Le Sous-marin

Le Sous-marin, expérience de groupe poétique.

   Le voyageur immobile , titre d’un spectacle de Philippe Genty pourrait  être un juste condensé de ce qui s’est déroulé à la Gaité Lyrique pendant 48 heures… Soixante-deux volontaires y  ont été enfermés  privés de tout moyen de communication avec l’extérieur et de toute mesure du temps.
Cette expérience collective a été imaginée par Michel Reilhac, directeur du cinéma de fiction à Arte, inventeur de manifestations artistiques dans le noir, ancien administrateur du Théâtre National de Chaillot et ancien directeur du forum de images…
Présent avec le groupe  de volontaires pour ce « temps suspendu » il était secondé  par Charlotte Poupon, spécialiste du confinement,  Bruno Masi,  journaliste,  et  Laurence Giraud,  chorégraphe. Il y avait aussi un médecin de garde et, un régisseur pour le contact avec l’extérieur en cas d’urgence.
Il faut souligner la remarquable coopération de la Gaité-Lyrique à cette expérience presque inédite. En 1971, un groupe d’artistes s’était déjà enfermé dans un hangar à Nanterre dans des conditions semblables mais  l’initiative s’était très mal terminée à cause de l’usage  de toxiques en tout genre.
Point de toxique ici:  tabac et alcool étaient interdits, seul le paquetage remis aux volontaires contenait une petite fiole d’alcool avec un  nécessaire de toilette et un carnet de bord. Les soixante-sept personnes en tout, disposaient de deux toilettes et trois lavabos. Pour éviter de marquer le temps par les repas, des sachets de nourritures lyophilisés étaient disponible à tout moment. La vraie différence avec un sous-marin était l’espace, assez vaste puisque le groupe disposait de la grande salle du théâtre en permanence éclairée et de deux annexes dont une plus réservée au sommeil que de nombreuses femmes ont très vite colonisés.
Ces 48 heures de vie étaient entrecoupées d’ateliers de danse ou d’hypnose, de projections de films et d’un repas dans le noir en plein milieu de l’après midi ! Et les participants devaient remplir aussi des questionnaires conçus par le journaliste. Paradoxalement , en l’absence de repère temporel, le rythme veille/sommeil a été respecté, favorisé par l’heure  du début de  l’expérience vers 23 heures, induisant assez vite le sommeil chez la plupart des participants.
La sensation de faim, a,  elle aussi,  orienté la vie des « sous-mariniers ». En fait, peu de personnes ont vécu dans un temps réellement décalé. Le groupe était très sage, du fait sans doute d’une certaine homogénéité socioculturelle: pas de conflit, peu d’anxiété liée à l’enfermement. Quatre participants seulement sont partis, dont trois à cause d’un manque estimé d’activités artistiques, et un du fait d’une  impression d’’isolement. Parmi ces « sous-mariniers  » étaient composés , nombreux couples et quelques groupes de gens qui se connaissaient, ce qui semblait paradoxal pour une expérience qui était prévue comme individuelle.
L’ennui fut le premier grief exprimé, que certains compensaient  par une hypersomnie. Michel Reilhac a constaté que « notre expérience du temps était liée à l’expérience des autres, ce qui révèle la force du collectif » . Et chaque vécu individuel a été conditionné par le comportement collectif :« notre relation au temps, dit-il,  n’est pas si différente de notre relation à l’autre ». Une des belles images parmi d’autres à retenir de cette aventure: Michel Reilhac a  fait une proposition d’abandon,  et le groupe a alors formé une haie d’honneur et a porté d’un bout de la salle à l’autre chacun des participants.
Comme le dit  Puck à la fin du Songe d’une nuit d’été :« Sur ce,  bonsoir à vous tous. Donnez-moi tous vos mains, si nous sommes amis et Robin prouvera sa reconnaissance ». Quelques minutes après, il était 18 heures, ce dimanche soir ensoleillé et le sous-marin s’est alors réouvert au monde…

Jean Couturier

Théâtre de la Gaieté-Lyrique

http://www.gaite-lyrique.net/

http://www.franceculture.fr/emission-l-atelier-interieur-numero-31-le-sous-marin-2012-03-26


