Beauté, chaleur et mort

Beauté, chaleur et mort beaut%C3%A9IMG_2929Beauté, chaleur et mort, texte et mise en scène de Nini Bélanger et Pascal Brullemans.

 Nini Bélanger est metteuse en scène, Pascal Brullemans est auteur dramatique. Dans Beauté, chaleur et mort, le couple – nous apprenons à la fin du spectacle qu’il s’agit bien d’un couple- se retrouve ensemble en scène pour la première fois, dans leur propre spectacle. Ils avaient en effet besoin de créer un événement thérapeutique après la mort de leur bébé.
Professionnels du théâtre, ils ont donc pris la décision de marier la difficulté de raconter la mort d’un enfant,  et une réflexion sur la représentation du réel au théâtre. Résultat :une œuvre hyperréaliste où une intimité minimaliste accompagne  une  réflexion sur le rapport entre  réel et temps scénique… Ils se rendent  alors compte que la durée prolongée  et répétée d’une activité douloureuse en scène, transforme la perception de cet événement en un moment profondément « réel » pour le spectateur.

Pour éviter de plonger le spectateur dans un voyeurisme malsain, ils ont fait éclater le quatrième mur et ont invité les spectateurs à franchir la barrière de la scène Ils ont même transporté leurs meubles au CNA, et  refusé de cacher quoi que ce soit. Ils montrent tout. Ils sont chez eux, il s’agit de leur tragédie et le public doit le savoir. Montrer la souffrance dépouillée de tout artifice et sans la moindre hésitation, est courageuse. Les voilà, les deux parents/acteurs, penchés sur le berceau dans la salle d’hôpital dans la quasi-obscurité. Le silence est parfois interrompu   par les commentaires de l’infirmière ou du médecin, des bribes de souvenirs,et  les parents vont à la machine à café pour boire quelque chose. Tout semble authentique : de vrais parents, une expérience vécue vraiment, un passage de temps réel dans une salle d’hôpital bien réelle, de longs moments d’attente où apparemment, il ne se passe rien.
Malgré le récit de la mort du bébé , le spectacle  n’est vécu ni comme une tragédie, ni comme un choc larmoyant, ni comme un moment de voyeurisme malsain, puisque les responsables nous attendent et nous accueillent chez eux. Voilà une étrange expérience théâtrale qui nous tient discrètement à distance: il s’agit de l’intimité des autres, d’actes presque trop impudiques que nous ne pourrions jamais partager mais qui nous attire par leur délicatesse, non pas par la douleur qu’ils représentent.
Dans la dernière scène , le père et la mère se livrent à des gestes obsessionnels: le trauma s’est bien installé chez eux! Le couple répète les gestes qui expriment le caractère obsessionnel de  la disparition du troisième membre de la famille. La maman prépare trois sandwichs, le père aligne trois jouets. La vie continue mais  l’image du bébé disparu sera toujours fixé dans l’inconscient de ses parents. C’est à ce moment que le travail thérapeutique peut et doit commencer.
Une soirée à la fois  triste et émouvante, selon l’expérience personnelle du spectateur.  Avec Beauté, chaleur et mort , les deux  auteurs/comédiens ont réussi à passer au-delà leur souffrance et à réfléchir sur  la manière de faire un spectacle , avec leurs propres moyens de communication, pour réussir à faire le deuil de leur bébé.

Alvina Ruprecht

Beauté, chaleur et mort, une production du Projet Mû  s’est joué du 7 au 10 décembre au Théâtre français du Centre National des Arts à Ottawa.


Archive pour décembre, 2011

Urbik et orbik

Urbik et orbik Urbik-300x168Urbik et orbik, A la ville comme à l’univers, adaptation, scénographie et mise en scène de Joris Mathieu, d’après un roman inédit de Lorris Murail,  inspiré par l’œuvre et la vie de Philip K. Dick.

