Du fond des gorges

Du Fond des gorges   de Pierre Meunier, création collective.

Du fond des gorges Spectacle_20112012_duFondDesGorges_JeanPierreEstournet_5799_zoom“Un tas de pierres déposé au hasard,  le plus bel ordre du monde… “.Pierre Meunier cite Héraclite qui continue à l’inspirer. Après L’homme de plein vent créé pour Dromesko, Pierre Meunier a déployé sa folie jubilatoire et aérienne avec Zingaro, Annie Fratellini, François Tanguy… parmi d’autres allumés.
Merveilleux comédien obsédé par l’accumulation, après Le Chant du ressort, Le Tas et Les Egarés, le voilà lancé dans un nouveau tas, celui de grosses chambres à air…
Les quatre compères les empilent, s’y vautrent, y basculent en proférant des textes apparemment absurdes, d’une poésie insolite. Le point culminant du spectacle est atteint  avec  un conseil d’administration aberrant et très logique, où François Chattot, presque nu, incarne un patron qui a perdu la mémoire, et qui se rhabille,  sous la pression de ses collègues, pour sauver sa boîte avec des arguments crédibles.
Malgré quelque vingt minutes de trop- ce capharnaüm poétique déclenche les rires bienfaisants du public dans une salle pleine . Sur le site de la Belle Meunière qu’on peut visiter avec plaisir, Pierre Meunier écrit: « Les mots cherchent à s’affranchir de la tutelle du raisonnable, s’affirmant pour eux-mêmes comme un combustible pour l’imaginaire, une puissance de soulèvement jubilatoire ».

Edith Rappoport

Jusqu’au 30 mars à 21 h, dimanche à 18 h.Théâtre de La Bastille
www.labellemeuniere.fr


Archive pour 5 mars, 2012

War Sweet War

War Sweet War spectacle de Jean Lambert-wild, Jean-Luc Therminarias, Stéphane Blanquet et Juha Marsalo.

 War Sweet War war_20120225tjv_58 C’est un peu dommage cette fureur snobinarde de l’anglais qui en arrive même maintenant à contaminer les titres de spectacles! Et si cela s’était appelé Guerre douce Guerre, cela aurait changé quoi ? Ma France,ma douce France, ton français fout le camp… Déjà, dans le métro, sur  les affiches publicitaires sont  imprimées en grosses lettres  des  phrases en anglais et mentionnent de façon méprisante, la traduction française, plus bas et  en petits caractères, avec la bénédiction du Ministère de la Culture et de l’Académie française. (Que fait Jean Clair, nouvel académicien, ardent défenseur de notre langue?)
Et maintenant, si Jean Lambert-wild s’y met aussi, il n’y a plus qu’à tirer l’échelle, comme dirait Molière,

  Bon, voilà… Passé ce mouvement de mauvaise humeur, le spectacle est de ceux qui ne peuvent laisser indifférent. Imaginez sur le grand plateau du théâtre d’Hérouville deux étages avec deux appartements identiques:  soit une entrée, une pièce avec juste une table et deux chaises, et une cuisine plutôt années 60 avec cuisinière électrique et réfrigérateur. L’ensemble du bas est couvert de balafres  de peinture ou gelée noire, et les murs sont dégoulinants de la même matière. En haut, il y a aussi des ballons de baudruche noire accrochés dans la cuisine et  une banderole  Home sweet home dans le salon.
Une voix ,trop délicieusement féminine, précise qu’elle va » compter jusqu’à 100 et que vous allez tuer vos enfants »: il y a en effet,  au premier étage, un jeune couple, le père et la mère qui s’apprêtent à fêter un anniversaire; on entend les rires d’une bande d’enfants derrière la porte entrouverte (mais on ne les verra jamais).
La mère injecte avec une seringue un liquide noir dans le gâteau,  et petit à petit, après que le gâteau ait été apporté aux enfants, les rires vont s’estomper très vite et un silence implacable s’installera… Au rez-de-chaussée, un homme seul est agité de convulsions rejoint bientôt par son épouse.

   Aucune parole, aucun cri, mais des images héritées  du grand Wilson avec cette même lenteur, ici remarquablement chorégraphiée par Juha Marsalo: il y avait au début du fameux Regard du sourd  cette image qui nous revient en boomerang: une jeune  femme noire  (Sheryl Shutton enfonçait lentement et à plusieurs reprises,un poignard dans le buste d’un petit garçon…)
Ici, il y a sur scène, deux couples,  dans un jeu de miroir terrifiant qui semble fasciner une fois de plus Jean Lambert-wild, puisqu’il s’agit de deux actrices russes jumelles: Olga et Elena Budaeva, et de deux acteurs français, eux aussi jumeaux, Pierre et Charles Pietri. Ils  ont des gestes quotidiens qui n’ont en soi aucun intérêt mais qui agissent ici comme une sorte de révélateur d’une violence enfouie au plus profond de notre inconscient: « La guerre, dit le metteur en scène, se construira une nouvelle demeure au milieu de nos meubles. Ce sera un fantôme près de nous dont l’haleine quotidienne distillera une menace anesthésiante ».
C’est une sorte de danse macabre, où le langage des corps, seuls ou en duo, apparaît comme prédominant: à laquelle nous sommes conviés: convulsions, mouvements bizarres, pertes d’équilibre, chutes, glissades involontaires: c’est peu de dire que le corps est ici malmené.  » Le corps ne triche pas, comme le dit Chantal Jaquet, il se dérobe à la politesse et n’a  cure de sa muflerie au grand dam de celui qui veut tout contrôler jusqu’à sa sexualité(…) Il n’y a donc une vérité du corps  sur laquelle nul n’a de prise directe ».
L’homme et la femme du haut descendent en bas par une escalier puis remontent : il y a sans arrêt comme une sorte de permutation: l’on ne sait plus très bien qui est qui,  dans ce cauchemar  muet, en parfaite osmose avec  l’univers sonore,  élaboré de main de maître par Jean-Luc Therminarias. Cette perte d’identité devient ainsi le fil conducteur  d’une guerre impitoyable où l’on ne voit pourtant aucun mort. Seule métaphore, ce liquide noir d’un étonnante viscosité qui rend les corps informes puis qui coule aussi sur les murs , irréversible et envahissant comme la  guerre.