Archive pour mars, 2012

CONTRÔLE D’IDENTITÉ

Contrôle d’identité d’Alexandra Badea
Alexandra Badea, auteur, metteur en scène roumaine installée en France depuis une dizaine d’années, avait déjà présenté ce spectacle terrifiant en septembre 2009 (voir Le Théâtre du blog), sur l’ancien site du Tarmac.
Maintenant installée dans les anciens locaux du TEP,  Valérie Baran directrice du Tarmac, a repris ce spectacle pour une courte série. Enfermé dans un cachot lumineux, un homme encore jeune a fui son pays, Traqué, persécuté, il se réfugie dans des amours impossibles, refuse l’aide qu’on lui propose.
Le point culminant du spectacle reste la Déclaration des droits de l’homme lue à grands éclats de rire par ceux qui la piétinent allègrement. “À vingt ans, on est tous des héros, à vingt ans on est tous des zéros”…”Tu es parti comme un traître(…) j’ai besoin de tes tripes pas de ton cerveau”…
Aux côtés de Madalina Constantin, Carine Piazzi et Corentin Koskas, Razvan Oprea,  du Théâtre National de Bucarest,  incarne un détenu révolté et pitoyable devant la froideur des circulaires qu’on doit lui appliquer.

Edith Rappoport

Tarmac, jusqu’au 31 mars à 20 h, Tél 01 43 64 80 80

CONTRÔLE D’IDENTITÉ 4d297b9decd184557308ce4031d6ac9a-300x168

TRAVAIL QUE VAILLE

Travail que vaille : le corps au travail, spectacles, table ronde, exposition

Ils ne mourraient pas tous mais tous étaient frappés   par le collectif 18/3 d’après le récit de Marie Pezé (éd Pearson)
Cinq comédiens danseurs nous content l’épuisement, le harcèlement, les membres coupés, la terreur imposée dans une grande entreprise, où seule compte désormais la finance. Les danseurs allongent leurs bras en pleine lumière, on procède à une psychanalyse de la standardiste qui a l’interdiction d’utiliser des phrases personnelles, elle n’a pas vu venir l’épuisement.
Au bout d’un moment, l’ensemble du personnel est écrasé par une immense grille de fer qui s’abat sur les danseurs, plus d’issue possible, même pour le supérieur hiérarchique qui n’en peut plus du harcèlement auquel il est contraint. La solitude et la peur au travail dansées par cette jeune équipe nous bouleversent.

Une Société de service conception et mise en scène de Françoise Bloch, par leZoo théâtre Bruxelles

Le cauchemar des ventes forcées par téléphone. Il faut faire du chiffre, vendre à tout prix en escroquant les interlocuteurs qu’on a pris au piège par téléphone, surtout changer son prénom si on a des consonances arabes. Il y a des mots tabous, on est en proie à un super-flicage. On doit chanter l’hymne à Bagacom, cette société de services. Nous sommes les meilleurs ! Dans cet univers sans pitié où l’on fait régner la terreur du licenciement, avec une ronde des fauteuils, aucune solidarité n’est permise la motivation a complètement disparu ! On en sort désespéré.

La Borne Principe actif, mémoire d’images de Stéphane Syras et Benoît Nguyen
Nous nous sommes inscrits à l’accueil pour ce rendez-vous interactif. Nous pénétrons dans un espace gradiné où on nous remet des écouteurs où l’on nous conte des histoires désespérantes. Puis on nous demande de nous livrer à un test à l’ordinateur. Nous devons cliquer pour répondre à des questions pour trouver un emploi. J’ai été affectée à un travail d’éplucheuse ! Nous nous regroupons ensuite autour d’un ordinateur où l’on voit Denis Podalydès, licencié de la Comédie-Française suite à sa privatisation, lui aussi soumis à un questionnaire impitoyable pour retrouver un emploi. On l’affecte à un travail de dénigrateur, il doit persifler sur la mauvaise qualité de la viande, dans une boucherie, pour éliminer la concurrence ! On peut se livrer à des tests sur internet sur www.la-borne.org.
Abattoir
mise en scène d’Anne Théron et Claire Servant, scénario de Manuela Fresil
Créé en 2008 à Poitiers, Abattoir n’avait connu qu’une dizaine de représentations, notamment au Forum du Blanc-Mesnil. Un ouvrier des abattoirs qui aimait son travail dans la viande, est soumis à une accélération quotidienne de la chaîne. Le rythme impitoyable lui brise le corps, et il sombre dans la maladie. Après de multiples arrêts de travail, la direction refuse de le changer de poste. Le licenciement est inéluctable. Les trois comédiens nous tiennent en haleine dans ce monde effrayant.
compagnieproductionsmerlin.fr