Philip H. Dick (1928-1982) est l’auteur de nouvelles, romans « classiques »,  mais aussi et surtout, de science-fiction réputés qui ont donné naissance à plusieurs films-culte comme Blade runner ou Total Recall. Mais Ubik est unanimement considéré comme son chef-d’œuvre. Alimenté en partie par une vie de souffrances: cela avait mal commencé, puisque Philip H. Dick eut une sœur jumelle qui mourut très vite parce leur mère n’avait pas assez de lait pour les nourrir tous les deux: de quoi traumatiser n’importe qui.
Dick qui n’a  jamais pu faire ce deuil, avait l’impression de n’être pas vraiment vivant, connaîtra trois divorces, plusieurs dépressions sur fond d’alcoolisme , et ce fut sans doute le prix à payer pour  alimenter  des romans exceptionnels aux thèmes récurrents: grave perturbation de la sensibilité, vision métaphysique du temps et de l’espace,  questionnement sur l’existence de notre planète en même temps qu’une peur permanente de la mort qui viendra le cueillir à soixante ans.

  « Ses romans peuvent se lire comme des plongées dans la perception intime et singulière de l’auteur sur la société souvent en opposition avec le monde commun, partagé par tous. C’est cet espace que nous voulons explorer en plaçant K. Dick au cœur de la fiction, c’est-à-dire de sa vie » nous dit Joris Mathieu. Soit un travail théâtral réalisé  à partir d’une adaptation d’un  récit conçu par Lorris Murail,  à partir de l’œuvre et de la vie de Philip K. Dick.
Avec une intrigue un peu compliquée: notre monde est, en train de sombrer à cause d’une dépense monstrueuse d’ énergie : cataclysmes , disparition des matières premières, raréfaction de l’eau, etc… Trop tard même pour une indispensable conquête spatiale; Phil, écrivain raté, comme on considérait Dick de son vivant, vit avec sa compagne Pris dans un sorte de logement six étages sous terre. Ils rencontrent Maury, un ingénieur qui peut leur permettre de quitter notre planète pour aller vivre dans un micro-monde, c’est à dire une capsule où l’on peut se réfugier. mais cela aboutira à un échec. Maury sera condamné à vivre à moitié congelé, et Phil, à suivre un programme de redressement moral dû au docteur Phelps, psychiatre qui intervient par écran interposé. Phil vivra reclus chez lui, bourré de médicaments, dans l’ignorance du monde extérieur…  

  Joris Mathieu aime la notion d’espace scénique, tout simplement dit- il parce que « l’espace crée pour moi des perspectives insoupçonnées » et cette conquête de l’espace lui donne la possibilité « de prendre de la hauteur pour notre condition d’être vivant et sur la communauté que nous fondons ». En tissant une relation privilégiée entre le théâtre, l’espace et ce que l’on appelle les nouvelles technologies souvent convoquées sur scène , on ne le sait que trop, pour tout et n’importe quoi. Ce qui n’est pas le cas ici: la vidéo s’intègre parfaitement à la mise en scène de Joris Mathieu quand il crée ce « micro-monde » avec ses personnages, ses meubles flottants dans l’atmosphère, et ses flots de nuages qui nous enveloppe,  dont on ne sait plus s’ils sont réels ou virtuels.
La scénographie, avec un grand cadre blanc, et deux  scènes qui semblent s’emboîter, correspond bien à cette mise en abyme de cet autre autre espace où Joris mathieu fait évoluer ses personnages.  Recréation fascinante… et d’une étrange beauté plastique: autant dire tout de suite que l’univers conçu par Joris Mathieu est une œuvre de peintre; on repense à la fameuse phrase de Vinci:  » La pittura é cosa mentale »  ou à La Flagellation du Christ avec ses deux espaces mythiques au sein du même tableau, de  Piero della Francesca. Cette mise en scène  théâtrale est  susceptible, aux meilleurs moments, de produire une angoisse métaphysique: les pertes de repère de l’espace et du temps deviennent en effet  palpables, comme une simulation des plus réussies de ce que notre imaginaire et la réalité des ces vingt prochaines années nous préparent!

