Gaëtan

Gaëtan (Pièces à assembler à la maison),  texte et mise en scène de Marcel Pomerlo.

    Gaëtan  imageActeur, auteur et metteur en scène,  Marcel Pomerlo   est connu, entre autres, pour  ses portraits en solo:Verlaine,Rimbaud, Cocteau, Élie Wiesel…
Il revient  avec  un spectacle intimiste où  il assume le rôle de Gaëtan , un homme  à la recherche de ses parents biologiques qui l’ont abandonné quand il était tout petit.
Muni d’une lettre de sa jeune mère qui l’avait déposé à l’orphelinat dès sa naissance, ce conteur/poète reconstitue sa vie, ses solitudes, et surtout la découverte d’un beau portrait de la comédienne Jeanne Samary peinte par Renoir qui a transformé son existence
.
C’est une rencontre délicate avec le public qui devient surtout intéressante  pendant les trente dernières minutes.Avec des éclairages aux tons légèrement bleuâtres et des  blancheurs diaphanes qui  inscrivent le spectacle dans une monde de rêve … Mais la première partie
tient plutôt  d’un conte moral pour  ados!
Cette vie solitaire et fragmentée où se  reflète la nostalgie d’une  mère qu’il n’a jamais connue, peut  toucher  les cœurs tendres mais  la naïveté des propos, et une sensiblerie  presque larmoyante  deviennent  parfois  insupportables

 Toujours à la recherche d’une figure maternelle sous toutes ses formes possibles,  Gaëtan est attiré par la beauté lumineuse  du portrait peint par  Renoir et aussi, à l’orphelinat, par la gentillesse de la sœur Rivette. Dès  qu’elle meurt, l’imaginaire  scénique  s’envole et tout bascule. Libéré de sa solitude par ce portrait magique, il ramasse le linge blanc, éphémère  évocation de  la disparue, et se met à danser avec ces traces  vestimentaires d’une  figure féminine, ce  qui lui procure alors une nouvelle vie. Une musique rythmée s’empare de son corps  dont  la joie de vivre  explose alors avec des mouvements  frénétiques.
Pour cette ultime  explosion  de plaisir chez lui,  le metteur en scène a introduit une projection de  tableaux   sur le mur du fond, expression  d’une modernité  incarnée par l’œuvre du peintre québécois  Marc Tremblay. Mais cette  dernière vision de bonheur le prépare mal à la déception qui suit: la recherche de sa mère n’aboutira pas! 

La rencontre avec le public  devient intéressante en fait, à partir du moment où  le personnage cesse  de tout expliquer; il y a, par exemple, un moment d’enchantement,: assis à table, il  écoute un enregistrement de la soprano Elizabeth Schwarzkopf. La  parole,  soutenue par la lumière, la musique, des fragments de texte  et l’expression du corps presque diaphane de l’acteur, évoquent  une « autre réalité « , clairement  ancrée dans une esthétique symboliste,: celle de la présence mystérieuse  et immatérielle d’une figure absente.  Cela fait penser aux spectacles de Denis Marleau, voire à l’œuvre de Maëterlinck. Dans ce monde des « absences »,  le texte, par moments un peu pédagogique, a quelque chose d’irritant! Mais le spectacle peut évoluer..

 Alvina Ruprecht

 Centre des Arts d’ Ottawa.


