Notre Commune

Notre Commune,  Histoire méconnue racontée sur un char, création collective des Lorialets, écriture et réécriture sur la base d’archives de Caroline Panzera et Mathieu Coblentz, mise en scène de Caroline Panzera

 

Notre Commune Notre_Commune  Notre Commune, c’est  un feu d’artifice de couleurs et de lumières, un brasier furibond, une « île enchantée », non plus versaillaise, mais foncièrement révolutionnaire,  du nom du gouvernement révolutionnaire de  Paris en 1871.
Une Commune mise à mal par M. Thiers et falsifiée par l’histoire telle que l’ont enseignée, les pouvoirs successifs, bourgeois conservateurs et réactionnaires.
Mais, auparavant, elle aura admirablement vécu,  cette Commune, dans la lutte et l’opposition, le combat, la mise à sang et à sac de la bêtise et du mépris, pour le surgissement de la vie et de la liberté, la reconnaissance du peuple et de son destin.
La proposition des Lorialets : se réapproprier, 140 ans après, ( 1870: la France  est envahie par les Prussiens, l’empire de napoléon III s’effondre , une paix honteuse qui cède à l’Allemagne l’Alsace et la Moselle, le peuple de paris, scandalisé qui fonde une Commune indépendante, qui promulgue,  entre autres,  la séparation de l’Eglise et de l’Etat, l’école laïque et obligatoire…) Insurrection qui sera vite réprimée dans le sang. Mais cette page de notre Histoire, les programmes scolaires de la Troisième République n’autorisaient que quelques lignes sur cette  insurrection urbaine prétendument terroriste et diabolisée.
Avec Mathieu Coblentz et Vincent Lefevre, comédiens et bateleurs absolus – l’un loquace, et l’autre muet mais efficace accessoiriste, le spectateur ne s’ennuie pas, dans  l’air frais, à la Cartoucherie  de Vincennes, après  avoir suivi le char tonitruant et pétaradant de ferraille noire de la troupe luciférienne.
Il suffit de se laisser aller à l’écoute chronologique et circonstanciée des faits :une vraie leçon d’histoire vivante… Mathieu Coblentz, avec sa belle moustache, est un communard qui n’en finit pas de raconter sa haine de ceux qui regardent le peuple de haut. Un bonimenteur, un faiseur de tours, de farces et d’escamotages, causeur et chanteur, la lippe pendante, la haine dans les yeux et la grâce méchante et virile dans l’allure, la volonté de se défendre en défendant les siens, son peuple méconnu et sa famille mal-aimée. Un feu foudroyant  le public , certainement coupable, à ses yeux, d’ignorance et de négligence, de laisser-aller dans la perte des valeurs républicaines. Suivez son regard ….
Mais les vraies vedettes du plateau sont Louise, un char et Michel, un tracteur-tiens, une sonorité familière !. Sur Louise, se tient la patte d’éléphant énorme de la Bastille, une vraie maison du peuple. Apparaissent en désordre, des marionnettes , des affiches, des dessins, des aplats pour Favre et Bismarck, et des marionnettes encore  de l’armée citoyenne, du prélat, du peuple, mais aussi des confettis, et  des chansons.
Écoutez et suivez le bonimenteur qui vous ragaillardit, quand il chante La Canaille de Joseph Darcier et Jean-Baptiste Clément : « Dans la vieille cité française existe une race de fer/Dont l’âme comme une fournaise a de son feu bronzé la chair./Tous ses fils naissent sur la paille, pour palais ils n’ont qu’un/ taudis. C’est la canaille! Eh! bien! J’en suis. » Quel plaisir d’être du public et de partager la verve et l’énergie constructive de cette canaille-là.
Une mise en scène inventive de Caroline Panzera pour cette Commune qui fera mémoire enfin..

Véronique Hotte

La Cartoucherie Théâtre du Soleil, jusqu’au 15 avril, et ensuite  du 15 juin au 1er juillet, les vendredi et samedi à19h et le dimanche à 14h. . www.theatre-du-soleil.fr. Puis Aux Virevoltés en Normandie le 14 juillet;  et le 22 septembre à Carros (06).


Archive pour avril, 2012

Mesure pour mesure

Mesure pour mesure, de William Shakespeare, mise en scène de Thomas Ostermeier, traduction allemande de Marius von Mayenburg, surtitré en français.