  f-d64-4ecccd6f4410dCela dit, pour impeccable qu’il soit sur le plan plastique, souffre d’une insuffisance criante quant au texte, assez redondant, voire  prétentieux-le titre annonce déjà la couleur!-et qui dessert les images fabuleuses créées par Joris Mathieu pendant soixante minutes, d’autant plus qu’il est souvent dit avec une voix grave amplifiée, très menaçante (qui a un côté sauce publicitaire), stéréotypée et  vraiment peu convaincante, avec un scénario pas très bien ficelé. »La fiction d’anticipation agit au théâtre comme un troublant révélateur du réel qui nous entoure », dit J. Mathieu; on veut bien mais il ne s’en donne pas tous les moyens et des extraits d’Ubik, dits d’une voix sobre, auraient sans doute amplement suffi.
   Joris Mathieu sait lire Dick et réussit quand même à nous donner parfois cette espèce de vertige de la conscience  qui est au centre de ses romans; mais il semble quand même  avoir un peu de mal à opérer une véritable synthèse entre images, texte et musique. Dommage….
  Alors à voir? Pourquoi pas- malgré ces réserves… mais à vous de juger et  disons,  et à voir , plus pour les images.

Philippe du Vignal

Le spectacle a été coproduit et joué à la Comédie de Caen, puis à la Ferme du Buisson, et en tournée: Théâtre de Vénissieux les 12 et 13 janvier, Comédie de Valence les 24 et 25 janvier,  Théâtre Monfort Paris du 31 janvier au 18 février, L’Arc SN Le Creusot le 23 février, La Maison des Arts de  Thonon le 2 mars, L’Hexagone de Meylan les 8 et 9 mars, le TU Nantes les 19, 20 et 21 mars, la Comédie de Saint-Etienne du 3 au 5 avril,  Les Subsistances de Lyon du 25 au 29 avril.

HH

HH de Jean-Claude Grumberg.

Un très sérieux conseil d’administration se torture les méninges pour trouver le nom d’un collège qu’on doit inaugurer dans quelques jours dans une petite ville allemande. Le président,  très sûr de lui, a déjà fait forger les initiales, celles de Henrich Heine, dont nombre d’établissements portent déjà le nom. Tout le monde se récrie, il faut trouver autre chose, si possible le nom d’un homme célèbre natif de la ville. Et pourquoi pas celui de Henrich Himmler, dont on pourrait lire les textes ?
Et voilà le conseil à recherche de ses textes en bibliothèque. On se livre à la lecture de textes nazis antisémites hallucinants avec le plus grand sérieux, mis en parallèle avec de beaux poèmes de Heine.
Salima Boutebal, Olga Grumberg, Joseph Menant et Christophe Vandevelde présidés par Jean-Paul Farré plus vrai que nature, interprètent avec le plus grand sérieux une douteuse démocratie associative qui laisse remonter des remugles inquiétants qu’on n’a pas fini d’évacuer en Europe.

Edith Rappoport

Théâtre du Rond Point, jusqu’au 24 décembre à 21 h.  Tél 01 44 95 98 44

L’Épreuve

L’Épreuve dans analyse de livre h-20-2660243-13238701251-300x248L’Épreuve, mise en scène d’Agathe Alexis, et Les Acteurs de bonne foi, de Marivaux, mise en scène de Robert Bouvier

Dans ces deux courtes pièces très souvent jouées, le “marivaudage“ se révèle particulièrement cruel, sous la légèreté de la comédie. Et d’autant plus qu’on est dans cette légèreté. On connaît les deux arguments : Lucidor, disons un très riche fils à papa, tombe amoureux d’une “petite-bourgeoise de village“. Et réciproquement.
Aucun obstacle, sinon la peur de n’être aimé que pour son argent, ce qui lui fait mettre sa bien-aimée à l’ épreuve en lui offrant successivement pour époux son valet déguisé en riche “homme du monde“, puis maître Blaise, paysan pour le moins girouette du côté où soufflent les écus.
Douleur et pleurs d’Angélique, délices de Lucidor : ça a marché, elle m’aime pour moi-même. Mais comment se remettre d’une épreuve si rude ? La fin heureuse laisse trop de blessures…
Blessures sans gravité dans Les Acteurs de bonne foi, puisqu’elles ne touchent que de « petites gens », la servante Lisette, le paysan Blaise, une Madame Argante de province. Mais Angélique et Eraste ? Madame Amelin feint de briser leur mariage, parce que Madame Argante aurait refusé de lui donner la comédie : et leur souffrance à eux ? On peut imaginer que cette “femme du monde“ y a pensé, comme à une épreuve, au-delà de son divertissement. C’est possible…

