Oncle Vania

Oncle Vania d’Anton Tchekov, texte français de Françoise Morvan  et André Marcowicz, mise en scène d’Alain Françon.

 Oncle Vania  MichelCorbouTchekov n’a probablement jamais été aussi joué en, France que ces dernière années, et voici deux Oncle Vania coup sur coup, celui de Françon et en même temps celui de Benedetti, le premier de plus de deux heures  et le second beaucoup plus resserré, dont vous  parlera Christine Friedel.
Alain Françon a déjà monté  six fois Tchekov: La Mouette, Le Chant du cygne, Platonov, Les trois Sœurs et deux Cerisaie dont  la deuxième ,il y a trois ans et qui  avait valu  plus de 8.000  visites au Théâtre du Blog.
Ce fut la dernière fois où le public avait pu voir Jean-Paul Roussillon, presque cassé en deux marchant à pas lents, très émouvant…
Décédé quelques semaines plus tard!
 Des Vania, on en a vu pas mal dont le surprenant et tout à fait  remarquable du  Théâtre de l’Unité joué en plein air quelque 80 fois depuis cinq ans un peu partout en Europe (voir Le Théâtre du Blog), sans lumière autre que naturelle, et qui a fait partout un tabac. Celui d’Alain Françon est plus traditionnel et respecte la répartition en quatre actes, avec un décor différent à chaque fois. L’action se déroule dans la grande propriété familiale de Sonia, la fille du professeur Sérébriakov  et nièce d’Ivan Voïnitski (oncle Vania).
Vania déteste cordialement   Sérébriakov qui est venu passer l’été avec Elena, sa deuxième épouse. Vania a toute sa vie, travaillé dur avec  Sonia  pour diriger l’exploitation et en a envoyé scrupuleusement  les revenus à  son beau-frère qu’il prenait pour un grand intellectuel et sur  lequel il a perdu toutes ses illusions.
La belle  Elena, deuxième  épouse de Sérébriakov s’ennuie dans cette campagne où son mari dort le jour et travaille la nuit, se croit atteint de tas de maladies, bref le genre de bonhomme avec qui on a très envie de passer des vacances… Elena tombe vite  amoureuse d’Astrov, le médecin de campagne, et c’est réciproque. Quant à Sonia, elle se sent bien seule et elle aime aussi Astrov depuis  longtemps mais pas lui qui en assez d’exercer la médecine, surtout depuis qu’un des patients est décédé sur la table d’opération, sans doute, croit-il à cause d’un opiacée qu’ il lui a administrée.  Et Astrov a comme une sorte d’incapacité à aimer et semble se réfugier dans la vodka!

 Il y a aussi Téléguine, un petit propriétaire terrien , ruiné ou presque et qui vit grâce à l’aide de Sonia et de Vania…Et Maria , la grand-mère de Sonia et la mère de Vania, et enfin, Marina, la vieille nourrice  de Sonia, voix de la sagesse. Mais Sérébriakov  s’est mis  en tête de vendre le domaine sans demander leur avis à Sonia et à Vania qui le prend très mal et qui va faire semblant de tuer son beau-frère d’un coup de revolver. Bref, il ya de la révolte dans l’air! Et  Vania et Eléna  seront être obligés de quitter rapidement la maison.
Avec ses réalités bien terriennes et enfin acceptées comme telles:l’argent, véritable obsession dans La Cerisaie ou La Demande en mariage, avec des achats, des ventes, les soins aux chevaux, les récoltes et leurs revenus, la vie va  reprendre comme avant,  après le départ du professeur et de sa femme, la vie  pas très drôle, mais plus rassurante  pour la vieille nounou, avec ses journées ponctuées de repas à heures fixes,  et… le goût amer d’un échec pour Vania et Sonia. Mais au moins, la propriété ne sera pas vendue.

