S’envoler… Conte boréal

S’envoler… Conte boréal, texte de Jean-Christophe Bailly et Gilberte Tsaï, mise en scène de Gilberte Tsaï.S'envoler... Conte boréal Sans_titre-2-14-cc055-300x209

  Le spectacle est adapté du célèbre conte qui a bercé les enfants suédois, Le Merveilleux voyage de Nils Hölgersson, de Selma Lagerlöf. C’est l’histoire de Nils, un jeune et turbulent fils de fermier, qui persécute les animaux de la ferme. Un jour, pour le punir, un tomte (sorte de lutin) le transforme en un être minuscule et capable de communiquer avec les animaux.
Le garçon est désormais à la merci de
ses anciennes victimes, quand voilà,  que tout à coup, Martin, jars de son état, décide de s’envoler à la poursuite d’une bande d’oies sauvages qui passaient dans le ciel. Nils s’accroche à son cou pour le retenir mais se retrouve entraîné avec lui dans les airs. C’est le début d’une longue épopée à travers la Suède, pour rejoindre la terre de Laponie où les oies s’installent  pour fonder une famille.
La mise en scène de Gilberte Tsaï recrée sur scène cet univers féérique. Le spectateur retrouve les réflexes de ses jeux d’enfant, quand il lui fallait inventer des histoires à partir d’un presque rien, quand un bout de bâton suggérait toute une aventure, et qu’il suffisait d’y croire un peu pour qu’un monde apparaisse. On joue à croire…
Une silhouette d’oiseau au bout d’une baguette devant un paysage de forêt, un peu de musique, et c’est la fabuleuse danse des grues. Des caquètements, des silhouettes de poules fragmentées sur de petits écrans, et c’est l’attaque du poulailler. On tremble devant l’attaque d’un chat géant, simplement suggéré par une énorme paire d’yeux et quelques miaulements stridents.
Les technologies de son et de projection  se mêlent savamment à  celles plus traditionnelles  de la marionnette pour servir de support à l’imaginaire, sans que ce soit au détriment des acteurs ou de la perception. Nils se retrouve ainsi projeté en taille miniature dans un livre de carton blanc, regarde une ville-maquette traverser la scène comme un regret de sa vie d’humain, tandis que les acteurs-oies battent des ailes au milieu des nuages, la terre défilant au dessous d’eux.
Les comédiens, parfaitement à l’aise dans cet univers scénique, participent de la magie de l’histoire. Ils parviennent à rendre attachants ces animaux mi-hommes, mi-marionnettes , alors même qu’ils ne peuvent pas jouer de l’expression du visage. Ils nous font partager, le temps du périple à travers le pays, une certaine perception du monde propre aux animaux, une relation spontanée à la nature, avec ses beautés inédites, mais aussi ses dangers. Et la pire menace, c’est l’homme. C’est d’ailleurs le seul reproche qu’on pourrait faire au spectacle:  une part didactique et écologique dénonçant un peu trop l’exploitation de la nature par l’homme.
Malgré tout, le spectacle reste un ravissement pour les enfants qui découvriront ainsi un très beau conte suédois. Sa durée (1h) et ses horaires le rendent accessible à ce jeune public pourtant encore peu présent. Le théâtre y rappelle à tous comme l’imaginaire peut faire naître le jeu d’un rien.
C’est une invitation à retrouver le plaisir des jeux simples, peut-être un peu trop oubliés à l’heure du virtuel.

Elise Blanc

Nouveau Théâtre de Montreuil jusqu’au 17 Février.


Archive pour février, 2012

pour le meilleur et pour le pire

Pour le meilleur et pour le pire, conception et interprétation de Victor Cathala et Kati Pikkarainen, musique d’Helmut Nünning, mise en scène de Michel Cerda.