Archive pour mars, 2012

Le démon de Debamalalo

Le Démon de Faraabalo,mise en scène Dominique Dolmieu,  de Goran Stefanovski, 


  Dominique Dolmieu continue d’animer contre vents et marées avec une petite équipe résolue de quatre personnes, sa minuscule et immense Maison d’Europe et d’Orient nichée au flanc des arcades de la Bastille. Librairie où l’on trouve des livres rares, maison d’édition de nombreuses pièces importantes d’auteurs des Balkans gérée par un comité de lecture dynamique, la MEO qui a dû affronter comme tant d’autres des réductions de crédits, tient bon.
Dominique Dolmieu, découvreur de textes, est aussi metteur en scène d’auteurs des Balkans. Après Dejan Dukovsi dont il avait monté Quel est l’enfoiré qui a commencé le premier et Balkan is not dead , et plus récemment Hristo Boytchev avec Cette chose-là (voir Le Théâtre du blog), il vient de monter Goran Stefanovski, auteur macédonien de plus d’une vingtaine de pièces,  installé en Angleterre et  lauréat de nombreux prix internationaux.
Le démon de Derbamaalo est un barbier qui retrouve sa maison délabrée après de longues années de détention injuste. Sa voisine Mara, abandonnée par son mari qui a émigré, l’accueille avec joie. Ils sont tous deux menacés d’expulsion de leurs maisons situées au pied d’une immense entreprise de rénovation menée par un avocat véreux qui poursuit de ses assiduités la jeune Bisera, sa femme de ménage, fille de Koce, le barbier.
Mara survit en vendant des kebab. Koce bien décidé à se venger, reprend son ancien métier, et  alimente le négoce de Mara en tranchant la gorge de ses clients, pour fournir de la viande fraîche ! Leur commerces prospèrent, jusqu’au moment où l’avocat vient à son tour se faire faire la barbe.
Mais Koce renonce à lui porter le coup fatal…Pendant ce temps, Bisera qui avait échappé de justesse à un viol de son patron, retrouve son amoureux, l’ancien assistant de Mara, préposé à la viande hachée. Le président de Macédoine finira par décorer Koce pour ses mérites exceptionnels sous les regards attendris de toute la famille !

Interprété par une équipe de onze comédiens remarquables, en particulier Fabrice Clément Koce et Franck Lacroix (le Président,  le patron, et Schengen) dans le simple décor de tubes métalliques utilisés pour les autres spectacles, ce Grand Guignol macédonien est un petit régal à ne pas manquer.

 

 

Edith Rappoport
Co-production Théâtre national de Syldavie.Théâtre de l’Opprimé, jusqu’au 25 mars ,78 rue du Charolais, 75012 Paris  du mercredi au samedi à 20 h 30, dimanche à 17 h
T: 01 43 40 44 44

Reprise  prévue à Gare au Théâtre de Vitry.

 

http://www.dailymotion.com/video/xp4m0j

Chocolat, Clown nègre

Chocolat, Clown nègre de Gérard Noiriel, mise en scène de Marcel Bozonnet

 

Chocolat, Clown nègre Elisabeth_CarecchioMarcel Bozonnet met en scène, avec poésie et panache, une évocation subtile de l’histoire du spectacle vivant, avec ce duo inaugural  que furent le clown blanc, Foottit, et le clown noir, Chocolat, révélateur de la domination coloniale des Blancs sur les Noirs.
À l’époque de l’Exposition universelle, peu de Parisiens (et peu de Français) ont vu des hommes et des femmes noirs : le clown Chocolat en est un exemple singulier, qui joue l’esclave dominé par un maître blanc britannique.
Le premier artiste noir de la scène française, Chocolat, se nomme Rafaël, jeune esclave de La Havane, vendu à un marchand portugais qui l’emmènera avec lui à Bilbao ; d’abord valet de ferme, puis groom, puis mineur, il se fera  embaucher dans un cirque parisien. Peint par Toulouse-Lautrec, filmé par les frères Lumière, il inspirera Claude Debussy. et illuminera de son talent et de sa verve pétillante les nuits de Montmartre et des Champs-Élysées.
Puis, selon la loi du mélo, il sombrera peu à peu dans l’oubli, après avoir tenté de faire du théâtre avec Firmin Gémier. Artiste fou, comique, à la fois chanteur et danseur : « Il a fait découvrir aux Français une gestuelle (qualifiée de « simiesque ») issue de la culture des esclaves noirs d’Amérique, qui triomphe à la Belle Époque avec le « cake walk » que l’on retrouve aujourd’hui dans la gestuelle de danseurs de hip-hop, dit Gérard Noiriel.
Marcel Bozonnet donne vie à ce tableau familier de Degas ou de Manet. Une équilibriste sur un joli ballon de couleur, en costume d’époque (Ode Rosset), émerveille de sa grâce le public qui a même droit à un numéro de mât chinois. L’acrobate Sylvain Decure qui joue Footit n’est pas en mal d’invention pour contrefaire le Blanc stupide et borné mais capable de montrer un cœur généreux, dont la réflexion avance positivement.
Le spectacle ne respire aucune haine ; il fait la part des choses–le réflexe raciste de l’époque–que vivifie et contrecarre en même temps, la capacité d’admiration, de compassion et de solidarité d’un  public très ouvert : l’être – blanc ou noir – à la fois différent et exactement semblable, est avant tout un frère humain pour l’autre.
Ce sont ces enjeux civiques, à actualiser encore en ces  temps préélectoraux, et c’est ce devoir de mémoire que souligne Marcel Bozonnet, en Monsieur loyal rêveur, souriant et enjoué. La jolie et fraîche Manon Combe Zuliani interprète Marie, la compagne de Chocolat, Bretonne, chanteuse et musicienne, mère de deux enfants que Chocolat, leur beau-père, élèvera en enfants de la balle.
Yann Gaël Elléouet,  gymnaste et danseur, artiste complet, donne à Chocolat une dimension poétique; il aime susciter l’intérêt, la surprise et la fascination dans les beaux costumes de Renato Bianchi.
Courez voir ce spectacle magnifique, délicat et d’âpre justesse.