Mesure pour mesure mesure-pour-mesureCette pièce de Shakespeare est plus troublante que le genre où on la catalogue, une comédie, par les éléments dramatiques qu’elle contient. Derrière ses aspects légers, il y est question de vérité, de justice, de mort, de rédemption. Elle parle du politique et du pouvoir.
Vincentio, duc de Vienne, annonce que ses affaires l’éloignent de la ville quelque temps et confie ses pouvoirs à Angelo, chargé de faire régner l’ordre dans la licencieuse cité.
Ce gouverneur par intérim apprend qu’un certain Claudio, outrepassant la morale, a fécondé sa promise avant le mariage… Angelo, fort de sa mission, et en vertu d’une loi pourtant obsolète, condamne Claudio  à mort. Sa jeune sœur, Isabella, qui entre dans la vie monastique, plaide sa cause auprès d’Angelo et tente de le sauver.
;;Pendant que le public s’installe, acteurs et musiciens prennent possession du plateau. Comme s’ils s’échauffaient ou se concentraient, ils circulent dans la pénombre, se saluent, échangent quelques mots. Leurs vêtements vont du costume cravate aux tenues les plus excentriques. L’identification des rôles en est troublée et nous cherchons nos repères : le personnage en caleçon blanc qu’on dirait sorti d’un hammam, est Claudio (Bernardo Aris Porras). Angelo (Lars Eidinger), en costume cravate et gants blancs, a des airs de grand adolescent et  Isabella, (Jenny König) la future nonne, quelque chose d’une infirmière. La prestance et l’aura de grand ténor désignent le Duc Vicentio (Gert Voss).
Autour des protagonistes, Lucio, sorte de bouffon truculent des Saturnales (Stefan Stern)   ironise à propos de Claudio: »Une sirène l’aurait pondu »; Escalus,(Ehrard Marggraf) a l’air d’un fonctionnaire; le prévôt (Franz Hartwig) remplit son office. Ils font penser aux comédiens d’Hamlet, au château d’Elseneur.
Une cour carrée de palais, bordée de sofas: le lieu, aux murs recouverts de carreaux vieil or, fait penser aux bains turcs et l’eau jaillissant d’un tuyau devient une arme et un langage entre les personnages. Au centre du plateau, gît un lustre qui, plus tard, suspendu, deviendra un Golgotha pour Angelo.  Quelques marches relient la scène à la salle. L’aire de jeu est ainsi, à la fois intérieure et extérieure.
La pièce commence par une partition baroque, les acteurs face public, portés par une cantatrice (Carolina Riaño Gómez) et deux musiciens, (guitare Kim Effert, trompette Nils Ostendorf) développent un chant choral qui rythmera aussi  l’action, à d’autres moments.
En l’absence de Vincentio, et quand la faute de Claudio est publiquement, dévoilée, Angelo se place en justicier : « J’ai un pouvoir « dit-il. S’ensuivent deux scènes de grande intensité entre Angelo et Isabella, où la jeune novice cherche à sauver la tête de son frère: supplication, essai de conviction, provocation et séduction. Claudio lui propose alors la grâce de son frère… au prix de ses faveurs.
Cela tient de la lutte et du pas-de-deux. Angelo, assis sur un prie-Dieu comme sur un trône, l’écoute avec attention: « Je suis sur la voie de la tentation » reconnaît-il jusqu’à l’écœurement, au sens physique du mot. En parallèle au chant le plus pur de la cantatrice, la métaphore du porc nous est présentée d’une manière très réaliste: la moitié d’un animal dépecé est accrochée au lustre, image du pourrissement, transfert de l’état d’esprit d’Angelo ? “Tu n’es, dit-il, que le pantin de la mort, tu rames pour la fuir”. Le metteur en scène joue de contrastes.
Après la première audience avec Isabella, Angelo s’accroche à son tour au lustre, comme un cochon pendu, moitié Christ recrucifié, moitié larron. L’image est forte. La danse des bouffons ne le déride pas. Prostré, il reste méditatif.
Seconde audience et nouveau tête-à-tête entre Angelo et Isabella qui se prosterne et implore. »La punition est fixée par la loi », dit Angelo, qui, de manière apparemment détachée,  se fait de plus en plus pressant : « Ton humeur change avec la lune », ajoute-t-il.
Encouragée par la cour des bouffons, Isabella cherche à gagner du temps et use de tous les arguments. Angelo perd alors patience et courtoisie. Sa colère explose, il arrache le  voile de la jeune femme, la poursuit et l’agresse au  jet d’eau : « Le pêché qui sauverait la  vie de Claudio, ne serait-il pas aussi charité ? » hurle-t-il de dépit. Il la tire comme une poupée de chiffon et la serre dans ses bras. Cynique et violent, il provoque sa féminité, la plaque au sol, avec le porc décroché du lustre comme traversin. Il marque, au-dessus du vêtement blanc, son pubis, d’un trait rouge du sang animal, comme on signe au fer rouge un troupeau. Le symbole est fort. Isabella réplique avec la même violence, et transperce son bourreau d’eau et d’insultes: « Porc impudique  » lui  jette-t-elle, en lui crachant au visage.
Chaque action, dans la mise en scène de Thomas Ostermeier, se construit avec subtilité et intensité, telle une chorégraphie. L’anomie succède à la précision métronomique qui règne sur le plateau, à la suite de plusieurs coups de théâtre : l’exécution de Claudio dont Angelo a donné l’ordre. »Faites-moi porter, dit-il, la tête de Claudio avant cinq heures ». Le sac qui lui est remis ne contient que la tête du porc découpée devant le spectateur, seul dans la confidence ; l’apparition de Mariana, ex-fiancée d’Angelo, ombre parmi les ombres, rôle tenu par Claudio lui-même, masqué, et enfin le retour du Duc que l’on annonce comme imminent.
Quand il  arrive et que lui sont contés les frasques de Claudio et sa mort, l’épreuve de l’innocence livrée par Isabella et les dérives d’Angelo, tous les récits se croisent. »Le pire monstre peut avoir l’air juste et immaculé » (… ) »Pauvres âmes, vous cherchez l’agneau chez le renard » dit Vincentio. Il ajoute  qu’il n’a jamais quitté la ville, et qu’il en a, travesti en moine, suivi toutes les affaires. Tout se défait, et la pièce tourne alors au vaudeville.
Prêchant le faux pour savoir le vrai, Vincentio distribue châtiments et compliments. « On échange  un Angelo pour un Claudio, mort pour mort, mesure pour mesure… » On est dans la supercherie, le simulacre, la feinte. Qui, finalement, tire les ficelles, qui manipule? Ne serait-ce pas Vincentio qui, reprenant tous les pouvoirs,  s’avance jusqu’à demander la main d’Isabella ?
Les acteurs ne quittent jamais le plateau. Témoins muets, ils sont en observation, chacun sous le regard de tous, comme dans un lieu clos ou sur une place de village. Les moments de grande intensité succèdent aux moments de chaos, de désagrégation, d’électrochocs.
Mesure pour mesure
est un spectacle aux images fortes, contradictoires, subtilement mis en scène. Thomas Ostermeier, directeur de la Schaubühne de Berlin  connaît bien l’univers de Shakespeare  pour l’avoir  déjà monté plusieurs fois (Hamlet, Othello et Le Songe d’une nuit d’été). Le metteur en scène est à la hauteur du défi. Il conduit le spectateur entre luxure et repentir, dans un huis-clos mené de main de maître. Les acteurs, sous sa direction, sont tous éblouissants de naturel et de vérité.

