Les Outardes

Les Outardes de Gaby Déziel-Huppé, mise en scène de Gilles Provost.

Les Outardes outardes-300x225L’équipe de La Femme du boulanger de Marcel Pagnol, récidive avec un classique du théâtre populaire de l’Ouest-Québécois : Les Outardes. Créé en 1969, ce drame familial se déroule dans  une ferme de la région Outaouaise/Gatineau,  près de la frontière Ontario/Québec.
C’est ici que les outardes-ces oiseaux migrateurs- passent dans le ciel d’automne au moment de leur départ annuel vers  des endroits plus chauds. Elles partent mais reviendront, c’est certain. Gilles Provost, l’ancien directeur artistique du Théâtre de l’Ile à Gatineau/Hull et  metteur en scène, a voulu plonger son public dans un grand moment de nostalgie en revisitant cette œuvre jouée lors de l’ouverture de son théâtre en 1976.
Avec une excellente distribution, un décor réaliste et une volonté de reconnaître l’amitié entre Provost et l’auteur, cette production dite  communautaire,  a rendu justice à une pièce qui reflète les tribulations de la famille Gratton. Gérée par le patriarche légendaire de la famille le père Théo, la famille est soumise à la volonté de cet homme fougueux, énergique, généreux et très accroché à la tradition.
Théo s’impose, séduit et surveille de près ses terres, ses enfants et la voisine Rosalba sur qui il jette son dévolu depuis la mort de sa deuxième femme. La très pieuse, très bavarde et très amoureuse Rosalba, qui se garde pour le mariage depuis 42 ans, se méfie quand même de ce beau patriarche et évite ses avances: elle sait bien que Théo voudrait goûter à la vie avant de passer par le curé.
Le désir des enfants se heurtent aux attentes de Théo mais, mus par la volonté de ne pas rompre les liens familiaux (comme les outardes qui reviennent à la maison), se tirent d’affaire plutôt bien,  et le drame se transforme un conte moral rural, style québécois. Le va-et-vient dans le salon de la maison familiale évoque parfois la farce, surtout au moment où Colette, originaire de la Gaspésie, arrive chez eux, mais…personne ne souhaite la voir, et surtout pas la Rosalba qui flaire une rivale!
Un jeu décontracté formidable permet à tous les comédiens d’être eux-mêmes et le résultat était rassurant pour ceux qui cherchaient une soirée entre » nous-autres ». L’auteur et le metteur en scène a  bien compris leur public. En effet, le travail sur le jeu, réalisé par Gilles Provost, et le décor qui reproduit tous les détails d’une maison de campagne, mettent  en évidence les origines néo-naturalistes de cette pièce qui nous renvoie à l’esthétique du théâtre québécois des années 50- 60, surtout à la dramaturgie de Marcel Dubé, l’Eugène O’Neill du Québec.
La famille, avec ses conflits, ses secrets, ses tragédies, ses hontes et ses victoires, est le lieu de tous les drames qui allumaient la scène québécoise de  l’époque.La mise en scène de ces Outardes permet au public  de scruter comme une bande de voyeurs, les moindres gestes des comédiens. Il faut insister sur le jeu remarquable d’ André St-Onge , le père Théo qui réunit sa tribu  dans  son petit empire campagnard.  L’acteur atteint un niveau de jeu tout à fait professionnel, avec des réactions nuancées, et une  voix basse très  puissante qu’il module comme un  instrument de musique.
Le Théâtre de l’Ile  réalise des productions professionnelles et communautaires , possède une équipe de travail – comédiens et techniciens-  et crée des œuvres d’une très grande qualité, quel que soit le spectacle. Fait assez rare dans la province, cela a  permis l’émergence de plusieurs générations d’excellents acteurs pour le plus grand plaisir du public…

Alvina Ruprecht


Archive pour décembre, 2011

Paysage parlé de Valère Novarina et Olivier Dubouchez.

Paysage parlé de Valère Novarina et Olivier Dubouchez.

