Salle d’attente

 Salle d’attente inspiré de Catégorie 3.1 de Lars Norén mise en scène de Krystian Lupa.

    Salle d’attente attente_01-300x192Catégorie 3.1 est la traduction française de Personkrets 3.1, nom de code utilisé par la police de Stockholm pour désigner tous les marginaux de la société. Krystian Lupa, metteur en scène polonais, présente une libre adaptation de ce texte avec de jeunes comédiens suisses et français, qui incarnent dans un squatt, des personnages d’alcooliques, prostitués, toxicomanes et psychotiques.
Le lieu de l’action fait référence aux Bas-fonds de Gorki, et Krystian Lupa dit: “ce qui nous fascinait, c’était le phénomène de l’asile, c’est-à-dire l’endroit où sont rejetés des gens qui ont certaines faiblesses qui les handicapent, qui les empêchent de se battre dans la vie, à cause de cela, ils ne sont pas acceptés”. Ce spectacle a nécessité pour les acteurs un long travail de recherche personnelle,  surtout fondé sur des improvisations. On voit se dérouler des tranches de vie qui se croisent. Avec des longueurs, en particulier des scènes répétitives de toxicomanie… Et, comme dans Factory II, une vidéo est projetée sur deux grands écrans qui reprend une scène en train de se jouer ou enregistrée.
On a pu souligner l’expérience unique que ces jeunes comédiens ont vécu avec Krystian Lupa, un peu comme si le maître avait endoctriné ses élèves. Mais c’est le contraire qui s’ est sans doute produit, et le metteur en scène polonais semble avoir été fasciné par leur énergie et leur inventivité. Ce soir là, – regard du maître sur ses acteurs- Lupa les observe, assis dans une galerie de la salle avec son assistante.
Mais la mise en scène n’est pas figée, et il la corrige.de jour en jour. En communion avec eux: il est dans la salle,  sursaute, s’étonne, rit parfois, et accompagne l’action. Nous sentons qu’il a envie d’être sur le plateau. Il est en cela le successeur de son maître Tadeusz Kantor qui ne jouait pas mais qui était, lui, toujours sur scène près de ses acteurs. Le regard de Lupa a la tendresse de l’enfant qu’il revendique d’être encore:” J’ai toujours été plus jeune que je ne l’étais en réalité, dit-il. J’ai mûri très lentement, et l’enfant que je fus, je le porte en moi jusqu’aujourd’hui, avec ses bons et ses mauvais côtés”.
Quand, à la fin,  chacun des dix comédiens rejoint le bord du plateau, s’assied et croise le regard du public, Kristian Lupa,  est alors en fusion avec sa troupe. Ce travail a l’aspect d’une expérience pédagogique avec de jeunes comédiens sans doute trop « bien élevés. » Lorsqu’il reprend le métro, le spectateur, ne fait peut être assez attention à ce qui se déroule autour de lui. Et pourtant, ce sont presque ces mêmes personnages qu’il a vu  sur une scène pendant trois heures et qu’il retrouve sur le qui du métro avec moins d’humanité visible sans doute mais avec une réelle violence, celle de la vie urbaine d’aujourd’hui.

Jean Couturier

Théâtre National la Colline jusqu’au 4 février, et en tournée à : Grenoble, Chateauroux et Perpignan en février.