Brigitte Rémer

 Odéon-Théâtre de l’Europe, jusqu’au 14 avril.

La nuit de la veille de noël

La Nuit de la veille de Noël mise en scène de Sergueï Yachine

Richard Martin, le fougueux directeur du Théâtre Toursky, organise chaque année un festival russe, en partenariat avec le ministère de la Culture Russe. Au programme, cette année, deux troupes, le Théâtre dramatique académique russe de Katchalov (Kazan) avec Gloumov d’Ostrovsky et le Théâtre dramatique de Gogol (Moscou), mais aussi quatre films et deux concerts.
Cette Nuit de la veille de  Noël à grand spectacle mobilise 22 comédiens, chanteurs, danseurs, dans un décor immaculé imposant,et  trois grandes marionnettes avec, à leurs pieds,  de petites isbas enneigées. Les amours de Vakoula le forgeron et de Solokha un peu sorcière, sont troublées par le diable, et ils sont pris dans des aventures rocambolesques . Mais tout est bien qui finit bien…
Malgré le faste de la mise en scène, une superproduction devenue rare, et malgré une troupe bien rodée, le spectacle reste d’une grande fadeur, et on est loin de la verve du  Revizor de Gogol. Mais la salle est pleine d’un public familial plutôt ravi. Le spectacle est suivi d’une soirée de cabaret russe interprété par les acteurs de La  Nuit de Noël,  accompagnée d’un bortsch dans le hall du théâtre.

Edith Rappoport

Théâtre dramatique de Gogol (Moscou) XVIIe festival Russe Théâtre Toursky à Marseille

Cent ans dans les champs

Cent ans dans les champs, écriture Hélène Mathon et Benoît di Marco, mise en scène d’Hélène Mathon.

