La Religieuse
La Religieuse de Denis Diderot, adaptation et mise en scène d’Anne Théron
Donner à voir l’enfermement, voilà le pari réussi d’Anne Théron avec cette adaptation. Le spectacle, recréé en 2004, après une première version en 97, nous parle de Suzanne Simonin, une bâtarde que sa mère envoya au couvent pour expier son « péché ». Dans le texte initial de 1780 de Diderot, la religieuse adresse la correspondance de ses mémoires au marquis de Croismare, mais ici elle prend à témoin directement le public. Le spectacle débute quand Suzanne entend une douce voix off, celle de sa mère qui l’exhorte à entrer au couvent. Dans cette courte première partie, elle n’est pas encore religieuse, et le personnage évolue dans un espace vide séparé du public par un tulle vertical, déjà symbole de l’enfermement. Le tulle disparait et Suzanne devenue religieuse apparaît enveloppée d’un grand voile qui occupe tout le plateau, et qui en font une sorte de personnage paysage,.
Marie-Laure Brochant vit en symbiose avec son personnage, et prête sa voix aux autres mères supérieures des différents couvents que Suzanne va croiser. La dissociation du personnage se révèle dans le corps de l’actrice: ses mains, son visage, sa voix témoignent d’une réelle souffrance tragique. L’ensemble du récit est raconté dans la douleur, il n’y a pas de respiration pour le spectateur qui suit le déroulement de cette séquestration. Seuls certains moments musicaux allègent le jeu. Et les lumières apportent une réelle dimension esthétique au spectacle. C’est un beau travail que celui de Marie-Laure Brochant qui nous emporte dans son intime douleur et Anne Théron a réussi à fixer définitivement le corps de son actrice dans des voiles qui l’emprisonnent et qui en font une sorte de personnage paysage. Seule, sa parole est encore libre pour peu de temps.
A la fin, les voix de chacun des personnages s’entremêlent, mais on entend la dernière parole de Suzanne Simonin: « Ne me touchez pas », dit-elle, laissant seul le spectateur devant ce spectacle hypnotique.
Jean Couturier
Montfort jusqu’au 24 mars

Un magnifique spectacle, une grande performance de cette excellente comédienne aux gestes parfaits, une scénographie éblouissante, un spectacle d’une grande précision. Le choix des extraits, le parti pris sur le thème de l’enfermement, de la cellule, du rapport aux « mères » de toutes espèces, sont tout à fait intéressants. Un bémol : la musique (chacun ses goûts), et une interrogation : le spectacle se présente comme une adaptation du texte, mais je n’ai pas reconnu certains passages, très bien écrits au demeurant, visiblement plus modernes. Des termes comme « neurones », « à feu et à sang », « jouir » n’appartiennent pas au vocabulaire de Diderot (plutôt à celui de Sade – la génération suivante), et ont troublé mon écoute. Je serais d’ailleurs très contente d’en connaitre l’auteur. Merci encore.
Un bien curieux spectacle qui laisse le public sans voix, il faut lancer les applaudissements qui mettent un certain temps avant de démarrer. Une interprétation extrêmement engagée, avec des gradations très impressionnantes jusqu’à une colère terrible. Par contre, la bande son me paraît incongrue, des chiens qui aboient aux musiques japonisantes …
cette comédienne est un guerrière elle se bat contre son texte, de tout son corps (en effet les gestes sont parfois un peu de trop et la font passer pour une possédée), contre cette scénographie qui la retient mais qui propose de belles images : quand le voile devient camisole …
une grande performance, du sport sur le plateau !
Rémi S.