Ici Marivaux s’amuse de l’impossibilité parfois à démêler le vrai et le fictif, quelque part du côté du Paradoxe sur le comédien. Surtout, il nous donne à voir, sous l’illusion de l’amour et du jeu, l’inconciliable partage entre la Cour et la campagne, entre le jeu des apparences et la sincérité naïve. Mais peut-être avons-nous une lecture trop grave de Marivaux, et ne s’agit-il  seulement que  du côté cour et du côté jardin : ce n’est que du théâtre. Tout est bien qui finit bien, donc, à condition de pouvoir oublier les cicatrices. Ce n’est pas à l’auteur de comédies de raconter la suite de l’histoire, mais était-il nécessaire de recourir à une chorégraphie un peu laborieuse pour cela ?
Pour cette co-production franco-suisse, Gilles Lambert a dessiné une scénographie impeccable, avec une verrière séparant le salon de la campagne, des costumes joyeusement anachroniques faisant de l’œil aux jupes ballonnées des années soixante mais offrant aux garçons de belles vestes damassées XVIII ème siècle. Les deux mises en scènes s’enchaînent en une belle complicité. Les comédiens sont justes et efficaces. Robert Bouvier fait un Lucidor opaque (jeu d’antiphrase sur le nom du personnage), plus timide que pervers, puis un Blaise droit dans ses bottes. Guillaume Marquet saute allégrement et en finesse du premier maître Blaise à l’amoureux Eraste, Franck Michaux, de Frontin à Merlin, garde avec brio le même emploi de valet futé, actif et sans trop de scrupules, les filles (Natahlie Jeannet, Sandrine Girard et Nathalie Sandoz) ont ce qu’il faut d’énergie et de charme.
Mention particulière à Marie Delmarès, Angélique exigeante, entière et touchante. Honneur aux deux mères, Maria Verdi, mère grondeuse et mesquine dans L’Épreuve, fondue d’amour pour sa fille dans Les Acteurs de bonne foi, et Agathe Alexis, délicieusement méchante, toute à son plaisir de voir son petit peuple de village lui donner, sans le savoir, la comédie, et de tenir entre ses doigts délicats et pointus l’amour des jeunes gens.

On a lu dans Les Acteurs de bonne foi, un manifeste de la vérité du théâtre et de sa nécessité. Sans lui prêter autant, prenons la pièce comme un très intelligent divertissement. C’est déjà beaucoup…

Christine Friedel

Théâtre de l’Atalante, jusqu’au 29 décembre. T: 01 46 06 11 90

PORTRAIT ANNA SEGHERS

Portrait Anna Seghers

Lauréate du programme Villa Medicis hors les murs de CULTURESFRANCE, Françoise Lepoix a résidé à Berlin de septembre 2009 à janvier 2010.

Probité : de ce voyage, de ce séjour, il faut rapporter ce qui s’est passé, ce qui s’est produit. Berlin, pour Françoise Lepoix, c’est une figure, une figure bien nette, des photos, des textes, une biographie connue, un parcours d’Allemagne au Mexique, et puis de nouveau en Allemagne, à l’Est. Cette figure, c’est celle d’Anna Seghers. Faire son portrait : quand ? Quand elle publie son premier texte et qu’elle prend le pseudonyme de Seghers ? Quand elle quitte l’Allemagne nazie ? Dès qu’on s’y attache, le portrait vous échappe. Reste celui qui travaille à le faire.

Dans un décor de bric et de broc qui renvoie à ce voyage – quelques chaises de plastique vivement colorées, un vieux haut-parleur, d’autres objets figés dans le style “cinquante“ de l’Est, d’autres d’aujourd’hui – , Françoise Lepoix, avec la complicité sur scène de Stan Valette (à la guitare ) et d’Aurelie Youlia (à tous les rôles de “réplique“), nous dresse son propre portrait. Sans aucun égotisme, mais dans la transparence d’une recherche authentique : qu’est-ce que j’ai pu trouver d’Anna Seghers au coin de la rue Anna Seghers et de la rue Silberberger ? En même temps que la grande Anna lui échappe des mains dans les lieux qui lui sont consacrés, elle lui revient par surprise dans la maison où elle a vécu où elle vivrait encore ? Qu’est-ce qu’elle cherche ? Une idée du communisme héroïque et trahi ? De la place de l’artiste dans une société bloquée ? Le sens de cet étrange masochisme qui pousse de grands écrivains comme Anna Seghers et Heiner Müller (exclu de l’Union des écrivains !) à choisir l’Est quand celui-ci se débarrasserait bien d’eux dans les bras du capitalisme ? Bonnes questions, et ce ne sont pas les seules. Organisons le scandale, dirait Brecht.

