Les onze mille Verges

Les onze mille Verges de Guillaume Apollinaire, adaptation et mise en scène de Godefroy Ségal.

  En 1907, jeune employé de banque, fait publier  un roman dit érotique, Les Onze mille Verges chez un imprimeur d’ouvrages clandestins de Montrouge. Réputé par ses thèmes sulfureux, c’est  le récit  des aventures d’un prince roumain Mony Vibescu, aventures assez pimentées, lors d’un voyage à Bucarest puis à Paris et enfin en Chine où il mourra des suites d’une flagellation opérée par des centaines de soldats pour n’avoir pas tenu sa promesse de faire l’amour à une jeune femme vingt fois de suite.
 Les onze mille Verges onzemille Il y en a pour tous les goûts: copulations en tout genre, sadisme et  masochisme surtout mais aussi  onanisme, sodomie jusqu’à plus soif, partouzes,homosexualité, pédérastie, vampirisme, scatophilie, etc… Et Apollinaire  ne se prive pas, avec une écriture virtuose,  de remettre le couvert , ou plutôt  le lit. Godefroy Segal s’est pris de passion  pour  » cette écriture de liberté, une écriture libérée, une écriture exutoire, le joyau hallucinant d’un halluciné ». (…) « Pour qui? Un public averti et interdit aux mineurs même accompagnés ».
On veut bien mais la louange est un peu surdimensionnée et  très, franchement à l’heure où la majorité des dits mineurs, garçons comme filles,  ne se prive pas d’aller voir des films porno sur internet, cette recommandation  semble quand même un peu désuète!

  Cela dit, sa  mise en scène, extrêmement précise,  et sa direction d’actrices sont exceptionnelles d’humour et de jouissance du verbe. Enfermées dans un cube de film plastique pendant une heure et demi, où assises ou allongées dans toutes les positons érotiques possibles, emperruquées et vêtues de robes noires absolument  transparentes, Géraldine Asselin, Barbara Ferraggioli, Nathalie Hanrion, et Mathilde Priolet  font un travail de premier ordre: rythme, gestuelle, diction: tout est impeccable et Godefroy Segal a eu raison de confier ce conte à ces quatre jeunes femmes qui jouent  le second degré avec gourmandise.  Le public disposé tout autour  des trois côtés   sur deux rangées, est ainsi installé en position de voyeur.
Les meilleurs moments sont ceux où l’une d’entre elles juchée sur un cube dit le texte, tandis que les trois autres exécutent sur un matelas central les figures sexuelles imposées. Sperme, urine, merde et enfin sang  jaillissent de gourdes en cuir jusqu’à gicler sur les quatre parois en  film plastique,  et les coups de cravache n’épargnent guère un bel oreiller rouge.
On est tout près de la performance  et  le spectacle peut faire penser à celles des actionnistes viennois comme Günter Bruss, Otto Muehl, Herman Nitsch, Rudolf Schwarzkogler et leur rituel du corps, sans oublier en France Michel Journiac ou Gina Pane. Ce  cube dû au peintre  Jean-Michel Hennecart, même s’il n’a rien de très écologique  puisqu’il faut le refaire chaque soir, est  une belle invention scénographique.

  Mais ces Onze mille verges auraient sans aucun doute été beaucoup plus convaincantes si Godefroy Segal avait eu une paire de ciseaux ; passée 45 minutes, le texte d’Apollinaire, sans doute scandaleux pour son époque et pour les suivantes puisqu’il n’a plus été interdit qu’ à partir de 1970! est assez répétitif… et on s’ennuie quand même un peu. Il y a heureusement  ces quatre formidables comédiennes !
  Alors à voir? Oui, mais surtout pour elles et la mise en scène de Godefroy Segal.

Philippe du Vignal

Maison de la Poésie jusqu’au 22 avril et ensuite du 23 mai au 3 juin.  Et Quatre vingt treize de Victor Hugo également mise en scène de Godefray Segal  du 2 au 20 mai.