  Paysage parlé de Valère Novarina et Olivier Dubouchez. dans analyse de livre arton504-58cb4-235x300Les exigences de l’actualité,  comme on dit, n’avaient pas permis de vous rendre compte d’un formidable et tout à fait passionnant petit livre, une série d’entretiens entre Olivier Dubouchez, philosophe,  et l’écrivain/peintre Valère Novarina qui ont eu lieu  sur deux années : 2009 et 2010 dans différents lieux: Lausanne, donc en Suisse, où l’auteur est né il y a quelque soixante cinq ans;  Debrecen,  où il était allé pour mettre en scène la traduction hongroise de sa pièce  L’Opérette imaginaire; Champigny-sur-Marne, où se trouve un entrepôt de décors, Varallo, une petite ville du Piémont , dotée d’un Sacro Monte avec de très belles chapelles,où il a retrouvé Irma Novarina, une petite-fille de son arrière-grand-oncle, mais aussi Paris où Novarina travaille et Trécoux, où  il séjourne souvent  son chalet dans la Savoie de son enfance, Paris où Novarina écrit et peint dans ce qu’il appelle son atelier, avec sa façon bien à lui de  disposer  le manuscrit d’une pièce sur un mur, comme pour mieux parvenir à repérer les failles d’un texte auxquelles il lui faudra remédier avant publication et/ou mise en scène. Il parle de façon précise et juste du rapport qu’il entretient à l’écriture, surtout depuis que l’ordinateur est apparu dans sa vie. Occasion pour nous de rappeler que le mot a été proposé à IBM  en 55 -eh! oui, il y a déjà 56 ans-par Jacques  Perret, philologue spécialiste de Virgile et de Saint-Augustin, l’un de nos anciens et meilleurs profs de Sorbonne.
Novarina parle entre autres de cet étonnant chapitre de La Chair de l’homme paru en 95, une volée de 1.654 noms propres du Chablais, une sorte de mémorial quasi -ethnologique de ce coin de Savoie cher à Novarina,  constitué de noms de personnes qui se bousculent aux portes de la mémoire de ceux qui les ont connu ou pas du tout. Dans le  second  entretien, Novarina parle de l’ art brut dont  Lausanne est devenue comme une sorte de capitale   grâce au musée où sont exposés, entre autres,  les fameux dessins d’Aloïse;  il a parle de sa fascination pour la peinture qui, au fil des ans,  est devenu, avec l’aide de son scénographe et complice  Philippe Marioge, un élément de plus en plus essentiel de ses spectacles.
C’est même sans doute et sauf erreur, le seul dramaturge français qui ait ancré son langage à un système pictural qu’il a  entrepris de réaliser  avec obstination depuis 86, et toujours avec plus de justesse et de vérité, comme on a pu le voir avec Le vrai  Sang cette année à l’Odéon.
Il y a aussi un chapitre tout à fait exemplaire des réflexions que peut avoir un écrivain de théâtre par ailleurs  metteur en scène,  quand il s’agit d’expliquer les nuances de son texte à des comédiens hongrois (ce  pourrait    être aussi des comédiens français- souvent plus soucieux  d’avoir des indications nettes et précises quant à leur personnage, alors qu’il ne voit pas les choses de cette façon-là: « Le travail, dit-il, porte toujours sur une architecture de rythmes. le sens est une architecture de rythmes, un jeu de force ». mais il ajoute aussi avec beaucoup d’humilité que « c’est toujours au metteur en scène de se faire mieux comprendre sur ses intentions ». Il rappelle aussi que sa première préoccupation est surtout que l’acteur reste bien nacré mais à son insu sur la construction de la pièce, et insiste aussi sur le fait que le spectacle est aussi et surtout pour lui l’artfe la mort, le drame d’un organisme va disparaître, avec tous ceux qui ont contribué de près ou de loin à une création: techniciens, acteurs, scénographe, éclairagistes, créateurs de costume. Mais c’est aussi bien entendu dans cette fragilité que réside toute la valeur d’un spectacle théâtral: on sait tout cela, bien entendu, mais on en prend encore plus conscience quand c’est  dit, et bien dit,  par un orfèvre du langage comme Valère Novarina. 
  On se balade aussi dans l’entrepôt où sont stockés les décors, « sédimentation de dix ans de spectacle »,  où l’on trouve aussi des choses comme un caillou, la vieille Mobylette qui avait appartenu autrefois à Novarina et qui a figuré dans plusieurs de ses spectacles. Novarina est visiblement fasciné par l’objet, quel qu’il soit, quand il est mis en situation: « Le moindre objet sur scène, tire tout vers lui, focalise la pensée, matérialise l’attention ». Avec, bien  entendu, une relation très forte au langage… Il évoque aussi la mémoire de son ami Daniel Znyk, merveilleux acteur de quelque six de ses pièces dont L’Opérette imaginaire mise en scène par Claude Buchwald, et brutalement disparu il y a cinq ans.  Novarina parle aussi avec beaucoup de clairvoyance de la répétition ,  en particulier dans L’Art de la fugue de J.S. Bach mais aussi dans son travail d’écrivain.
Au total, en quelque 174 pages illustrées de très belles photos, notamment d’un masque de Daniel Znik, une somme de réflexions  sur l’écriture, la mise en scène mais aussi sur le parcours d’une vie  d’écrivain; jamais de grands phrases tonitruantes mais comme une conversation personnelle que l’on aurait avec lui sur un chemin de campagne où il dit, sans avoir l’air d’y toucher, bien des choses essentielles sur l’écriture, le langage et le théâtre contemporain.