Une petite voiture rouge entre en piste, on entend des aboiements, ô surprise , ce sont deux chiens qui sont au volant. Du capot,  émergent un grand colosse et une frêle petite blonde qui vont nous entraîner dans un spectacle plein d’humour et délicieusement acrobatique.
La voiture est un accessoire magique, Victor démonte la porte, lance Kati sur le toit, la porte à bout de bras, la remet dans la voiture, dont il sort le siège, et ils font un numéro d’antipodistes. Il se met au volant et recule, et elle reste accrochée furieuse à la rambarde qui surplombe la porte d’entrée.
On n’en finirait pas d’énumérer les drôles de gags de ce couple Fellinien qui font preuve d’une adresse acrobatique étincelante avec humour . La voiture est une sorte de boîte à malices qui ne cesse d’entrer et de sortir, et qui sert del oge pour les changements d’où émergent des accessoires comme l’immense arbre à moteur porté par Victor où Kati ira faire de vertigineux équilibres, en haut du chapiteau.
Et les chiens qui clôturent le spectacle avec un drôle de numéro, ravissent le public familial qui remplit ce joli chapiteau.

Edith Rappoport

Jusqu’au 18 février, Tél 01 41 87 20 84, www.theatrefirmingemier-lapiscine.fr
Espace cirque d’Anthony.

Contes Nocturnes

Contes Nocturnes de Ernst Theoder Armadeus Hoffmann en langue hongroise mise en scène de Vladyslav Troitskyi

  Contes Nocturnes  barka03Le metteur en scène est déjà un personnage à lui tout seul, à la fois directeur, producteur et directeur artistique du Gogolfest en Ukraine, un très important festival à la croisée de la musique, de la danse, de la vidéo et du théâtre.
Ce festival d’avant-garde centré sur la création contemporaine, réunit depuis 2007,  en septembre à Kiev, 150.000 spectateurs et de nombreux artistes de toute provenance dont bien sûr, la Pologne, la Russie, la Hongrie et l’Ukraine. Il a réalisé avec des comédiens hongrois du théâtre Barka une très libre adaptation de ce qui semble être Les Contes d’Hoffmann.
Certains spectateurs comprenant la langue hongroise ont eu du mal à suivre le récit. Il est vrai que le travail du metteur en scène avec les acteurs est essentiellement fondé sur l’improvisation. Et chaque soir, une trame différente peut survenir selon la volonté des artistes.
Les comédiens hongrois incarnent avec  justesse les personnages du conte comme le prince, la princesse ou une fée, mais ce sont surtout les images produites par dix acteurs, deux musiciens, un pianiste et un violoniste.qui marquent le spectateur.  Le metteur en scène a imaginé une scénographie qui rappelle une chambre d’enfant pénétrée de rêves et de cauchemars. Cheval de bois à bascule, bébé en celluloïd, lit métallique sur roulettes,  bougeoirs, côtoient un cercueil, une table et une brouette en bois ! Espace  limité à cour par un piano et, à jardin, par une serre en verre qui peuvent symboliser la mémoire tchékovienne du passé.
Il y  a par instants de belles images oniriques renforcées par de beaux moments musicaux qui peuvent séduire un public. Quand, par exemple, un des personnages féminins devient une fragile et impressionnante marionnette. Le spectacle présente un défaut majeur pour tout spectateur  qui possède  quelques références théâtrales: le rythme, les objets  scéniques et les personnages font beaucoup  trop penser à ceux du mythique théâtre de Tadeusz Kantor.
Trotskiy est invité à présenter une de ses créations, l’hiver prochain au Théâtre de la Ville: il peut nous surprendre et nous attendons donc avec impatience sa venue à Paris.

Jean Couturier

www.barka.hu

www.gogolfest.org.ua

Adieu, Laurence Louppe…

Laurence Louppe, dernières traces

 Adieu, Laurence Louppe... LP

  Le monde de la danse vient de perdre l’une de ses figures les plus singulières. Depuis le début des années 80, Laurence Louppe, décédée le 5 février d’une grave démence frontale, l’avait investi à sa manière inimitable.
Ecrivaine et chercheuse, critique, elle avait fini, il y a  quelques années ,  par entrer dans la danse au sens le plus concret du terme, quand elle participa aux performances du chorégraphe Alain Buffard, notamment Dispositifs 3.1 et à Dé-marche (2002).

Tous ceux qui l’ont vue se souviennent de ce personnage blond, hérissé et aigu qui élevait l’auto-parodie au rang de l’un des beaux-arts. Comme si le décalage était le legs d’une génération, celle à laquelle elle a appartenu et qu’elle a si bien illustrée.

