avec son « legacy plan ».  Avec  principales composantes: l’organisation, pendant deux ans après sa mort, d’une tournée mondiale avec les grands spectacles de son répertoire, l’obligation de fixer un terme à l’existence de la compagnie, et, enfin,  la constitution d’un matériau de transmission de son œuvre chorégraphique avec les « Dance capsules ».  Soit la captation vidéo, les notes de mise en espace, les dessins, la musique, les costumes,et les  conduites son et lumière)  indispensables à la recréation  de ses pièces. En avril 2012, quatre vingt  de ces  « Dance capsules » seront prêtes.
  Le ballet de Lorraine  et celui de l’Opéra de Paris , entre autres, travaillent déjà à partir ces  » danse capsules ».Le public redécouvre aujourd’hui avec émotion des pièces de Cunningham dont la compagnie  est venue quinze  fois au Théâtre de la Ville, depuis 1972, dont  treize fois en collaboration avec le festival d’Automne. Une journée d’hommage au créateur et à son complice John Cage, a eu lieu avec succès et comprenait des ateliers pratiques, des rencontres et la diffusion d’Océan, un film de Charles Atlas.
Merce Cunningham écrivait en 1994: « Mon travail est un processus continu. A la fin d’une danse, j’ai toujours une idée, même mince au départ, de celle qui suivra. C’est pourquoi, je ne vois pas chaque danse comme un objet, mais plutôt comme une étape sur le chemin ». Son « legacy plan » va  justement  concrétiser ce chemin.

Jean Couturier

Théâtre de la Ville jusqu’au 23 décembre.

Géométrie de caoutchouc

Géométrie de caoutchouc, pièce d’Aurélien Bory pour un chapiteau.

Géométrie de caoutchouc 01_geometrie_caoutchouc_aglae_bory-grde Le dispositif scénique surprend: un chapiteau au centre même d’un autre chapiteau…Ce « petit » chapiteau,  en matière plastique souple blanche est … carré. Les spectateurs sont disposés ont donc  un angle de vision différent.. Ces deux structures emboîtées, qui symbolisent  par excellence l’univers du cirque, séduisent  par quelque chose de majestueux, d’imposant.
On se souvient du précédent et très beau spectacle de la Compagnie 111,  Sans Objet, à Paris en 2009… et cette nouvelle proposition artistique était donc prometteuse. Mais cette Géométrie de caoutchouc  se révèle  un peu décevante: l’effet de surprise passé, on assiste à une série de tableaux qui s’enchaînent parfois laborieusement. Même si chacune des séquences – au début, les ombres chinoises  des danseurs- acrobates  à l’intérieur du chapiteau, ou bien ensuite, leurs assauts répétitifs  à la conquête de son sommet, avec glissades et périlleux rétablissements – sont spectaculaires, elles  ont tendance à s’appesantir et à distiller l’ennui.
   Jusqu’à ce moment magique, à la presque fin du spectacle :  le chapiteau, manipulé comme une immense marionnette à fils par les huit artistes, tous formés aux arts de la piste, se transforme en soucoupe volante, champignon atomique ou dune molle… au gré de nos  rêveries. La toile devient alors  aérienne, fluide, d’une légèreté étonnante, ce qui efface toute impression de lourdeur et clôt magnifiquement ce spectacle à géométrie « variable ».

Mireille Silbernagl

Espace Cirque d’Antony  le spectacle a été joué du 1er au 11 décembre.

MACHIN TRUC

Machin Truc, une usine de fabrique à chansons de François Lemonnier, mise en scène de Dotéa Cornu Bensusan.

Deux compères dézingués, Machin et Truc jouent avec des machines à sons absurdes fabriquées par la compagnie Royal de Luxe. Impossible de décrire leurs jeux étranges et jubilatoires qui provoquent des réactions en chaîne et qui déclenchent l’hilarité des enfants  dans la salle.
Il y a du Buster Keaton et du Charlot là-dedans. François Lemonnier, enseignant devenu chanteur musicien, achève sa huitième création, et il a fait un spectacle qu’il aurait aimé voir enfant. Pour goûter le talent de cet hurluberlu consulter le site www.pourfairebouillirlapluie.com

 

Edith Rappoport
Théâtre 71 de Malakoff

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