Les réponses sont fragiles, droites. On assiste à une sorte de journal intime, déroulé au fil des pages, des écrivains qui font une ville. Et aussi des passants, et de cette langue que la promeneuse de Berlin connaît mal et qui dit Wendung (tournant) là où l’Ouest dit sans états d’âme, puisqu’il est définitivement du côté du Bien : chute (du mur). Il y a là un théâtre minimal, généreux, un jeu de transformations à vue : on ne vous dira pas « je est un autre », c’est déjà pris, et très impressionnant. Mais : je suis traversé(e) par ceux que je rencontre, vivants et morts, et ils me transforment, et je les transforme.
C’est ce qui se passe, là. C’est important.
À lire : tout Anna Seghers

Christine Friedel

Vu à l’Échangeur, 01 43 62 71 20

Le Précepteur de J. Lenz, mise en scène de Mirabelle Rousseau

Le Précepteur de J. Lenz, adaptation du T.O.C., mise en scène de Mirabelle Rousseau

Après un premier essai  en 2010 au Théâtre des Quartiers d’Ivry dans le cadre d’une série d’accueils de collectifs,  Le Théâtre Obsessionnel Compulsif présente une mise en scène de ce mélodrame familial  écrit  par Lenz à la fin du XVIII ème siècle. Le jeune Laüfer, issu d’une famille bourgeoise est contraint d’accepter une place de précepteur dans une famille noble pour instruire un bambin réticent. Considéré comme un domestique, il a un salaire sans cesse rogné par un patron noble et avare et est aussi chargé d’instruire la jeune Gustine qui s’ennuie.

  Elle tombe dans ses bras mais le fruit de leurs amours va la contraindre à s’échapper de la maison familiale; quant à son amant, il  doit s’enfuir pour se réfugier chez le maître d’école du village. Gustine accouche puis confie son enfant à une vieille femme aveugle et elle part à la recherche de son père qui la sauve de la noyade. Laüfer, devenu assistant du maître d’école qui le rabroue amicalement, finit par se castrer puis  épousera une jeune fille du village amoureuse de lui…
  Il y a autres personnages comme ce jeune noble ruiné qui dilapide la bourse envoyée par son père pour ses études; mis en prison, relayé par un ami qui prend sa place… On n’en finirait plus d’énumérer les épisodes de ce drame qui finit bien. Après une première partie jouée dans un décor bourgeois, les onze comédiens se déchaînent, abattant et remontant les éléments du décor dans un joyeux désordre, mettant en lumière des passages de répétitions, allant jusqu’à souffler à vue des passages que les acteurs auraient oublié.

Frédéric Fachena, en père noble et juste, Richard Sammut  (son frère désespéré) par la recherche de sa fille (Estelle Lesage), Étienne Parc,  jeune étudiant volage et dilapidateur et surtout Marc Berman, en instituteur sévère et généreux, sont remarquables. La morale bourgeoise de ce mélodrame est mise en question avec finesse, en particulier quant au  traitement des femmes, par une vraie troupe qui s’affirme depuis une dizaine d’années.

Edith Rappoport

Théâtre de Vanves jusqu’au 14 décembre.