Edith Rappoport

Ferme du Buisson de Marne-la-Vallée 24 mars

http://www.dailymotion.com/video/xpcn9j

Chroniques de la vie palestinienne

Chroniques de la vie palestinienne par le Théâtre National Palestinien : Hussam Abu Eisah, Alaa Abu Garbieh, Kamel el Basha,  Mahmoud Awad, Yasmin Hamaar, Shaden Salim, Daoud Toutah,  et Adel Hakim, directeur du Théâtre des Quartiers d’Ivry.

Chroniques de la vie palestinienne studio-e8a07ea04f36fdec8ebb1187f9e1bbb7Autour d’Antigone, spectacle majeur présenté au Théâtre des Quartiers d’Ivry par le Théâtre National Palestinien et mis en scène par Adel Hakim,   dont Philippe du Vignal a rendu compte (voir Le Théâtre du Blog du 8 mars), plusieurs lectures et spectacles construisent des ponts entre   mythologie et scènes de vie ordinaires, de dérision en désespoir.
Ces Chroniques de la vie palestinienne présentées le 24 mars et qui seront reprises au cours d’une tournée en France, aux mois d’avril et mai, ont été écrites par trois des acteurs : Hussam Abu Eisah, Créon de l’Antigone, Kamel el Basha, Messager et Choeur et Ibrahim Jaber Ibrahim. Mais c’est la troupe entière qui nous les restitue.Elles nous mènent de dialogues endiablés et complices entre un conteur, Hussam Abu Eisah et Adel Hakim, son double, ou son gardien, apostropheur et contradicteur, provocateur, traducteur en l’occurrence, conteur aussi, dans une  joute verbale jusqu’à celui qui aura le dernier mot.
Chacun des acteurs est, à son tour, protagoniste d’une des séquences, toutes sur-titrées, en  français entre le royaume des morts et les territoires des vivants, semant le trouble car les morts habitent les vivants et les vivants ne le sont pas forcément pour longtemps. Le dialogue entre deux sœur  dans  leur tombe (nous ne sommes pas loin d’Antigone !) est un pur joyau.. C’est, dans une chorégraphie de mots portés avec légèreté, le cataclysme et la survie, dans les 22% d’une terre natale confisquée, où l’ironie du quotidien l’emporte. Viatique obtenu pour aller  en France, passeport et passage de frontière, mis en perspective avec les check-point et  fouille au corps, un  « psychomélodrame « qui nous glace,  en même temps qu’il fait rire…
C’est un hymne à la vie, à l’amour, à la création, aux rêves, dans une liberté de ton , où le ludique le dispute au tragique et l’absurde à la raison. Ces Chroniques palestiniennes,  mises en espace par Adel Hakim et Kamel El Basha, ont force de témoignage, comme les photos de Nabil Boutros, qui accueillent le spectateur, dans le hall du théâtre.
Ce reportage réalisé en juin 2011 à Jérusalem et dans les territoires palestiniens , au cours des répétitions et de la tournée d’Antigone, mêle des scènes de la vie quotidienne, des croisements d’écritures, de bannières, de croyances, mais aussi des moments de répétitions et de représentations.
Les oreilles ont des murs,
dit le photographe qui nous plante face aux réalités avec une grande image du mur  hérissé de barbelés: « De quel côté du mur se trouve la prison ? De quel côté, la propriété ? » et  il relève : « Jérusalem, aujourd’hui, est un condensé de ces questions. Il serait plus juste de dire crispation, c’est un drame quotidien  avec mille et une histoires difficiles à vivre et à entendre ».
Leur mise en images comme leur mise en espace, nous lient à l’Histoire, et, au-delà du désarroi, montrent la puissance de l’art et le rôle des artistes dans un pays en guerre. Diversité, simplicité, force de vie, ruse et énergie rythment ce moment de partage qui se conclut sur un débat avec  Jean-Claude Lefort, président de l’Association France -Palestine Solidarité.