  Jean Couturier parle d”expérience pédagogique”: les mot sont lâchés mais il raison! La critique est partagée quant à l’intérêt de la chose, et l’une de nos consœurs résume un peu cyniquement les choses: Le Lupa = La cata. En effet, si l’on regarde lucidement les choses- et, armé de patience, nous avons bu la coupe jusqu’à la fin! La deuxième partie n’est guère meilleure que la première, et il s’est écoulé trois heures!
Pas grand chose d’intéressant en effet ; sans doute, la scénographie, bien réalisée, reproduit à l’identique une ancienne usine avec ses poutrelles métalliques, et son sol  de ciment et, à un moment, des toilettes immondes où un garçon et une fille vont se piquouser mais où la crasse, quitte à faire dans le hyperréalisme, aurait pu être moins grossièrement reproduite- . A part cela, le texte de Noren n’est sûrement pas l’un de ses meilleurs et qu’essaye-t-il de nous dire?  Rien que l’on ne sache déjà sur les marginaux d’une ville occidentale, et comme le spectacle dure quatre heures, c’est d’un ennui accablant, parfois souligné par le ronflement aussi fort que comique d’un spectateur qui s’est endormi à un spectacle qui ronronne sans beaucoup de rythme.
On va encore nous dire: vous n’avez rien compris, comme ceux qui ont déserté, aux géniales intuitions de M. Lupa; que l’on a connu quand même plus inspiré… En fait, tout se passe comme si le travail avait été surtout réalisé par un ou plusieurs assistants sur les  impros des jeunes comédiens, et sur les indications du maître qui serait venu ensuite pratiquer les finitions… Cela manque singulièrement d’âme et de chair!
Comparaison n’est pas raison mais, on aimerait, en tout cas, voir une vidéo de ce qu’il avait fait, avec le même texte en Pologne, et avec des acteurs polonais chevronnés.
Question de culture? De sensibilité? De formation d’acteurs? Son cher Kantor n’avait pas, lui non plus, bien réussi son coup quand il avait autrefois employé des acteurs français pour Les Cordonniers de Witkiewicz!
Du côté de l’interprétation, rien à dire: c’est un peu inodore et  ces jeunes gens  font  un travail d’ouvriers spécialisés débutants et obéissants; à part David Houri dans une scène enregistrée , Mélodie Richard qui par moments a une belle présence, et Matthieu Semper dans la seconde partie , aucun n’est vraiment crédible dans ces semblants de personnages mais  c’est vrai qu’il leur est difficile de s’imposer avec un texte aussi  pauvre,  et une mise en scène aussi appliquée, dont  les  moments se succèdent sans véritable fil conducteur  ni autre dénominateur commun que ce lieu sordide.
Bref, l’ensemble nous a paru vraiment  long et supérieurement ennuyeux, passée, disons, la première demi-heure et on a la nette impression- toujours désagréable- que Lupa nous débite son travail au mètre. Comment, dans ces conditions, être un instant ému et compatissant, il y faudrait  beaucoup de  naïveté!
L’ennui s’installe très vite et fait fuir le public au cours du spectacle et surtout à l’entracte.   Au fait, pourquoi et surtout à partir de quel moment, s’ennuie-t-on au théâtre? Sans doute quand on sent qu’il n’y a plus d’espoir, que les choses sont définitivement plombées et qu’il vaut mieux alors aller prendre l’air… Surtout quand c’est le troisième spectacle trois heures en quelques jours, ce qui n’est heureusement pas le cas en général du public dont une partie paraissait très contente…
Cette Salle d’attente procure de plus, un peu comme chez Castorf, un certain sentiment de gêne: on montre sur une scène, et comme dans une réserve, une bande de drogués alcoolos, dont un beau jeune homme nu , et quelques belles filles tout aussi nues sur des matelas? Au moins faut-il reconnaître à Chrystian Lupa de pas tendre vers la culpabilisation du public, ce qui aurait été facile…
“Je me suis dit que je me concentrerais plutôt sur la condition des jeunes, sur leur attrait ou leur tendance à la destruction, tout ce qui en fait la conséquence du désir, du besoin de la vie mythique, déclare Kupa. On veut bien! Mais son spectacle aurait quand même été plus crédible s’il avait joué la carte, non de l’esthétisme BCBG mais d’une vérité dure  et  dérangeante. Sinon, à quoi peut bien servir le théâtre, s’il ne dit pas violemment les choses? Artaud aurait-il parlé dans le vide?
Ce que dit Jean Couturier à propos des SDF du métro est juste! En une heure dix,et pas en trois heures  sur le grand  plateau  de la salle/cocon de la Colline , le spectacle, dans un vrai squatt parisien avec des odeurs de crasse et de merde,encombré d’ordures, doté de vieilles chaises déglinguées-mais, dans ce cas, pourrait-on encore parler de spectacle?-aurait  une autre force que cette série d’ images ethnologiques qui, n’ose pas dire son nom et à laquelle on ne peut croire une seconde…
On cherche en vain des raisons (mais on n’en trouve vraiment pas) de vous envoyer voir cette chose pas très digne de Lupa qui ose encore, avec Castorf (décidément c’est très mode!), nous refiler des gadgets aussi usés que ces images de scènes filmées en direct et en gros plan pour faire plus vrai.
Tous aux abris! L’année 2012 dans les institutions est bien mal partie! Enfin, sauf au Théâtre des Abbesses, où Le Berliner Ensemble nous offre un formidable Simplement compliqué de Thomas Bernhard, mise en scène de Claus Peymann avec le grand Gert Voss et dont, bien sûr,  nous vous reparlerons…

Philippe du Vignal


Archive pour 15 janvier, 2012

Salle d’attente

 Salle d’attente inspiré de Catégorie 3.1 de Lars Norén mise en scène de Krystian Lupa.