Agrégée de lettres modernes à 23 ans, universitaire érudite, elle avait enseigné aux Etats-Unis , puis aux lycées de Montélimar à celui d’ Epernay, avant d’être assistante à l’université de Lille; elle s’intéressait autant à l’histoire des femmes qu’à l’esthétique et à la danse, qu’elle a défendue durablement à
Art Press, comme responsable de rubrique à partir des années 80, ainsi qu’à Libé et à Pour la danse, et dont elle a été une collaboratrice régulière.
Férue de danse
post-modern américaine, en particulier de Trisha Brown pour laquelle elle avait une ferveur particulière, elle aura  accompagné toute la génération de la « nouvelle danse « française, de Jean-Claude Gallotta, sur lequel elle a été l’une des premières à écrire , à Dominique Bagouet surtout , à Daniel Larrieu, Odile Duboc, ou plus tard les chercheurs du quatuor Knust,  et beaucoup d’autres…Dont Cunningham et Pina Bausch.
Brillante conférencière, elle a dirigé de nombreux stages avec  Dominique Dupuy, et  a enseigné notamment  à l’université du Québec, et  à  PARTS, l’école d’Anne -Teresa de Keersmaeker,  enfin dans le cadre de l’école qu’elle avait elle-même créée, le CEFEDEM-Sud d’Aubagne.
Commissaire de la mémorable exposition Danses tracées, à la Vieille-Charité de Marseille en 1991, elle avait élaboré, sur la base de manuscrits et de croquis de chorégraphes, l’un de ces très savants catalogues dont elle avait le secret.
Poétique de la danse et Poétique de la danse, suite  sont deux livres  qui,  par  leur qualité d’écriture et leur  exigence esthétique,  restent les plus précieux sur les trente dernières années de la danse d’aujourd’hui.
Laurence Louppe avait été nommée Chevalier des Arts et Lettres en 2009. Elle était l’épouse de Philippe du Vignal. Elle repose désormais en paix au petit cimetière du Prat, commune de Cassaniouze (Cantal), comme elle l’avait  toujours souhaité.

Chantal Aubry

Principales publications de Laurence Louppe :

  • Jean-Claude Gallotta, groupe Émile Dubois, en collaboration avec Jean-Louis Schefer et Claude-Henri Buffard, éditions Dis Voir, 1988 
  • Danses tracées : dessins et notation des chorégraphes, catalogue d’exposition, Musées de Marseille, Paris, Dis Voir, 1991.
  • Âge du corps, maturité de la danse : actes de la table ronde, 13 avril 1996, Le Cratère-Théâtre Alès, Alès, 1997
  • Poétique de la danse contemporaine, coll. « La pensée du Mouvement », éditions Contredanse, Bruxelles, 1997
  • L’Histoire de la danse. Repères dans le cadre du diplôme d’État, 2000.
  • Poétique de la danse contemporaine, la suite, éditions Contredanse, Bruxelles, 2007

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Cher Philippe,

Je t’adresse les condoléances de la Compagnie, les miennes et ma grande tristesse pour la disparition de Laurence.

Tu sais combien elle a compté pour nous, comme elle nous a aidés aussi, combien elle a éclairé la route des danseurs, des chorégraphes, des créateurs, finement, intelligemment, légitimement, avec sa compréhension de l’intérieur, ne se fiant jamais aux apparences, mais allant chercher derrière la forme, le sens de l’oeuvre, sa mise en contexte, confiante en ce qui était donné et dans ce qui était unique, original, précieux pour cette trace laissée par chacun dans la chorégraphie, l’écriture.

Pour nous, baroqueux, qui n’étions pas forcément considérés comme faisant partie de la création contemporaine, elle n’a jamais fait sentir quoi que ce soit d’autre que compréhension, engagement à notre égard pour défendre  ce qui était nouveau, dans l’expérimentation, en devenir, nous donnant espoir quant à la création et notre droit de cité. Pour moi, cela a été essentiel dans une forme d’art pas facile à apprécier, d’avoir ce soutien de fond, cette générosité, cette analyse sans préjugés.

Je lui dois beaucoup, et je ne suis pas la seule, je le sais : intellectuellement elle a beaucoup apporté au monde de la danse et pour faire connaître ce monde. Sa présence rafraichissait ce monde de la danse, si peu monde, mais plutôt unités, partagées souvent entre le sérieux, trop sérieux des uns, et l’isolement des autres, l’extrême variété des expériences qui isolent chacun. Son humour et sa réflexion étaient rassurants, dans les difficultés rencontrées par les chorégraphes, les compagnies, les interprètes. 

