Il est trop tôt pour prendre des décisions définitives

Il est trop tôt pour prendre des décisions définitives  création d’Adrien Béal, Fanny Descazeaux, Arthur Igual et Anne Muller.

L’Atelier du Plateau, lieu chaleureux et minuscule niché au flanc des Buttes Chaumont, avait été créé voilà 12 ans par Gilles Zaeppfel et Paule Kingleur, sa compagne du Théâtre Écarlate. Ensemble, ils avaient créé une douzaine de spectacles étonnants qui avaient rayonné dans le monde entier. Après le décès de Gilles en 2005, c’est Mathieu Malgrange, l’un des derniers auteurs monté par Zaeppfel qui a repris la direction de ce lieu vivant qui programme des spectacles singuliers et pertinents, surtout axés  autour de la musique.
Étrangement, ce spectacle signé par quatre artistes, est un solo ! Arthur Igual entre en scène son téléphone portable rivé à l’oreille; il cherche à joindre quelqu’un pour mettre fin à sa ligne. Bien entendu, on doit lui passer une autre personne  et  on le met en attente sur la musique de La Symphonie héroïque. Furieux, il parvient tout de même à joindre une Mona, qu’il invite à le rejoindre par avion jusque chez lui pour déchirer le contrat de sa ligne… Il divague sur la mythologie, la punition des fils à cause des fautes de leurs pères.
De quoi héritons-nous, c’est la question que nous devons nous poser.

Edith Rappoport

Atelier du Plateau, jusqu’au 28 janvier, du jeudi au samedi, T: 01 42 41 23 22


www.atelierduplateau.org


Archive pour 26 janvier, 2012

Britannicus

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Britannicus de Jean raine, mise en scène de Françoise Delrue.

LeThéâtre de la Bardane joue à Lille et dans le Nord-Pas-de-Calais;Françoise Delrue est, elle,  une familière d’auteurs contemporains  germanophones comme Tankred Dorst, Daniel Call, Rainald Goetz, Ulrich Hub, Brecht…
Mais  elle  vient de créer  aussi  Britannicus.

L’empereur Néron qui, grâce à sa mère Agrippine, a succédé à Claudius, en ravissant la place de Britannicus,l’héritier légitime et il  vient d’enlever Junie, l’amante de celui-ci.
Agrippine, désavouée par le désir affiché de ce fils incontrôlable, va intriguer cette fois pour le contrecarrer. Néron voudrait épouser Junie malgré elle et, en position de voyeur, le tyran orchestre une rencontre entre la jeune fille et son amant Britannicus afin de le duper Mais l’amour est  le plus fort, et Néron s’emploie à éliminer  son rival. Agrippine a bien tenté de détourner son  fils de sa vengeance , comme l’a fait aussi Brutus, son  bon conseiller. À l’opposé, Narcisse, le félon serviteur de deux maîtres, œuvre pour que le sang soit versé.

 Sur un plateau incliné, des tapis persans, un escalier de bois et au, centre, un fauteuil  club  élimé, siège de tous les pouvoirs fantasmés que les personnages occuperont successivement, de manière brutale ou  lascive.
Au loin, des images vidéo : un groupe de soldats  en costumes dix-septième  siècle ; plus près, une souris de laboratoire en train de dévorer un manuscrit de Britannicus.Petit animal qui rappelle l’être humain, en situation de cobaye. Comment se fabrique un monstre sous l’attraction des feux du pouvoir ? Oubli de soi, des siens, de ses origines pour  arriver à prendre un pouvoir individuel et abusif sur tous les autres hommes.

  Quelques bribes de musique techno  suivies d’un instant de silence pour signifier le passage d’un acte à l’autre. Les acteurs surgissent sur le plateau, depuis la travée arrière, à la fois observateurs et acteurs : ils montent en chœur sur la scène glorieuse, îlot intime et public, foulant le sol d’un pas sonore et militaire. Le poids des corps et leur présence charnelle soutiennent  la diction des alexandrins, en même temps qu’ils scandent les déplacements.
  La parole n’est rien sans le soutien physique de l’être qui s’exprime. La direction d’acteurs met en relief cette implication corporelle à l’intérieur des stratégies politiques, comme dans la pratique  de l’alexandrin. Agrippine (Muriel Colvez), a une présence scénique somptueuse, et  forme un duo avec Albine, sa jeune confidente (Séverine Ragaigne ) à la gestuelle féline, dans une sorte de chorégraphie. Junie (Marie Lecomte) joue à merveille la détermination ; elle préfère le retrait du monde, le refuge chez les Vestales, plutôt que d’avoir à supporter celui qu’elle hait. Britannicus (Renaud Triffault) joue les jeunes gens d’aujourd’hui, « spontanés » et « naturels » et se laisse porter par les événements.
Quant à Néron (Baptiste Sornin), il est d’emblée le méchant, sans ambiguïté. Damien Olivier est un Burrhus nuancé. Narcisse, subtilement joué  par Joseph Drouet , il diffuse la brutalité virile et l’équivoque d’un noir personnage. Virtuosité des corps et des vers pour mettre à nu la tyrannie d’hier et d’aujourd’hui…

Véronique Hotte

Spectacle vu à l’Hippodrome de Douai;  le 17 février 2012 au Vivat d’Armentières. Et du 21 au 23 février 2012 au Théâtre d’Arras.