Archive pour avril, 2012

Les Serments indiscrets

Les Serments indiscrets

Les Serments indiscrets Les_Serments_IndiscretsAnne-Marie Lazarini reprend Les Serments indiscrets de Marivaux Pour le spectateur, c’est un plaisir acidulé,  un mélange de subtilité et de goût âpre : se laisser embarquer à n’en plus finir dans les méandres du sentiment amoureux qui se fraie un chemin vers la révélation tout en restant empêtré dans des atermoiements mortifères et peu constructifs.
Ce moment unique de régal verbal et scénique est  dû  à Marivaux bien sûr, mais à une direction d’acteurs soutenue et efficace . Originaux, ces personnages: Damis et Lucile, promis au mariage par leur père et réfractaires d’emblée à un tel projet. Le jeune Damis (Arnaud Simon, spontané et fervent) veut tout simplement vivre sa vie et ne veut pas qu’on le précipite dans un mariage qui bousculerait sa tranquillité. Sa vision des femmes est donnée une fois pour toutes :  elles se ressemblent toutes, superficielles, inconséquentes et désinvoltes. Ce préalable  vau jusqu’au jour où Damis rencontre précisément celle qui lui est destinée, l’honnête et authentique Lucile (Julie Pouillon, juste de sensibilité qui joue en alternance avec Alix Bénézech). La jeune et sage demoiselle de son côté a fait savoir par sa suivante, Lisette (Frédérique Lazarini), qu’elle ne voulait épouser un homme qu’elle n’a jamais vu. Mais voilà ! L’amour surgit quand on ne l’attend pas, et nul des deux « joueurs » ne veut s’aventurer à  un aveu avant le partenaire, et  attend que l’autre  se déclare le premier. On est pleine de pudeur quand on est femme, et le jeune maître ne veut pas se soumettre non plus sans garantie.
C’est un thème durable que celui de la fragilité des serments d’amour et de la vanité d’une promesse destinée à séduire. Traditionnellement, les serments ne sont que des mots, et les mots que du vent. Comment capturer la parole sincère ?
La vérité des sentiments est objet de craintes et de doutes  chez Damis, mais surtout chez  Lucile qui empêche longtemps son amoureux  de se déclarer, d’autant plus qu’une petite sœur facétieuse, Phénice (Isabelle Mentré) rôde entre les deux ; et aussi un valet coquin, Frontin (Cédric Colas), qui trouve  un heureux arrangement avec Lisette ! Que de circonvolutions, que de retards dans les aveux, mais tout ira vers un dénouement heureux. Les serments et les promesses ont été mis à mal par nos deux héros. Démolisseurs en règle de la rhétorique amoureuse,   mais le serment implicite reste sacré.

Véronique hotte

 Théâtre Artistic-Athévains, jusqu’au 29 avril 2012. T: 01 43 56 38 32

Roméo et Juliette

Roméo et Juliette de William Shakespeare, traduction de François Laroque et Jean-Pierre Vilquin, adaptation et mise en scène de Ned Grujic.

Roméo et Juliette  Rom%C3%A9o-et-Juliette-@Yann-Rossignol » Voici quelques années, lorsque la guerre civile éclata en ex-Yougoslavie, le pays de mes racines, chaque peuple reconquit le territoire de ses origines et de nombreuses familles se brisèrent sous l’influence de haines ancestrales », dit Ned Grujic  qui se pose la question de savoir si l’amour a le justement le pouvoir de surmonter les haines séculaires, comme celles des Capulet et des Montaigu…
Vieille question qui a toujours été profondément ancrée dans tout pays comme une fatalité.Il nous souvient que, dans les années 1960 au cœur de notre bonne vieille France, une vieille dame m’avait conseillé d’aller voir une notaire qu’elle considérait comme tout à fait compétente pour  m’aider à régler une affaire personnelle mais elle  m’avait demandé  surtout de ne pas lui dire que je venais de sa part … Car, avait-elle dit, nos familles  sont brouillées à la suite d’ un grave différend dans les années 1810!

 On peut comprendre que Ned Grujic ait été tenté d’inscrire l’histoire de ce jeune  couple maudit à peine sorti de l’adolescence,  dans le climat de cette guerre des Balkans., où il oppose « l’esprit rigoureux et très orthodoxe des Montaigu à l’exubérance tsigane des Capulet », avec des musiques au violon et à l’accordéon et des chansons ». Mais reste à savoir comment passer de la note d’intention à la mise en scène… Et là, on est bien loin du compte!
 Il y a, en fond de scène,  la photo projetée d’un immeuble en ruine où officient, de temps à autres, trois Parques vêtues de noir. Bon, le symbole est un peu gros mais pourquoi pas? . Mais l’ensemble de la scénographie, (qui ne ressemble pas du tout à la photo) et les lumières (rouges quand Tubalte meurt) – mieux vaut ne pas parler des costumes!- est d’une laideur absolue qui plombe le spectacle dès le début. Et Ned Grujic a bien du mal à diriger ses acteurs qui récitent souvent leur texte et se mettent à crier sans raison, les combats sont mal réglés, et l’interprétation des plus  inégales. Bref, on ne voit pas très bien ce que l’on peut sauver de ces deux heures  longuettes…
Seule, Carole Deffit (Juliette) a une véritable sincérité et le grand  mérite d’ être une Juliette  souvent émouvante, loin des stéréotypes habituels. Mais  on se demande comment elle peut être amoureuse d’un Roméo aussi inexistant (lequel des deux Roméo de la distribution, ce n’est pas précisé!). L’amour est aveugle mais quand même….Il y a aussi Franck Vincent (Frère Laurent) qui réussit à rendre tout à fait crédible la scène du mariage, grâce aussi à la belle présence de Claire Mirande (La nourrice).
En fait, les seules autres scènes qui peuvent être sauvées du désastre sont celles du bal chez les Capulet et, à la rigueur, celle de la mort des deux amants , où, tout d’un coup,il se passe quelque chose de fort, et les moments d »accordéon et de  violon.

