Norma Jean

 Norma Jean blondeNorma Jean d’après Blonde de Joyce Carol Oates, adaptation et mise en scène de John Arnold.

     Joyce Carol Oates, écrivain américaine réputée et par ailleurs professeur à l’université  de Princeton,  a publié de nombreuses nouvelles et romans dont le plus connu Blonde  (2000) a fait un tabac un peu partout dans le monde, sans doute parce que le personnage principal n’est autre que  Norma Jean, alias Marylin Monroe, du nom de sa grand-mère.
Le roman est une évocation d’une  vie qui avait commencé dans une misère affective,  et de sa fin mystérieuse, dont on peut supposer qu’elle a été programmée par un agent secret qui lui aurait administré une dose mortelle de médicament.

 John Arnold s’est emparé de cet épais roman et en a tiré une adaptation avec douze comédiens qui jouent tous plusieurs personnages;  lui-même est assis en commentateur invisible à un pupitre dans la salle.
Cela commence plutôt bien quand est  réuni le personnel médical d’un hôpital  qui met à plat toutes données médico-légales de la mort aussi étrange que brutale de Marylin dont le corps est là, étendu sous un drap blanc. L’image est  belle et forte mais ensuite John Arnolf ne nous fait grâce d’aucun moment de la vie de la grande Marylin depuis une enfance perturbée:  rejetée par une mère  qu’il a fallu hospitaliser d’urgence dans un hôpital psychiatrique  et par  un père absent qu’elle ne reverra que bien plus tard. Norma Jean a dû  alors entrer dans un orphelinat où elle fut traitée sans beaucoup de ménagement puis elle fut adoptée par un couple d’ouvriers dont l’épouse, jalouse d’elle , la poussera à quinze ans seulement vers le mariage.
Son jeune  époux  s’engagera très vite dans l’armée et la quittera; elle débarquera ensuite à Hollywood ;  proie facile pour de nombreux producteurs et réalisateurs , elle comprendra vite  qu’il lui faut se battre pour s’imposer parmi les actrices qui  sont  prêtes à ne lui faire aucun cadeau. C’est là qu’elle rencontre son nouveau mari, Joë di Maggio, un joueur de base-ball qu’elle quittera rapidement puis enfin elle épousera le grand écrivain Arthur Miller mais l’enfant de lui qu’elle avait tant souhaité, n’arrivera pas à terme. Puis John Kennedy en fera vite sa maîtresse, suivi par son frère Bob…
C’est  cette existence romanesque à  souhait qui aurait enchanté un Balzac et qui ,quarante ans après la disparition de Marylin, continue à nous fasciner.  » … C’est surtout la convocation d’un rêve, d’une vie et des promesses qu’elle recèle (… ) C’est l’histoire de la rencontre entre une névrose et une société de consommation, nous dit John Arnold qui s’est pris de passion pour le roman de Joyce Carol Oates.

 Reste à savoir ce que l’on veut et ce que l’on peut en faire quand on veut en transmettre l’essentiel  sur un plateau de théâtre, et ce n’est pas une mince affaire! John Arnold, à vrai dire, navigue un peu à vue: les petites scènes succèdent laborieusement  aux petites scènes pendant 90 minutes qui, malgré de bons moments, ne sont pas vraiment  passionnantes , et c’est un euphémisme! Il y a quand même dans ce travail un foutu manque de dramaturgie: on vous a déjà chanté cet air quand il s’agissait de spectacles conçus à partir d’un roman, et celui-ci n’y échappe pas. D’autant qu’après l’entracte, il faut encore supporter 65 minutes, et nettement moins bonnes quant à la mise en scène et à l’interprétation…
  Certes, il y a quelques belles trouvailles de mise en scène avec une petit  parfum de distanciation qui ne dit pas son nom, par exemple quand Arthur Miller se lance dans un monologue, ou quand Arnold décline le même personnage à cinq exemplaires en même temps, ou quand il fait chanter à Marylin seule sur scène son fameux « Happy birthday Mister President ».
Mais la distribution est  par  trop inégale; il y a de bons acteurs: Bruno Boulzaguet, Maryse Poulhe et Jean-Claude Bourbault mais Aurélia Arto a bien du mal à s’en sortir quand elle joue Jane Russel et elle a  dû sécher les cours de diction quand elle était au Conservatoire; quant à Marion Malenfant… que dire! Autant elle est crédible en Norma Jean, enfant et adolescente, autant on a un peu de mal à la suivre quand elle essaye d’être Marylin. Mais , à sa décharge, comment arriver à incarner sur scène un tel mythe? Une actrice n’a pas de baguette magique… et à l’ impossible, nul n’est tenu,. Et si elle réussit à quand même être parfois émouvante, son metteur en scène devrait aussi surveiller  de près sa diction.