 Cent ans dans les champs mathon_cent_ans__photo_eric_legrand_0488_0C’est comme une sorte de théâtre-documentaire sur cent ans de vie agricole qui prend la suite de Les restent, spectacle qui témoignait d’une ruralité disparue depuis  quelques quarante ans, élaboré à partir du Journal de Josiane, gouvernante dans le domaine agricole des grands-parents d’Hélène Mathon qui avait aussi réalisé ensuite.  Les Côteaux du Gers, film documentaire rassemblant  des portraits d’agriculteurs à la retraite. Donc, l’attachement des agriculteurs à leur terre, le passage de la traction animale- bœufs ou vaches suivant le degré de pauvreté de la ferme,  ou chevaux- puis l’arrivée des tracteurs  dans les années cinquante, puis, dans les années 80, de très puissants tracteurs et de technologies pointues pour contrôler l’amientation animale et les récoltes de céréales, l’arrivée aussi de tonnes d’engrais chimiques et produits phyto-sanitaires, mot élégant pour désigner des saloperies dangereuses pour la santé des utilisateurs. Et la course permanente à la productivité, avec le recours systématique aux engrais chimiques,  encouragée par les tous les gouvernements de façon à diminuer le coût de l’alimentation,au mépris des précautions les plus élémentaires;un nombre de vaches toujours de plus en plus  important si  un agriculteur veut tout simplement survivre dans un monde sans pitié, totalement contrôlé par les banques et par l’industrie des engrais. Un remembrement trop vite élaboré avec  destruction sans pitié de vieux bâtiments et de haies et le recours systématique aux normes mais aussi aux subventions européennes… La diminution du nombre de petits agriculteurs trop endettés et incapables de résister aux pressions financières étatiques. La mise en place de PAC successives au nom d’un sacro-saint progrès,  et quand même enfin une prise de conscience récente chez les consommateurs et  l’arrivée de la culture bio. Bref, des choses que l’on connaît bien maintenant et depuis un bon moment.
Et cela se traduit comment sur le plateau? Pas très bien. Au sol, des rouleaux de gazon à moitié déroulés, un grand écran où sont projetées des archives de l’I.N.A.  sur l’agriculture des années cinquante. Images fascinantes d’un monde d’hier.  Il y a aussi des  jouets modèles réduits de tracteurs animés par les comédiens et  filmés par une petite caméra… On les regarde, avec passion , comme des enfants,  et on repense aux fameuses pages de Lévi-Strauss sur le modèle réduit. Benoît di Marco, Marion Barché, Elsa Bouchain, Karl Eberhard font leur boulot et, bien dirigés, sont heureusement toujours justes. Mais cela ne suffit pas…  » Nous sommes là, dit Hélène Mathon, avec un peu de naïveté, dans un espace réaliste où les acteurs incarnent les personnages ».
 Avec, entre autres, des extraits  de La France rurale, un formidable livre dirigé en 77 par Georges Duby, des interviews d’agriculteurs qui  sont d’ une lucidité remarquable quant à l’avenir. Il y a comme cela, surtout à la fin des prises de parole fortes et intelligentes. Mais, pour le reste, cet empilement de strates: images, paroles, gestuelles, imitation de Giscard d’Estaing,  n’a rien de très convaincant, et l’on se demande souvent si l’on est dans le premier ou le second degré. Hélène Mathon n’évite pas les stéréotypes du genre coup de rouge  bu à la bouteille ou rondelles de saucisson mangées sur le pouce… A moins que que ce ne soit un rappel historique proche de la caricature, dont on aurait pu faire l’économie…
  En fait, c’est tout le spectacle qui souffre  d’une  dramaturgie insuffisante et qui distille rapidement un ennui  de premier ordre, avec un souci de  pédagogie un peu laborieuse et pleurnicharde . Le plus gênant dans ce théâtre-documentaire, c’est l’absence de prise de position politique quant à l’avenir de l’agriculture française, tous secteurs confondus. Du coup, cela devient vite gentillet et sans grand intérêt.Ces quelque cent minutes sont longues comme un jour sans pain, bio ou pas!
 Alors à voir ? Non, pas vraiment,  ou bien,  ne venez pas vous plaindre ensuite, on vous aura prévenus…

Philippe du Vignal

Théâtre de L’ Echangeur  59 av. du Général de Gaulle Bagnolet  Métro Galliéni jusqu’au 15 avril.

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100 ans dans les champs (bis), d’Hélène Mathon et Benoit Di Marco

100-ans-dans-les-champs-1Pour ceux qui ont presque oublié ce que c’est que la campagne. Pour ceux qui aiment qu’on passe de la vidéo au théâtre, du cabaret au jeu d’enfants. Par exemple, voir se dérouler un tapis de terre qui redessine les champs “remembrés“ et privés de leurs haies, bosquets et autres refuges de la diversité des espèces naturelles ? Se souvenir que “remembrer“, autrefois, signifiait précisément se souvenir, alors qu’aujourd’hui c’est effacer au bouteur (nom académique du bulldozer) la mémoire des siècles passés d’agriculture. Voir l’arrivée d’un mini-tracteur (le mini-cheval de trait étant impossible à réaliser)…

Autour d’un lever du jour, de la parole et de quelques visages de paysans, agriculteurs et non “chefs d’entreprise“ comme le voudrait la PAC – Politique agricole commune ( ?) dont on entend parler parfois le matin à la radio, mais ce qu’elle est vraiment…, on ne découvre pas l’Amérique, comme le fait observer notre ami Duvignal, ni la France Profonde, mais on se la “remembre“, en effet, de façon ludique, en se posant de bonnes questions. Questions qui nous regardent tous : manger est politique, eh oui. Selon que vous serez servis pas une agriculture conventionnelle (merci pour les pesticides toxiques pudiquement nommés “phytosanitaires“), productiviste et sans doute toxique, raisonnée (des toxiques, on en met moins) ou bio (on joue le naturel)… Vous voyez les conséquences. Ce n’est pas un sujet pour le théâtre ? Quel sujet politique et collectif n’est pas pour le théâtre ?
À voir, donc, et avec plaisir !