 Mais pour le reste, cette mise en scène de Roméo et Juliette à la sauce slavo/tsigane, reste bien médiocre et renforce encore les défauts de cette  pièce mythique qui a souvent surtout à la fin et malgré  quelques belles scènes, de sacrées allures de mélo.

Philippe du Vignal

Théâtre 14 jusqu’au 22 avril.

Violet

Violet de Jon Fosse, mise en scène de Bérangère Ventusso.

Violet  violetLa metteuse en scène propose  une version  originale et pertinente de Violet. Etrangeté de cette création scénique! Les marionnettes, manipulées à vue (et c’est brillamment réussi) sont les interprètes d’ados qui veulent créer un groupe de rock, et qui répètent dans une cave peu accueillante d’un immeuble sans âme. Mais elles sont beaucoup plus grandes et plus imposantes que les manipulateurs qui leur prêtent leur voix avec respect. Quant aux  adultes, ils sont aussi représentés  beaucoup plus petits …
Belle métaphore: la vie s’étire loin devant pour ces jeunes gens projetés dans l’avenir, d’où leur grande taille, mais les marionnettistes, les gens de théâtre et  les spectateurs-doués de sagesse et d’expérience-sont réduits à un futur  limité…La pièce s’adresse d’abord, avec force et délicatesse, aux jeunes qui, sont comme les protagonistes, de la même tranche d’âge.
Violet parle de la difficulté d’être jeune,  aujourd’hui comme hier : comment savoir ce que l’on est, ce que l’on veut,  ce que  l’on aime.  Comment faire la part de son identité et de celle de l’autre, agressif parfois, hostile, voire  ennemi … Tout en  gardant, malgré tout, son calme et sa ligne de conduite.
Bérangère Vantusso a bien dirigé son équipe avec solidarité et  complicité: des valeurs  grâce auxquelles peut  aussi se construire une jeunesse. Le manipulateur, seul ou non,  reste à l’écoute de son « jeune », le dirige, l’assied, lui fait jouer de la guitare ou de la batterie, toujours attentif et  indulgent. Ce  que devrait être tout adulte, face à une jeunesse fragile et impatiente.
Mais Jon Fosse ne donne pas de solution pour créer un art de grandir : il laisse libre cours à  ses personnages qui se construiront finalement seuls, condition sine qua non pour  qu’ils parviennent  à une maturité digne de ce nom. Marguerite Bordat  qui  a créé ces marionnettes qui nous ressemblent beaucoup,  et les manipulateurs: Anne Dupagne, Guillaume Gilliet, Christophe Hanon, Sébastien Lenthéric, Junie Monnier, Philippe Rodriguez-Jorda,  ont tous beaucoup de talent et d’humilité.
Un pari d’envergure réussi.

Véronique Hotte

 TGP de Saint-Denis (Festival Villes) jusqu’au 15 avril, puis en tournée.

Le poème, terre de la langue arabe

Le poème, terre de la langue arabe

Pour une anthologie de la langue arabe

 

 

« J’ai construit un mur immense pour me séparer de mon peuple : certains ont pensé que j’avais peur et que je cherchais la protection d’un mur, mais ces imbéciles n’ont pas imaginé que j’aime mon peuple et que ce mur sert à le protéger de ma colère ». Zakaria Tamer, Ecrivain syrien vivant à Londres. 22 février 2012.