Tout le monde veut vivre

Tout le monde veut vivre d’Hanokh Levin, mise en scène d’Amélie Porteu de la Morandière et Vincent-Menjou-Cortès.

 Tout le monde veut vivre  f-066-4e940c598032aHanokh Levin (1943-1999) est sans doute l’auteur israëlien le plus connu de son pays ;  il a écrit quelque cinquante pièces et sketches de théâtre dont une partie est régulièrement montée en France depuis une dizaine d’années. Ce sont, en général, des comédie satiriques où Levin met en scène la vie d’un quartier et brocarde les mœurs politiques  d’Israël. Avec une certaine cruauté mais aussi avec  une indéniable poésie.
Tout le monde  veut vivre est une  pièce où Levin parle de vie et de mort par le biais d’une fable aux personnages excentriques. Le comte Pozna est un tyran  qui reçoit un lundi la visite de l’Ange de la mort qui vient lui signifier que son heure est bien arrivée. Légère erreur sur l’orthographe de son nom! Et Pozna essaye de se défiler  mais l’ange est intraitable:  » Ils veulent tous vivre et tous ont un bon prétexte! »
Et Pozna réussit à obtenir un sursis de trois jours, donc jusqu’au vendredi; d’ici là, il doit absolument trouver un homme ou une femme qui accepte de prendre sa place. Et le très riche Pozna essaye alors en vain de trouver cet indispensable remplaçant… Mais cette quête, quels que soient ses arguments sonores et trébuchants, ne donne pas grand chose: de misérables SDF tiennent à leur  peau, Baba son serviteur africain lui dit qu’il ferait n’importe quoi pour lui mais pas au point de lui rendre ce service, et ses vieux parents refusent sans aucun état d’âme d’aider ce fils ingrat qui ne les pas vus depuis deux ans.  » Mon enfant, j’ai honte, lui  dit sa mère mais devant la mort, je ne suis qu’un bébé ». Mais Pozna réplique avec  cynisme: « Les vieux, çà sent comme un bébé sans en avoir le charme! »

Amélie Porteu de la Morandière,  que l’on avait vu comme comédienne dans L’Opérette imaginaire somptueusement  réalisée par Marie Ballet et Jean Bellorini,  s’est lancée avec Vincent Menjou-Cortès dans  cette satire pas si facile que cela à  mettre en scène.
Il y faut en effet de solides comédiens, un sens du rythme et une direction d’acteurs exemplaire.. Et ici, malgré de bons mais courts moments, le compte n’y est pas. Aucun des  acteurs, copains  du Conservatoire  et d’autres cours ou écoles, n’est convaincant,  surtout Vincent-Morjou Cortès qui a une bonne diction- ce qui est la moindre des choses quand on sort du Cons! Mal dirigé? En tout cas, il  n’est pas crédible dans le personnage de Pozna.

   Bref, l’ensemble du spectacle fait souvent penser à un travail de fin d’école:  sympathique au début mais où rien n’est vraiment maîtrisé: interprétation trop approximative, nombreux noirs cassant le rythme d’une pièce qui s’essouffle après une heure, pénibles allers et retours dans la salle et on nous ressert, pour faire mode? un coup de vidéo (Castorf et Lupa encore frappé! Voir Le Théâtre du Blog). Comme  le petit écran est installé dans un angle de l’avant-scène,  on voit mal les quelques scènes vite filmées  dans une cuisine! Quant à la scéno de Michaël Horchman , elle  n’est pas digne de l’élève des Arts Déco qu’il est encore, et  mieux vaut oublier les costumes de Hiroko Myajima aux couleurs assez dures et sans grande intelligence scénique.
   La salle de l’ex-théâtre du Tambour royal a été refaite, toute en noir, avec des fauteuils confortables, et a une bonne acoustique; on entend donc bien le texte de Levin-qui n’est pas son meilleur: il appuie quand même  un peu trop sur la métaphore- mais  qui est d’un cynisme savoureux aux meilleurs moments… Mais cela ne fait quand même pas une soirée.
Alors y aller ou pas?  Si c’est votre jour de grande générosité, à la rigueur.
Mais éprouve-t-on, en sortant, le besoin de revoir ce spectacle? Non, ma mère…Ce qui n’est jamais bon signe.

Philippe du Vignal

Théâtre de Belleville 94 rue du Faubourg du Temple jusqu’au 12 février . t: 01-48-06-72-34

Le texte comme de nombreux autres d’Hannokh Levin est publié aux Editions Théâtrales.

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