 Alors à voir?  A vous de choisir: sachez que le voyage dure trois heures avec entracte , avec un côté furieusement pédagogique et appliqué! Et pour dire quoi? Finalement pas grand chose que l’on ne sache déjà. Ce spectacle qui a  souvent le style  d’une bande dessinée,  aurait été sans doute plus convaincant s’il avait  duré  une heure vingt! Mais c’est une tendance générale chez les metteurs en scène que de vouloir imposer des spectacles longs… Dommage! Un bon spectacle, comme un bon film, c’est d’abord affaire de scénario,: voyez Molière, Marivaux, Labiche, Feydeau, etc…

Philippe du Vignal

Théâtre des Quartiers d’Ivry jusqu’au 28 janvier.
Reprise en 2014:  le spectacle se joue au 13 du 4 mars au 13 avril
et du 15 au 18 avril à Tours; le 6 mai à Val de Reuil; le 15 et 16 mai à Cergy Pontoise; le 23 mai à Vitré et du 11 au 13 juin à Besançon


Archive pour 4 janvier, 2012

Norma Jean

 Norma Jean blondeNorma Jean d’après Blonde de Joyce Carol Oates, adaptation et mise en scène de John Arnold.

     Joyce Carol Oates, écrivain américaine réputée et par ailleurs professeur à l’université  de Princeton,  a publié de nombreuses nouvelles et romans dont le plus connu Blonde  (2000) a fait un tabac un peu partout dans le monde, sans doute parce que le personnage principal n’est autre que  Norma Jean, alias Marylin Monroe, du nom de sa grand-mère.
Le roman est une évocation d’une  vie qui avait commencé dans une misère affective,  et de sa fin mystérieuse, dont on peut supposer qu’elle a été programmée par un agent secret qui lui aurait administré une dose mortelle de médicament.

 John Arnold s’est emparé de cet épais roman et en a tiré une adaptation avec douze comédiens qui jouent tous plusieurs personnages;  lui-même est assis en commentateur invisible à un pupitre dans la salle.
Cela commence plutôt bien quand est  réuni le personnel médical d’un hôpital  qui met à plat toutes données médico-légales de la mort aussi étrange que brutale de Marylin dont le corps est là, étendu sous un drap blanc. L’image est  belle et forte mais ensuite John Arnolf ne nous fait grâce d’aucun moment de la vie de la grande Marylin depuis une enfance perturbée:  rejetée par une mère  qu’il a fallu hospitaliser d’urgence dans un hôpital psychiatrique  et par  un père absent qu’elle ne reverra que bien plus tard. Norma Jean a dû  alors entrer dans un orphelinat où elle fut traitée sans beaucoup de ménagement puis elle fut adoptée par un couple d’ouvriers dont l’épouse, jalouse d’elle , la poussera à quinze ans seulement vers le mariage.
Son jeune  époux  s’engagera très vite dans l’armée et la quittera; elle débarquera ensuite à Hollywood ;  proie facile pour de nombreux producteurs et réalisateurs , elle comprendra vite  qu’il lui faut se battre pour s’imposer parmi les actrices qui  sont  prêtes à ne lui faire aucun cadeau. C’est là qu’elle rencontre son nouveau mari, Joë di Maggio, un joueur de base-ball qu’elle quittera rapidement puis enfin elle épousera le grand écrivain Arthur Miller mais l’enfant de lui qu’elle avait tant souhaité, n’arrivera pas à terme. Puis John Kennedy en fera vite sa maîtresse, suivi par son frère Bob…
C’est  cette existence romanesque à  souhait qui aurait enchanté un Balzac et qui ,quarante ans après la disparition de Marylin, continue à nous fasciner.  » … C’est surtout la convocation d’un rêve, d’une vie et des promesses qu’elle recèle (… ) C’est l’histoire de la rencontre entre une névrose et une société de consommation, nous dit John Arnold qui s’est pris de passion pour le roman de Joyce Carol Oates.