Véronique Hotte

 

Chocolat, Clown nègre, de Gérard Noiriel, mise en scène de Marcel Bozonnet, du 14 au 18 mars 2012 au Théâtre des Bouffes du Nord. Réservations : 01 46 07 34 50

Ciel ouvert à Gettysburg

Ciel ouvert à Gettysburg de Frédéric Vossier, mise en scène de Jean-François Auguste

         Ciel ouvert à Gettysburg ciel_newsNous sommes dans une société du spectacle, on va donc vous donner du spectacle. La pièce commence avec un “montreur“ et un client. Croyez-vous que le fantasme et le désir viennent tout seuls ? Certes non (pour ne pas utiliser le trop usé « que nenni »). Il faut vous les instiller à l’oreille. La belle actrice connue vous fait de l’effet ? Lequel ? Comment ? Où ? On est dans l’exhibition détaillée. Puis le montreur plante là le client, laissé quasi « à poil ».
De voyeurisme en retournements de situation, la pièce, écrite d’une traite, presque un bandeau sur les yeux selon l’auteur, devient une ronde systématique : je fantasme, tu fantasmes, nous fantasmons…
Malgré la beauté de la comédienne, on regrette un peu que le fantasme féminin s’incarne tel que décrit dans la première scène. Mais s’il s’agit de mener le voyeurisme jusqu’à la gêne : rien à redire, les spectateurs regardant le client qui regarde l’autre client, qui touche…
C’est bien fait: bons comédiens, bonne bande son, scénographie astucieuse. Que nous manque-t-il ? La pièce, vraie réflexion sur l’irréductible séparation des sexes (il est bon de rappeler que sexe a la même étymologie que sécateur ; rien qui sépare autant…), tourne en rond (voir plus haut) et n’a ni la belle perversité ni l’humour de Mannekijn (du même auteur, vue récemment à l’Échangeur de Bagnolet), qui faisait porter à une mère de bonne volonté le travail, pour sa fille, de réaliser le fantasme masculin.
Ciel ouvert à Gettysburg : on dirait un fragment de rapport militaire. Bataille perdue : les montreurs se sont approprié le corps, les désirs, votre corps et votre désir, et vous les revendent. Résultat sur scène : un magnifique début, puis ça se débobine. Dommage ou tant pis ?

