Théâtres politiques en Afrique, du nord au sud !

Théâtres politiques en Afrique, du Nord au Sud !

  Ce colloque international, organisé par l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, le Centre d’Etudes Africaines, l’Institut de Recherche pour le Développement, l’Institut d’études de l’Islam et des sociétés du monde musulman, a eu lieu  les 23 et 24 mai derniers.

Théâtres politiques en Afrique, du nord au sud ! theatrespolitiquesRéunir, le temps d’un colloque, les Afrique(s), du Nord au Sud, a quelque chose de risqué, tant varient les histoires, les positionnements politiques et le rapport à la démocratie, donc la liberté de création et les esthétiques.
C’est ce défi qu’ont relevé deux jeunes chercheuses, Christine Douxami et Elena Vezzadini, en rassemblant des théoriciens et des praticiens issus de différents pays du continent africain, venus parler de leur expérience, en termes de recherche, de groupes de théâtre, d’esthétiques, et de rapport aux public.
C’est Philippe Ivernel, spécialiste du théâtre politique et notamment de Brecht, qui a fait un rappel historique sur ce qui a forgé le concept. « L’agit-prop, qui, dit-il, réduit la situation à sa qualité essentielle, l’allégorie ». Ivernel déroule un petit panorama qui va de la « polis » grecque au Théâtre révolutionnaire de Piscator, du groupe Octobre au Théâtre du Peuple et au Front Populaire jusqu’au Théâtre des Nations, qui accueillit nombre de troupes venues d’ailleurs,  et d’abord d’Afrique.
Dominique Traoré, de l’Université de Cocody-Abidjan, emboîte le pas avec «  Les masques de l’engagement politique dans les dramaturgies contemporaines d’Afrique noire francophone ». Par masques, il entend: » ce qui cache le contenu politique et qui permet aux auteurs de construire des stratégies de repositionnement « . Traoré montre que le théâtre africain est politique depuis 1930,  d’abord par la nécessité qu’il a eu de se libérer du jeu colonial et par  la référence à la tradition qui lui a servi, au départ, à contrer les totalitarismes: « Si les pionniers, dit-il,  sont descendus dans l’arène politique, les plus jeunes ont pris leur distance » et passent, selon l’écrivain Koffi Kwahulé,  » du nous  collectif au je individuel « .
Les Afrique (s), du Nord au Sud:  mille sujets en un : Afrique Subsaharienne, Afrique du Nord, Moyen-Orient, qui  sont les nôtres. On apprend les uns des autres, et la confrontation des expériences prend  toute sa valeur. Lorenzo Lihlgren Grandi, parle du théâtre sous Ben Ali et du manifeste des comédiens transmis aux autorités en 2009, pour fêter Cent ans de théâtre en Tunisie. Lihlen Grandi a choisi comme thème de recherche la contestation dans le monde méditerranéen. Cyrinne Gannoun, coordinatrice artistique du théâtre El Hamra à Tunis présente leur dernière création , The End ,  les objectifs de ce « théâtre de tous les arts« , et ses modes d’action pendant la révolution.
José Pliya, écrivain et metteur en scène béninois, parle du texte de Barack Obama, De la race en Amérique qu’il a monté en Guadeloupe où il dirige la scène nationale et qu’il lit. Alain Ricard, qui a longtemps vécu au Togo, présente plusieurs auteurs dramatiques,  et insiste sur le fait que la question linguistique est profondément politique. Hassan El Geretly, directeur du ThéâtreEl Warsha, premier théâtre indépendant égyptien qu’il a fondé en 1987 et qu’il dirige depuis, parle de la création  dans son pays.
Pierre Fourny, de la compagnie Alis, son partenaire en France, et Nabil Boutros, photographe franco-égyptien,  témoignent du travail effectué. Quatre points mis en exergue :l’indépendance comme anathème, l’évolution du modèle (avatar du théâtre occidental) et les nouvelles sources d’inspiration, le travail sur les cultures vernaculaires, la résistance à l’instrumentalisation de l’art.