    Salle d’attente attente_01-300x192Catégorie 3.1 est la traduction française de Personkrets 3.1, nom de code utilisé par la police de Stockholm pour désigner tous les marginaux de la société. Krystian Lupa, metteur en scène polonais, présente une libre adaptation de ce texte avec de jeunes comédiens suisses et français, qui incarnent dans un squatt, des personnages d’alcooliques, prostitués, toxicomanes et psychotiques.
Le lieu de l’action fait référence aux Bas-fonds de Gorki, et Krystian Lupa dit: “ce qui nous fascinait, c’était le phénomène de l’asile, c’est-à-dire l’endroit où sont rejetés des gens qui ont certaines faiblesses qui les handicapent, qui les empêchent de se battre dans la vie, à cause de cela, ils ne sont pas acceptés”. Ce spectacle a nécessité pour les acteurs un long travail de recherche personnelle,  surtout fondé sur des improvisations. On voit se dérouler des tranches de vie qui se croisent. Avec des longueurs, en particulier des scènes répétitives de toxicomanie… Et, comme dans Factory II, une vidéo est projetée sur deux grands écrans qui reprend une scène en train de se jouer ou enregistrée.
On a pu souligner l’expérience unique que ces jeunes comédiens ont vécu avec Krystian Lupa, un peu comme si le maître avait endoctriné ses élèves. Mais c’est le contraire qui s’ est sans doute produit, et le metteur en scène polonais semble avoir été fasciné par leur énergie et leur inventivité. Ce soir là, – regard du maître sur ses acteurs- Lupa les observe, assis dans une galerie de la salle avec son assistante.
Mais la mise en scène n’est pas figée, et il la corrige.de jour en jour. En communion avec eux: il est dans la salle,  sursaute, s’étonne, rit parfois, et accompagne l’action. Nous sentons qu’il a envie d’être sur le plateau. Il est en cela le successeur de son maître Tadeusz Kantor qui ne jouait pas mais qui était, lui, toujours sur scène près de ses acteurs. Le regard de Lupa a la tendresse de l’enfant qu’il revendique d’être encore:” J’ai toujours été plus jeune que je ne l’étais en réalité, dit-il. J’ai mûri très lentement, et l’enfant que je fus, je le porte en moi jusqu’aujourd’hui, avec ses bons et ses mauvais côtés”.
Quand, à la fin,  chacun des dix comédiens rejoint le bord du plateau, s’assied et croise le regard du public, Kristian Lupa,  est alors en fusion avec sa troupe. Ce travail a l’aspect d’une expérience pédagogique avec de jeunes comédiens sans doute trop « bien élevés. » Lorsqu’il reprend le métro, le spectateur, ne fait peut être assez attention à ce qui se déroule autour de lui. Et pourtant, ce sont presque ces mêmes personnages qu’il a vu  sur une scène pendant trois heures et qu’il retrouve sur le qui du métro avec moins d’humanité visible sans doute mais avec une réelle violence, celle de la vie urbaine d’aujourd’hui.

Jean Couturier

Théâtre National la Colline jusqu’au 4 février, et en tournée à : Grenoble, Chateauroux et Perpignan en février.