Christine Friedel

Théâtre Ouvert -01 42 55 55 50 – jusqu’au 5 avril

La Mort de Danton

La Mort de Danton, de Georg Büchner, mise en scène Georges Lavaudant

   La Mort de Danton mort-de-DantonLa Mort de Danton est de ces partitions qu’on peut jouer et rejouer sans qu’elle cesse de vibrer. Chaque interprétation apporte son lot de découvertes, de défauts aussi, mais jamais d’oublis.
Cette fois encore, les discours de la première partie de la pièce, les pratiques politiques, les voltes-faces de l’opinion nous reviennent en pleine figure, avec la dialectique des “purs“ façon Khmers rouges et des opportunistes, “septembriseurs“ passés “thermidoriens“ – les mois avaient une grande importance en cette période révolutionnaire où les événements allaient si vite et où les vies étaient si courtes.
La Mort de Danton est une affaire de jeunesse, on le sait : Büchner l’a écrite à vingt-deux ans (il est mort deux ans plus tard!), et les autres héros de la Révolution étaient jeunes eux-mêmes. Tout est là, et cela suffit : la jeunesse est inscrite dans cette pièce géniale, et il est inutile d’aller chercher des comédiens ayant l’“âge du rôle“. Georges Lavaudant a remonté la pièce – dix ans après, donc ce n’est pas une reprise – avec les « anciens » de son premier Danton et une troupe de comédiens amis qui ont passé leur vie de théâtre dans une sphère proche de la sienne.
Manifestement, et même s’il y a des moments moins réussis, ils s’entendent, ils ont un langage commun. Il a surtout voulu remettre en scène deux personnes, Patrick Pineau et Gilles Arbona, deux fidèles de ses spectacles, deux corps qui imposent dans toute sa beauté tragique le duel entre Danton,le jouisseur et Robespierre, l’ascète. Vertu du « oui à la vie » et au compromis,  contre vertu du « non » au désir.
Avec une ampleur, des ruptures toutes shakespeariennes, la pièce brasse les thèmes du pouvoir et de la jouissance. Dictature au nom de la liberté : le politique entre jusque sous les chemises. Danton n’est pas de ces moralisateurs, de ces niveleurs : cela suffit à créer entre la politique et lui un écart. Il n’adhère plus, même s’il soutient encore, même s’il justifie ce qu’il appelle maintenant ses erreurs (les massacres de septembre, qui n’ont pas donné de pain au peuple…). Quand il sent tout près de lui le souffle de la guillotine, il croit encore à la force de son image : « Ils n’oseront pas ! ». Mais…
La seconde partie , où l’on retrouve Danton et les siens en prison, abolit le temps. Soudain-il leur  reste  quelques jours à vivre-on a tout son temps. Danton sera empêché de se défendre, ce qu’il ne faisait plus que pour le principe. Il glisse presque avec soulagement vers la mort, seul dénouement possible des contradictions de ce monde, point final et justification de ses jouissances. Les femmes, c’est écrit comme ça, sont cantonnées du côté de l’amour, du plaisir ou de la folie. On a vu la figure de la prostituée Marion plus forte dans la mise en scène de Grüber, mais, peu importe, encore une fois la pièce nous emporte.
Peu d’images : elles montent et prennent leur place à mesure que s’approche la mort de Danton. C’est bien vu : en politique, le discours et le corps, la présence de l’orateur sont tout son théâtre. La mort, elle n’est pas représentable : aux images (tant pis si ce ne sont pas les meilleures) de  cacher et de signaler à la fois sa présence.
Éteignez vos portables, vous allez passer bien mieux qu’une bonne soirée.

Christine Friedel

MC 93 Bobigny – 01 41 60 72 72 – jusqu’au 1er avril

La Mat’

La Mat’, de et par Flore Lefèbvre des Noëttes.

