Les deux nobles cousins

Les deux nobles cousins, d’après Shakespeare et Fletcher, mise en scène de Sara Llorca.

Les deux nobles cousins les-deux-cousinsLa Grèce de Shakespeare engendre de nobles chevaliers : Palemon et Arcite sont jeunes, beaux, valeureux, loyaux. Contre leur cœur, ils combattent aux côtés de leur oncle, le tyran Créon, face à Thésée, le bon et juste athénien. Vaincus, et sauvés, ils trouvent en prison le paradis de l’amitié, jusqu’au jour où… Ce « jour où » cela bascule, ce n’est pas seulement la mécanique théâtrale de la pièce, c’est aussi le fond de l’affaire : le destin nous joue des tours: qui perd gagne, et la Roche tarpéïenne est proche du Capitole.
Au-delà du lieu commun, il y a, dans la collaboration entre le vieux Will et le jeune Fletcher, une méditation mélancolique, une invitation à se méfier des sentiments extrêmes et de l’aveuglant. Avec démonstration in vivo  : devenus rivaux, les deux parfaits amis sont prêts à s’entretuer, la fille du geôlier devient folle, et le sage Thésée à du mal à suivre : exécuter les coupables ? Les gracier ? Les dieux trancheront le débat. Quant à Hippolyta, la libre et vaillante Amazone, elle entre dans le stéréotype féminin, en intercédant auprès de son époux.
Ce n’est pas l’une des pièces majeures de Shakespeare (et Fletcher). C’est pour cette raison que Sara Llorca l’a choisie, dit-elle : façon d’aborder modestement le roi absolu du théâtre. Et si le début du spectacle est trop bruyant et rock n’roll pour qu’on entende quoi que ce soit, l’énergie demeure et tout s’éclaire peu à peu. Les jeunes acteurs – également vaillants danseurs – ne lâchent jamais leur affaire, au paroxysme des sentiments, lancés comme sur une piste de cirque.
Les nuances n’ont pas ici leur place, y compris du côté de la fille du geôlier, sorte de Phœbé (voir As you like it) naïve et poétique. C’est souvent drôle, haletant, l’adaptation réalisée par Denis Lorca coupe droit à travers champs. La scénographie de Charles Vitez est fonctionnelle, efficace. Tout cela est cohérent : Sara Llorca « assure », comme on dit , en exploitant le minimalisme qu’elle s’est donné pour règle. Qu’elle continue à se faire confiance et se permette plus de complexité. Mais telle quelle, la pièce vous fait passer, au grand galop, une bonne soirée.

Christine Friedel

Théâtre 13/Seine, accès par la ligne 14 (Bibliothèque) – 01 45 88 62 22 – jusqu’au 29 avril

 


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