Christine Friedel

Au théâtre de l’Echangeur, à Bagnolet, jusqu’au 14 avril

La Terre

La Terre de José Ramón Fernández, mise en scène de Rui  Frati, traduction de Marianne Saltiel, adaptation d’Isabel Ribeiro

La Terre  Delphine-Dey-Vincent-Vidal-et-Simon-Pierre-RamonUn des auteurs dramatiques  le plus marquant du renouveau de la scène espagnole,  José Ramón Fernández  a certainement la plume d’un poète et  une  vision dramatique profondément ancrée dans la tradition orale de son pays. C’est surtout le texte qui nous a frappé de cette nouvelle production de La Terre.   Huit voix  interviennent, à tour de rôle , pour chanter et raconter l’histoire de la famille de Pilar et de Juan, une famille  bouleversée par  une  suite de malheurs  qui, une nuit, arrivent à leur comble , dans le pâturage près de la maison lors de la « Feria », alors que  le fils Miguel  se livre au rituel de la tauromachie  dans des conditions interdites et mystérieuses.
Il est  accompagné  d’un vieil ami dont les liens avec la famille sont  à peine évoqués, , un certain « Pozo » qui  n’a pas pu convaincre le jeune homme d’écouter les conseils  de sa mère. Elle aurait voulu que  son fils suive  des stages de tauromachie dans les meilleures écoles du pays pour devenir un grand torero.  La question se pose!  Qui  est responsable de  ces blessures qui ont mis fin aux espoirs du jeune homme et  qui ont  traumatisé  une mère  obsédée par l’avenir de son fils  après la mort d’un mari.  Et encore,  qui est responsable de la colère meurtrière d’une collectivité  prête à  déplacer sa rage sur ce  « marginalisé » étrange , celui qui n’appartient pas à la communauté et  qui devient donc le  bouc émissaire par excellence.  La situation est tendue, explosive, les émotions sont à fleur de peau, 
et la réussite de ce texte extrêmement complexe repose surtout sur la finesse et les trouvailles de la mise en scène, sinon,  on risque de ne rien comprendre. Mais le résultat n’est  pas tout à fait celui qu’on aurait pu espérer.  
Pourtant, grâce au metteur en scène, nous avons bien saisi  la complexité de cette forme narrative qui  tisse des échanges entre les  vivants et les  morts,  entre  les jeunes et les plus âgés, entre le présent et le passé car  chaque personnage se confronte  à lui-même dans un autre temps,  comme  dans un conte traditionnel. En effet,  cette orchestration de voix  s’écoulent entre les temporalités pour  raconter  les douleurs de la mère, les nostalgies de la sœur, l’inquiétude de la belle sœur,  les rêves d’un  vieil ami qui n’est déjà plus de ce monde,  l’enthousiasme du fils, le fierté d’un père mort qui se matérialise  parmi les vivants,   le temps d’échanger  quelques  mots avec son beau-fils et  de danser avec sa femme  Pilar qui ne cesse de penser à lui.
 L’interaction de la parole et des chansons  est très efficace: la douceur de la voix de Maria, la fille adulte,  s’accordait magnifiquement avec les sonorités brésiliennes de la guitare de  Toninho do Carmo ,mettant  en valeur la sensualité des rapports  et la qualité poétique de la langue , sans verser dans les stéréotypes d’une musique flamenco.  Il faut mentionner   Delphine Dey qui incarne une mère  traumatisée  par la disparition du mari et dont le désséchement  du cœur  répond à la sècheresse de la terre, une nature  toujours à l’écoute de ceux qui l’exploite.   Il faut mentionner  Antonia Hayward dans le rôle de la jeune Maria : passionnée, nerveuse, trahie par un amant dont nous  devinons  la présence.  Simon-Pierre Ramon, dans le rôle du frère de Maria, est fort,  rude, coléreux, fier, autoritaire.
Le metteur en scène capte cette  rencontre remarquable entre des présences vivantes, les  ombres insaisissables d’un passé  toujours présent dans le cadre d’un monde issu de l’oralité .   Ici prononcer les mots tels  que la terre,   les cendres,  la  lune, le soleil brillant,  la chaleur et surtout, « torear »  la  nuit de la feria, déclenche  un rituel d’expiation  qui va transformer le monde et  laisser  une famille en ruines.

Le décor,  conçu par Sylvian Barré, révèle  deux espaces de jeu :  un lieu dépouillé, sans volumes, sans accessoires ,  peint  d’ocre, de jaune et de sienne. Il renvoie  à une terre en train de mourir et à un espace où la mort  est déjà là puisque   Miguel  le fils, se prépare  à se  confronter à l’animal!  Voilà cependant   l’espace où  Maria et les musiciens peuvent chanter à partir d’un  future libéré du traumatisme alors qu’à  gauche, des éléments surélevés fournissent   des endroits  d’où les personnages peuvent  observer  la terre et dominer le paysage.  La  scénographie est constamment transformée par le temps puisque l’artiste a réussi la rencontre entre  formes abstraites et couleurs évocatrices d’ émotions  précises.
Mais le jeu  des comédiens, dont certains parlent trop doucement, est inégal.  Par ailleurs,   le  texte qui sonne souvent comme une  partition vocale manque d’énergie et on ne ressent pas  assez l’émergence des moments de  tension dramatique. Nous ne sommes même pas rendu compte que Pozo,  celui qui incarne  « l’autre » suspect,   avait été victime d’une mise à mort sauvage!  On aperçoit les traces d’un corps humain, évoqué par des vêtements par terre , on entend dire qu’il est mort mais la forme et la nature de  cette mise à mort qui  nous semblent  très  importantes, nous ont échappé. A la première, la panne du  système vidéo   a empêché la projection d’images prévues, mais maintenant  ce  devrait désormais  être plus clair.    
Reste un texte d’une très grande beauté  qui  pose d’énormes défis au metteur en scène  le  plus chevronné. On peut féliciter le Théâtre de l’Opprimé de nous  avoir fait découvrir ce  jeune  auteur espagnol  si important .

