Antigone

Antigone de Sophocle,texte arabe d’Abd El Rahmane Badawi, texte français d’Adel Hakim, poème de Mahmoud Darwich, spectacle surtitré en français, mise en scène d’Adel Hakim.

 

 Selon des accords avec Israël, le Théâtre National Palestinien légalement enregistré à Jérusalem ne peut être subventionné par l’Autorité Palestinienne; il pourrait faire une demande de subvention auprès d’Israël mais ne le veut pas pour continuer à rester libre de sa programmatioAntigone antigone5photonabil-outrosn. Sa vie ne dépend donc que des aides internationales et des tournées qu’il peut faire en Europe, et dans la Cisjordanie  colonisée en partie par des populations juives depuis les années 1970.
Colonisation tout à fait illégale selon la quatrième convention de Genève. Les belles photos du trop fameux mur de béton et des grilles avec barbelés, exposées dans le hall du Théâtre des Quartiers d’Ivry font froid dans le dos…

  Ce qui a frappé Adel Hakim, dit-il,  c’est la compréhension intime que l’équipe artistique palestinienne avait de l’esprit de Sophocle. En effet, tout est déjà dit de la situation des populations palestiniennes et du Théâtre national en particulier,dans ce texte formidable écrit il y a plus de 25 siècles: pouvoir de l’homme sur la femme, surtout quand il est représentant de l’Etat, dignité et intransigeance de ceux qui se révoltent, mécanisme impitoyable d’une répression aveugle,ironie condensée en quelques mot d’une phrase qui claque, indifférence à la mort quand votre propre vie n’est plus respectée… » Quand on a vécu comme moi, plongée dans le malheur, la mort n’est pas un malheur  » dit Antigone, parole qui pourrait être celle de la résistance politique des Palestiniens contemporains…
 La langue arabe est essentiellement consonantique, le grec ancien pas, mais dans la syntaxe,  comment ne pas être frappé par deux caractéristiques communes : l’omission de pronoms personnels et le nombre de phrases sans verbe, ce qui donne une concision étonnamment moderne aux vers de Sophocle. En tout cas, même avec la barrière du sous-titrage, Sophocle ne nous a jamais paru aussi proche, aussi vrai, par exemple dans la fameuse scène entre Créon et Antigone où , sans doute le premier, il a inventé la stychomithie, cette échange de paroles courtes-ici vers par vers- qui est à la base du théâtre comme du cinéma contemporain.  Des Antigone, on a vu pas mal- dont la dernière celle de René Loyon qui avait de grandes qualités.
Adel Hakim, lui aussi, a su  rendre vivante cette histoire familiale insensée où chaque génération est accablée. Quel texte! il faudrait tout citer et on a beau le connaître presque par cœur, les répliques sont toujours aussi formidables de vérité
!
  Après la mort d’Oedipe, roi de Thèbes, – celle de sa mère/épouse, ses fils Etéocle et Polynice vont se partager le pouvoir à raison d’un an chacun. Mais Etéocle refusera l’alternance, Polynice attaquera Thèbes, tuera son frère et réciproquement. Créon, leur oncle, devenu  roi de Thèbes, décide alors  d’enterrer dignement le corps d’Etéocle et de laisser Polynice devenir la proie des chiens. Antigone, leur sœur, se révolte et veut enterrer aussi son autre frère, malgré l’interdiction formelle de Créon qui va la condamner à être enfermée vivante dans un tombeau.Leur sœur hésite puis rejoint Antigone dans sa décision. Quant à  Hémon , fils de Créon et fiancé d’Antigone, il essaye en vain, pour  la sauver, de faire entendre raison à son père .
 Mais Antigone s’est déjà pendue, Hémon veut alors tuer son père, qui, plein de regrets,est arrivé trop tard pour réparer l’injustice mais Hémon  rate son coup d’épée,  et se suicide. Suicide bientôt suivi par celui de sa mère Eurydice. Avec trois morts à ses pieds, Créon dit simplement « qu’il est anéanti et qu’il ne veut plus voir se lever le jour »; ce à quoi, le chœur lui répondra  fermement avec sagesse :  « Ce qui doit être arrivera. Occupons du présent. Le reste ne dépend pas de nous ».
L’Antigone d’ Adel Hakim se finit par un beau poème de Mahmoud Darwich, le grand poète palestinien décédé en 2008, dit par lui-même…Belle conclusion à cette histoire de vivants et de morts
.
 Ce qui  fait la force du travail d’Adel Hakim, c’est pour faire vite, à la fois, la grande rigueur de sa mise en scène, une direction d’acteurs exemplaire- tous les sept sont excellents-Hussam Abu Eisheh, Alaa Abu Garbieh, Kamel Al Basha, Mahmoud Awad, Yasmin Hamaar, Shaden Salim, Daoud Toutah- mais aussi la subtilité des rapports entre le texte de Sophocle et  les musiques du trio Joubran.
Allez voir absolument ce spectacle et vous redécouvrirez Sophocle.

Philippe du Vignal

Théâtre des Quartiers d’Ivry Studio Casanova jusqu’au  31 mars et ensuite en tournée


Archive pour 8 mars, 2012

La Religieuse

La Religieuse de Denis Diderot,  adaptation et mise en scène d’Anne Théron

La Religieuse 43070029-cr%C3%A9dit-Barbara-KraftDonner à voir l’enfermement,  voilà le pari réussi d’Anne Théron avec cette adaptation. Le spectacle, recréé en 2004,  après une première version en  97, nous parle de Suzanne Simonin, une bâtarde que sa mère envoya au couvent pour expier son « péché ». Dans le texte initial de 1780 de  Diderot, la religieuse adresse la correspondance de ses mémoires au marquis de Croismare, mais ici elle prend à témoin directement le public. Le spectacle débute quand Suzanne entend une douce voix off, celle de sa mère qui l’exhorte  à entrer au couvent. Dans cette courte première partie, elle n’est pas encore religieuse, et le personnage évolue dans un espace vide séparé du public par un tulle vertical, déjà symbole de l’enfermement. Le tulle disparait et Suzanne devenue religieuse apparaît enveloppée d’un grand voile qui occupe tout le plateau, et qui en font une sorte de  personnage paysage,.
Marie-Laure Brochant vit en symbiose avec son personnage, et prête sa voix aux autres mères supérieures des différents couvents que Suzanne va croiser. La dissociation du personnage se révèle dans le corps de l’actrice: ses mains, son visage, sa voix témoignent d’une réelle souffrance tragique. L’ensemble du récit est raconté dans la douleur, il n’y a pas de respiration pour le spectateur qui suit le déroulement de cette séquestration. Seuls certains moments musicaux allègent le jeu. Et les lumières apportent une réelle dimension esthétique au spectacle.  C’est un beau travail  que celui de Marie-Laure Brochant qui nous emporte dans son intime douleur et Anne Théron a réussi à  fixer  définitivement le corps de son actrice dans des  voiles qui l’emprisonnent et qui en font une sorte de  personnage paysage. Seule, sa parole est encore libre pour peu de temps.
A la fin, les voix de chacun des personnages s’entremêlent, mais on entend la dernière parole de Suzanne Simonin:  « Ne me touchez pas », dit-elle, laissant seul le spectateur devant ce spectacle hypnotique.

Jean Couturier

Montfort jusqu’au 24 mars

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