La quatrième et dernière édition de Le poème, terre de la langue arabe est, pour la seconde fois consécutive et en écho aux révolutions du Moyen-Orient, mobilisée par l’actualité.
Trois soirées, trois programmes donnent à entendre de nouveaux poèmes à l’encre à peine sèche.La Syrie s’impose aujourd’hui comme une évidence. Le message poétique est précédé d’un message politique,  en présence de l’actrice et militante, Fadwa Suleiman, arrivée quelques jours auparavant de Homs, via la Jordanie sur la défensive , et avec l’aide de la France.
Avec quelques intellectuels, elle s’était rendue à Homs dès le début du siège et fut considérée là-bas comme quelqu’un de normal, y compris dans les quartiers conservateurs musulmans : » Le peuple m’a adoptée, protégée, ils ont vu que je partageais leur sort, les tirs, l’eau et le sel, tout ». Sa tête a été mise à prix (cinq millions de livres syriennes) et la sécurité de ses proches menacée mais elle témoigne et vient porter leurs messages devant le monde.
L’Association Souria Houria,  qui soutient la révolte du peuple syrien, L’Appel d’Avignon à la solidarité avec le peuple syrien lancé l’été dernier,  et l’Odéon-Théâtre de l’Europe, ont organisé cette rencontre-débat qui vise à révéler, au-delà de ce que rapportent à gros traits les médias, la réalité des combats. Engagée au tout début de la révolte avec une poignée d’autres amis et dès les premières manifestations de Damas, Fadwa Suleiman appelait à une révolte pacifique. « Combat perdu  aujourd’hui « , dit-elle. « Le peuple syrien a voulu refuser les armes, il s’est trouvé abandonné face à la machine de guerre et contraint de passer de l’autodéfense à des actions offensives ».
Si le gouvernement et les partis religieux cherchent à déstabiliser la société syrienne et tentent de récupérer le mouvement, Fadwa Suleiman confirme que les protestataires syriens appartiennent à toutes les communautés du pays. Son acte de foi : « La Syrie, pays porteur de civilisation, s’est soulevé pour la liberté, la libre expression, la démocratie, l’Etat de droit. Sa détermination est forte, il est prêt à payer le prix fort ».
Elle lance un appel aux intellectuels, aux artistes, pour être aux côtés du peuple syrien, aux côtés de la liberté et pour s’opposer aux politiques qui montent les peuples les uns contre les autres :  » Je rêve d’un temps où les peuples se retrouveront loin des politiques. Je rêve d’un monde sans combat, sans mort, sans tuerie, sans violence « .
Ses contacts avec les réseaux d’intellectuels et d’artistes dans le monde la désigne naturellement comme interface pour l’Association des artistes syriens, constituée comme force d’opposition. Elle affirme être à la recherche d’un lieu emblématique à Paris, pour que la Syrie libre puisse culturellement exister, un lieu de rencontre, de rapprochement, un lieu pour la paix, « loin de la culture imposée par le régime », consciente qu’il faut aussi « faire tomber le régime à l’intérieur de nous. La guerre, poursuit-elle, a engendré une nouvelle écriture, de nouveaux styles en dessin, littérature, poésie, chansons, en dépit de la répression  de  toutes les formes d’expression ».
Rendez-vous est donné par Emmanuel Wallon, universitaire engagé pour le soutien à la Syrie, mardi 17 avril, jour anniversaire de l’indépendance du pays, pour une manifestation nommée La vague blanche (voir  ci-dessous). Au-delà de la couleur-symbole, le blanc, cette vague, geste pacifique de résistance, signifie qu’elle doit s’étendre à d’autres villes, à d’autres pays ; et montrer que l’opinion internationale n’en peut plus d’être ce témoin passif et qu’un jour, les assassins devront être jugés.
Après cet Appel de Fadwa Suleiman face au drame syrien, apostrophe indirecte aux candidats à l’élection présidentielle française, un moment fort précédant les lectures, la quatrième édition du Printemps arabe s’ouvre à l’Odéon. La lecture chorale du poème de Mahmoud Darwich, Si nous le voulons et sa mise en musique rattrape le spectateur là où il en était resté lors de l’édition précédente.  » Nous serons un peuple, si nous le voulons, lorsque nous saurons que nousne sommes pas des anges et que le mal n’est pas l’apanage des autresNous serons un peuple lorsque nous respecterons la justesse et que nous respecterons l’erreur « .
Un canapé, deux pupitres, une chaise pour le joueur de oud et compositeur, Moneim Adwan. Une actrice de langue arabe, Hala Omran qui a aussi participé à la préparation du spectacle, et deux acteurs de langue française : Arnaud Aldigé, debout au pupitre, donne des repères  sur les événements, comme un conteur et Jean-Damien Barbin, en duo avec la comédienne, marque le tempo. Les textes sont en arabe et en français;  la conception et mise en scène sont de Wissam Arbache.
Malgré les drames sous-tendus par le contexte politique, les trois soirées sont enlevées, à la fois graves et bon enfant, chargées d’émotion et néanmoins joyeuses. Textes et musiques, contemplations poétiques, blagues et témoignages se succèdent, doublés parfois d’images, caricatures et dessins, petits films, rapportés des différents pays accomplissant leurs révolutions, au Moyen-Orient. Le salon Roger Blin de l’Odéon est plein, attentif et concentré.Hala Mohamed, écrivaine syrienne est présente :  » Le temps n’est plus aux gerbes de myrte »,  écrit-elle. « Une stèle après l’autre, il abat les sépultures et ne veut en garder qu’une seule pour lui « .
Les statuts type Face book interpellent :  » Dites à la liberté que nous sommes venus  » ;  » Et si la liberté était notre enfer ? «  ; « Un oiseau dans la main vaut mieux que dix sur la branche « . Abdel Aziz Mohamed, d’Egypte écrit :  » Nous pensions que nous en avions fini avec les soucis .La lune n’est pas complète dans le ciel, cette nuit « . Hazem Al Azmet, de Syrie :  » Dans un matin époustouflé de printemps, les assassins sont encore libres, là-bas « . D’autres poètes :   » Le paradis ? Un peu plus loin  » ; « La vague a dit…  » ; « Attends-tu que ta révolution saute par la fenêtre ?  » ; « Le présent est un œil dont les prunelles ont été amputées « . « Je parcourrai cette longue route jusqu’au bout de moi-même « .
Un autre poème de Mahmoud Darwich, Plus rares sont les roses, succède aux recommandations du Manuel du tyran arabe pour les Nuls, d’Iyad El Baghdadi, savoureux et tragique. La voix des femmes avec des chants populaires à Damas,  le visage caché pour ne pas être reconnues, apportent de l‘humanité et la séquence  a été  filmée,  » La mort plutôt que l’humiliation  » ; « Laisse mon sang devenir rivière « .
Chanson égyptienne adressée par la révolution égyptienne aux Syriens :  » Comme les vagues de la mer, mes blessures ne se referment pas ». Chant de résistance enfin, avec Norma Braham, grande chanteuse syrienne, invitée à monter sur le plateau rejoindre l’équipe ; c’est un  moment de grâce improvisé, a-capella :  » Oh ma mère ! Je pleure l’amour. L’espoir est en les hommes « .

