Savanna un paysage possible

Savanna un paysage possible d’Amit Drori.

   Cette compagnie israëlienne  fait preuve d’un beau savoir faire technique pour évoquer “les tensions entre réalités physiques et métaphoriques ». Des sculptures d’animaux et de plantes est commandée par des systèmes électroniques  et  créent ainsi un écosystème imaginaire sur scène”…Malheureusement, un ennui pesant s’installe rapidement, on ne se laisse pas emporter dans leur vision nouvelle des thèmes mythologiques : la création de la vie, le paradis perdu et le Golem.
Leurs doutes sur la capacité de l’homme à maîtriser son destin et l’aptitude de l’homme à contrôler sa création sont fondés.

Edith Rappoport

Festival MARTO  Théâtre 71 de Malakoff


Archive pour 3 décembre, 2011

Dialogue avec mon jardinier

DIALOGUE AVEC MON JARDINIER d’Henri Cueco, adaptation de Jean-Paul Audrain, mise en scène de Lionel Parlier.

Henri Cueco,  peintre fondateur de la coopérative des Malassis à Bagnolet, a écrit de nombreux essais et s’est beaucoup consacré aux paysages et aux natures mortes. Son délicieux Dialogue avec mon jardinier le met en scène, occupé à ses œuvres en Corrèze, sans cesse interrompu par son voisin cultivateur de la campagne profonde, interloqué par cette activité qu’il ne comprend pas, mais qu’il finit par admirer.
Ils se font des cadeaux, le jardinier offre ses salades, le peintre une nature morte qui se heurte à un refus. Il faudrait au moins un bouquet, car les bouquets c’est beau ! Peu à peu une complicité s’établit entre les deux hommes en glissant vers un terrain philosophique. Jean Paul Audrain qui avait adapté le texte de Cueco en 2002, l’a longtemps présenté en lecture-spectacle avec Christian Neupont qui interprète Cueco, lui-même jouant le jardinier.
Ils ont fait appel à Lionel Parlier pour les mettre en scène dans la ravissante petite salle baroque de l’Épée de Bois, qu’ils avaient tous deux contribué à aménager avec Antonio Diaz Florian dans les années héroïques. On nous sert une bonne soupe et un verre de vin à la sortie, pour mieux discuter de ce délice agricole.


Edith Rappoport

Théâtre de l’Epée de bois Jusqu’au 4 décembre, réservations 01 48 03 39 74

Casting

CASTING   création collective mise en scène  de Michel Vuillermoz.

   Une jeune femme en grande tenue se déhanche sur le plateau dans un solo pathétique. Elle se fait apostropher de la salle par quatre spectatrices qui veulent lui donner des conseils et qui envahissent le plateau. Elles sont réunies dans l’attente angoissée d’un passage sur scène, l’une d’entre elles sera choisie et pas les autres. La plus jeune tente de mettre une bonne ambiance, elle fait semblant de rassembler une famille, une mère, des sœurs…
Elle retrouve même un père et un frère qui se sont travestis. L’agressivité se déchaîne entre elles pendant les auditions, et elles ne cessent de changer de costumes, alternant la séduction et le ridicule pitoyable. On se laisse emporter par ce tableau révélateur d’une société en déroute. La compagnie Embarquez est un collectif féminin dynamique issu de la dernière promotion du défunt Centre de formation de Besançon, qui avait monté un remarquable Caligula.
Accueilli à titre onéreux par le Lavoir Moderne Parisien à bout de souffle financier et toujours menacé dans un avenir proche, Casting a beaucoup réjoui les spectateurs qui remplissaient la salle.

Edith Rappoport

Lavoir Moderne Parisien

 

Dommage qu’elle soit une putain

1118.jpgDommage qu’elle soit une putain de John Ford, mise en scène de Doclan Donnellan.

Doclan Donnellan qui a créé ou présenté aux Gémeaux quelque dix spectacles,  revient cette fois avec la pièce du grand John Ford  (1586-1640), donc  presque contemporain de Shakespeare. Dommage qu’elle soit une putain fut mise en scène, entre autres,  par Visconti au cinéma avec Romi Schneider et Alain Delon, et au théâtre par Jérôme Savary à Bonn en 81, puis à Paris en 97,  mais aussi par Stuart Seide.
C’est une œuvre baroque à souhait, très brutale; et féministe avant la lettre.
Il s’agit dans la Parme de l’époque de John Ford des amours d’un très jeune couple: la magnifique Anabella et  le beau Giovanni, follement amoureux tous les deux et qui vont concrétiser leur passion. Même si… Annabella et Giovanni sont frère et sœur, ce qui ne les refroidit pas du tout. Et le frère Bonnaventure, tuteur de Giovanni, aura beau lui rappeler que l’inceste est rigoureusement interdit, ils continueront à s’aimer avec délices.
Pour échapper à cet interdit, Annabella , poussée par son père qui ignore tout de leur liaison, acceptera de se marier. Mais son époux apprendra vite qu’elle est enceinte, et voudra connaître le nom du père du futur enfant. Et  la belle histoire d’amour finira  en tragédie avec empoisonnement et tuerie; on vous passe les multiples rebondissements de cette pièce sans doute inégale mais aux dialogues souvent savoureux qui, Doclan Donnellan a raison de le signaler, continue à nous fasciner .
Sans doute parce que John Ford il y a déjà quatre siècles, osait traiter  d’un tabou qui n’ a jamais été remis en question, même si l’inceste entre  frère et sœur est encore bien présent. Doclan Donnellan souligne aussi que tout amour ne peut exister sans possibilité de perte du (ou  de la) bien aimé(e). Et que cela engendre inévitablement une souffrance aigüe. Le metteur en scène avec son fidèle complice scénographe  Nick Ormerod a  situé l’œuvre dans un cadre contemporain: un mur rouge foncé avec deux portes dont l’une donne sur  une salle de bain avec une douche et un lavabo qui fonctionnent, une armoire où sont juchés des nounours, un bureau avec un ordinateur portable, une commode aux tiroirs qui débordent de vêtements féminins, et, au centre de la scène, un grand lit bas avec un drap et une couette rouge foncé; : cela pourrait être la chambre d’une très jeune fille d’un milieu favorisé des beaux quartiers de  Londres ou de Paris.