Brigitte Rémer
La photo ci-dessus est de Nabil Boutros

Cahiers Jean Vilar n° 112

Cahiers Jean Vilar n° 112

Cahiers Jean Vilar n° 112 dans actualites cahier-Jean-Vilar-208x300Le dernier numéro de ces Cahiers vient de paraître. On observera qu’il porte, coïncidence, les chiffres 12.  Vilar aurait eu cent ans le 25 mars. Jacques Téphany,  qui en signe l’éditorial, dit justement qu’il  serait le premier à se moquer de la manie française de la commémoration , surtout le concernant! « Mais le ridicule ne tue pas, écrit-il ; il peut même, si on ne se laisse pas piéger par l’émotion nostalgique, présenter l’avantage de de réexamens, de reconsidérations du passé ».
Vilar a disparu,  il y a déjà quarante ans mais  on fait encore constamment référence au comédien et metteur en scène, au  directeur de théâtre national et à celui du Festival d’Avignon. Et dans  sa maison de Chaillot, même s’il n’y plus personne qui l’ait connu, son souvenir est resté permanent. Nous y avons encore connu son chef-accessoiriste et un merveilleux ouvrier électricien qui lui avait fabriqué un projecteur à lamelles qui permettait de passer de la lumière la plus intense à l’obscurité complète. Chaillot  à l’époque, c’était encore le système de la débrouillardise et, malgré les conflits- c’est une chose que les Cahiers n’évoque pas-une remarquable unité dans le travail…

Cette édition des  Cahiers commence par un très bon récit de Jacques Téphany sur la vie de Jean Vilar enfant puis adolescent à Sète dans ce magasin de layettes, trousseaux, corsetterie tenu par ses parents, petits commerçants pas bien riches. Mais Etienne Vilar avait su donner à son fils l’amour des classiques et du violon, violon qu’il emportera avec lui quand il quittera Sète pour tenter sa chance à Paris.  Elève puis assistant de Dullin, il crée alors  sa compagnie La Roulotte puis deviendra comédien chez Jouvet.
Ce que montre bien Téphany, c’est cette curiosité insatiable de Jean Vilar et cette incroyable audace de celui qui n’a rien, donc rien non plus à perdre qui ne fait pas du tout partie des élites parisiennes, quand il créera en 47, avec la complicité du docteur Pons, maire d’Avignon,  cette semaine d’art, à la fois modeste et ambitieuse… avec la suite que l’on connaît!
Et, trois ans plus tard,  en 51, sa nomination par  Jeanne Laurent à la tête du T.N.P. le fera accéder, lui le petit Sétois, à un poste à hauts risques: salle démesurée, directeur responsable sur ses biens propres! Et victime désignées des teigneux  de toute sorte, (les attaques sordides du sénateur Debu-Bridel entre autres). Et enfin Vilar, même après le succès incontestable du Festival d’Avignon, était devenu la cible des manifestants en 68 avec des slogans du type Salazar/ Jean Vilar, et comme en écho-il avait mis trois ans pour accéder à la direction du T.N.P.- sans doute exténué, il  ne  se remettra  pas vraiment de cette remise en cause et mourra dans son sommeil à Sète, trois ans aussi après, en 71….

   Il a aussi dans ce numéro une correspondance inédite avec sa future épouse Andrée Schlegel; on y découvre un autre Vilar, celui des débuts à Paris, vraiment très  pauvre mais copain avec Maurice Blanchot, René Char, etc.. s’essayant à être auteur de théâtre et  directeur de sa petite compagnie de La Roulotte, surveillant  de près les recettes, comme Savary, son successeur à Chaillot cinquante ans plus tard, vérifiait d’un clic  les réservations… C’est rappeler que le théâtre, sans une saine gestion, ne peut pas perdurer très longtemps.
Vilar parle aussi de ses démêlés avec  Camus quand il voulait monter son Caligula, et de son premier vrai succès La danse de mort de Strindberg; il parle aussi de sa rencontre avec Matisse et de ses doutes, de ses angoisses quand il est arrivé dans la capitale:  » Je suis complètement déséquilibré; je ne m’adapte pas à Paris… »

 La suite de cette correspondance tout à fait passionnante paraîtra dans le prochain numéro (113) des Cahiers Jean Vilar.

