Médée

Médée, texte de Pascal Quignard, musique d’Alain Mahé et danse bûto de  Carlotta Ikeda.

  Pascal Quignard, est le récitant de son propre texte, Alain Mahé joue sa musique et Carlota Ikéda danse. Chacun a son langage, sa partition, et la mène très loin.  Le texte de Pascal Quignard appartient à sa meilleure veine, celle de l’ « essai lyrique ». Il analyse méthodiquement le nom de Médée, avec tout ce qu’il porte de médecine et de méditation, et aussi cette part terriblement obscure du masculin terrifié par le féminin, ces otages terribles que sont les enfants aux mains des femmes, ces « médeas » que sont les couilles coupées en un sacrifice ultime. Ensuite, il déroule et tisse le fil de la légende, jusqu’aux implications – les plis – présentes dans la pensée, dans la vie d’aujourd’hui. Un texte d’une rigoureuse beauté. Dialogue avec lui,  la musique d’Alain Mahé, qui accompagne la venue de la lumière. Musique à la fois raréfiée, comme l’air à huit mille mètres, on suppose, et très matérielle ; on sent, on entend les souffles et les chocs du bois. Naissent des images du Japon.
Le cercle de lueurs s’ouvre, change, et dessine sur les planches trois tombes de lumière. La danseuse est là. Elle danse ? Elle vit de tout son corps empaqueté de vêtements, puis libéré par une sorte d’exaltation, elle se plie et se déplie en un mouvement ininterrompu, jamais fixé même quand il semble s’arrêter, portant dans toute sa respiration la mémoire du texte que l’on vient d’entendre. Et aussi celle de ses années dansées avec un corps plus jeune, différent, mais qui habite encore celui que nous voyons.
Trois personnes, dans un même espace : quelque chose se construit plus en dialectique qu’en dialogue, dans le calme de l’affirmation forte de chacune. Elles sont d’autant plus ensemble qu’elles ne vont pas l’un vers l’autre, dans le temps court de la représentation. Elles vont vers nous, et l’édifice se construit. C’est très beau.

Christine Friedel

Théâtre Paris-Villette – 01 40 03 72 23 – jusqu’au 19 février

 

http://www.dailymotion.com/video/xgo9aj

Archive pour 17 février, 2012

Apprivoiser la panthère

 Apprivoiser la panthère  texte de Jalie Barcilon, écriture collective de La Poursuite/Makizart, mise en scène de Hala Ghosn.

Apprivoiser la panthère apprivoiser-la-panthere

 Plateau nu avec rideaux et  pendrillons noirs. Les cinq comédiens alignés face public écoutent la metteuse en scène faire une annonce au public pour dire que le spectacle est librement inspiré de l’essai d’Amin Maalouf, Les Identités meurtrières,  dont elle lit un court extrait.  Hala Ghosn avertit aussi le public que, suite à l’abandon brutal du spectacle par une des comédiennes, sa camarade la remplacera et  jouera deux personnages que l’on pourra reconnaître grâce à un costume différent. Le gros mensonge, marche à fond,  et le public applaudit. 
  Aussitôt, des militaires en treillis kaki, tee-shirts blancs et rangers noirs portent de cercueils figurés par de longs coffres gris; il y a ensuite une scène où  Kirsten, une jeune actrice allemande arrive dans un hôtel international et raconte ses origines, notamment un grand-père national socialiste, une autre où, dans un avion ,deux jeunes gens   sont à un cheveu de se battre : question d’identité et de nationalisme exaspéré  dans un espace quelque part dans le ciel qui appartient à tous… Lucas, comédien franco-breton fait dans le théâtre et l’humanitaire et rencontre Rida, grande actrice qui a quitté son pays après la mort de son fiancé qui a été assassiné. Petites scènes précises et justes qui, mine de rien,  ne font pas dans la leçon moralisatrice mais qui offrent façon comedia del’arte de belles pistes de réflexion.
   Aucun décor:  seulement quelques  praticables multifonctions et projections destinés à situer les choses dans le temps et dans l’espace: les silhouettes blanches de deux jeunes  femmes, les vitres d’un hall d’aéroport avec un bruit diffus de moteurs d’avion:  une scénographie vidéo de Jérôme Faure  et un univers sonore de  Frédéric Picart d’une rare intelligence. Les cinq jeunes comédiens: Hélène Lina Bosch, Jérémy Colas, Céline Garnavault, Darko Japelj, Jean-François Sirerol, très à l’aise sur le plateau, ont une gestuelle et une diction impeccables: du genre aussi discret qu’efficace. Comme cette hôtesse de l’air en travesti, plus vraie que nature.. Ils ont été visiblement été bien formés, si on a compris, à l’Académie de Limoges…
  Tout va pour le mieux – y compris une caricature réjouissante de François Mitterrand-jusqu’au moment, où  il y a des scènes de théâtre dans le théâtre, quand l’assistante souffle le texte depuis la coulisse,  ou quand la metteuse en scène  assise dans la salle s’engueule avec les comédiens… Impossible de croire une seconde à ces répliques et à cette dramaturgie d’une rare indigence, sans doute construite à partir d’impros et mille fois vues… Comme si c’était une recette imparable!
Leurs enseignants auraient quand même dû signaler à ces jeunes comédiens en formation que ce théâtre dans le théâtre ne date pas d’hier (16 ème siècle! Voir entre autres:  Rotrou, Shakespeare, Molière, Marivaux, Goldoni, Pirandello, Brecht, etc…),  et que c’est devenu un poncif exaspérant du spectacle contemporain. Cela leur aurait évité de faire basculer, leur spectacle-qui se termine mais qui ne finit pas-dans une certaine confusion et dans l’auto-satisfaction.