Brigitte Remer

Odéon-Théâtre de l’Europe, Salon Roger Blin, du 11 au 13 avril.

Rassemblement pacifique,  Une vague blanche pour la Syrie, mardi 17 avril à 19h à l’Esplanade des Droits de l’Homme (Trocadéro)..Chaque personne portera un signe blanc : vêtement, objet, symbole sur lequel sera marqué : STOP !.. De nombreuses personnalités y participeront. (www.vagueblanchepourlasyrie et www. souriahouria.com)

 

 

 

Les Travaux et les jours

Les Travaux et les jours de Michel Vinaver, mise en scène de Valérie Grail.

  Les Travaux et les jours reavaux-et-joursLa pièce de Michel Vinaver qui reprend le titre du texte d’Hésiode a été écrite en 77 par quelqu’un qui connaît bien le monde l’entreprise privée puisqu’il a été longtemps PDG de Gillette, et créée par Alain Françon.  Trente cinq ans déjà: un autre monde sur le plan social et économique…  L ‘ordinateur n’existait pas, les services après-vente réparaient  les appareils défectueux ou en panne, et  de nombreuse petites entreprises françaises  fonctionnaient encore comme une famille, avec ses passions et ses jalousies entre les personnes comme entre les services.  On ne parlait pas encore de mondialisation mais il y avait déjà des « restructurations », comme on disait pudiquement,  avec des regroupements d’entreprises.
  Quelques armoires à rideaux, trois bureaux avec de gros téléphones jaunasses à  cadran , montés sur bras télescopiques. On est dans le service après-vente de  l’entreprise familiale Cosson, synonyme de tradition et de qualité,  qui  fabrique et vend des moulins à café  électriques. Mais les temps commencent à être durs et  Beaumoulin, une grosse boîte concurrente  va sans doute bientôt racheter Cosson.
Il y a là, vivant ensemble depuis pas mal d’années,  les deux cadres: Jaudiard, le chef  de service un peu autoritaire qui supervise, et  Guillermo,   qui s’occupe des appareils envoyés pour réparation. Et les secrétaires: Yvette,la plus âgée, Anne et Nicole, toutes les deux amoureuses de Guillermo qui gèrent les appels des clients.
Bien entendu, ce microscosme est fait de relations à la fois professionnelles mais aussi plus personnelles, avec ses amours et ses nostalgies à un moment où l’entreprise va  être profondément bouleversée. La pièce, qui n’a guère vieilli, est parfois un peu longue mais très  intelligemment faite de répliques qui partent dans tous les sens, avec une rare qualité d’écriture , où le comique et la tendresse se croisent sans arrêt, puisque l’on est à la fois dans les relations de travail et dans le plus intime de chaque personnage.
Le  texte, sans véritable dialogue,  ne comporte guère  de didascalies pour éclairer le metteur en scène.
Mais Valérie Grail sait faire et remplit le contrat ;  Cédric David, Luc Ducros, Agathe L’Huillier, Julie Ménard, Mireille Roussel sont  tout à fait crédibles dans ces  personnages de petits employés, à la fois touchants dans leur maladresse, et profondément drôles, mais les comédiens ne tombent jamais dans la caricature . De ce côté-là, Valérie Grail les a bien dirigés.
Mais il y a pendant ces 90 minutes, une sorte d’uniformité dans la représentation quelque peu gênante,  un ton qui reste le même et qui va davantage  du côté du comique. C’est peut-être un parti pris mais on semble parfois égaré chez les Deschiens, alors que Vinaver met aussi l’accent sur la violence inhérente aux restructurations  qui vont bouleverser inévitablement les relations dans le personnel au sein de l’ entreprise Cosson.

  Valérie Grail aurait intérêt à resserrer les boulons de ce côté-là  et à nuancer les choses . Mais cela devait aussi aller mieux quand elle aura quitté le grand plateau du Théâtre Jean Vilar où tout se perd un peu, pour la scène plus intime du Lucernaire où la pièce devrait être  davantage mise en valeur.
On devrait aussi mieux entendre aussi la diversité des langages, insérés les un dans les autres, dans le superbe travail d’orfèvrerie de Vinaver . Les Travaux et les Jours,  c’est  aussi en effet une formidable plongée poétique dans le monde de l’entreprise: c’est plutôt rare au théâtre et cela vaut donc le déplacement.

Philippe du Vignal

Création au Théâtre Jean Vilar de Vitry-sur-Seine puis reprise  au Lucernaire du 25 avril au 2 juin du mercredi au samedi à 21h 30.

