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Home  de David Storey, mise en scène de Chantal Morel

Home 1670094_3_3fcb_ill-1670094-793c-201203171-0-923947869home-ori_967351e7ccb36cf7fdf3e0c9507dfbab-300x150 C’est la troisième fois que Chantal Morel remonte cette pièce : c’est dire qu’elle lui tient à cœur. Non pas du côté d’une quelconque sentimentalité  mais d’un travail sur le réel humain.
Home, on le découvre peu à peu à l’écoute de la pièce, c’est une « maison de fous ». Des fous gentils, des fous normaux, qui cherchent à converser entre eux. D’une part, un homme qui dégaine des anecdotes plus vite que son ombre : comme s’il fallait se protéger derrière un mur de mots, de préférence les mots des autres: « j’ai un cousin qui… », de l’autre , un émotif approbateur, qui ne se « mouille » pas et qui fond en larmes.
On est tout près du théâtre de l’absurde, bien que la pièce date des années 70 (plutôt Ionesco ou Tardieu que Beckett), et puis on s’aperçoit qu’on passe à autre chose. Entrent deux femmes : l’une a mal aux pieds, l’autre l’engueule, l’une drague, l’autre râle. Frottements, frictions avec les deux hommes apeurés. Il n’y a pas assez de chaises pour le quatuor, et ils sont tous  épuisés…
Ils regardent, ils sont regardés, ils commentent, on parle d’eux. On est à deux pas de la vraie vie, et ce sont ces deux pas qui sont intéressants : vers  la compassion, de l’attention à la toute petite différence entre « eux » et « nous », et on est vraiment face à une vision du monde où précisément cette différence n’a pas beaucoup de consistance. L’adaptation française est de Marguerite Duras ; on y trouve la même façon d’aborder le social que dans son Square, à travers les blessures intimes et  les dégâts intérieurs qu’il provoque.
On y retrouve aussi la vérité de ce qu’on appelle le délire- cela ne veut pas rien dire »  d’Arthur Rimbaud- si on veut bien écouter. Chantal Morel écoute Home depuis des années, par les voix de toute une famille d’acteurs successifs. Ceux d’aujourd’hui (Nicolas Cartier, Maryline Even, Jean-Jacques Le Vessier, Rémi Rauzier, Line Wiblé) sont magnifiquement normaux, physiques, évidents et opaques en même temps. On rit parfois avec eux, on est avec eux. Un monde sans bruit ni fureur, raconté par une petite bande d’idiots, ce qui semble un assez bon point de vue sur la destinée humaine.
Pas gai, bien que ce soit souvent drôle…

Christine Friedel

Théâtre de Nanterre-Amandiers – 01 46 14 70 00 – jusqu’au 8 avril

 


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