Philippe du Vignal

Cahiers Jean Vilar,  rédacteur en chef:  Rodolphe Fouano
Maison Jean Vilar : 8, rue de Mons – 84000 AVIGNON
Tél : 04 90 86 59 64
Exposition à Sète Dans Les pas de Jean Vilar au 13 rue Gambetta. T: 04-67-74-73-88

contact@maisonjeanvilar.org

Tête de mort

Tête de mort,   conception et mise en scène de Jean-Pierre Larroche et Frédéric Révérend. 

Tête de mort tetedemort049Jean-Pierre Larroche nous a séduits depuis longtemps avec ses dessins ironiques et magiques, toujours surprenants, et  ses machineries  insolites. Parfois compagnon d’autres metteurs en scène, comme Thierry Roisin pour son remarquable Montaigne en 2008, ou Jean-Yves Lazennec pour Les Généreux d’Abel Kader Alloula en 1995, il a monté avec  ses Ateliers du spectacle qui comptent une trentaine de complices, Achille immobile à grands pas, Le décapité récalcitrant, Le rébus malheureux et La tragique histoire du nécromancien Hiéronimo.
Tête de mort donne dans l’humour noir. Jean-Pierre Larroche assis sur une chaise d’arbitre, peint des têtes de mort sur un  rouleau de papier vertical avec un grand pinceau, une, deux, trois, dix têtes, puis de sont des dizaines qui apparaissent déja peintes.
En haut d’un grand castelet de toikes aux teintes brunes brun ,
apparaissent  de  petits fantômes munis de faux qui s’affrontent, se font tomber,  dans des catastrophes toujours comiques.
Dans la deuxième partie, la chaise d’arbitre est vide, les petites morts précipitent dans la salle un amoncellement d’objets de rebut dont des magmas de fils électriques, de vieux  joeuts… On rit, on est ému par ces fantaisies poétiques inattendues difficiles à décrire mais qui nous tiennent en haleine.

Edith Rappoport

Théâtre de la Bastille, jusqu’au 6 avril à 19 h 30, dimanche à 15 h, tél 01 43 57 42 14
www.ateliersduspectacle.org

Passo

Passo, chorégraphie d’Ambra Senatore.

 

Légère comme une bulle de savon, Ambre Senatore est seule, silencieuse dans la lumière ovale d’une poursuite. Au fur et à mesure, des mouvements animent son corps, jusqu’à prendre des poses semblables à celles des danseurs de Merce Cunningham.Puis son corps retrouve son axe et elle commence des variations sur le pas et la démarche. La danseuse chorégraphe nous entraine dans un univers semblable à des jeux d’enfants, du solo au duo puis du trio au quatuor pour aboutir à un quintette dansé.
C’est une partition ludique où trois danseuses et deux danseurs échangent leurs rôles comme par magie. Des gags visuels ponctuent ces fragments, parfois faussement mal réalisés, avec des musiques populaires italiennes par intermittence. Plusieurs interactions avec le public le font sourire.Le spectacle a quelque chose d’un bel objet chorégraphique décalé, fait d’humour et de légèreté. Redevenu un art du jeu, cette danse n’a pas de « message » à faire passer sinon le plaisir d’être sur scène, un plaisir partagé avec le public, ce soir-là.
Par le passé Ambra Senatore s’était fait connaitre par des solos, mais danser avec d’autres lui va bien. La légèreté, ce n’est pas être léger, c’est savoir que l’on peut l’être.

Jean Couturier

Théâtre des Abbesses jusqu’au 24 mars puis au théâtre Monfort du 26 au 28 mars.

vidéo de la création: mars 2011

http://www.dailymotion.com/video/xhra6f

Please kill me

Please kill me  adaptation du recueil de Legs Mc Neil et Gillian Mc Cain et mise en scène de Mathieu Bauer, collaboration artistique et adaptation musicale de Sylvain Cartigny.