Abilifaie Leponaix

Abilifaie Leponaix texte et mise en scène de Jean-Christophe Dollé.

  Abilifaie Leponaix Abilifaie-Leponaix-01Abilifaie Leponaix… Cela a un petit air de mot inventé par un poète surréaliste, et rappelle le titre d’un spectacle de Jérôme Deschamps et Jean-Claude Durand à Chaillot, Baboulifiche et Papavoine. .. Mais non… c’est juste le nom de deux médicaments les plus courants pour soigner, si tant que faire se peut, la schizophrénie.  Inspiré de notes et de témoignages réels, le texte, issu de notes d’un psychologue,et de témoignages sonne toujours juste; c’est une sorte de balade dans l’ univers mental de  Maxence, Antoine, Soizic, et Ketty, quatre malades atteints de schizophrénie que l’on voit vivre dans un hôpital de jour. Schizophrénie, faut-il le rappeler, signifie étymologiquement coupure de l’esprit, et non dissociation de la personnalité, comme on l’entend trop souvent. Et il y a, sans entrer dans les détails, différentes  formes des schizophrénie.
  Le malade, tout à fait conscient de son mal-être, peut entendre des voix et a des relations souvent difficiles avec son entourage. Par exemple, Maxence entend la voix de Dieu et s’enveloppe de plastique pour protéger son corps, et Soizic voudrait ne plus entendre celle de sa mère. « Les cris, les hallucinations, les voix qu’on entend, tout ça, c’est simplement pour se rassurer, une manière de lutter contre les résistances du monde », dit aussi Ketty avec beaucoup de lucidité. Quant à Antoine, il dit simplement : « Être fou, c’est mal. Ah! Bon?  J’ai fait quelque chose de mal, moi? « . Mais tous sont enfermés dans un mal-être persistant, en proie à des images qui les poursuivent sans cesse. On les sent terriblement seuls à l’intérieur d’eux-même mais aussi entretenant une sorte, non pas d’ amitié mais du moins  de complicité entre eux. Tout cela est finement interprété. Jean-Christophe Dollé ne prend pas vraiment parti, même s’il dénonce, à juste titre, le recours parfois un peu facile à ces nouvelles camisoles de force que sont les molécules chimiques.
  Sur le plateau, juste l’essentiel pour le jeu: un petit rideau brechtien à lamelles de plastique blanc , et quelques fauteuils tubulaires comme on en voyait autrefois dans les hôpitaux. Il sont là, tous les quatre, terriblement présents, à vivre leur vie quotidienne,enfermés chacun dans leur univers impénétrable, à quelques mètres de nous. Malgré une musique qui surligne un peu trop, malgré aussi quelque fois un sur-jeu dont on pourrait faire l’économie, Jean-Christophe Dollé sait donner vie, dans sa mise en scène,  avec beaucoup de pertinence et de sobriété,  aux malades de  cet hôpital de jour nommé L’Espoir présent.
   Le climat devient vite lourd et chargé d’émotion, mais le public reste très attentif et semble en totale osmose avec ce qui se passe sur le plateau. Plus fort  qu’un « spectacle », Abilifaie Leponaix est une invitation à réfléchir sur cette forme de maladie mentale, très handicapante, difficile à maîtriser,  et  qui atteint plus de à 0,5 % de la population- les hommes davantage que les femmes- des pays riches, plus exposés, semble-t-il, que ceux des pays pauvres.
….La petite salle du Ciné 13 est bourrée; ce qui n’est quand même pas du tout  une raison suffisante pour mettre des tabourets dans les allées… au mépris de toute de sécurité. A bon entendeur,  salut.

Philippe du Vignal

Ciné-Théâtre 13 1 avenue Junot  75018 Paris 18e;  les  Mer, jeu, ven, sam : 21h30. Dim : 17h30

Hans was Heir

Hans was Heiri de Zimmermann et  Perrot

 Hans was Heir HansWasHeir-604-604x442-300x219 Hans was Heiri  peut être traduit par «  Du pareil au même ». Ce spectacle visuel,  parfaitement réglé, rencontré un vrai succès public. et  les cinq artistes de cirque et danseurs se livrent totalement dans une  folie sincère. Dimitri de Perrot joue  sa musique en direct. Une scène circulaire en position verticale tourne tel un moulin dont les ailes contiendraient quatre pièces où peuvent se mouvoir chacun des comédiens. Passé le premier effet esthétique et parfois drôle, chacun des protagonistes joue sur des variations dans la  verticalité…  mais ce dispositif s’épuise vite. Le reste de l’espace est occupé par des cadres de porte et des assemblages en bois, semblables à des meubles  en kit, qu’utilisent les acteurs

L’ensemble du dispositif n’est utilisé que dans sa fonction première, les portes servent à entrer ou sortir!  Quant aux  morceaux de bois,  reconstitués, ils figurent des tables! A aucun moment, le danseur ne se confronte au matériau, il l’utilise, sans rechercher des contraintes d’où  pourrait survenir quelque chose de neuf, comme  une poésie de l’absurde. ce que l’on ne ressent pas ici, d’où  une  sensation de vide. Les images de ce manège vertical ou de ce jeu à l’horizontale ne véhiculent pas de sens. Reste  une performance de musiciens et d’ acteurs qu’il faut  souligner.