La folie Sganarelle : L’Amour médecin, Le Mariage forcé, La Jalousie du barbouillé

La folie Sganarelle : L’Amour médecin, Le Mariage forcé, La Jalousie du barbouillé, de Molière,mise en scène de  Claude Buchvald

La folie Sganarelle : L’Amour médecin, Le Mariage forcé, La Jalousie du barbouillé La-Folie-Sganarelle-Th%C3%A9%C3%A2tre-de-la-Temp%C3%AAte-500x374Voilà du Molière bien raide, le Molière des farces, treize ans de tournées à succès à travers les provinces. Pas le grand Molière du Misanthrope, à faire pleurer Musset, le comédien chef de troupe qui se souvient de la comédie italienne et qui la réécrit, à la hache, et à la française. L’Amour médecin nous raconte deux choses, que notre auteur ne cessera jamais de répéter : que l’amour des jeunes gens triomphe toujours, hélas (hélas pour le barbon qu’il sera un jour, qu’il a été), des précautions des vieux, des pères surtout, et que les médecins ne sont que de vaniteux et dangereux discoureurs. Le seul remède qui vaille, et c’est la base de toute comédie, ce sont les douces paroles de l’amour partagé. Du reste, croyant plaisanter, -mais on ne plaisante jamais qu’à demi -, notre Molière se souvenait qu’à Epidaure il y avait non seulement un théâtre, mais avant tout un sanctuaire d’Asclépios, dieu guérisseur de l’âme et du corps ; peut-être même qu’il entrevoyait quelque chose de la psychanalyse. Le Mariage forcé, lui, ne peut rien guérir du tout, étant forcé. Voilà Sganarelle tenté par une jeune beauté. Qui dit jeune beauté dit coquette, qui dit coquette dit cocu probable. Sganarelle va s’esquinter les oreilles auprès de philosophes coléreux et diserts : faut-il se marier ou non (voir l’ancêtre Rabelais) ? Trop tard : il s’est trop avancé, impossible de reculer, le frère de la mariée l’en empêche à coups de bâtons. Cela donnera La Jalousie du barbouillé, ébauche de Georges Dandin et tout aussi cruelle. Moralité peu morale, mais réaliste, à la façon de La Fontaine : bien fait pour les vieux égoïstes, avares de surcroît, et sots. Ils n’ont qu’à être jeunes, beaux, et prêts à tout pour combler leur désir amoureux.
La mise en scène de tout cela, autour d’un Sganarelle naïf, roublard, tantôt dépensier comme un voleur, tantôt avare comme Harpagon en personne, aveugle sur ses charmes et aveuglé par ceux de sa jeune voisine, battu, cocu et pas content, est tout à fait réjouissante. Claude Merlin campe, si on peut dire car il est toujours en mouvement, un Sganarelle idéal, auquel on s’attache malgré toutes les tares susdites.
La présence du petit valet Champagne (Aurélia Poirier, délicieux Kid) y est pour quelque chose : son regard bienveillant, quoique critique, emmène le nôtre du côté de la sympathie, quand même. Les filles sont pestes à souhait, on a le regret de le dire, mais c’est écrit comme ça, les médecins odieux et les savants insupportables – et pourtant Molière aurait fréquenté Gassendi et autres lumières de son temps, mais quoi, il faut faire rire le parterre, et un peu de poujadisme est toujours efficace. Terme anachronique, certes, comme la lecture qui est ici heureusement faite de ces farces.
C’est précis, drôle, inventif avec cette maison à roulettes style cabine téléphonique, grinçante à souhait, quand il s’agit de souligner comme la farce est elle-même grinçante. Malheur au vaincu, qui l’a bien cherché, et rires pour tout le monde.

Christine Friedel

Vu au Théâtre de la Tempête. En tournée. Entre autres : le 15 décembre à Dourdan. De février à fin mars : Tarbes, Marseille, Sète, et tournée régionale autour de Béziers .

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LA FORÊT

La Forêt de Kasem Trebeshina, mise en lecture de Cyril Levi-Provençal,

Malgré les difficultés engendrées par la réduction de l’équipe de la MEO (diminution des subventions),ce chaleureux petit lieu niché au creux des arcades de la Bastille, vient d’organiser Les Hivernales 2011, série de huit lectures d’auteurs des Balkans, depuis le 28 novembre.
Plus qu’une lecture, c’est une mise en espace dynamique interprétée par onze acteurs de bonne trempe, avec des effets techniques dirigés par Dominique Dolmieu. Ils sont assis dos à dos au centre de la la salle minuscule, nous les entourons, ils se lèvent munis de quelques éléments de costumes quand leur personnage intervient.
C’est une odyssée contemporaine, Ulysse qui s’est perdu, qui oublié jusqu’à son nom, croise des personnages étranges et menaçants, un roi qui ne sait pas sur qui il règne, un couple à la recherche de Nausicaa, qui tombe amoureuse d’Ulysse. Tous les personnages sont en quête de quelque chose, Nausicaa voudrait partir avec Ulysse, mais celui-ci retrouve ses marins en même temps que son identité et repart sur les mers. Cette pièce énigmatique a été traduite de l’albanais par Anne-Marie Autissier.