Philippe du Vignal

Editions de la Transparence 25 euros.

Ma vida

Mi vida después,( Ma vie après), texte et mise scène de Lola Arias en espagnol surtitré.

  Dans ce théâtre-récit, six comédiens et comédiennes argentins témoignent de leur vie. Sur le sol , inscrites  leur date de naissance: 1972, 1974, 1974, 1976, 1981, 1983. Chacun va témoigner de  son histoire personnelle  et de celle de son père. Dénominateur commun: la  période , douloureuse pour l’Argentine,de la fin de la Révolution et de  la période de dictature militaire. Chaque comédien a eu un vécu, en fonction de l’option politique de  leur  père dont certains  ont  milité dans le camp révolutionnaire. alors que d’autres, comme celui de Vanina Falco,  ont fait  partie de la police secrète de la junte! C’est dire  que la relation  de  la  fille avec son père est poignant, d’autant plus qu’ à son procès, elle témoignera contre lui .
Les acteurs vont au delà de l’évocation de leurs souvenirs en inscrivant vers la fin du spectacle d’autres dates, celles de leurs morts, s’inventant ainsi un futur. Pour évoquer ces récits, les vidéos et photos de l’époque sont, bien sûr,  utilisées… Et, le vêtement ou l’objet, utilisé comme vecteur du souvenir, prend toute sa place dans la scénographie:  la soutane du père de Blass Arrese Igor qu ‘il a abandonnée quand  il a changé complètement de vie,  les modèles réduits de la collection  du père de Mariano Speratti, journaliste passionné d’automobiles,  ou  enfin les livres écrits par le père de Liza Casuello.
C’est sans doute la partie la plus intéressante du récit, car le spectateur a du mal à entrer dans l’intimité de ces vies: même si les comédiens  sont tout à fait  crédibles, quand ils racontent leur vie et leurs fractures, l’on reste assez extérieur à ce théâtre intime. Sans doute le soir de la première,  la  représentation  était-elle un peu trop uniforme et l’émotion,  malgré de beaux moments, n’était pas toujours palpable. Pourtant, ce mode d’écriture s’inscrit bien dans l’histoire d’un pays et dans  la réalité conflictuelle d’une époque qui aura marqué tous ses habitants…

Jean Couturier

Théâtre des Abbesses jusqu’au 16 décembre

Slava’s snowshow

  Il faut saluer la sortie officielle du DVD du Slava’s Snowshow, après 18 ans de tournée et de multiples captations incomplètes et sauvages, réalisées dans le monde entier. Cette représentation a été filmée au Monfort théâtre en public., et c’est ce qui en fait tout son intérêt.
Le tournage de ce  film a été  réalisé en plans très rapprochés, ce qui nous transporte dans le regard du fameux clown russe. Un regard emprunt d’une profonde tristesse, que le prologue du spectacle évoque  clairement et que la scène finale concrétise. Même si la majorité des spectateurs, préfèrent garder en mémoire cet immense espace de jeu que constitue la salle  à la fin du spectacle.
C’est un beau cadeau pour les potentielles réjouissances de fin d’année.