Alvina Ruprecht

 Théâtre de l’Opprimé, du 6 au 22 avril. 78 rue Charolais T: 01-43-45-81-20.

(BE) AU BOULOT!

 

La Grande clameur , spectacle de la Nef, mise en scène de Jean-Louis Heckel.


  Le monde du travail préoccupe de plus en plus  celui du spectacle. Les écrivains, récemment Rémi de Vos avec Cassé , et  Falk Richter avec Sous la glace nous en ont donné des exemples forts. La Maison des Métallos a choisi d’y consacrer un mois, du 22 mars au 22 avril, en proposant une exposition, des spectacles, des lectures, des rencontres, des projections, autant de regards croisés sur ce thème…
  La grande Clameur, un spectacle de La Nef, Manufacture d’utopies, qui s’inspire d’un évènement réel, la destruction à Pantin, en 1980, de la manufacture des tabacs, Jean-Louis Heckel revient sur le militantisme de ces années de lutte et sur la force de la parole.La manufacture va être « explosée », les ouvriers se sont donné rendez-vous pour faire entendre leur voix, et  passent chercher l’un d’ eux, militant syndical à la pointe de l’action et qui ce jour-là ne répond pas à l’appel. Il refuse l’action, renonce à l’utopie , reste seul avec son compagnon, un mainate bavard qui lui renvoie ses contradictions.
Au centre du plateau, l’appartement de celui qui se retire de la lutte, un manège sur lequel l’homme, une marionnette très réaliste manipulée à vue, ressasse ses illusions perdues. Son mainate-mais un mainate géant-marionnette également manipulée à vue, , s’agite autour de lui, l’interpelle, tandis que l’accompagnement sonore de Pierre Bernert traduit les bruits du monde. Un spectacle insolite, qui nous renvoie aux souvenirs et à la réflexion,  au moment où  les ouvriers des aciéries de Florange arrivent sur Paris après dix jours de marche. Y-a-t-il encore des actions possibles face au cynisme économique?
Parallèlement à  La grande clameur,  la Nef propose, dans le hall de la Maison des Métallos, Appel à tes mains, un ensemble de films courts qui  font parler les mains de ceux qui racontent ce qu’était leur travail. Une très belle idée.
La grande clameur se termine le 8 avril, mais il faut aller à la Maison des Métallos, voir l’exposition qui rassemblent les regards d’une vingtaine d’artistes sur le monde du travail, assister aux rencontres , lectures et projections ainsi qu’aux soirées intimes et sonores proposées par Nicolas Frize,  les 19 et 20 avril .

Françoise du Chaxel


Maison des Métallos, 94 rue J.P.  Timbaud 75011 T: 01 47 00 25 20

Les Papotins ou la tache de Mariotte

Les Papotins ou la tache de Mariotte d’après le journal Le Papotin, adaptation et mise en scène d’Eric Petitjean.

 Les Papotins ou la tache de Mariotte imagesLe Papotin est un journal rédigé et  édité depuis vingt ans-et vingt ans, ce n’est pas rien!- par de jeunes autistes qui  se réunissent  le mercredi de 10 h à midi au Théâtre Le Lucernaire. Avec juste l’idée, comme le dit son rédacteur en chef,  Driss El Kesri, d’apporter chacun un texte plutôt drôle, dans un langage qui lui est tout à fait personnel. D’où le côté quelque peu décalé de cette prose atypique qui a souvent à voir avec le surréalisme, quel que soit le sujet abordé:  politique, société, vie de tous les jours, amours et  émotions diverses des plus intimes aux plus collectives.
Bref, le lot quotidien de la presse quotidienne mais, comme vu au second degré, avec une distance où l’humour, la poésie et la tendresse sont constamment présents.

  Eric Petitjean a donc entrepris d’en faire théâtre, comme aurait dit Antoine Vitez et c’était bien tentant. Il a eu l’intelligence de ne pas vouloir constituer ces textes en fable ou historiette mais de s’en tenir  aux mots d’ origine qui, nous dit-il, ont été prononcés ou écrits, donc bruts de décoffrage. Et c’est sans doute mieux .
Il y  a ainsi quatre personnages: Arnaud, Nathanaël, Carole et Thomas, qui ont un rapport singulier avec le langage. C’est souvent d’une immense drôlerie , surtout quand ils ont affaire avec des gens qui sont d’un  tout autre monde comme ces personnages politiques qu’ils rencontrent, ou quand l’un d’eux se met à  faire des calculs  à une vitesse vertigineuse. Bref, on a la troublante impression de deux mondes inconciliables où l’intelligence, peut être d’une toute autre nature: on parle maintenant, plus que d’autisme,  de troubles autistiques avec des Q. I.  et des difficultés de communication très  variables, mais qui affectent davantage les garçons que les filles.