Edith Rappoport

Maison d’Europe et d’Orient.

La campagne de Martin Crimp

 La Campagne de Martin Crimp, traduction de Philippe Djian, mise en scène de Patrick Schmitt.

    La campagne de Martin Crimp Martin-crimp-300x297Martin Crimp, à 55 ans,  est sans aucun doute le dramaturge anglais le plus connu en Europe et en France. La plupart de ses pièces-entre autres:  La Ville,  montée par Marc Paquien, Atteinte à sa vie, Claire en affaires par Sylvain Maurice, Getting for attention  ( voir Le Théâtre du Blog) et La Campagne sont maintenant très souvent jouées en France. On l’a comparé à Harold Pinter et c’est vrai qu’Il sait dire comme personne, la violence et la menace au sein  des couples;  avec humour et cruauté. Il sait construire une intrigue, en même temps qu’il s’exerce à la déconstruire et il  établii très vite  un climat tout à fait particulier grâce à un langage fondé sur les non-dits, les silences, les mensonges par omission comme on disait autrefois.Le vrai, le faux, les demi-vérités, les demi-mensonges, les hypothèses comme les questions sans réponses: : Martin Crimp emmène habilement  le public sur les chemins de l’inconscient, et, bien sûr, on ne saura jamais vraiment rien d’exact sur l’histoire aussi banale que fascinante qu’il nous raconte. Avec trois personnages qui semblent échapper- du vieux triangle amoureux boulevardier. La campagne n’échappe pas à la règle…
Un couple: Richard et Corinne,  a voulu quitter Londres pour vivre à la campagne avec leurs deux enfants. Il est médecin et,  un soir, il a trouvé une très jeune femme étendue – c’est du moins ce qu’il dit à  Corinne ( pas très sexy, l’épouse  en pantoufles et robe de chambre) -sur un bas-côté de la petite route. N’écoutant que sa conscience professionnelle, il l’a donc ramenée à la maison où elle  dort.
C’est la nuit, il sont tous les deux dans le salon, et  aux interrogations de Corinne concernant la jeune femme, il répond souvent évasivement, et le doute commence à s’installer: Corinne semble penser que la rencontre entre Richard  et Rebecca est beaucoup plus ancienne qu’il ne le dit. Le public attend comme Corinne le moment où Rebecca se réveillera et livrera sa version des faits. Très mignonne mais un  peu envahissante, la Rebecca qui  semble connaître la maison ou du moins qui s’y trouve parfaitement à l’aise. Ment-elle? Sans doute mais dans quelles proportions, cela Martin Crimp, très habilement, laisse le spectateur s’en faire une idée mais sans lui fournir vraiment les clés indispensables.
Rebecca fait preuve d’un cynisme total, n’a pas le moindre scrupule comme si elle  avait de très bonnes raisons pour tenir Richard à sa merci.. Si l’on juge par le contenu de son sac où l’on trouve des seringues neuves. Richard les lui a-t-il procurées en échange de services sexuels?  C’est du moins ce que l’on peut supposer , même si l’on n’a  aucune preuve. Corinne semble alors  être sur le point de craquer, ira même jusqu’à  prendre la défense de son mari et proposera de l’argent à Rebecca contre son silence, de façon à ce que son mari , bourgeois considéré, ne soit pas  inquiété si jamais Rebecca venait à le dénoncer.
Est-il le médecin respectable que l’on croit ou un personnage assez pervers  qui navigue en eaux troubles? On peut se dire qu’elle pense  d’abord et  à sa sécurité personnelle et à celle de ses enfants. Il y a aussi un autre homme, Morris, un ami du couple que l’on ne verra jamais mais qui téléphone souvent, et que l’ensorcelante Rebecca semble connaître, ce qui jette Corinne dans le doute le plus  complet. Qui est finalement cette jeune, pulpeuse et cynique Rebecca? On ne le saura jamais… Les choses à la fin s’apaiseront  et le couple Richard/ Corinne retrouve un semblant de paix. Richard est plus calme et Corinne moins anxieuse mais bon…
C’est un huis-clos que cette Campagne et  Patrick Schmitt a choisi-et il a eu raison- de ne pas s’encombrer d’un décor réaliste et de vidéo comme c’est la mode ridicule et , de ne pas céder à la  tentation de l’illusion. Juste un parquet noir , trois fauteuils, une petite table, un téléphone : cela suffit à évoquer  la maison de campagne et à mettre en place, cette comédie de l’hypocrisie et du mensonge en cinq séquences ponctuées de musique .   Comme le  lieu est très silencieux, on est tout de suite plongé dans cet univers aussi calme qu’inquiétant.Et la magie du langage opère alors  très vite; grâce à une mise en scène et à une direction d’acteurs tout à fait ciselées; Emmanuelle Meyssignac (Corinne) et Larissa Chomolova  (Rebbeca)sont vraiment impeccables. On les a vues toutes les deux souvent mais ici, elle,dans ce petit lieu, comme en gros plan, elles sont fascinantes de vérité: pas de criailleries, pas de gestes faux mais une sensibilité et une  précision dans le jeu d’une grande intelligence qui fonctionne parfaitement, surtout quand elles elles engagent toutes les deux  le ping-pong verbal sans aucune concession imaginé par Crimp. Patrick Schmitt,  qui joue  Richard, semble être un peu en retrait, même s’il est tout à fait crédible. En tout cas, c’est vraiment la meilleure mise en scène de cette Campagne que l’on ait pu voir en France.
Le seul bémol: vous n’avez pas beaucoup de chances de la voir. Le spectacle s’est en effet joué une dizaine de fois à Nanterre  mais  pour le moment, il n’y a pas de reprise à l’horizon. C’est une des aberrations du théâtre contemporain que ce manque d’exploitation, même et surtout quand il s’agit d’excellents  spectacles comme celui-ci…En tout cas, ne le ratez pas s’il passe près de chez vous.