Jean Couturier

DVD à 15 Euros

 Le spectacle Slava’s Snowshow est repris jusqu’au 31 décembre au Théâtre du Trianon

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Sauce brune

Sauce brune, texte et mise en scène de Simon Boudreault,

Sauce brune brune38637010150389688097252210119622558958762991764946nAucun théâtre  à l’extérieur de Montréal n’avait  osé programmer  la pièce  hormis  le Théâtre Lionel-Groulx à Sainte-Thérèse !! Sans doute avait-on peur de cette pluie de jurons : osties, crisses de tabarnak,   ciboires, sacramants, viarges calisses, etc.. Heureusement,  Le Théâtre de  Catapulte à Ottawa   a accueilli Sauce brune à la Nouvelle scène, haut lieu du théâtre franco-ontarien.
  Tous les jurons « religieux » québécois possibles, assortis d’ images associées au bas du corps, parsèment le discours de ces ouvrières qui ne travaillent ni dans une taverne ni dans une salle de billard comme on aurait pu le croire.  Ce sont des employées d’une cantine scolaire qui passent deux heures devant nous, à préparer le repas de midi en maniant une espèce de pâte molle qu’elles tranchent, roulent, râpent, découpent et mouillent avec une sauce brune qui mijote  dans un grand chaudron au fond de la scène.
   L’auteur et metteur en scène Simon Boudreault a orchestré le dire de cette petite communauté de femmes désabusées, snobées par les élèves, énervées par  les « crisses de profs « , et malmenées pas leurs hommes. Sans vraiment insister sur le conflit de classes, l’auteur s’intéresse davantage à la langue  et au mode  de communication entre des gens qui n’ont jamais aimé l’ école.
Simon Boudreault a mis en scène  et orchestré les paroles, sonorités, et pulsations rythmiques conçues à base de ces jurons qui, constituent une forme de poésie orale, inspirée, dirait-on, du slam  ou du rap .
Mais  il porte sa résistance textuelle encore plus loin en vidant le contenu sémantique des mots pour  en retenir surtout les éléments extralinguistiques : ce qui lui permet de jouer avec le rythme, les tonalités, le débit, les sonorités, les percussions et les répétitions qui évoquent parfois un théâtre liturgique. Parler devient ainsi une forme de création, quels que soient les mots et Boudreault explore toutes les possibilités de cette esthétique du  juron. Il  peint, avec des solos,  duos, trios et quatuors, un paysage sonore propulsé par la respiration et le pouvoir vocal de ces femmes. On retient surtout le monologue pathétique de la petite Martine (Catherine Ruel). Nerveuse, tremblante, elle nous chuchote à l’oreille ses terreurs, dans une confession intime qui nous fait ressentir plutôt qu’entendre, les brutalités d’un mari qui l’a marquée d’un horrible blessure au visage.
Il y a aussi le jeu spectaculaire et volcanique de Johanne Fontaine, la chef-cuisinière qui dirige son équipe  d’une main de fer, en hurlant ses instructions : elle se dresse contre les mauvaises langues et surtout contre la belle Cindy qui cherche à lui  prendre son poste  dans cette cuisine infernale.
À la longue, cependant, on ressent la pauvreté d’un vocabulaire assez répétitif. Ce martellement de paroles a sans doute pour fonction de symboliser les difficultés de la communication, réduite à des moyens très pauvres. Mais, même si la répétition d’un même vocabulaire met en relief les pulsations du langage et la rythmique puissante de la phrase, elle réduit  l’intérêt dramatique et on a tendance à se lasser.
Comme si l’auteur prévoyait une telle réaction, tout  à coup une situation drôle ou dramatique émerge et on oublie alors la poésie des jurons pour se laisser prendre par les manigances crapuleuses du boss, le « gros porc Baunier » qui aurait essayé de coucher avec toute l’équipe; la  vengeance collective ne se fera pas attendre et le récit de cet événement, où la sauce brune joue le rôle principal, fournit un des moments les plus drôles de la soirée…
  On a déjà comparé le théâtre de Boudreault à celui de Michel Tremblay (Les Belles-Sœurs) mais la comparaison n’est pas tout à fait juste. Les personnages de Tremblay sont des êtres profondément tragiques. Boudreault, lui,  s’intéresse moins à la psychologie qu’ au pouvoir d’énonciation des  phrases qui  deviennent alors des instruments transformant  le texte en un paysage sonore fascinant, une symphonie poétique de jurons, une véritable musique de mots qui perdent alors leur valeur linguistique,  et  le sens profond vient alors de la qualité du son.
Le résultat est assez surprenant, voire fascinant, si on accepte  de se laisser emporter.  Le  directeur artistique  de La Catapulte avertit avant le spectacle que ceux des spectateurs qui trouveraient   la langue insupportable, auraient le droit de partir discrètement pendant le spectacle. Mais personne n’est sorti!