  Reste à adapter ces monologues ou ces courts dialogues à la scène, ce qui n’est pas une mince affaire… puisqu’il ne s’agit pas du tout  de faire un spectacle sur l’autisme mais plutôt de mettre en valeur une sensibilité et une intelligence parfois rares. Ce que l’on perçoit bien d’autant plus que Silvia Cordonnier, Philippe Frécon, Christian Mazzuchini et Philippe Richard savent s’y prendre pour nous mettre en relation avec cette parole atypique. 
 Mais le spectacle, inégal, souffre d’une dramaturgie assez cahotante, avec, comment dire une sorte d’empilement de petits textes, et l’on a évidemment tendance à décrocher d’autant plus que le syndrome vidéo (mais quand même non figuratif) a encore frappé;  les choses iraient sans doute mieux si Eric Petijean avait fait plus court… Il y a quelque quinze bonnes minutes de trop!
  Alors à voir? Si d’aventure, le spectacle se joue près de chez vous, pourquoi pas,  mais avec les réserves que l’on vous a indiquées.

Philippe du Vignal

Théâtre de la Tempête jusqu’au 7 avril

Les deux nobles cousins

Les deux nobles cousins, d’après Shakespeare et Fletcher, mise en scène de Sara Llorca.

Les deux nobles cousins les-deux-cousinsLa Grèce de Shakespeare engendre de nobles chevaliers : Palemon et Arcite sont jeunes, beaux, valeureux, loyaux. Contre leur cœur, ils combattent aux côtés de leur oncle, le tyran Créon, face à Thésée, le bon et juste athénien. Vaincus, et sauvés, ils trouvent en prison le paradis de l’amitié, jusqu’au jour où… Ce « jour où » cela bascule, ce n’est pas seulement la mécanique théâtrale de la pièce, c’est aussi le fond de l’affaire : le destin nous joue des tours: qui perd gagne, et la Roche tarpéïenne est proche du Capitole.
Au-delà du lieu commun, il y a, dans la collaboration entre le vieux Will et le jeune Fletcher, une méditation mélancolique, une invitation à se méfier des sentiments extrêmes et de l’aveuglant. Avec démonstration in vivo  : devenus rivaux, les deux parfaits amis sont prêts à s’entretuer, la fille du geôlier devient folle, et le sage Thésée à du mal à suivre : exécuter les coupables ? Les gracier ? Les dieux trancheront le débat. Quant à Hippolyta, la libre et vaillante Amazone, elle entre dans le stéréotype féminin, en intercédant auprès de son époux.
Ce n’est pas l’une des pièces majeures de Shakespeare (et Fletcher). C’est pour cette raison que Sara Llorca l’a choisie, dit-elle : façon d’aborder modestement le roi absolu du théâtre. Et si le début du spectacle est trop bruyant et rock n’roll pour qu’on entende quoi que ce soit, l’énergie demeure et tout s’éclaire peu à peu. Les jeunes acteurs – également vaillants danseurs – ne lâchent jamais leur affaire, au paroxysme des sentiments, lancés comme sur une piste de cirque.
Les nuances n’ont pas ici leur place, y compris du côté de la fille du geôlier, sorte de Phœbé (voir As you like it) naïve et poétique. C’est souvent drôle, haletant, l’adaptation réalisée par Denis Lorca coupe droit à travers champs. La scénographie de Charles Vitez est fonctionnelle, efficace. Tout cela est cohérent : Sara Llorca « assure », comme on dit , en exploitant le minimalisme qu’elle s’est donné pour règle. Qu’elle continue à se faire confiance et se permette plus de complexité. Mais telle quelle, la pièce vous fait passer, au grand galop, une bonne soirée.

Christine Friedel

Théâtre 13/Seine, accès par la ligne 14 (Bibliothèque) – 01 45 88 62 22 – jusqu’au 29 avril

Les autonautes de la cosmoroute

Les autonautes de la cosmoroute,d’après Julio Cortazar et Carol Dunlop, mise en scène  deThomas Quillardet