Nous pensons à toi qui as vécu toute cette suite et cette fin très dure à supporter. J’espère que tu pourras surtout repenser à toutes ces belles années où elle a été un rayon de vive intelligence et un foyer de résistance à l’ambiance parfois morose, difficile dans laquelle sont plongés les artistes (pas toujours! heureusement! il y avait aussi les joyeux évènements de ceux qui pouvaient monter leurs oeuvres et qui rencontraient l’approbation des publics et des instances officielles ). Laurence a grandement participé à l’histoire de la danse contemporaine par ses écrits, ses analyses, ses articles dans Libé, ses écrits théoriques, si peu théoriques ou si grandement théoriques parce que vivants.

Qu’elle soit ici solennellement saluée et remerciée, elle qui a été aimée par tous ceux qu’elle a côtoyés.Nous ne l’oublierons pas et nous t’accompagnons dans la tristesse.

Avec toutes nos amitiés et notre affection.

Christine Bayle directrice de la Compagnie L’Eclat des Muses

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Costumes de scènes

A travers les collections du Centre National du Costume de Scène de Claude Fauque.

  En 1930, Nathalia Gontcharova, créatrice de costumes et décors pour les ballets Russes de Serge Diaghilew écrit à propos du costume théâtral : « Le costume et le décor créent tous deux l’aspect matériel et l’atmosphère psychologique de la scène, avant même que se produise le geste de l’artiste ou que se fasse entendre sa voix. Le costume théâtral habille le corps de l’artiste. Il lui permet de créer par le geste, la forme visible du personnage, de son caractère et de son esprit ». Le mot « costume théâtral » apparaît à la deuxième moitié du XVIII ème siècle, il comprend le costume lui même avec ses accessoires, chapeaux, gants, masque, bijoux et chaussures. Le costume de scène est le seul et dernier témoin de  la  vie de l’œuvrCostumes de scènes costumee éphémère  sur le plateau.
Après la disparition des grands costumiers  comme la Maison Boyer  en 1994, seules trois grandes institutions en France ont conservé et entretenu leurs costumes. La Bibliothèque Nationale crée en 1976 un département Arts du spectacle,  héritage du fond d’un collectionneur M. Rondel qui avait réuni 800 000 pièces  concernant les Arts du spectacle dont des textes, des photos, des dessins, des maquettes de décors et des costumes.
L’Opéra de Paris créé en 1669 ,a , depuis Napoléon III, un fond de costumes de scène. A partir de 1994 une vraie politique de ses 100 000 costumes  a été instaurée, ceux-ci sont triés, identifiés et conservé et le surplus est mis en vente.
La Comédie Française conserve depuis sa création en 1680 un riche patrimoine de costumes. En 2006 le Centre National de Costumes de Scène (CNCS) est inauguré à Moulins, sous la direction de Martine Kahane et la présidence de Christian Lacroix, qui ont collaboré à ce livre avec Claude Fauque, consultant en musicologie et spécialiste de l’histoire du textile. Ce centre est situé dans les 7000 m2 d’une ancienne caserne classée monument historique, et a pour mission de conserver et donner une nouvelle vie à ce patrimoine de costumes de scène, à travers des expositions permanentes ou temporaires. Le centre regroupe 9000 costumes allant de la deuxième moitié du XIX siècle jusqu’à l’an 2000.
Hormis certaines collections privées, l’essentiel des costumes provient des trois grandes institutions. La Comédie-Française a fourni 671 costumes, la Comédie Française 1438 pièces et l’Opéra de Paris 5000 costumes. Ce livre réparti  non en chapitres mais en Actes et scènes
est consacré à l’histoire du CNCS, à son fonctionnement et à sa collection de    chefs-d’œuvre, avec une riche iconographie, (500 costumes).
Au fil des pages les costumes des grands créateurs s’offre au lecteur, les anciens : Bakts, Wakhevitch, Malclès, Bérard côtoient les plus récents,  de Jean-Paul Gautier à Christian Lacroix. Les petits métiers du textile nécessaire à ces tenues sont aussi présentés. Le CNCS est une belle réalisation qui,  comme le dit, Frédéric Mitterrand est « la revanche de l’éphémère ». Son seul problème est sa localisation et son accès: 
la moitié de ses visiteurs vient de Moulins et de sa région, et il y a une  faible fréquentation des étrangers.
D’où l’intérêt de ce livre très riche qui met à la portée de tous ce patrimoine unique…