  Jean Couturier parle d”expérience pédagogique”: les mot sont lâchés mais il raison! La critique est partagée quant à l’intérêt de la chose, et l’une de nos consœurs résume un peu cyniquement les choses: Le Lupa = La cata. En effet, si l’on regarde lucidement les choses- et, armé de patience, nous avons bu la coupe jusqu’à la fin! La deuxième partie n’est guère meilleure que la première, et il s’est écoulé trois heures!
Pas grand chose d’intéressant en effet ; sans doute, la scénographie, bien réalisée, reproduit à l’identique une ancienne usine avec ses poutrelles métalliques, et son sol  de ciment et, à un moment, des toilettes immondes où un garçon et une fille vont se piquouser mais où la crasse, quitte à faire dans le hyperréalisme, aurait pu être moins grossièrement reproduite- . A part cela, le texte de Noren n’est sûrement pas l’un de ses meilleurs et qu’essaye-t-il de nous dire?  Rien que l’on ne sache déjà sur les marginaux d’une ville occidentale, et comme le spectacle dure quatre heures, c’est d’un ennui accablant, parfois souligné par le ronflement aussi fort que comique d’un spectateur qui s’est endormi à un spectacle qui ronronne sans beaucoup de rythme.
On va encore nous dire: vous n’avez rien compris, comme ceux qui ont déserté, aux géniales intuitions de M. Lupa; que l’on a connu quand même plus inspiré… En fait, tout se passe comme si le travail avait été surtout réalisé par un ou plusieurs assistants sur les  impros des jeunes comédiens, et sur les indications du maître qui serait venu ensuite pratiquer les finitions… Cela manque singulièrement d’âme et de chair!
Comparaison n’est pas raison mais, on aimerait, en tout cas, voir une vidéo de ce qu’il avait fait, avec le même texte en Pologne, et avec des acteurs polonais chevronnés.
Question de culture? De sensibilité? De formation d’acteurs? Son cher Kantor n’avait pas, lui non plus, bien réussi son coup quand il avait autrefois employé des acteurs français pour Les Cordonniers de Witkiewicz!
Du côté de l’interprétation, rien à dire: c’est un peu inodore et  ces jeunes gens  font  un travail d’ouvriers spécialisés débutants et obéissants; à part David Houri dans une scène enregistrée , Mélodie Richard qui par moments a une belle présence, et Matthieu Semper dans la seconde partie , aucun n’est vraiment crédible dans ces semblants de personnages mais  c’est vrai qu’il leur est difficile de s’imposer avec un texte aussi  pauvre,  et une mise en scène aussi appliquée, dont  les  moments se succèdent sans véritable fil conducteur  ni autre dénominateur commun que ce lieu sordide.
Bref, l’ensemble nous a paru vraiment  long et supérieurement ennuyeux, passée, disons, la première demi-heure et on a la nette impression- toujours désagréable- que Lupa nous débite son travail au mètre. Comment, dans ces conditions, être un instant ému et compatissant, il y faudrait  beaucoup de  naïveté!
L’ennui s’installe très vite et fait fuir le public au cours du spectacle et surtout à l’entracte.   Au fait, pourquoi et surtout à partir de quel moment, s’ennuie-t-on au théâtre? Sans doute quand on sent qu’il n’y a plus d’espoir, que les choses sont définitivement plombées et qu’il vaut mieux alors aller prendre l’air… Surtout quand c’est le troisième spectacle trois heures en quelques jours, ce qui n’est heureusement pas le cas en général du public dont une partie paraissait très contente…
Cette Salle d’attente procure de plus, un peu comme chez Castorf, un certain sentiment de gêne: on montre sur une scène, et comme dans une réserve, une bande de drogués alcoolos, dont un beau jeune homme nu , et quelques belles filles tout aussi nues sur des matelas? Au moins faut-il reconnaître à Chrystian Lupa de pas tendre vers la culpabilisation du public, ce qui aurait été facile…
“Je me suis dit que je me concentrerais plutôt sur la condition des jeunes, sur leur attrait ou leur tendance à la destruction, tout ce qui en fait la conséquence du désir, du besoin de la vie mythique, déclare Kupa. On veut bien! Mais son spectacle aurait quand même été plus crédible s’il avait joué la carte, non de l’esthétisme BCBG mais d’une vérité dure  et  dérangeante. Sinon, à quoi peut bien servir le théâtre, s’il ne dit pas violemment les choses? Artaud aurait-il parlé dans le vide?
Ce que dit Jean Couturier à propos des SDF du métro est juste! En une heure dix,et pas en trois heures  sur le grand  plateau  de la salle/cocon de la Colline , le spectacle, dans un vrai squatt parisien avec des odeurs de crasse et de merde,encombré d’ordures, doté de vieilles chaises déglinguées-mais, dans ce cas, pourrait-on encore parler de spectacle?-aurait  une autre force que cette série d’ images ethnologiques qui, n’ose pas dire son nom et à laquelle on ne peut croire une seconde…
On cherche en vain des raisons (mais on n’en trouve vraiment pas) de vous envoyer voir cette chose pas très digne de Lupa qui ose encore, avec Castorf (décidément c’est très mode!), nous refiler des gadgets aussi usés que ces images de scènes filmées en direct et en gros plan pour faire plus vrai.
Tous aux abris! L’année 2012 dans les institutions est bien mal partie! Enfin, sauf au Théâtre des Abbesses, où Le Berliner Ensemble nous offre un formidable Simplement compliqué de Thomas Bernhard, mise en scène de Claus Peymann avec le grand Gert Voss et dont, bien sûr,  nous vous reparlerons…

Philippe du Vignal

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