Mathieu Bauer qui vient de prendre la direction du Centre dramatique de Montreuil  avait fondé la compagnie Sentimental Bourreau en 1989, avec Judith Henry, Sylvain Cartigny, Lazare Boghossian entre autres, autour de formes artistiques collectives, musicales et originales toujours singulières. Nous l’avions découvert avec plaisir avec Va-t’en chercher le bonheur , Ne reviens pas les mains vides, puis dans Les Chasses du comte Zaroff, enfin dans Top dogs….
Please Kill me est tiré d’un épais recueil d’une centaine d’heures d’entretiens sur le punk rock américain de la fin du XXe siècle. C’est une plongée dans un univers vénéneux, incroyablement vivant, à la fois drôle et tragique des musiques imbibées de révolte de drogue et de fureur des Stooges d’Iggy Pop, de Patti Smith, des Ramones et autres artistes qui y ont brûlé leur vie. “L’avion est en feu, le bateau coule, alors écrasons-nous les uns les autres !”
Accompagnés par le superbe trio de musiciens  fondateurs de Sentimental Bourreau, Mathieu Girbig et Kate Strong incarnent à merveille la folie musicale, souvent suicidaire des punks  de Grande-Bretagne puis des Etats-Unis. Les traductions  des chansons sont projetées avec une rare maestria. On est fasciné d’un bout à l’autre du spectacle par cette rage et cette révolte, parfois salutaires, contre un certain ordre de la société.
.

Edith Rappoport

Nouveau Théâtre de Montreuil, salle Maria Casares jusqu’au 12 avril, 01 48 70 48 90 puis en  tournée et à Montreuil en 2013.
www.nouveau-theatre-montreuil.com

http://www.dailymotion.com/video/xiizxx

Contes Africains

Contes Africains d’après Shakespeare, en polonais surtitré, mise en scène de Krzysztof Warlikowski.

Contes Africains contes-africains L’actualité violente d’aujourd’hui entre  en résonance avec la cruauté des mots et des situations que l’on trouve dans ces  Contes Africains. Pendant cinq heure trente de représentation, Warlikowski nous invite à vivre la chute de ces personnages emblématiques du théâtre que sont Othello, Shylock et Lear. Pour lui, Othello, Le Marchand de Venise et Le roi Lear, ces pièces fonctionnent comme des contes et l’Afrique est une métaphore. A ces fragments de pièces, ils a ajouté et entremêlé des écrits de John Maxwell Coetzee, Eldridge Cleaver et Wajdi Mouawad.
   Avec ce  montage de textes, Krzysztof Warlikowski reprend le principe d’une narration morcelée, qu’il avait déjà utilisée pour la création d’(A)pollonia au festival d’Avignon, (voir Le Théâtre du Blog de juillet 2009). L’ensemble de ces textes nous emportent dans la solitude de ces personnages, dans leurs déchéances et dans leurs exclusions du clan. Le metteur en scène en dit: “ Rejetés et exclus, ils vivent en marge de la société aussi bien à l’époque de Shakespeare que dans la nôtre(…) le Noir, le Juif et le Vieux suscitent aversion, haine, angoisse et peur”.
  Quand il nous montre ces déchéances, il nous donne aussi à voir les nôtres potentielles. La scénographie de Malgorzata Szczeçniak rappelle celle d’ Angels in America  de Tony Kushner créé en 2007, avec une cloison mobile frontale transparente qui fait varier l’espace de jeu en lui donnant une dimension cinématographique. Par bonheur, la vidéo avec reprise en gros plan des visages des comédiens, qu’il utilisait très souvent , n’est plus présente . Il n’y plus ici que deux films d’animation, au début des première et deuxième parties.
  Comme toujours chez Krzysztof Warlikowski, avec ses comédiens  du Nowy Théâtre de Varsovie ou de son propre groupe, le jeu est impressionnant de justesse et de force. En particulier,  celui d’Adam Ferency qui joue à la fois Lear, Othello et Shylock.
   Reste la durée du spectacle…Mais elle fait partie de son langage théâtral, et il la revendique: « Je ne veux pas, dit-il, m’enfermer dans une seule pièce ni dans un petit intermezzo. Si je reste metteur en scène, si je continue dans le théâtre, c’est pour me donner la possibilité, tous les deux ans -c’est le rythme de mes créations-de m’entretenir avec le monde, de donner mon point de vue et de dire ce que je ressens à un moment donné ».
Mais même pour les fidèles du metteur en scène polonais,  ces Contes africains  ont vraiment  des longueurs,  en particulier pour certains monologues. Comme pour réveiller le public et donner un peu de légèreté au spectacle,  après la scène très émouvante de Cordélia au chevet de son père Lear laryngectomisé sur son lit d’hôpital, le final permet à tous les comédiens de se détendre  avec un cours de salsa décalé.