Jean Couturier


Editions l’Harmattan, 232 pages, 39 Euros

Musée et Institut d’Histoire du Théâtre Hongrois

Musée et Institut d’Histoire du Théâtre Hongrois archives-danse-200x300Musée et Institut d’Histoire du Théâtre Hongrois

Cet institut situé dans un hôtel particulier du XIX siècle, sur la colline de Buda de Budapest est composé de trois types de collections. Une collection qui regroupe les archives du théâtre Hongrois, une collection à propos du théâtre de marionnette et une collection d’archives sur la danse. Depuis 1949, il est possible de consulter tout les documents sur les artistes hongrois dans ces trois domaines, ainsi que des documents concernant les artistes étrangers accueillis dans ce pays. L’institut regroupe dans ses collections les manuscrits, les correspondances, les affiches, les programmes, de très nombreuses photos (en particulier pour la danse), ainsi que des éléments de décors et des costumes.
C’est un lieu de mémoire de recherche et de diffusion de l’histoire du spectacle vivant, qui s’ouvre au grand public, grâce à des expositions permanentes et temporaires, organisées dans une annexe de l’institut. De nombreux metteurs en scène viennent consulter ces archives. Chaque année sont publié par l’institut, les bases de données de tout ce qui a été produit et diffusé en Hongrie.
Ce type de structure financée par l’état existe également dans les autres pays de l’Est voisins. Cet un très bel outil de travail pour comprendre l’évolution de la scène contemporaine. Le pouvoir politique n’ en a pas encore modifié le fonctionnement ! En France,  de telles archives sont dispersées dans différents lieux:  le département d’Art du spectacle de la Bibliothèque Nationale de France, le fond de la Comédie -Française et  celui de l’Opéra de Paris et dans chaque théâtre qui possède ses propres archives.
Seuls les costumes de scène ont été réunis au Centre National du Costume de Scène de Moulins. Quand on connaît les difficultés pour consulter les archives de la bibliothèque Nationale de France dans ce domaine, il ne faut pas s’étonner que les Arts du spectacle restent dans notre pays une affaire de spécialistes…

Jean Couturier

 www.oszmi.hu

L’Institut français de Budapest

L’Institut français de Budapest: Francia Intézet. 

 

    L'Institut français de Budapest IMG_5773-300x168Un palais de verre crée par Georges Maurios longe les bords du Danube: c’est l’Institut français de Budapest. Il a été ouvert en 1992 au 17 Fó utca et se tenait auparavant à Pest depuis 1947. C’est un institut français important dans le réseau du ministère des affaires étrangères, dont l’écho est majeur dans une ville culturelle dynamique et influente. Honoré du « Prix 2001 de la ville de Budapest », la qualité de son partenariat avec les structures culturelles locales est essentielle dans la capitale hongroise ainsi qu’avec d’autres villes proches comme Prague, Belgrade et Bucarest. La rencontre avec l’attaché culturel et directeur-adjoint, Julien Cousy a été l’occasion de nous présenter les activités de cet institut. Deux pôles coexistent, celui de l’enseignement du français, des milliers de cours sont donné chaque année à des expatriés ainsi qu’à des fonctionnaires hongrois. Le français représente la troisième langue de la ville derrière l’anglais et l’allemand. Cinq alliances françaises sont présentes en Hongrie et trente professeurs de français enseignent à Budapest.                     

Celui du pôle culturel est très actif, l’Institut n’est pas programmateur à la différence de certains autres instituts. Il ne défend pas une esthétique par rapport à une autre. C’est un médiateur très actif entre les artistes français et les structures culturelles de Budapest. Josef Nadj, par sa proximité d’esprit, fait régulièrement partie des programmations. Julien Cousy explique le cadre dans lequel les relations franco-hongroises se créent. Toutes sortes de manifestations et d’activités sont ainsi développées comme le partenariat privilégié avec le Trafó, maison des arts contemporains. Ce théâtre a une programmation riche semblable à celle d’un petit théâtre de la Ville, puisqu’il a proposé au public hongrois, Jérôme Bel pour la danse contemporaine, Jérôme Thomas pour le nouveau cirque, Aurélien Bory, Jean-Baptiste Thierrée et Philippe Quesne ainsi que des concerts de musiques du monde. L’institut entretient également des liens étroits avec le Festival de Printemps de Budapest dont le programme est plus touristique et plus promotionnel. Les liens avec le Théâtre National sont solides et la direction de celui-ci n’a pas bougé, ce qui n’est pas le cas de cinquante pour cent des théâtres qui ont vu leurs directions changées en un an … alors que certains directeurs n’avaient pas terminé leurs mandats. Le changement politique récent représente une réelle menace pour la culture et les échanges culturels de ce pays, les futures programmations de ces théâtres risquent d’en subir les conséquences. 