   Dommage! Mais, bon, pas grave si les petits cochons ne la mangent pas, cette équipe, qui possède une unité et un savoir-faire assez étonnant, devrait refaire parler d’elle… 

Philippe du Vignal

Théâtre Romain Rolland de Villejuif  jusqu’au 17 février. Puis à l’Atrium de Dax le 16 mars et à L’Espace Marcel Pagnol à Fos-sur-mer le 20 avril.

En attendant Tartuffe

En attendant Tartuffe, texte de Molière, mise en scène de Joséphine Déchenaud.

         En attendant Tartuffe tartuffe-011Joséphine Déchenaud donne un coup de fouet à ce bijou de dialectique qu’est Le Tartuffe . Redonner du piquant  à ce  classique  ne va pas de soi  et  il faut savoir s’y prendre avec tact:  la pièce est astucieuse dans sa radicalité. Ne pas en rajouter, laisser les mots dire ce qu’ils signifient, c’est reconnaître la langue efficace de Molière.
La religion, ses apparences et ses hypocrisies, ses abus et ses faux éclats, rien n’est plus contemporain à notre vieille Europe. C’est un sujet de choix pour les controverses de nos temps présents, et, quand bien même il ne s’agirait plus de la stricte  croyance, ces images sur le mensonge et la vérité, les faux-semblants et l’authenticité qui déferlent en une heure et demi sur le public, mettent à mal toutes les idées reçues.
Et, dans la mise en scène de Joséphine Déchenaud, les signes élémentaires font foi : une table  comme seul accessoire, celle où Orgon découvre que Tartuffe le trompe. Le rouge  de la nappe rappelle celui de  la ceinture d’Elmire, la couleur du feu de la passion et du désir ; sinon, le noir s’impose: austérité et réserve, restriction des douceurs et des plaisirs en ce bas monde.
L’intérieur du Picolo en plein marché des Puces à Saint-Ouen, correspond exactement à la situation: un escalier de bois en spirale vers le premier étage où est censé prier Tartuffe, une porte à claire-voie non loin de l’office, un lieu où se cacher pour les enfants d’Orgon et la malicieuse Dorine. Tout est en place pour ce drame mi-figue mi-raisin.
Saluons l’intensité et la puissance intérieures de chacun des comédiens. Yvan Gauzy (Madame Pernelle) est raide et figé à souhait, tel un insecte noir. La grande et brune Hélène Bouchaud (Elmire) est un exemple d’élégance , digne et honnête épouse, comme il se doit. Quant à Orgon, Patrick Mons en fait un remarquable chef de famille, sûr de lui mais fragilisé par ses aveuglements. Le manteau bleu marine et la barbe légère font de lui un représentant de nos fonctionnaires  bien assis. Seul, le regard de ses yeux clairs révèle peut-être la confusion de sa perception de la réalité et des êtres.
Denis Mathieu (Cléante) symbolise l’honnête homme, accordant à chacun ses qualités et ses droits dans la reconnaissance du bonheur. Céline Vacher (Marianne) est sincère dans ses sentiments profonds ; Benjamin Abitan (Valère)  possède un élan juvénile. Quant à Damis, (Rémi Saintot), il est fougueux comme son père. Enfin, Joséphine Déchenaud joue une Dorine qui prend plaisir à manipuler le monde autour d’elle, au seul service de ses jeunes maîtres.  Bertrand Saint (Tartuffe), représente la mauvaise foi, véritable suppôt de Satan.
Le spectateur ne  se lasse pas de voir les fourbes punis et les outrecuidants déboulonnés. Un vrai plaisir.

Véronique Hotte

Théâtre du Picolo, 58 rue Jules Vallès à Saint-Ouen.Les jeudis et vendredis à 20h30 jusqu’au 24 février 2012. Réservations : 01 40 11 22 87

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