 Alain Françon dit avec raison que  Vania  n’a pas de centre ;il fait aussi remarquer que la pièce a quelque chose de musical, avec cette alternance entre un texte fluide et un certain silence dans les pauses indiquée par Tchekov dont les didascalies sont  précises, silence qui est aussi important chez lui que les paroles dont  les personnages ne semblent pas toujours  avoir la maîtrise, quitte à s’en repentir ensuite, ce qui favorise l’aspect comique de certaines scènes.
 Mais, comme  le  dit  justement Françon, il y a aussi  l’opinion des  gens dans trois siècles sur leurs ancêtres, interrogation véritablement métaphysique qui traverse  le théâtre de Tchekov. Le metteur en scène a bien su mettre en valeur cette dramaturgie si neuve en 1898  et  toutes les nuances du texte;  il a su aussi réunir des acteurs de premier ordre comme André Marcon (Sérébriakov), Gilles Privat (Oncle Vania)  et Marie Vialle  (Eléna). Le premier acte dont le décor, avec ses trois châssis peints de Jacques Gabel évoquant la forêt, et inspiré par celui de Stanislavski, et les chants d’oiseaux donnent une belle vérité à cet univers d’été dans la campagne russe.
Le second acte, trop long et donc difficile à traiter, peine à trouver son rythme-sans doute à cause de la quasi-obscurité (c’est la nuit!) où Françon a placé les personnages, et le public  alors ne semble pas très attentif. Il y a aussi une sorte d’hypertrophie réaliste dans les deux autres  décors: le salon puis le cabinet de travail, ce qui ne semble pas vraiment justifié. Et comme Françon n’a pas voulu couper comme l’avait fait Livchine, et comme le fait encore plus Benedetti, et l’entracte, s’il est le bienvenu, casse quand même un peu les choses.
Mais le dernier acte avec la colère de Vania, le départ du couple et la pseudo-réconciliation entre gens qui ne se reverront jamais, est  mieux traité, avec plus de rythme.

 Cela reste un beau travail, mais quand même un peu agaçant par son côté  trop soigné,  et l’on regrette de ne  pas sentir davantage un parti pris de mise en scène, ce qui fait que l’on s’ennuie quand même  parfois dans cette grande salle peu adaptée à l’univers de Tchekov  Donc, à vous de choisir.

Philippe du Vignal

Théâtre de Nanterre-Amandiers jusqu’au 14 avril et ensuite à Amiens les 18 et 19 avril, Chambéry les 24 et 25 avril et Genève du 29 avril au 19 mai.

 

http://www.dailymotion.com/video/xp9eha

Archive pour 19 mars, 2012

LIFE:RESET Chronique d’une vie épuisée

Chronique d’une vie épuisée LIFE:RESET, texte et mise en scène de Fabrice Murgia/Artara.

LIFE:RESET Chronique d'une vie épuisée  ZZ7BAF25CANous vous avions dit beaucoup de bien (voir Le Théâtre du Blog) de Fabrice Murgia, jeune metteur en scène belge,  qui avait présenté l’an passé sa première création, Le Chagrin des ogres au Festival Impatience piloté par le Théâtre de l’Odéon.
A vingt-cinq ans il faisait déjà preuve d’une remarquable maîtrise du temps et de l’espace et d’une  étonnante direction d’acteurs.  Cela   se confirme avec ce nouveau spectacle, lui aussi d’une heure, aux frontières de la vidéo et du théâtre muet.

Une jeune femme vit apparemment seule dans un petit appartement qui pourrait être à Paris comme à Bruxelles. Avec,  comme des dizaines de millions d’autres, une sorte de fascination pour son écran d’ordinateur qu’elle doit utiliser quotidiennement  pour son travail mais qui est devenu une sorte de béquille permanente dans sa vie personnelle.
Elle entre ainsi en contact avec un mystérieux correspondant identifiable par son seul nom de code.