Philippe du Vignal

Théâtre de la Forge à Nanterre du 25 novembre jusqu’au 11 décembre
The Country (La Campagne), l’Arche éditeur, 2002,

Cœur ténébreux

coeur ténébreux

Guy Cassiers avait marqué la mémoire du public du théâtre de la ville avec son triptyque du pouvoir en 2008. Il sait très bien mixer la vidéo et le jeu d’acteur, quand il adapte un  roman pour la scène.
Nous sommes transportés par  l’unique comédien Josse De Pauw, qui en a aussi écrit l’adaptation, dans l’univers trouble du Congo colonial du XIX ème siècle. Francis Ford Coppola avec Apocalypse Now l’avait situé , lui,  dans le contexte de la guerre du Vietnam avec le succès que l’on connaît.Ici, le comédien est seul devant un mur mobile où est projetée en permanence une image vidéo qui laisse apparaître par moments les silhouettes de personnages. En fait, ici, le comédien dialogue avec lui-même, incarnant sur cette vidéo-projection tous les autres personnages. Ce qui l’oblige à se caler  avec le dialogue des autres personnages du roman.
Mais le texte de son adaptation en français, semble le perturber quand il l’interprète. En revanche,  la vidéo, très réussie, est d’une haute qualité technique et esthétique; comme le souligne par ailleurs Guy Cassiers : « Il était donc très important, avant même que Josse ne commence à écrire le texte, de connaître la situation dans laquelle celui-ci allait se dérouler. Et à chaque étape, je devais l’aider à trouver la matière nécessaire, le script, la chorégraphie correspondant à chaque scène ».
Peut-être,  mais il aurait sans doute été nettement préférable qu’on laisse la liberté de l’imaginaire au spectateur. Une lecture théâtralisée avec une table, une chaise, et surtout un comédien, et la magie pourrait alors très vite opérer…

Jean Couturier

Théâtre de la Ville jusqu’au 11 décembre

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