 Reste à savoir ce que l’on veut et ce que l’on peut en faire quand on veut en transmettre l’essentiel  sur un plateau de théâtre, et ce n’est pas une mince affaire! John Arnold, à vrai dire, navigue un peu à vue: les petites scènes succèdent laborieusement  aux petites scènes pendant 90 minutes qui, malgré de bons moments, ne sont pas vraiment  passionnantes , et c’est un euphémisme! Il y a quand même dans ce travail un foutu manque de dramaturgie: on vous a déjà chanté cet air quand il s’agissait de spectacles conçus à partir d’un roman, et celui-ci n’y échappe pas. D’autant qu’après l’entracte, il faut encore supporter 65 minutes, et nettement moins bonnes quant à la mise en scène et à l’interprétation…
  Certes, il y a quelques belles trouvailles de mise en scène avec une petit  parfum de distanciation qui ne dit pas son nom, par exemple quand Arthur Miller se lance dans un monologue, ou quand Arnold décline le même personnage à cinq exemplaires en même temps, ou quand il fait chanter à Marylin seule sur scène son fameux « Happy birthday Mister President ».
Mais la distribution est  par  trop inégale; il y a de bons acteurs: Bruno Boulzaguet, Maryse Poulhe et Jean-Claude Bourbault mais Aurélia Arto a bien du mal à s’en sortir quand elle joue Jane Russel et elle a  dû sécher les cours de diction quand elle était au Conservatoire; quant à Marion Malenfant… que dire! Autant elle est crédible en Norma Jean, enfant et adolescente, autant on a un peu de mal à la suivre quand elle essaye d’être Marylin. Mais , à sa décharge, comment arriver à incarner sur scène un tel mythe? Une actrice n’a pas de baguette magique… et à l’ impossible, nul n’est tenu,. Et si elle réussit à quand même être parfois émouvante, son metteur en scène devrait aussi surveiller  de près sa diction.

 Alors à voir?  A vous de choisir: sachez que le voyage dure trois heures avec entracte , avec un côté furieusement pédagogique et appliqué! Et pour dire quoi? Finalement pas grand chose que l’on ne sache déjà. Ce spectacle qui a  souvent le style  d’une bande dessinée,  aurait été sans doute plus convaincant s’il avait  duré  une heure vingt! Mais c’est une tendance générale chez les metteurs en scène que de vouloir imposer des spectacles longs… Dommage! Un bon spectacle, comme un bon film, c’est d’abord affaire de scénario,: voyez Molière, Marivaux, Labiche, Feydeau, etc…

Philippe du Vignal

Théâtre des Quartiers d’Ivry jusqu’au 28 janvier.
Reprise en 2014:  le spectacle se joue au 13 du 4 mars au 13 avril
et du 15 au 18 avril à Tours; le 6 mai à Val de Reuil; le 15 et 16 mai à Cergy Pontoise; le 23 mai à Vitré et du 11 au 13 juin à Besançon

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