Chocolat, Clown nègre

Chocolat, Clown nègre de Gérard Noiriel, mise en scène de Marcel Bozonnet

 

Chocolat, Clown nègre Elisabeth_CarecchioMarcel Bozonnet met en scène, avec poésie et panache, une évocation subtile de l’histoire du spectacle vivant, avec ce duo inaugural  que furent le clown blanc, Foottit, et le clown noir, Chocolat, révélateur de la domination coloniale des Blancs sur les Noirs.
À l’époque de l’Exposition universelle, peu de Parisiens (et peu de Français) ont vu des hommes et des femmes noirs : le clown Chocolat en est un exemple singulier, qui joue l’esclave dominé par un maître blanc britannique.
Le premier artiste noir de la scène française, Chocolat, se nomme Rafaël, jeune esclave de La Havane, vendu à un marchand portugais qui l’emmènera avec lui à Bilbao ; d’abord valet de ferme, puis groom, puis mineur, il se fera  embaucher dans un cirque parisien. Peint par Toulouse-Lautrec, filmé par les frères Lumière, il inspirera Claude Debussy. et illuminera de son talent et de sa verve pétillante les nuits de Montmartre et des Champs-Élysées.
Puis, selon la loi du mélo, il sombrera peu à peu dans l’oubli, après avoir tenté de faire du théâtre avec Firmin Gémier. Artiste fou, comique, à la fois chanteur et danseur : « Il a fait découvrir aux Français une gestuelle (qualifiée de « simiesque ») issue de la culture des esclaves noirs d’Amérique, qui triomphe à la Belle Époque avec le « cake walk » que l’on retrouve aujourd’hui dans la gestuelle de danseurs de hip-hop, dit Gérard Noiriel.
Marcel Bozonnet donne vie à ce tableau familier de Degas ou de Manet. Une équilibriste sur un joli ballon de couleur, en costume d’époque (Ode Rosset), émerveille de sa grâce le public qui a même droit à un numéro de mât chinois. L’acrobate Sylvain Decure qui joue Footit n’est pas en mal d’invention pour contrefaire le Blanc stupide et borné mais capable de montrer un cœur généreux, dont la réflexion avance positivement.
Le spectacle ne respire aucune haine ; il fait la part des choses–le réflexe raciste de l’époque–que vivifie et contrecarre en même temps, la capacité d’admiration, de compassion et de solidarité d’un  public très ouvert : l’être – blanc ou noir – à la fois différent et exactement semblable, est avant tout un frère humain pour l’autre.
Ce sont ces enjeux civiques, à actualiser encore en ces  temps préélectoraux, et c’est ce devoir de mémoire que souligne Marcel Bozonnet, en Monsieur loyal rêveur, souriant et enjoué. La jolie et fraîche Manon Combe Zuliani interprète Marie, la compagne de Chocolat, Bretonne, chanteuse et musicienne, mère de deux enfants que Chocolat, leur beau-père, élèvera en enfants de la balle.
Yann Gaël Elléouet,  gymnaste et danseur, artiste complet, donne à Chocolat une dimension poétique; il aime susciter l’intérêt, la surprise et la fascination dans les beaux costumes de Renato Bianchi.
Courez voir ce spectacle magnifique, délicat et d’âpre justesse.

Véronique Hotte

 

Chocolat, Clown nègre, de Gérard Noiriel, mise en scène de Marcel Bozonnet, du 14 au 18 mars 2012 au Théâtre des Bouffes du Nord. Réservations : 01 46 07 34 50

 


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