Des lectures suivent, dont le Témoignage d’Alia, d’une rare violence, écrit par une sociologue qui inscrit les jeunes martyrs de la Place Tahrir dans la mémoire collective. Fida Mohissen et Ramzi Choukair, metteurs en scène syriens exilés,  soulignent qu’il n’y a chez eux ni tradition de théâtre arabe, ni politique culturelle, ni statut associatif; ils évoquent l’absence de textes mais aussi  la prédominance de« l’Etat, troisième pilier, qui contrôle tout ». Fida Mohissen parle de l’univers théâtral de Saadallah Wannous, un universitaire, critique et découvreur, qui réalisa dans les années 70 une œuvre didactique importante et qui travailla sur l’art du conteur:  » Comme, disent-ils, il s’était approché trop près des gouvernants, il s’y brûla les ailes et on l’oublia pendant une dizaine d’annés ».
Ramzi Choukair présente la plateforme: Arts en Méditerranée qui regroupe: Chypre, France, Liban, Syrie, Tunisie et Turquie, avec, comme objectif, la recherche d’une programmation commune, la formation et le soutien aux lieux alternatifs.
Omar Fertat, de l’Université de Bordeaux, propose une traversée historique du théâtre marocain à travers la variété de ses formes : le psat, forme de théâtre traditionnel du XVIIIème siècle, rite spectaculaire entre culte de Dionysos et commedia dell’arte ; les pionniers du théâtre marocain moderne, nationalistes allant contre tout ce qui rappelle la colonisation, et  le développement du théâtre amateur, « fils illégitime du théâtre marocain«  dans les années 70, le théâtre cérémoniel des années 75, récupéré par le gouvernement ; enfin,  le théâtre comme divertissement, « quatrième art », relié au ministère de la Jeunesse et des Sports, et non à celui de la Culture.
Dorcy Rugamba, acteur, metteur en scène et auteur rwandais, lit un tableau de son admirable texte  Bloody Niggers, ( Sales nègres) expression d’un théâtre épique et poétique contre l’oubli. Cela fait penser  à une suite que l’on donnerait au Discours sur le colonialisme d’Aimé Césaire ou aux Last Poets.
Kagni Alem, qui a obtenu le grand prix littéraire d’Afrique Noire, présente la figure du héros populaire Koukoui Victor, personnage incarnant à lui seul le théâtre traditionnel du Togo, créateur du concept de Concert party joué dans les bars et fondé sur les jeux de mots et le dialecte local, au cours de soirées en plusieurs temps : musiques, sketchs, canevas d’improvisation, danses standard, etc… Et Maëline Lelay parle, elle, de la scène théâtrale en République Démocratique du Congo avec ses problématiques linguistiques, politiques et religieuses, où multilinguisme et théâtre populaire ont déjà une histoire.
Suivit un grand débat sur le thème : « Quel théâtre politique pour quelle esthétique, aujourd’hui ? » entre représentants des Afrique(s), du nord au sud. Du théâtre algérien, on a appris le diseur et le jeu théâtral, les fables entre hommes dans les marchés . On a parlé de double culture et de métissages, et de la nécessité de perdre ses repères, quand on est en tournée en Afrique,  où l’infrastructure et la technique sont souvent défaillantes. On a parlé des mots, des auteurs, du multilinguisme, de la diglossie, mais aussi de la distance nécessaire pour arriver à contourner la censure.
On a parlé de la relation aux signes, des esthétiques des théâtres politiques qui se reconnaissent autant de créateurs que d’esthétiques. On a parlé de formation, de compagnonnage et de transmission. On a parlé de culture et de développement. El Geretly énonce son manifeste : « l’Art, ni pour le développement, ni par le développement, mais l’Art comme Développement ».
Ce colloque international a été l’occasion d’une plate-forme de réflexions et de débats chaleureux. Des lectures de textes ont ponctué ces journées et ont permis  de faire le lien entre théorie et pratique. Que l’on parle du pays d’où l’on vient et où l’on travaille, que l’on ait une position  distanciée, à cause d’un exil choisi ou forcé, l’identité due à une double culture et  l’altérité collent à l’œuvre. La notion du politique, la censure, le double langage, l’ancrage dans des formes traditionnelles déclinées d’un pays à l’autre, ont  été l’occasion de véritables échanges.
Pari réussi pour ces Théâtres politiques en Afrique, du Nord au Sud !