Jeu d’amour et de séduction, dangereux, à la limite de l’hypnotique, puisqu’elle ne sait plus-et le public non plus-où s’arrête le vivant et où commence le non-réel et le virtuel.  Un écran retransmet les allées et venues de cette jeune  femme , silencieuse, en proie à une profonde solitude,bien jouée par Olivia Carrère, mais aussi la conversation écrite qu’elle entretient sur son ordinateur portable.
C’est d’une froideur inquiétante qui n’a pas du tout plu à Edith Rappoport; elle  a horreur-et on peut la comprendre-de la vidéo  au théâtre qui est  le plus souvent inefficace. Nous sommes plus partagés: les images  captées par les caméras  nous plongent dans une irréalité du quotidien tout à fait surprenante, les remarquables décors  glissent en silence, ce qui permet à Fabrice Murgia de nous emmener dans un monde virtuel de plus en plus prégnant…

Avec une  vraie Olivia Carrère  qui croise sans cesse son double virtuel. C’ est réalisé avec beaucoup de virtuosité et de maîtrise technologique mais sans doute moins convaincant que  Le Chagrin des ogres, où la voix de Laura Sepul donnait une formidable présence au spectacle.
Cela dit le public, pour une fois très jeune: cela fait toujours du bien, semblait fasciné par cette expérience où Fabrice Murgia met une nouvelle fois en scène la solitude dans une grande ville,avec pour seule compensation, la possibilité de communiquer avec des inconnus via internet, quand on est de retour  le soir dans la sphère privée d’un petit studio/cocon d’une tour d’immeuble.

Fondée sur les relations troubles entre la vidéo et le vivant, cette  machine à théâtre séduisante comporte, bien sûr,  des risque d’auto-académisme branchouille? Et il ne faudrait pas que Fabrice Murgia s’enferme  dans la création d’images sophistiquées en une heure sur fond de musique synthétique-parfois un peu lourde comme ici-avec quelques acteurs le pus souvent muets! Ce genre de procédés a  en effet ses limites, et ce n’est pas un langage suffisant pour témoigner ou pour parler de la société d’aujourd’hui.
Mais Fabrice Murgia  fait preuve d’ une  telle intelligence scénique et d’une telle maîtrise qu’il a sans doute déjà senti le danger. Sa prochaine création Jehovah aura lieu en avril au Théâtre Vidy-Lausanne..

Philippe du Vignal

Spectacle vu au Festival Exit de Créteil le 15 mars.

Chronique d’une ville épuisée LIFE:RESET de Fabrice Murgia,

“La solitude des grandes villes m’étouffe…” écrivait Rainer Maria Rilke ! Cette solitude d’une jeune femme-interprétée par Olivia Carrère-de retour chez elle, qui s’ abandonne  à son ordinateur,et  livrée dans ses insomnies à des amours virtuels, s’est vite avérée étouffante. On ne distingue pas de véritable présence humaine derrière l’ écran. Est-ce un reflet, un film ou un fantôme ?  Nous sommes  au sein du Meilleur des mondes d’Aldous Huxley ou de 1984 de George Orwell, chacun face à son écran, incapable de nouer de véritables relations humaines.
Notre fuite dans une sommeil réparateur était, ce soir-là, la seule issue! Cela dit, Fabrice Murgia, formé par Jacques Delcuvellerie, a eu le  Prix du Public du  festival Impatience en 2010 et Chronique d’une ville épuisée LIFE:RESET a connu une cinquantaine de représentations depuis le Kunsten Festival of Arts  de  2011…

Edith Rappoport

Festival Exit, MAC de Créteil

L’Oiseau bleu

L’Oiseau bleu, par le Collectif Quatre Ailes, librement inspiré de Maurice Maeterlinck, mise en scène Michaël Dusautoy

Un poème scénique très actuel

L’Oiseau bleu m_13_400x0Le nouveau spectacle du Collectif Quatre Ailes est un grand poème en images, un voyage aérien, fluide et magique. Après un travail centré sur la poésie verbale de Jules Supervielle dans La Belle au bois (précédent spectacle dont Edith Rappoport a rendu compte dans notre Blog), le Collectif est revenu à ses origines : une écriture de plateau croisant à parts égales textes poétiques, dialogues brefs, arts plastiques, films d’animation, musique, acrobatie au sol et aérienne, costumes et maquillages proches de la féérie.