 

Une famille pas comme les autres, dans la seconde moitié du vingtième siècle. Père médecin militaire pour le moins bipolaire, le Pat’, pater familias empêché de régner par la maladie, mère polyamoureuse et prolifique, dix enfants en comptant ceux du père veuf remarié (vous suivez), dont quelques morts… Une famille comme beaucoup d’autres, avec des restes de bourgeoisie et des soucis d’argent réglés parfois avec une remarquable désinvolture par la Mat’ …
Flore Lefèbvre des Noëttes raconte, joue, revit, avec l’énergie de l’enfance, les rires et les peurs encore tout frais, la maison au bord de la mère (euh, de la mer…), les jeux, la violence avec laquelle la Mat’ faisait TAIRRRH’ la bande, la douceur pastel de la grand-mère, les bagarres pour tirer sa part de nourriture à table, « la poitrine horizontale » et vaste de la Mat’ « posée sur les géraniums »…
Le texte, soutenu par juste assez de  jeu pour le théâtre en appartement, fait constamment image, et, c’est presque une loi, parle d’autant plus à chacun de nous qu’il est singulier. On est du côté du type balzacien (d’aujourd’hui, quand même) : avec non pas des personnages moyens, mais des personnages extrêmes, poussés au bout.
Ici, avec ce Je me souviens  des années 60 et 70, chacun se reconnaît, même par réaction et différence, dans  le rire,  l’émotion, et le monde inépuisable de l’enfance. Ça va vite et loin, et le récit intime prend la forme géante du conte : il y a là des ogresses et des loups, et des petits poucets malins, avenue de Paris, à Saint-Mandé.

Christine Friedel

Vu à l’atelier René Loyon, et  à guetter dans les programmes “décentralisés“ des théâtres.


à propos de « Victor ou les enfants au pouvoir » de Roger Vitrac

Rencontre avec le public d’Emmanuel Demarcy-Mota à la bibliothèque Claude Lévi-Strauss, à propos de  Victor ou les enfants au pouvoir  de Roger Vitrac.

 à propos de « Victor ou les enfants au pouvoir » de Roger Vitrac T-DES-NATIONS-225x300 Le metteur en scène, qui poursuit sa démarche d’ouverture vers  un plus vaste public, a rencontré des lycéens dont  une partie avait déjà vu le spectacle, dans une bibliothèque municipale du 19ème arrondissement,
Le directeur du Théâtre de la Ville a, dans un premier temps, justifié le choix de cette œuvre, qui comme le dit l’auteur en 1946 dans
Le Figaro: « J’entends déjà : cette reprise s’imposait-elle ? L’œuvre a-t-elle vieilli ? L’auteur a pris de l’âge. On dit que la vieillesse en impose. Sans doute. Mais La jeunesse dispose… ».
Pour Emmanuel Demarcy-Motta, cette pièce originale très peu montée depuis sa création par Antonin Artaud en 1928, est admirable à plusieurs points de vue. Et il souligne la liberté du  thème  : la place de l’enfant qui,  comme chez Frank Wedekind, vient faire exploser le système familial bourgeois.Juste cause  ou conséquence: le langage est, ici,  déconstruit.
L’association des mots et des idées donnant une dimension poétique et surréaliste à la pièce écrite entre les deux guerres,  et premier  volet  d’un triptyque de Roger Vitrac qui comporte aussi Le Coup de Trafalgar et Le Sabre de mon père . Victor est une œuvre qui, selon lui, questionne le rapport de l’homme à la société et à son histoire, dans un pays qui a une  indéniable capacité à effacer les fractures qui saliraient la belle dimension française…
Par ailleurs,  le metteur en scène a souligné l’indispensable évolution de son travail ,avec une même troupe d’acteurs mais  au contact de différents publics, et s’est  réjoui de la  reprise  de son Rhinocéros de Ionesco qui poursuit son exploitation aux États-Unis. C’est aussi dans un souci d’extension à un plus  large public (14.000 spectateurs) que cette pièce a été présentée au Théâtre de la Ville, et non au Théâtre des Abbesses.
Enfin, comme il n’oublie pas ses nouvelles responsabilités de directeur du Festival d’Automne, il  a défini une politique culturelle  que ne renierait pas  Jean Vilar, avec  la quête d’un public de tout âge et de toute origine sociale, (grâce à des programmations au 104 ou au Théâtre Monfort), et  dont les  ambitions  artistiques sont comparables à celles du mythique théâtre des Nations qui, dans les années 60, avait  permis de découvrir des créations étrangères et  des spectacles où régnait parfois le mélange des genres: danse,  théâtre et musique.