                                  

Nathalie Markovics.

www.franciaintezet.hu


Pierre ou les ambiguïtés

 Pierre ou les ambiguïtés, d’après le roman Pierre ou les ambiguïtés et L’Escroc à la confiance d’Herman Melville, mise en scène Olivier Coulon-Jablonka.

Pierre ou les ambiguïtés atheatre2_3220Pierre mène avec sa mère veuve – (qu’il appelle « ma sœur » !) une douce vie de gentleman campagnard, aux côtés d’une non moins douce fiancée. Un jour, ce jour-là, le jour décisif de la tragédie, il rencontre la flamboyante et pauvre Isabelle qui lui fait une révélation terrible : elle est sa sœur. Autrement dit, son père, leur père, l’irréprochable, a fauté. Pierre prend la seule décision possible : épouser sa sœur (Isabelle) pour qu’elle porte le nom de son père sans que celui-ci soit déshonoré. Et quitter sa vie privilégiée pour fonder une communauté d’artistes et d’intellectuels voués au vrai. La fiancée initiale se joint à cette famille recomposée, tout le monde souffre de la misère et le « héros » meurt, seul, ignoré et incompris.
On imagine ce qu’Ibsen aurait fait de cette histoire, de cet empilement d’incestes symboliques – donc réels -, et de cette quête de liberté et de vérité. Mais telle quelle, elle ne convainc pas. Le metteur en scène et le collectif Moukden ont voulu mettre trop de choses dans cette cuisine. D’un côté, une invention théâtrale scrupuleuse fait qu’on a droit, de façon assez plaisante, à des morceaux de récits, entrecoupés de petite scènes, de « songs » brechtiens, d’intermèdes tout simplement hilarants et d’interpellations du public, et de l’autre, le désir de bourrer tout cela de sens et de mêler escroquerie à l’ambiguïté nous perd.
« Hamlet était le drame de l’inaction. Pierre ou les ambiguïtés (1852) est celui d’un trop grand vouloir », dit le metteur en scène, qui veut y voir la réponse au précédent spectacle de la compagnie, Chez les Nôtres.
Sans doute. Oui. Mais… Le squelette de cette épopée individuelle ne tient pas, elle a le souffle court. L’appel au monde d’aujourd’hui ne s’entend pas. Le « nom du père » a perdu sa force, semble-t-il, et le moteur de ce Pierre a perdu de sa puissance.
Le jeu « non théâtral » des comédiens fonctionne parfois très bien, avec le charme d’une conversation familière. Parfois non : on a envie de mieux entendre, de n’être pas si souvent abandonnés aux « temps morts » qui sont réserve de vie, certes, mais… Les inventions scéniques ne manquent ni d’originalité ni de charme, mais ces trois heures et demi d se font trop lourdement sentir..

 Christine Friedel

Théâtre de l’Echangeur

Du 6 au 25 février 2012 à l’Echangeur à Bagnolet.

 (du lundi au samedi à 20h30 | le dimanche à 17h00 | relâche les mardis & mercredis
• 29 février, 1er mars 2012 à 19h15 et 2 mars 2012 | 20h30 | Théâtre La Vignette – Université Paul Valéry – Montpellier.
• 27 mars 2012 à 20h30 et 28, 29 mars 2012 | 19h00 | Nouveau Théâtre – CDN de Besançon et de Franche-Comté.

La petite dans la forêt profonde

La petite dans la forêt profonde de Philippe Minyana, mis en scène de Jacques David.

