1980

1980 , une pièce de Pina Bausch par le Tanztheater Wuppertal.

1980  photo-4Comment parler d’un spectacle de Pina Bausch décédée voici trois ans déjà, comment faire passer une émotion qui va au-delà de mots forcément réducteurs. Pourtant 1980 fait partie des spectacles plus étudiés par les universitaires,  chercheurs et  metteurs en scène du monde entier. 1980,  joué en 1982 puis repris au Théâtre de la Ville,  garde toute sa force, trente ans après.
Peter Pabst créait alors sa première scénographie:un gazon qui couvrait tout le plateau avec, par moments, des tables, des chaises, un harmonium sous le regard d’une biche naturalisée en fond de scène.
Le terme de “théâtre dansé” prend tous son sens: la danse n’est pas au premier plan et le spectateur assiste à des moments de vie de ces acteurs-danseurs. Dans  Pina Bausch, histoire du théâtre dansé, Raimund Hogue écrit:  “Ces mouvements en apparence individuels et cependant universels ne sont pas plaqués dans une histoire (de théâtre), ils sont ici l’histoire elle-même, ils renvoient à des signes clairs d’une vie vécue et non vécue”.
Crée, l’année de la mort de Rolf Borzik, scénographe et mari de Pina Bausch, la pièce est marquée par le deuil et l’absence: les cicatrices du passé  et de l’enfance sont immédiatement visibles. Cicatrice est le terme qui définit le mieux ce spectacle, qu’elle soit superficielle ou profonde, physique ou psychologique.Parfois, l’organe touché cicatrise mieux quand on ne le suture pas, la cicatrice est douloureuse ou hypertrophique; elle devient autonome du corps et a sa propre vie. C’est ce que nous donne à voir 1980.
Pour y parvenir,  Pina Bausch faisait travailler ses danseurs sur leur propre mémoire sensitive ou corporelle. L’enfance alors surgit sous forme de confessions intimes avec un vécu de passé heureux ou triste. Des couples ou des groupes se forment, mais la solitude finit par dominer chacun des danseurs. Le spectateur a le droit de ne pas adhérer à ce qui se passe sur scène, parfois de façon répétitive, durant trois heure trente, c’est aussi peut-être une façon de se protéger.
A part quelques scènes traitées avec humour et une farandole récurrente qui va à la rencontre du public, l’ensemble du spectacle a une tonalité douce amère. Pourquoi les images de créateurs comme Pina Bausch ou Tadeusz Kantor bouleversent-elles le public  au point qu’il reste imprégné à vie? Parce que son inconscient est sans doute atteint. Découvrir le Tanztheater de Wuppertal au Théâtre de la Ville  n’est pas des plus faciles ; la location est  toujours complète. Il ne faut pas hésiter alors, si possible, à aller le voir ailleurs, en France ou en Europe, ou mieux à Wuppertal…

Jean Couturier

Théâtre de la Ville jusqu’au 4 mai.

 


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