Jean Couturier  

Se trouver

Se trouver de Luigi Pirandello, traduction de Jean-Paul Manganaro, mise en scène de Stanislas Nordey.

 Se trouver  se-trouverCette pièce en trois actes, assez peu jouée du célèbre auteur sicilien, a été écrite  en 1932, donc juste après Comme tu me veux  (1929), et  avant Les Géants de la montagne sa dernière pièce (1936). Pirandello mourrait cette même année.
Comme le souligne Jean-Paul Manganaro, ces trois pièces ont été dédiées à la comédienne Marta  Abba. Comme dans un lointain écho, on retrouve le personnage  de la vedette féminine qui semblait le fasciner déjà quelque vingt ans auparavant, dans ce petit bijou de pièce qu’est Cédrats de Sicile, tiré d’une de ses nouvelles.

 C’est, pour faire vite, l’histoire de Donata, une jeune comédienne, très brillante, qui s’est consacrée entièrement à son métier mais qui va tomber amoureuse d’Ely, un beau peintre qui exige qu’elle abandonne la scène pour lui, lui  qui déteste le théâtre. Deux carrières artistiques dans une couple  font rarement bon ménage, et quand, en plus il s’agit de deux disciplines aussi différentes que la peinture et le théâtre.
Comme le dit Nordey, les deux personnages n’ont pas les armes de la raison pour trouver une solution. Dans ces cas-là, on bricole forcément, et l’amoureuse Donata n’ a pas beaucoup de choix possibles; soit rester avec son amant qui déteste le théâtre et , dit-il, l’immense tristesse qu’il cache, soit partir. Dans les deux cas, elle va à l’échec et elle est parfaitement lucide.
On retrouve dans la pièce, surtout fondée sur de longs monologues,les thèmes chers à Pirandello: le théâtre dans le théâtre, la puissance du langage qui devient une arme redoutable quand il s’agit de sauver son identité, et dans une sorte d’acte théâtral, la revendication …C’est  un texte  bien long qui frise souvent avec un manifeste de la pensée théâtrale mais, dans les meilleurs scènes, les mots claquent,  de part et d’autre, avec une cruauté et une brutalité sans concession, un peu comme du Pinter avant l’heure. Pirandello précisait que l’acteur, s’il ne veut pas que les paroles écrites du drame lui sortent de la bouche comme « d’un porte-voix ou d’un phonographe, doit re-concevoir le personnage, c’est à dire, de son côté, le concevoir pour son propre compte ».

 En fait, Se trouver est aussi une réflexion sur le conflit entre le « mouvement » et la « forme », à la fois sur la scène et dans la vie quotidienne; reste à maîtriser sur un grand plateau comme celui de la Colline cette pièce  un peu  bavarde. Stanislas Nordey s’en sort comme il peut, pas très bien au premier acte, avec une mise  en place très conventionnelle et une direction d’acteurs des plus hésitantes; un peu mieux ensuite et les choses s’arrangent plutôt au second acte. Emmanuelle Béart est là,  et elle a une sacrée présence comme Vincent Dissez: ils sont tous les deux convaincants mais on se demande bien pourquoi Nordey les place dans un semi-obscurité. Et, tant pis pour les pauvres spectateurs des gradins les plus élevés qui, du coup, se sentent exclus et s’ennuient. Que Nordey tente l’expérience : il ne verra pas grand chose. Pirandello, c’est indéniable, a besoin d’une certaine proximité avec le public..
On ne comprend pas bien non plus pourquoi le metteur en scène  a choisi de demander à Emmanuel Clolus une scénographie aussi imposante, avec ces hauts murs que l’on déplace à plusieurs reprises comme si c’était une nécessité absolue. Ces partis-pris correspondent peu à Pirandello, d’autant plus que le rythme s’en trouve ralenti, si bien que  le spectacle dure quand même deux heures vingt sans entracte! Comment s’étonner  alors qu’une bande de lycéens, sans doute excédés, aient déserté au bout d’une heure et demi…

 Alors à voir? Oui, si vous voulez découvrir une pièce peu jouée de Pirandello mais qui n’est sans doute pas l’une de ses meilleures  et  en sachant qu’elle comporte quand même de sacrés tunnels et que la mise en scène de Nordey est loin d’emporter l’adhésion.
Donc, à vous de choisir! Et ne venez pas râler, on vous aura prévenus!