 Variations intimes est une sorte de  » corps fragment » , dit Jacques David avec deux auteurs:  Lars Norén  (Le 22 novembre, pièce joué en novembre dernier) et Philippe Myniana avec deux courtes pièces  présentées au Théâtre de l’Etoile du Nord, soit trois variations autour de l’individu. Le petite dans la forêt profonde est fondée sur une revisitation, comme on dit, du fameux mythe de Procné et Philiomèle  que l’on trouve notamment dans le Livre VI des Métamorphoses d’Ovide) . Donc Procné, fille du roi Pandion a épousé Thérée, le roi de Thrace, et ils ont eu un fils Itys. Procné  veut voir sa jeune sœur Philomèle , et demande à son mari d’aller la chercher à Athènes. Mais Térée, ébloui par la beauté de sa toute jeune belle-sœur, veut absolument la posséder, et pendant le voyage, il la viole, puis lui coupe la langue  pour l’empêcher de parler. Il la laisse et dit à sa femme qu’elle est morte pendant le voyage mais Philomèle a brodé le récit de son viol sur une toile qu’ une servante va porter à Procné qui saura ainsi la vérité.
 Elle décide de se venger de son mari. et imagine que le mieux est de l’atteindre au plus profond de lui-même  et elle tue calmement  Itys. Puis les deux femmes en serviront les morceaux de son corps, cuits à la broche à Térée  et lui détaillent la composition de son menu; accablé et furieux de s’être berné, Térée veut poursuivre les deux femmes . Mais les dieux,effrayés par tant de cruauté familiale, décideront alors, dans leur grande sagesse, de métamorphoser Térée en huppe,  Procné en rossignol, Philomèle en hirondelle et Itys en chardonneret… Tous oiseaux inoffensifs, au contraire des humains!
 Jacques David a imaginé une mise en scène où le public est disposé non dans la salle mais sur la scène même. Derrière le décor d’Anne-Marie la pièce qui est jouée juste avant,  il y a une trentaine de chaises avec des tables, un peu comme dans un cabaret. Des petites veilleuses un peu partout et quelques chandeliers; la scéno fait un peu bricolage mais il faut faire avec. Accueil avec musique de clavecin et verre (en plastique:  berk! ) de sangria gentiment offert. Il y a 23 spectateurs dont  quatre hommes, les dieux savent pourquoi, même si le public actuel est, on le sait,  plutôt majoritairement féminin, et pas de la première jeunesse…
  Dans un angle, un homme en complet noir, assis dans un fauteuil va nous raconter cette histoire horrible telle que l’a revue Philippe Myniana.Les détails  sont précis et les mots souvent crus:   C’est un crime que de respecter un époux comme le mien. (…) » Mon geste doit être exemplaire, je t’ai donné la vie, je vais te la reprendre, dit Procné; « Non, maman » répond le petit Itys.  Mélo,  et pas crédible cette histoire de viol et de crime passionnel tel que la raconte Myniana? Pas du tout, il suffit de lire les pages de faits divers!
  Le travail de Michel Quidu est exemplaire et on sent que le comédien éprouve un véritable plaisir à ciseler les phrases de Myniana comme un conteur, sans jamais en rajouter dans l’émotion,  très palpable aux meilleurs moments.  Et ces 55 minutes passent très vite ; du coup, on reste  peut-être un peu sur sa faim, surtout par ces temps de grand froid; il faut donc mieux aller voir aussi la pièce précédente la même soirée.
 Ce que nous n’avons pas pu faire- mais on vous fera le compte-rendu d’ici peu- à cause de changement d’horaires le samedi : maladie récurrente de presque tous les théâtres parisiens… Alors vérifiez bien,  et les sites électroniques les indiquent assez mal. C’est cela  la modernité…

Philippe du Vignal

Théâtre de l’Etoile du Nord 16 rue Georgette Agutte 75018 jusqu’au 3 mars.

Le Prix Mychkine

  Le Prix Mychkine au Théâtre de l’Odéon.