Alvina Ruprecht

 Nouvelle scène,  du 30 novembre au 3 décembre 2011.


L’histoire terrible mais inachevée de Norodom Sihanouk

L’histoire terrible mais inachevée de Norodom Sihanouk roi du Cambodge d’Hélène Cixous, direction historique et textuelle d’Ashley Thomson, mise en scène de Georges Bigot et Delphine Cottu avec l’École des Arts Phare Ponleu Selpak, recréation d’après la mise en scène d’Ariane Mnouchkine


Nous avions pu découvrir les dernières séquences de cette étonnante épopée, au Théâtre des Célestins à Lyon, programmée par le Festival Sens Interdits . Norodom Sihanouk a été créé au Cambodge,  puis repris en tournée dans la région Rhône-Alpes et pour dix représentations au Théâtre du Soleil. Au terme de plusieurs sessions d’ateliers menés au Cambodge par Ariane Mnouchkine à Battembong (Cambodge), Georges Bigot l’inoubliable interprète du Sihanouk du Théâtre du Soleil  (1985) a été chargé de monter avec Delphine Cottu le spectacle en langue khmer avec une trentaine de jeunes artistes circassiens issus de milieux défavorisés, rescapés du génocide perpétré par les Khmers rouges qui a fait disparaître la moitié de la population du Cambodge.
Hélène Cixous s’était inspirée des travaux d’une jeune chercheuse américaine Ashley Thomson pour décrire la destinée de ce petit pays voisin du Viet-Nam déchiré par un cyclone politique mondial, piétiné, bombardé par les puissances occidentales puis asiatiques. Georges Bigot, appelé par Ariane Mnouchkine qui travaillait sur ce projet depuis 2007, a réalisé son rêve de monter la pièce au Cambodge; les répétitions ont commencé en avril 2010 et après deux nouveaux cycles de travail, L’histoire terrible mais inachevée de Norodom Sihanouk roi du Cambodge a été créé à Battambang le 25 juin 2011, à la veille de l’ouverture du procès des Khmers rouges à Phnom Penh.
Cette tragique épopée retrace la première époque de la destruction du Cambodge de 1970 à 1979, le dialogue du prince Sihanouk avec son défunt père, son départ pour Moscou puis la Chine après avoir confié le gouvernement au général Lon Nol et son royaume à sa mère, ses échecs diplomatiques pendant son absence, sa méfiance des Occidentaux comme du Viet Nam voisin qui finira par l’envahir…
On retrouve la splendide écriture épique du Théâtre du Soleil: un orchestre rythme les entrées et les sorties des protagonistes derrière un beau voile de soie orange , les acteurs solistes arrivant à la cour sur un petit pont de bois pour donner des nouvelles, s’inclinant les mains jointes devant la royauté, les groupes pénétrant par le jardin ou le fond du  grand plateau. Sihanouk est interprété avec une belle autorité rageuse par une jeune femme San Marady, d’autres personnages masculins sont aussi pris en charge par des femmes.
C’est interprété avec une belle rigueur par une troupe soudée, on souhaiterait que le spectacle puisse être diffusé plus largement en France, au delà de la vingtaine de représentions qui vient de se terminer. On attend aussi la deuxième époque…

Edith Rappoport

Théâtre du Soleil

L’École des arts Phare Ponleu Selpak et le Collectif des clowns d’ici et d’ailleurs présentera Royaumes, projet de coopération pour un développement durable, au Théâtre du Soleil du 11 au 31 décembre.
www.theatre-du-soleil.fr

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Lignes de faille

Lignes de faille d’après le roman de Nancy Huston Mise en scène : Catherine Marnas