Brigitte Rémer

. Théâtres politiques (en) Mouvement(s), Textes édités par Christine Douxami, édit. Presses Universitaires de Franche Comté – Normes, pratiques et savoirs, col. Les Cahiers de la Msh Ledoux, comprenant un DVD réalisé par Philippe Degaille, 2ème trimestre 2011.

. Des théâtres populaires : Afrique, Amérique, Asie, Europe, édit. Presses Universitaires de Bordeaux, col. Horizons/Théâtre, mars-septembre 2012.

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Archive pour mai, 2012

A louer

A louer par la compagnie Peeping Tom

A louer 201205231480_w350  Le Théâtre de la Ville semble renouer avec son passé, et le décor rappelle l’époque où c’était une salle  à l’italienne qui s’appelait encore Théâtre Sarah Bernardt. De hauts pendrillons rouges ferment le plateau,et sur la scène, juste un piano, un canapé,  et  quelques  fauteuils encore couverts de housses et un lampadaire…
Ce pourrait être le hall d’un théâtre ou d’une salle des ventes. La scénographie constitue un peu le personnage central de cette pièce de danse/théâtre. Les sept comédiens de cette compagnie belge, vont jouer avec ces éléments de décor et y révéler d’autres espaces. Tout est fait pour qu’il perde son sens initial.
”Follow me”: l’ordre est plusieurs fois répété mais il n’est pas facile de suivre ces personnages et l’on s’ennuie assez vite malgré de très beaux moments. A signaler: deux danseurs coréens  qui possèdent une gestuelle exceptionnelle. Et la lumière transforme le lieu en un tableau d’Edward Hopper.
Et c’est à un théâtre d’images de l’inconscient, avec un texte qui participe plutôt de  l’accessoire mais avec  une bande-son très présente. que nous sommes en fait conviés. On se souviendra sans doute du moment magique à la fin du spectacle,  quand un comédien reprend au piano Wild is the wind de Nina Simone, juste  avant que l’ensemble du groupe ne se fige dans cet espace qui retrouve alors toute la force visuelle et évocatrice d’une peinture.

Jean Couturier

Théâtre de la Ville jusqu’au 2 juin   

un musée éphémère au Château de la Roche-Guyon

On emménage au château, un musée éphémère, au Château de la Roche-Guyon.

 un musée éphémère au Château de la Roche-Guyon index

Gérard Titus-Carmel

  Pas très loin de Vétheuil et de Giverny, le château est adossé à la falaise de craie, en  bordure de  Seine. Ancienne forteresse  qui fut la demeure du duc de la Rochefoucauld, elle garde encore un donjon médiéval mais aussi de vastes appartements, avec, pour y parvenir,  un escalier monumental, des salons d’apparat, des chapelles jumelles, une belle bibliothèque, un petit théâtre et de superbes écuries, le tout pur jus 18ème siècle. Et,  en dessous, cadeau de Rommel,  des casemates creusées dans le sous-sol de la falaise.
Enfin, cerise sur le gâteau, un beau potager  fruitier, à la française, cultivé sans pesticides ni engrais de synthèse, qui a été restauré sous le parrainage de Gilles Clément.  Il y a aussi une partie du château  restée propriété des descendants de la famille de la Rochefoucauld qui y résident. C’était un endroit rêvé pour Edgar P. Jacobs qui y a situé l’action d’une aventure de Black et  Mortimer, Le Piège diabolique.