 Lundi dernier, a eu lieu la remise des prix Mychkine, nouveau prix culturel que ses fondateurs: Joszef Bugovics  (Liepzig), René Gude (Amsterdam), Regina Haslinger (Vienne) Maren Sell (Paris), Peter Sloterdijk et Peter Weibel (Karlsruhe) ont imaginé pour récompenser, dans le domaine de la création, des réalisations dont les auteurs se sont distingués par leurs contributions exemplaires à l’instauration d’un climat de générosité. Et, pour cette première édition, ce comité fondateur a mis en valeur « l’humanisme de la fonction d’avocat », avec lequel les individus s’engagent comme défenseurs de tierces personnes dépourvues, pour diverses raisons, des possibilités de se battre en faveur de leurs propres intérêts ». D’abord, le  psychiatre italien bien connu,   Gaetano Benedetti (82 ans) dont Elizabeth Roudinesco  a rappelé les combats qu’il a menés toute sa vie pour mieux appréhender et donc mieux traiter les maladies schizophréniques, notamment avec cette idée phare: à savoir que la schizophrénie ne devait pas être abordée comme une simple maladie mais comme quelque chose émanant du dedans de la personne; Martin Balluch, 48 ans,  philosophe et militant  autrichien  passionné du droit des animaux,  et enfin Stefan Hessel, 97 ans,  ancien diplomate et français, ancien résistant et auteur du fameux petit livre Indignez-vous.
  Il faut souligner que, si  ce prix est symbolique pour Benedetti et Hessel, il est doté de  45.000 euros pour le  » travail en cours  » de Balluch , uniquement financé par des mécénats privés. C’est Laure Adler qui faisait office de maîtresse dé cérémonie; Peter Sloterdijk, sans doute le philosophe allemand le plus connu en France-avec des livres comme Critique de la raison cynique, publié en 83 et traduit en 32 langues, ou l’excellent La folie de Dieu (2008), où il dénonce les excès du judaïsme, du christianisme et de l’islam- a ouvert le bal  en s’en prenant à la cupidité contemporaine et  en soulignant l’indispensable recours à plus de solidarité. Ce qu’ il a  fait en mettant en valeur le travail de ces trois personnalités.
  Daniel Cohn-Bendit, qui – au début du moins semblait une peu tendu (il n’était pas dépaysé puisqu’en 68, c’est sur cette même scène de l’Odéon qu’il avait, avec Sauvageot et Geismar mit le feu aux poudres de la contestation!).  Brillant, espiègle, intelligent comme d’habitude, il a rappelé quel était l’incroyable  parcours de Stéphane Hessel,  et ses luttes en faveur des sans-abri et des exclus, et enfin auteur de ce petit livre qui devait le faire connaître il y a trois ans un peu partout dans le monde. On aurait pu nous épargner un  film pas bien fameux et assez prétentieux de Sacha Goldman sur la vie de Hessel et sur son amour de Paris mais  pas grave…On se dit que l’on voudrait bien avoir encore si jamais on arrive à son âge, les convictions et la force d’âme de Stéphane Hessel,surtout après toutes les épreuves qu’il a subies…
  Hessel est venu chercher son prix, grand monsieur  souriant du haut de ses 97 ans, tout heureux de recevoir la petite statuette de son prix,  capable de bien dire avec beaucoup de sensibilité Sous le pont Mirabeau d’ Apollinaire et les six strophes du fameux Balcon de Baudelaire. Incroyable Hessel qui a un trou- on peut lui pardonner!-  et revenant à la fin de la cérémonie pour finir de dire le poème…
   Il y avait aussi Angelica Winkler, la belle actrice et  chanteuse allemande  (La Lulu de Bob Wilson) nous a offert avec beaucoup de simplicité et d’émotion à la fois des mélodies de Schumann, Barbara… Réjouissante la formidable présence de Hessel, impressionnant le témoignage de Balluch qui a bénéficié  de 104 jours d’un séjour en taule grâce aux bons soins de son pays, parce que ses idées de défense des animaux  ne plaisaient pas du tout à de riches et très influents groupes industriels mais  qui a finalement été acquitté! Réjouissantes aussi les paroles généreuses de Dany et délicieuse la voix d’Angelica Winkler.
  Indignez-vous? Oui, il n’y a que des hommes dans le comité fondateur  et pas une femme  parmi  leurs  trois heureux élus; il y avait bien sur scène une  maîtresse de cérémonie, une  chanteuse et comédienne de son état  et une écrivaine chargée d’ encenser Benedetti absent pour raison  de fatigue. Cherchez l’erreur…  à rectifier d’urgence! Pour le reste? Autant en emporte le vent glacé…

Philippe du Vignal

Théâtre de l’Odéon lundi 30 janvier

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