Les autonautes de la cosmoroute 626052-300x198Il semblerait que la poésie, comme le mouvement, se prouve en marchant. Vous partez donc, en groupe, de la Maison de la Poésie, guidé par un Autonaute échappé de l’autoroute Paris-Marseille et du Théâtre de la Colline. Au sort, et selon le bon vouloir de Julio Cortazar, vous êtes tombés chez les Fameux ou les Cronopes. Commencent, en deux styles très différents, les découvertes. Il s’agit tout simplement d’écouter de la poésie, drôle, bizarre, bref,  poétique, en tel ou tel lieu de la ville où s’épanouissent coïncidences et rencontres surréalistes. Paris en fourmille, et les environs de la Maison de la Poésie en particulier (l’ours des tuyaux près du Centre Pompidou, une histoire de montre sous l’horloge en coma dépassé du quartier du même nom…).
Au début, c’est simplement amusant, les comédiens jouant sur de multiples registres, le temps d’un bref attroupement. Moments d’émotion - entre autres – : on nous fait grimper dans une mansarde d’étudiant et nous entasser dans le minimum vital où se concentre le maximum de passion amoureuse et de rêves d’écrivain. Puis, peu à peu, le fantôme de Cortazar se met à nous accompagner, la poésie à se construire vraiment, à nous envelopper.
En une dizaine d’étapes. Place Dauphine (on a pas mal marché), à côté des fidèles danseurs de tango su samedi après-midi, les comédiens de l’atelier de poésie de Claude Guerre nous disent leurs poèmes à l’oreille. Voilà : ça a eu lieu une fois, un « moment », un petit déclic à attraper au vol, l’occasion d’être un vrai touriste dans sa ville, celui qui regard non ce qu’il « faut voir », mais ce qu’il n’a encore jamais vu, mené par l’oreille.
Ce jeu de piste,  était pour les compagnies Jakart et Mugiscué, un moyen de faire tester au public, en petit, quelque chose de leur expérience d’autonautes, inpirée de celle de Julio Cortazar et sa femme Carol Dunlop en 1982. L’idée, c’est de s’arrêter à toutes les aires d’autoroute, de Paris à Marseille, et de les explorer. Ce qui donne un voyage de près de trois semaines. Partage du minibus. Organisation du ravitaillement, de la correspondance : trente ans, ce n’est pas si vieux, la troupe retrouve certains de ceux qui ont alimenté, soutenu, accompagné les deux écrivains. Collectes sonores : on entend les oiseaux ! Statistiques diverses, variées, enfantines et fondamentalement inutiles (combien de voitures rouges en une minute? ). Invasion de fourmis. Danger, il y a des bandits de grand chemin qui attaquent les camping-cars. Une vraie expédition collective sérieuse, donc drôle, ouverte à l’insolite : sous la règle, cherchez l’exception…
Le « rendu » théâtral n’est pas sans charme, avec un  groupe d’expérimentateurs en survêtements orange fluo (ils s‘individualisent peu à peu). Le récit croisé – Cortazar et nous – fonctionne bien. Dans ce registre du théâtre expérimenté sur le terrain – voir les récents Arpenteurs de la Revue Éclair, reine de ce genre de voyages depuis quelques années – on attendait plus d’invention et d’inventions. On prend tranquillement plaisir à ce qu’on nous donne, et plus encore à ce que nous n’aurons pas : l’expédition elle-même.

Christine Friedel

Théâtre National de la Colline – 01 44 62 52 52 – jusqu’au 19 avril

http://www.dailymotion.com/video/xpeki5

Musée du théâtre d’Art de Moscou

Musée du théâtre d’Art de Moscou

Musée du théâtre d’Art de Moscou dans actualites P3180338-223x300A Paris les ballets russes ont transformé la danse du début du XXéme siècle, A Moscou dans cette même période Constantin Stanislavski et Vladimir Nemirovitch Dantchenko ont transformé l’art dramatique. Tout amoureux du théâtre de passage à Moscou se doit d’aller visiter le musée du théâtre d’Art de Moscou au sein de cette institution. Nous y retrouvons les témoignages matériels de cette brillante période. De 1898 à 1998 sont présentés les manuscrits, les contrats, les affiches les maquettes de décors, les costumes et les photographies originales des grandes créations du théâtre d’Art. Nous découvrons avec émotion entre autres, la photo de Constantin Stanislavski dans le rôle de Trigorine dans la pièce « la Mouette » de son auteur fétiche Tchekhov, du même auteur un costume de « La cerisaie » de 1904 devant le symbole du théâtre d’Art évoquant une mouette. Une série de costumes du « Revizor » de Gogol datant de 1921 côtoient l’affiche de la pièce de Boulgakov « Les Jours de Tourbiny » écrite en 1926. Les dernières salles correspondent aux productions de la fin du siècle dernier, avec des photos d’Oleg Tabakov, acteur, pédagogue, metteur en scène et directeur artistique du théâtre d’Art. Cette visite est complémentaire de celle de la maison musée de Constantin Stanislavski ( voir article de théâtre du blog du 5 novembre 2010), comme de la découverte d’une des production actuelle de ce théâtre même si il peut parfois y régner un certain académisme dans le jeu des acteurs et dans les scénographies présentées. La découverte des portraits des artistes russes ayant fréquenté ce théâtre comme la découverte de la salle est aussi passionnante. Une citation de Stanislavski résume l’état d’esprit de ses acteurs «  Lorsque vous êtes sur scène, jouez toujours votre propre personnage, vos propres sentiments. Vous découvrirez une infinie variété de combinaisons dans les divers objectifs et les circonstances proposées que vous avez élaborés pour votre rôle, et qui se sont fondus au creuset de votre mémoire affective. C’est la meilleure et la seule vraie source de création intérieure. »

Jean Couturier

art.theatre.ru

 

 

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