   Spectacles, lectures, conférences se succèdent au château,depuis qu’ Yves Chevalier  en est devenu le directeur. Il  a proposé à Jean Le Gac, peintre lui-même, de réaliser une belle  idée: à savoir réunir des œuvres d’amis, artistes de sa génération, tous  nés de 34 à 47, sauf Paul-Armand Gette le plus âgé, né en 27. Tous des hommes ! et tous vivants , sauf Gina Pane,bien connue pour ses performances,  André Cadere que l’on pouvait souvent voir, marchant dans un métro de la ligne 9 avec  l’un de ses  très beaux bâtons peints ici exposés , Toni Grand, sculpteur,  Jean-Pierre Pincemin et André  Valensi, peintres.
Nombre d’entre eux ont fait partie du mouvement Support/ Surfaces qui  a beaucoup œuvré à mettre en place, dans les années 70, une véritable dialectique entre peinture et théorie. Jean Le Gac- et à ses côtés Evelyne Artaud, commissaire de l’exposition-est donc le « conservateur » de cette exposition, dit Yves Chevallier. Il a lancé des invitations  à (…) ceux qui ont voulu « sortir du cadre » dans les années 70. Avec eux, il a tissé un réseau de relations intimement liées au site. Comme rêver cadre plus adapté à un tel projet que ce stupéfiant grand château vide comme un décor magistral qu’il s’agit sans cesse de réinventer. »

  Il s’agit d’une longue ballade/parcours (une heure et demi), parfois un peu rude(il y a beaucoup de marches d’escaliers) mais souvent passionnante, qui constitue comme une sorte d’histoire, évidemment éphémère, de l’art contemporain, loin aussi d’être exhaustive et qui ne cherche nullement à l’être. Pas toujours facile non plus-aucune pédagogie et c’est sans doute mieux ainsi- mais où chaque œuvre exposée l’a été  avec un soin tout particulier, par Evelyne Artaud.
Soit en contraste: comme  les grands dessins de Jean Le Gac dans la salle de billard.Per una selva oscura II de Daniel Dezeuze (de grosses roues de fer rouillé disposées à même le parquet d’un grand salon dont les mur sont ornés de grands tableaux 18 ème, ou cette Corde à nœuds en nylon  noir  de Claude Viallat qui se détache sur la carrelage blanc à losanges noirs de la Salles des gardes, ou de lui encore,  ce Filet élastique rouge à nœuds bleus tendu dans les écuries..

  Et à l’extérieur la très belle Haie ouverte et colorée de Daniel Buren sur la rampe d’entrée  du  château,   ou encore  L’Échappée belle de Bernard Pagès, grand signal en ferraille tordue,  installée dans le potager.  On pourra objecter que c’est un peu facile cette histoire de contrastes.. Sculptures, matériaux  et couleurs  industrielles du 20ème siècle pour des œuvres non figuratives mises en regard de peintures sur toile aux couleurs naturelles du 18ème siècle. En tout cas, cela fonctionne plutôt  bien. 
  Il y a aussi plusieurs installations tout à fait en adéquation avec des lieux  insolites du château, comme ces Vanités d’Ernest Pignon-Ernest avec autant de sérigraphies de 30 cms x30 cms disposées dans chacune des deux cent niches du pigeonnier, ou cet Autoportrait de La Rochefoucauld, grand dessin  de presque deux mètres, à la pierre noire  sur papier , installé dans le couloir d’un réservoir. On connaît l’aversion d’Ernest Pignon-Ernest pour l’art destiné aux musées et son goût prononcé pour les sérigraphies qu’il va lui-même coller sur les murs des rues comme à Naples. Comme le dit finement Léontine H. , du haut de ses huit ans: « Il a bien raison de faire comme çà! »
« Ou ces autres Vanités I-V de Gérard Titus-Carmel, juste accrochées aux boiseries du couloir des chapelles. Ou encore ce tas  de boules de Jean-Luc Parent, disposé dans le coin d’une casemate au sous-sol. Ou encore cette belle bibliothèque aux  peusdo-libres livres blancs conçue par Alain Fleischer,  installée dans la vraie bibliothèque aujourd’hui désaffectée
.
  Mais il y a aussi, moins convaincantes,  les installations  de François Bouillon,  ou celle de Gérard Collin-Thiébaut sur la terrasse du château… Commencé depuis 2010, ce parcours a été terminé et inauguré en  2012; c’est une collection exceptionnelle qui rassemble des artistes  très différents,  dont le seul dénominateur commun semble bien d’être  à la fois  la rupture de ban avec la peinture ou la sculpture, pour mieux parfois la retrouver ensuite , et une profonde réflexion sur la notion même d’œuvre d’art, que ce soit avec  les artistes précédemment cités, ou avec Louis Cane, Christian Jaccard,  Anne et Patrick Poirier, Patrick Saytour…
C’est en tout cas une exposition qui ne peut laisser indifférent; le seul bémol est un prix d’entrée un peu élevé: 7, 80 euros mais il y a des  tarifs réduits  (mais pas tant que cela!)pour les familles, les gens du coin, et  quand  on va aussi chez Monsieur Monet à Giverny, il y a une remise: c’est la prime à la consommation artistique… On peut toujours, semble-t-il,  aussi négocier avec Yves Chevallier si on y va en groupe… 