Certes quand on découvre en arrivant au Nouveau Théâtre de Montreuil à 19 H que le spectacle dure quatre heures plus trente  minutes d’entracte, on hésite… et puis après la première mi-temps (deux heures) , on se dit que l’on reste pour une seconde partie. Et c’est c’est le  plaisir qu’offre ce spectacle, exactement comme un livre que l’on ne peut pas lâcher avant la fin.
Il faut  aller  avec délectation jusqu’au bout de cette saga familiale qui se déroule de 2004 à 1944/45 (à rebours donc comme le roman) et qui se raconte au  travers du regard de quatre enfants de six  ans pris, « croqués » à chaque moment « historique »  des cinquante dernières années.
Tous les acteurs jouent les différents rôles, grands parents, parents, frères,  sœurs et autres personnages… avec un plaisir, une vigueur et un talent qui, d’emblée, nous embarquent dans ce voyage.
Alors oui, ce spectacle a les défauts de ses qualités :  fidèle (trop?), » collé au texte « du roman de Nancy Huston, il  en devient un peu « illustratif » , tautologique;  mais  ce n’est pas grave.. Le bonheur du théâtre est là avec sa  modestie, sans prétention. Bref, du « bel ouvrage ».

 Mireille Silbernagl


Au Nouveau Théâtre de Montreuil  jusqu’au au 11 décembre 2011

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Lignes de faille, d’après le roman de Nancy Huston, mise en scène Catherine Marnas

 

 

Quatre générations pour comprendre les Lignes de faille qui traversent une famille, toute famille, dans l’histoire des guerres et des continents. L’idée forte de Nancy Huston est de prendre l’arbre généalogique par le sommet. Le petit Sol, six ans, est vraiment l’enfant d’aujourd’hui, gavé d’images – y compris celles, pornographiques, de la guerre en Irak et de ses dégâts collatéraux – au point d’être anorexique, lâché par des parents permissifs au point de se donner pour tâche d’être plus que Dieu et G.W. Bush réunis. D’où vient la faille ? On en a un petit aperçu, jusqu’à ce qu’on passe aux six ans de son père, Randall, puis à ceux de sa grand–mère Sadie et enfin à ceux, à la fin de la seconde guerre mondiale en Allemagne, de son arrière-grand-mère, Kristina (peut-être), Erra de son nom choisi de chanteuse. Où l’on voit, pour faire court, qu’une poupée retrouvée chez une sœur qu’on n’avait pas revue depuis cinquante ans, dans un pays qu’on n’avait pas revu (l’Allemagne) est le témoin d’un immense crime du nazisme, souvent ignoré, le vol d’enfants de type aryen en Pologne, en Ukraine… À chaque génération, Nancy Huston pose des indices de plus en plus lisibles qui mènent à cette terrifiante “source de vie“. Comment se fabrique une lignée ? La marque de famille est un grain de beauté qui se fixe sur telle ou telle partie du corps, non sans problèmes et conséquences, la religion est choisie au fil des alliances : Randall et sa femme, l’un juif l’autre catholique, choisissent d’être protestants, un moyen terme. Sadie s’était faite juive par amour pour le seul beau-père qu’elle ait aimé et qui l’ait aimée, et Erra, dans le doute sur ses origines, a trouvé son monde dans la musique.

Il faut lire le roman, il fallait le porter à la scène. Parce qu’il se trouve à la jonction exacte entre l’intime et l’Histoire que le théâtre populaire, “citoyen“ comme on a peut-être trop dit, cherche depuis quelques décennies. Jonction exacte, parce que les histoires de familles n’ont pas seulement l’Histoire comme toile de fond, mais comme matrice constitutive. Tout autant que le refoulement de cette histoire.
Catherine Marnas et son équipe ont pris le temps et le soin de “monter“ ce texte (adapté) comme on monte une pierre en bague. Mettre en lumière, tracer les lignes, tendre les petits pièges qui accrochent et qui entraînent le public dans les profondeurs. Le plateau est battu par les ombres de passants anonymes, vous, moi, eux, avec au centre ce qui constitue une famille : la table, et ses bonnes ou moins bonnes manières. Le récit est vécu, donné par chacun des quatre enfants, et fait naître les scènes, scènes de ménage, scènes –plus rares – de bonheur, jusqu’à la gravité finale qui touche à l’horreur des contes d’ogres. Il y a là une folle naïveté, une folle énergie, et des vérités brutales dont ils ne se rendent même pas compte. On rit, on les suit, on les aime, et l’émotion arrive sans artifice, du fond des choses. Les rôles circulent, pour la commodité de la distribution, et aussi comme cette transmission qui est le sujet même de la
Ligne de faille. Martine Thinières est la seule à ne porter qu’un rôle, presque furtif au début puis de plus en plus présent, on comprendra pourquoi : c’est celui de Kristina- Erra. Et tous les acteurs sont impeccables, dans un jeu tout juste stylisé : Sarah Chaumette, Julien Duval, Pauline Jambet, Frank Manzoni, Olivier Pauls, Catherine Pietri, Bénédicte Simon.