 Les images et leur rythme sont parfaitement maîtrisés malgré un léger ralentissement à la fin (mais c’était le soir de la première), et  ce qui frappe , c’est la parfaite unité pendant ces 60 minutes entre la dramaturgie de Jean Lambert-wild, la scénographie de Stéphane Blanquet, les lumières de Renaud Lagier , la chorégraphie de Juha Marsalo et la musique de Therminarias.
Comme dans les spectacles de Bob Wilson, il n’y a a surtout rien à comprendre ,juste à se laisser emmener par la beauté et la force des images proposées., et ela tape sec… (Pas la peine d’y emmener vos enfants!).
Le public était  très attentif, mais quelque peu bousculé à la sortie,  ce qui est plutôt bon signe, et cette histoire de vivants et de morts, à mi-chemin entre l’installation plastique et un théâtre d’images n’est pas du genre à s’effacer vite fait des mémoires. Si jamais d’aventure, ce spectacle passe près de chez vous, ne le ratez pas…

Philippe du Vignal

 

Théâtre d’Hérouville/Comédie de Caen jusqu’au 9 mars. Hangar 23 à Rouen, le jeudi 19 avril 2012.Vidéos, photos et présentation sur : http://www.comediedecaen.com/spectacle/war_sweet_war/1112

Une tournée 2012-2013 est en préparation.

L’opéra de quat’sous

L’Opéra de quat’sous de Berthold Brecht,  adaptation de Jean-Marc Dalpé, mise en scène de Brigitte Haentjens.

L’opéra de quat’sous  brecht6052110

Le Centre national des Arts à Ottawa, nous offre un Opéra de quat’sous presque dansé, à partir de l’adaptation québécoise de Jean-Marc Dalpé. Cet auteur dramatique, connu pour son réalisme quasi-animal et  « crasseux » situe la pièce dans le Montréal des années 1930, ce qui ne l’empêche pas d’évoquer certaines affaires politiques crapuleuses d’aujourd’hui.
Sa démarche n’est pas si différente de celle de Brecht  reprenant The Beggars’ Opera  de John Gay qui se déroulait dans le monde des criminels et des prostituées de Soho, quartier londonien de mauvaise réputation.  Brecht avait gardé le contexte anglais  mais  visait plutôt la République de Weimar, comme le prouve le recours au dialecte berlinois. Les personnages, dans cette version canadienne, font revivre  un  monde de voyous  au réalisme « joualisant » et la langue des quartiers populaires de Montréal résonne ici comme une nouvelle forme de poésie urbaine.
L’expressionnisme du jeu, à la fois ironique et quasi burlesque, crée une ambiance  paillarde. La contradiction permanente entre les paroles et les gestes  souligne encore l’aliénation de  ce théâtre. Le chœur envahit la scène par les deux côtés; les  prostituées , elles, évoluent dans des vitrines rougeoyantes installées sous l’orchestre placé en  hauteur ,et les solistes  chantent au plus près du public…
L’interprète du rôle de la mère Peachum, cruelle et séduisante maquerelle,  a  une voix somptueuse , capable de s’envoler vers les tonalités d’opéra  comme vers les abîmes du cabaret populaire.  Sébastien Ricard se révèle un Macheath charmeur et dangereux. Excellent acteur et chanteur de grande qualité, il possède en outre l’agilité et l’aisance d’un danseur.
L’excellente adaptation musicale, qui rappelle les arrangements de Kurt Weil, souligne une mise en scène  dynamique qui s’inspire du mime, du cirque, de la danse moderne, du cinéma muet et de la danse urbaine. Une mention particulière pour La Chanson de la chair à canon (le fameux Kanonensong)  à la chorégraphie presque clownesque, qui met en valeur  l’horreur des chairs déchiquetées sur le champ de bataille. Tiger Brown et Mackie-le-couteau en font un numéro de cirque grotesque et tragique à la fois !
Le langage corporel  des chanteurs  souligne les contrastes entre le  robuste et  le  mou, entre le rythmé et le  désarticulé, entre le  rapide et le lent,  ce qui renvoie à la férocité des relations sociales dénoncées par Brecht : la corruption des juges, l’avarice des grandes sociétés et des banques (avec les  suites désastreuses que nous connaissons aujourd’hui)…
Tout cela contribue à la réussite d’un spectacle qui met en parallèle les injustices du passé et celles du monde actuel. Il y a là une manière tout à fait efficace de mettre en scène le théâtre politique de Brecht.
Quelques longueurs vers la fin. Comme si le plateau devenait trop grand pour des acteurs obligés de se dépenser pendant  deux heures et demi sans  entr’acte.
Mais  cet Opéra de quat’sous est bien mis en résonance avec les luttes et  les souffrances de notre temps. On est émerveillé , on s’amuse,… ce qui ne rend pas la critique sociale moins convaincante !

Alvina Ruprecht

Centre national des Arts  d’ Ottawa du 28 février au 3 mars.Tournée au Québec.  


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