L’exercice est ici particulièrement réussi. Le Collectif avance dans sa recherche, il affirme un style très original dans l’équilibre des disciplines convoquées, les compagnonnages et la qualité des comédiens-acrobates.

Il est clair avec cet Oiseau bleu que chaque créateur, en confiance totale, inspiré par le sujet, a trouvé de la place pour donner le meilleur, s’exprimer, faire naître des images enchantées sous la direction de Michaël Dusautoy, maître d’oeuvre metteur en scène. Ce qui frappe c’est l’osmose, l’entente, l’élégance.

Des textes taillés sur mesure, des corps en apesanteur, un bel espace scénique de Perrine Leclere-Bailly, une composition musicale de S Petit Nico toujours pertinente et entraînante, costumes de Marine Bragard à l’unisson, et de très belles images graphiques d’Annabelle Brunet, Quang’y, Aurore Brunet et Ludovic Laurent, en mouvement, avec des effets de plongée, de hauteur, de brusque bascule, de distance dans l’espace et le temps (l’évocation des grands-parents est particulièrement réussie dans un cône mouvant de lumière, ou encore la boule terrestre tournant avec des malheurs et cataclysmes qu’il faut savoir regarder en face). Surplomb, vitesse, angles de vision imprévus, les techniques des jeux vidéo sont mises au service des comédiens et de la qualité scénique.

Le point de départ ? Il est emprunté à Maeterklinck, L’Oiseau bleu, conte de Noël, pièce « à grand spectacle » (plus de 100 personnes sur le plateau) écrite en 1907, créée par Stanislavski à Moscou, puis en France par Georgette Leblanc, avec Réjane.

Le propos ? Tyltyl et Mytyl – Hanako Danjo et Damien Saugeon, comédiens capables de tenir tranquillement en équilibre sur un cadre de fenêtre volant dans le vide ou de monter dans les cintres par la force des poignets en ayant l’air de flâner – sont deux enfants pauvres qui contemplent les enfants riches, en face. En pleine nuit, une curieuse et sympathique fée-voisine, Claire Corlier, les lance à la poursuite du plus grand des trésors, non pas la richesse, mais l’oiseau bleu. Accompagnés du chien – un « tout-fou » d’une fidélité et d’une fantaisie inépuisables – Jean-Charles Delaume, d’une chatte à l’exquise et svelte beauté, grande arpenteuse de toitures, Flore Vialet, et d’une lampe candide extralucide, ils partent en voyage dans les pays de l’imaginaire à la recherche de l’oiseau bleu. Dans le « Orlamonde » cher à Maeterlinck. Le pays du souvenir, le palais de la nuit, le jardin des petits et des grands bonheurs, le royaume de l’avenir … Nombre d’oiseaux bleus y nichent, mais aucun ne reste bleu ramené à la lumière crue du jour et de la réalité. Ce n’est que lorsque le regard des enfants aura changé que l’oiseau bleu salvateur les accompagnera.

Avoir transporté ici, aujourd’hui, la fable de Maeterlinck, s’avère pertinent. La pièce a le grand mérite d’ouvrir sur le silence des visages, des animaux, des choses, sur la révélation de l’âme des êtres et du monde. Cette faculté de pouvoir en rester toujours surpris et émerveillé est bien l’une des clés de la vie, du bonheur, en 2012 peut-être plus encore qu’en 1907, car préserver cette faculté d’émerveillement dans le tourbillon des sollicitations devient un défi. Le théâtre contribue, en toute modestie, à cultiver ce regard particulier, ces découvertes (au sens théâtral du terme) sur les « arrière-mondes ». Ce beau spectacle tout public n’y manque pas. La grande salle de la Scène Watteau était comble, remplie d’enfants de tous âges et d’adultes, fascinés, transportés par le lyrisme visuel.

Evelyne Loew

Vu à la Scène Watteau de Nogent-sur-Marne en mars, en tournée en France, en juillet à la Maison du théâtre pour enfants Monclar d’Avignon

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