Le spectacle dure quatre heure, sans “gras“, sans une minute de perdue. Il est tonique. Un conseil : ne surtout pas partir à l’entracte, le sens, la beauté s’accomplissent avec la dernière pierre de l’édifice.

Christine Friedel

 

vu au Nouveau Théâtre de Montreuil. En tournée

 

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Savanna un paysage possible

Savanna un paysage possible d’Amit Drori.

   Cette compagnie israëlienne  fait preuve d’un beau savoir faire technique pour évoquer “les tensions entre réalités physiques et métaphoriques ». Des sculptures d’animaux et de plantes est commandée par des systèmes électroniques  et  créent ainsi un écosystème imaginaire sur scène”…Malheureusement, un ennui pesant s’installe rapidement, on ne se laisse pas emporter dans leur vision nouvelle des thèmes mythologiques : la création de la vie, le paradis perdu et le Golem.
Leurs doutes sur la capacité de l’homme à maîtriser son destin et l’aptitude de l’homme à contrôler sa création sont fondés.

Edith Rappoport

Festival MARTO  Théâtre 71 de Malakoff

Dialogue avec mon jardinier

DIALOGUE AVEC MON JARDINIER d’Henri Cueco, adaptation de Jean-Paul Audrain, mise en scène de Lionel Parlier.

Henri Cueco,  peintre fondateur de la coopérative des Malassis à Bagnolet, a écrit de nombreux essais et s’est beaucoup consacré aux paysages et aux natures mortes. Son délicieux Dialogue avec mon jardinier le met en scène, occupé à ses œuvres en Corrèze, sans cesse interrompu par son voisin cultivateur de la campagne profonde, interloqué par cette activité qu’il ne comprend pas, mais qu’il finit par admirer.
Ils se font des cadeaux, le jardinier offre ses salades, le peintre une nature morte qui se heurte à un refus. Il faudrait au moins un bouquet, car les bouquets c’est beau ! Peu à peu une complicité s’établit entre les deux hommes en glissant vers un terrain philosophique. Jean Paul Audrain qui avait adapté le texte de Cueco en 2002, l’a longtemps présenté en lecture-spectacle avec Christian Neupont qui interprète Cueco, lui-même jouant le jardinier.
Ils ont fait appel à Lionel Parlier pour les mettre en scène dans la ravissante petite salle baroque de l’Épée de Bois, qu’ils avaient tous deux contribué à aménager avec Antonio Diaz Florian dans les années héroïques. On nous sert une bonne soupe et un verre de vin à la sortie, pour mieux discuter de ce délice agricole.


Edith Rappoport

Théâtre de l’Epée de bois Jusqu’au 4 décembre, réservations 01 48 03 39 74

Casting

CASTING   création collective mise en scène  de Michel Vuillermoz.

   Une jeune femme en grande tenue se déhanche sur le plateau dans un solo pathétique. Elle se fait apostropher de la salle par quatre spectatrices qui veulent lui donner des conseils et qui envahissent le plateau. Elles sont réunies dans l’attente angoissée d’un passage sur scène, l’une d’entre elles sera choisie et pas les autres. La plus jeune tente de mettre une bonne ambiance, elle fait semblant de rassembler une famille, une mère, des sœurs…
Elle retrouve même un père et un frère qui se sont travestis. L’agressivité se déchaîne entre elles pendant les auditions, et elles ne cessent de changer de costumes, alternant la séduction et le ridicule pitoyable. On se laisse emporter par ce tableau révélateur d’une société en déroute. La compagnie Embarquez est un collectif féminin dynamique issu de la dernière promotion du défunt Centre de formation de Besançon, qui avait monté un remarquable Caligula.
Accueilli à titre onéreux par le Lavoir Moderne Parisien à bout de souffle financier et toujours menacé dans un avenir proche, Casting a beaucoup réjoui les spectateurs qui remplissaient la salle.

Edith Rappoport

Lavoir Moderne Parisien

 

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