   Avec ce spectacle et ses précédentes créations, Krzysztof Warlikowski construit une œuvre,parfois difficile à percevoir, tant elle est riche de sens, mais est devenu aujourd’hui, un créateur incontournable de la scène contemporaine.

Jean Couturier

Théâtre National de Chaillot jusqu’au 23 mars

Oncle Vania

Oncle Vania d’Anton Tchekhov, mise en scène de  Christian Benedetti

Oncle Vania oncle_vania1C’est l’histoire d’un été qui dure une heure, au milieu de la vie. Voilà : chez Tchekhov (et dans « la vraie vie »?) , on est toujours au milieu de la vie, exactement entre sa naissance et sa mort, et provisoirement éternel.
Vania, l’homme qui a renoncé à une carrière pour faire valoir le domaine familial-et pour combien peu de profit au regard des efforts déployés-, Astrov, le médecin toujours en route, même la raisonnable Sonia ont perdu leurs illusions, leur courage.

Détonateur de cette implosion ? Eléna, la belle et ô combien désabusée seconde épouse du père de Sonia, éminent universitaire retraité. Lui aussi pourrait bien n’avoir plus aucune illusion, mais il n’ose pas.
Et il continue à croire dur comme fer à son génie, à sa maladie, à la vie citadine, à ce qui lui est dû. Il lui reste une admiratrice inconditionnelle : la mère de sa première femme et de Vania, son beau-frère.
Une seule n’a pas besoin d’illusions mais de routine : c’est  Marina, la vieille Nounou, la maman de tous. Torrents d’amour : les hommes-à l’exception de son mari-sont amoureux d’Eléna, Sonia est amoureuse du docteur Astrov, Eléna n’aime personne, et l’on s’en tiendra là.

Voilà que l’on se prend à parler de ces figures comme de nos voisins de campagne. Pourtant, Christian Benedetti, qui joue lui-même Astrov, fait tout pour ôter au spectateur non pas ses illusions, mais l’illusion théâtrale, et le mettre au travail. Scénographie réduite au minimum utile, texte dépêché « à la vitesse de la pensée » – bien vu : les mots échappent -, moments de suspens où tout s’immobilise. Les plus justes de ces silences (tous ne le sont pas) se peuplent de l’âme des personnages, c’est-à-dire de la rencontre entre la pensée du spectateur et ce qui se passe sur scène.
C’est beau, ça ne déjoue jamais le texte, et n’anticipe pas, mais… on aimerait repérer un peu moins le procédé et ne sentir que sa capacité de vérité, pour ne le décrypter qu’après. Mais ce serait peut-être retomber dans l’illusion ?
Ne chipotons pas : ça marche. Cela donne, par exemple, un éclairage rare sur Sonia, la travailleuse, la positive, qui rattrape vite ses écroulements émotionnels (Judith Morisseau) ; sur l’amour de Vania et d’Astrov pour Eléna (Florence Janas) : désir sans phrases pour la belle citadine, envie de bousculer l’idole.  Du concret.

Benedetti avait  réuni pour sa Mouette une troupe provisoire qui continue avec Oncle Vania le travail sur Tchekhov: Isabelle Sadoyan, Daniel Delabesse, Brigitte Barilley, Philippe Crubezy, Laurent Huon et lui-même: ils apportent avec eux, en surimpression, les rôles qu’on leur a vu jouer, des inflexions de voix, des présences. Et cette mémoire nourrit plus que jamais le spectateur, dans cette mise en scène presque puritaine.
On rit parfois, on s’émeut de ces animaux de laboratoire qui se cognent devant nous, comme nous, à leurs impasses. On s’étonne une fois de plus de la vision prophétique de Tchekov sur la destruction des forêts, de sa modernité. On a envie, encore et encore, de dire lui merci …

Christine Friedel

Théâtre-studio d’Alfortville – 01 43 76 86 56 – jusqu’au 7 avril

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