Le grand lit servira aux amours de Giovanni et d’Annabella presque nus devant nous,  mais aussi, par moments, de praticable où tous les prétendants d’Annabella en costume noir se retrouveront. C’est comme toujours chez Donnellan, extrêmement soigné et raffiné, surtout dans la direction d’acteurs; ils  interprètent au mieux ces personnages délirants comme Vasques, curieux valet- très bien joué par Laurent Spellman-qui cache bien son jeu et  qui déjouera la tentative d’empoisonnement concocté par la méchante rivale qui en sera la victime.  Mais Lydia Wilson, le premier soir, minaudait et ne paraissait pas vraiment à l’aise, ce qui est tout de même  embêtant quand il s’agit d’Annabella…
Il y a des scènes formidables comme les scènes d’amour,  ou celles où les comédiens anglais chantent en chœur et dansent, avec une facilité exemplaire, une sarabande infernale: on se dit qu’il y a peu de troupes françaises pour atteindre ces moments de folie qui sont le cœur même de la pièce. Il y a aussi des moments un peu creux: le spectacle qui ne dure pourtant que 90 minutes  est inégal et   nous n’avons pas été  tout à fait convaincu par les partis pris de Doclan Donnellan:  sa mise en scène dénote  parfois  comme une volonté démonstrative du genre: vous allez voir ce que je peux faire avec cette pièce baroque à souhait en vous la préparant à la sauce contemporaine, avec un arrière-goût psychanalytique .
Savary avait dit , lui,  les choses plus simplement en mettant l’accent sur la question de la liberté dans l’amour vécus par deux très jeunes gens quand il est interdit par la loi.
Mais ce Dommage qu’elle soit une putain mérite quand même le détour; après tout la pièce, aux dialogues souvent exemplaires ,incisifs voire cyniques, sans doute à cause d’un grand nombre de personnages, n’est pas si souvent jouée…

 

 Philippe du Vignal

 


Théâtre des Gémeaux à Sceaux  jusqu’au 18 décembre. T: 01-46-61-36-67
puis en tournée en Angleterre.

…Have you hugged, kissed and respected your brown Venus today

…Have you hugged, kissed and respected your brown Venus today ? de Robyn Orlin.

 

  C’est la dernière création de la metteuse en scène sud-africaine,  qui a trait  à la vie de Saartje Baartman, plus connue sous le nom de Vénus noire ou  Vénus hottentote, son nom « d’exposition ». Née en 1789, elle fait partie de l’histoire de l’Afrique du Sud et, bien entendu, de l’histoire de l’humanité.
Symbolique de ce qu’étaient les zoos humains du  XIX ème siècle,  – à cause de ses  caractéristiques physiques, (en particulier la stéatopygie), elle a été  enlevée de sa tribu d’Afrique du Sud , pour être exploitée d’abord en Angleterre puis en France. Entre prostitution et exhibition, elle est devenue un objet sexuel et un objet de foire, et a fini comme sujet d’étude pour les scientifiques du Muséum d’histoire naturelle de Paris de l’époque. Dès l’ entrée dans la salle, le public est confronté aux cinq comédiennes qui interprètent chacune  Saartje Baartman à leur manière. L’une d’elles reste au milieu du public, les autres interpellent le spectateur et le prennent à témoin. Une de ces Vénus lance une remarque: « Il n’y a pas beaucoup de noirs ici ».
Le spectacle se poursuit sur la  scène.   De trop longues parties, quand en particulier, une des comédiennes parle à une caméra semblent improvisées et ralentissent le rythme de ce cabaret grotesque. Mais grâce à une belle scénographie avec un plateau tournant et un écran amovible où sont projetés des vidéos, grâce surtout aux chants de ces femmes,  le public  est  emporté par cette histoire troublante. Avec deux scènes  en particulier:  une pantomime , en ombres chinoises, où les comédiennes vêtues d’habits traditionnels, prennent des poses qui rappellent les gravures de l’époque. Enfin, il y a cette danse dérangeante, que les quatre Venus interprètent avec une belle violence, devant la projection d’une lionne en cage…   Ici l’animalité, la beauté et la cruauté de l’animal se confondent avec celles de l’humain. Tout au long du spectacle,  des portraits d’habitantes d’Afrique du Sud sont projetés sur l’écran.
Robyn Orlin se permet un petit clin d’œil à l’histoire: à la fin , sont projetés ce seul nom et ces dates: Saartje Baartman (1789-2002).  Mais elle ne vécut que  26 ans, et  son squelette ne fut restitué par la France à l’Afrique du Sud qu’en 2002!  Il y a encore un moulage en plâtre de son corps au Muséum à Paris,  après qu’il ait  été exposé au Musée de l’homme jusqu’en 1976.   Ses organes génitaux et son cerveau, prélevés 
par le Professeur Cuvier  en 1815 et conservés dans du formol, ont, officiellement, été égarés… La dernière image-très émouvante:  les  cinq comédiennes  se tiennent comme Saartje Baartman ,  quand  son corps fut  moulé par les anthropologues.

 

Jean Couturier

 

Théâtre de la Ville jusqu’au 3 décembre puis à la Maison de la musique de Nanterre, le 6 décembre, et au Monaco Dance Forum,  le 13 décembre.

 

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