Philippe du Vignal

Théâtre de la Colline jusqu’au 14 avril.

Les impromptus

Les Impromptus , texte et mise en scène de Christiane Vericel.

Les impromptus impromptus  Depuis près de trente ans,  Christiane Vericel déploie dans le monde entier, avec sa compagnie Image aigüe,   un magnifique travail avec des enfants venus d’ailleurs, longtemps axé sur des images de grands peintres. Nous l’avions accueillie au Théâtre 71 de Malakoff en 1988 avec Le voyageur sensible, un grand souvenir.
La Maison des Métallos qui déploie une activité salutaire autour de la solidarité rudement mise en cause  par notre président, vient d’accueillir ces Impromptus, élaborés au terme de dix jours de travail avec une dizaine d’écoliers de Saint-Denis.  La salle est bourrée d’enfants très attentifs ,accompagnés par leurs enseignants .
Trois comédiens mènent le jeu autour du thème de la faim. Comme par magie, de petits fruits apparaissent, certains s’en saisissent, aussitôt arrachés par de plus habiles. Il y a aussi la frontière symbolisée par une corde qu’on ne doit pas franchir, interdit d’aller y chercher de quoi survivre. Un  acteur  est habillé  d’une robe à paniers qui dissimule la pitance, et des enfants s’y réfugient.
Cette déclinaison ironique reste toujours ludique, et les images captivent le public. Le débat mené  au terme du spectacle est mené par Christiane Vericel avec une belle écoute autour de questions pertinentes. Au croisement de l’humanisme et de l’exigence artistique…

Edith Rappoport

Maison des Métallos

www.image-aigue.org

Image Aiguë 2 place des Terreaux 69001 Lyon, Tél 04 78 27 74 81

e-mail :contact@image-aigue.org

Ma chambre froide

Ma Chambre froide par le Puppentheater Halle d’après Joël Pommerat, mise en scène de Christoph Werner.

   Ma chambre froide ma-chambre-froide-300x156Les marionnettistes du Puppentheater de Halle, avaient découvert les textes de Pommerat en 2008 avec Cet enfant et une collaboration s’était  engagée entre les deux compagnies pour élaborer un nouveau spectacle en adaptant le texte au cours des répétitions.
Dans une grande surface commerciale,  le patron,  tombé malade, lègue la propriété à ses employés. Estelle, silencieuse et dévouée,  est prête à tout pour maintenir un bon climat de travail, elle nettoie les rayons qui ont été salis avant la fermeture, elle traduit le sabir incompréhensible d’un employé chinois…Devant ce legs inattendu qui n’est pas le seul,  puisque le patron leur transmet aussi deux autres entreprises, les employés hésitent, puis acceptent,  de peur de se retrouver au chômage.
Estelle joue un rôle important: elle s’est mise en tête de répéter avec ses collègues une pièce de théâtre sur leur aventure, pièce qu’elle souhaite présenter à leur ancien patron, avant  qu’il ne disparaisse. Mais la tâche est au-dessus de leurs forces, les entreprises font faillite les unes après les autres,  et Estelle devra donc renoncer à son projet. Il y a un extraordinaire travail de manipulation des marionnettes, et certains rôles, comme celui d’Estelle et des principaux employés,  sont joués  à vue…Le mélange est troublant, on ne parvient pas toujours à distinguer les marionnettes des acteurs.
Après Les Marchands et La fabuleuse Histoire du commerce (voir Le Théâtre du blog), Pommerat attaque de façon lucide les problèmes qui ravagent notre société. Mais dommage:le banc de surtitrage gêne quelque peu la lecture du texte  qui a quelques longueurs.
..

Edith Rappoport

Théâtre Paris Villette
theatredelamarionnette.com

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