Jean Couturier

Théâtre de la Ville;  le 17 avril  à Compiègne, et du 9 au 12 avril  au Volcan du Havre       

ZAT Celleneuve

ZAZAT Celleneuve zat-celleneuve-1332515004-21181T! Zone artistique temporaire à Celleneuve les 7, 8 et  9 avril, à Montpellier.

C’est la quatrième Zone Artistique Temporaire pour explorer l’Imaginaire Urbain: des spectacles et des surprises urbaines dans l’espace public, sur l’initiative de Pascal Lebrun-Cordier. Avec le soutien de la ville de Montpellier, deux ZAT ont lieu chaque année en automne et au printemps.
Aux antipodes d’un festival fréquenté par des hordes festivalières, la ZAT accueille des spectacles insolites dans l’espace public de  quartiers de la ville. Marionnettes, cirque, théâtre, danse de rue, cinéma-concerts, ateliers d’écriture étaient accueillis dans le beau quartier périphérique de Celleneuve, village ancien ouvert sur une rénovation urbaine réussie, avec de jolis immeubles blancs de trois  étages, au milieu d’un  parc. Une nouvelle ligne de tramway venue du centre ville, venait d’être inaugurée la veille. Un public très jeune et diversifié,plutôt local , se promenait à la découverte de l’inattendu fort bien organisé.

Cooperatzia, parcours spectacle  par le Collectif G. Bistaki de Toulouse.

Ce collectif de cinq danseurs jongleurs « s’offre depuis quelques années des récréations créatives afin de bouleverser le quotidien artistique en innovant la manière de rechercher”. (Voir le Théâtre du Blog Festival d’Aurillac août 2011). Soit une procession de cinq étranges personnages en redingote militaire, la tête hérissée des mêmes tuiles qui couvrent les toits de Celleneuve, suivis par une foule nombreuse, dont les enfants traînent eux aussi des tuiles en laisse. Il y a plusieurs arrêts autour de petits châteaux construits en tuiles, puis,  un lancer de sacs à main que les comédiens/danseurs  projettent en l’air pour s’en coiffer. Avec une habileté impressionnante.  Deuxième arrêt frontal:  ils nous emmènent face à un  grand espace où sont disposées des tuiles, qu’ils  déplacent comme par magie dans une marche silencieuse.
Enfin nous allons plus loin nous asseoir   pour un final avec un credo inspiré de Georges Bistaki (1884) : “rester vierge malgré tout”. Ce cirque chorégraphique de beaux danseurs a hanté la plupart des grands festivals depuis 2010.
À Celleneuve, ils se sont inspirés de Léo Malet, romancier et poète surréaliste,  né  dans ce village en 1909 et  qui avait publié un poème, Le grand désert vert en 1937 : »Prends le miroir dans un sac de femme. Caresse-le. Promène-le perpendiculairement aux images dont tu veux avoir le secret. »

www.bistaki.com

Camelia et son pianiste par la  Compagnie du  Boustrophédon.

Créé en 2008, par un couple d’artistes- Lucie Boulay comédienne et   Daniel Masso, pianiste. Issus de la compagnie Remise à neuf, ce spectacle de 20 minutes d’une marionnettiste en équilibre ironique sur son fil, accompagnée au piano, séduit le jeune public. Lucie Boulay, coiffée de noir, porte en son giron Camélia, marionnette de 72 ans qui accomplit des prodiges d’équilibre surprenants. On est surpris  quand on découvre une très jeune fille qui se démasque à la fin du spectacle,.
www.boustrophedon.fr

Rictus, errance poétique dans les rues de Celleneuve, de Christophe “Garniouze” Lafargue, musique de François Boutibou, d’après Les Soliloques du pauvre de Gabriel Randon dit Jehan Rictus.

« Garniouze »  a commencé dans le métro en 1989, puis a travaillé avec Okupa Mobil, avant de passer 15 ans aux côtés des inventeurs du Phun, avec Pheraille qui a produit le spectacle. Il incarne Rictus, alias  Gabriel Randon, formidable poète qui a  vécu l’errance des rues pendant sa courte vie de  1887 à 1933, dont Les Soliloques du pauvre publiés  ont été bien souvent montés.
Il nous emmène dans  cette errance poétique, traînant derrière lui, dans les vieilles rues de Celleneuve, une poubelle où sont inscrits des poèmes  mâchant superbement cette langue étincelante, suivi par François Boutibou et son ordinateur qui fait résonner en musique les poèmes de Rictus…
“Quand je passe triste et noir, Y-a pas d’quoi rire, Faut voir rentrer les boutiquiers, Les yeux dans la gueule en tire-lire, Dans leurs comptoirs, Comme des banquiers,(…) Laissons les flemmards à leur flemme, Y m’dégoûtent mes contemporains (…) Dors, laisse tout ça s’organiser, V’là dix ans que tu t’débines (…) Dormir, j’dormirai l’instant où j’la rencontrerai (…) J’ai fait l’Jacques moi et par trop (…) Dormir et plus jamais s’couvrir (…) La femme en noir, la sans pitié, et faire qu’enfin y-ait du bon, pour l’gars qui rôde à l’abandon (…) J’ai des envies, des besoins, c’est la faute aux grands magasins, moi j’veux vivre ma vie, et souffler mais pas dans dix ans !”

Il est  rare de déguster cette belle langue d’une actualité encore brûlante dans notre siècle égoïste,  où l’on croise encore tant de gens à l’abandon, proférée par un bel acteur qui a créé ce  Rictus au dernier Festival d’Aurillac .

Tombé de la lune ciné-concert d’Harry Langdon, musique de Roberto Tricari.

Roberto Tricari, accompagné par  deux musiciens, met en musique des dessins animés des débuts de Walt Disney, avant de donner une belle résonance musicale à Tombé de la lune d’Harry Langdon perdu dans une course hallucinante à travers l’Amérique, pour  séduire la fille du patron dont il est amoureux. Malgré le froid régnant dans le beau parc Dioscoride cette nuit là, on se laisse séduire.

Edith Rappoport

LE 6ÈME JOUR

    Le 6 ème jour, écriture, scénographie, mise en scène de François Cervantès et Catherine Germain.

Il y a longtemps que l’on connaît Catherine Germain qui a été aussi une  très bonne  Médée d’Euripide, mise en scène par Laurent Fréchuret. Elle avait créé à la fin des années 80, qu’elle a depuis tourné un peu partout,   ce personnage d’Arletti, un  clown, sans véritable identité sexuelle, qui a quelques difficultés avec son corps mais aussi avec le texte d’une conférence  sur la Genèse qu’il doit prononcer. Il arrive, couvert de  deux imperméables mastic , et couvert de deux chapeaux, dont il va accrocher les deux premiers au porte-manteau. Sa démarche plutôt du genre chaloupé, comme sil n’avait pas bu que de l’eau, il prend dans un vieille serviette à soufflet les dossiers du  texte de sa conférence qu’il a quelque mal à remettre  en ordre.
   Et pendant  quelque vingt minutes, il essaye de lutter contre un environnement hostile, notamment cette table de conférence trop haute pour lui.Il a le visage comme fatigué et des  cheveux/ lambeaux de tissu noir à pois blancs et des godasses aux pieds qui l’empêchent de marcher correctement.
  Et il va essayer d’expliciter les très fameux versets de la Genèse:  » Au commencement,  Dieu créa les cieux et la terre…Et il en arrive péniblement à ces fameux  4 ème, 5 ème et 6 ème jour où Dieu se mit  à créer d’abord les oiseaux, les monstres marins, les poissons puis le bétail, les reptiles, les animaux sauvages et enfin, cerise sur le gâteau, l’homme et la femme.  Il est là, tout sourires , d’abord absolument silencieux, essayant malgré tout de rester digne mais maladroit, pathétique conférencier incapable de s’y retrouver dans ses papiers, Puis, Arletti se lance dans un commentaire  aussi délirant que poétique de cette fameuse Genèse avec un superbe humour.Gestuelle, diction, gags: tout est impeccable et réglé au millimètre, et sans la moindre vulgarité.
  Certes, le spectacle a été depuis longtemps  rodé mais quel foi, quel métier pour créer ce personnage hors norme dont la relation avec le public est assez rare, et il y avait  un petit garçon au premier rang, qui avait  un rire inextinguible, très contagieux, pour le plus grand bonheur du public.
 Il est rare de voir une pareille osmose entre  Arletti, ce  clown, plutôt féminin quand même,  une gestuelle et un texte  d’une intelligence aussi aiguë. C’est dire que François Cervantès et Catherine Germain  ont  signé là  une mise en  scène, un texte et une direction d’acteurs d’une exceptionnelle qualité. On sort des 70 minutes  de ce sixième jour, assez émerveillé par ce spectacle « populaire » au meilleur sens du terme. Et quand, à la fin, dans un bruit de tonnerre, une pluie de petits morceaux de papiers tombe sur la scène, alors qu’Arletti se réfugie sous sa haute table de conférence, il y a comme de la nostalgie dans l’air. Vraiment , un spectacle comme on en voit rarement.
  Attention, la salle n’est pas immense et Catherine Germain n’est pas là pour très longtemps… Mais n’hésitez pas à y emmener des enfants: il sont ravis.

Philippe du Vignal

Théâtre de la Cité internationale jusqu’au 22 avril.

Du 10/04/2012 au 22/04/2012
20h00 : mardi, jeudi, vendredi, samedi
17h00 : mercredi et dimanche
Relâches : lundi 16, mardi 17

 LE 6ÈME JOUR 6EMEJOUR5

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