Philippe du Vignal

E.P.C.C du Château de La Roche-Guyon
1 rue de l’Audience 95780 La Roche-Guyon T: 01 34 79 74 4 information@chateaudelarocheguyon.fr

Tarif plein : 7,80 € Tarifs réduits:3,70 € handicapés, 4,80€ (étudiants, demandeurs d’emploi), 4,30 € (6-12 ans), 4,80 € (13-18 ans), 3,30 € habitants de la communauté de communes Vexin Val-de-Seine (Amenucourt, Chérence, Haute-Isle, La Roche-Guyon, Vétheuil, Vienne-en-Arthies, Villiers-en-Arthies).Forfaits famille: 22,00 € (2 adultes + 2 enfants), 26,00 € (2 adultes + 3 enfants). Tarifs de groupe. 

http://www.dailymotion.com/video/xpfc12

Je suis une personne

Je suis une personne,  performance de  Camille Voitellier.

  Je suis une personne Je-suis-une-personne-198Cinquante minutes pour cinquante spectateurs par soir, à  une  performance que réalise Camille Voitellier à l’intérieur de deux containers, posés l’un sur l’autre à l’entrée du Montfort. La comédienne circassienne évolue entre ces deux espaces tout au long de son récit, en prenant à témoin le spectateur.
   Des caméras situées à l’intérieur de chacun des containers permettent au public de suivre les allers et retours de l’actrice, qui joue  en alternant sa présence. Mais le récit est dit sans grande variation, et sans puissance poétique: il il faut peut-être se contenter de l’entendre sans l’écouter.
    On regarde ce personnage fragile et dissocié, y compris dans  une gestuelle proche de celle d’une autiste. Camille Voitellier cherche à nous emmener dans son univers, telle une araignée blessée qui tisserait sa toile autour du public sans y parvenir vraiment.
   Le sourire de la comédienne interroge les spectateurs sans trouver de réponse! Seule persiste une réelle fragilité…

 



Jean Couturier

Jusqu’au 16 juin 2012, mardi, mercredi, jeudi à 21h, vendredi et samedi à 19h et 21h. Le Monfort Théâtre, Parc Georges Brassens, 106 rue Brancion 75015 Paris. T: 01 56 08 33 46

Le Théâtre de la Ville: une nouvelle saison…

Le Théâtre de la Ville: une nouvelle saison…

Le Théâtre de la Ville: une nouvelle saison... EDM-300x231Eh! Oui, cela va être déjà  la quatrième saison d’ Emmanuel Demarcy-Motta. Aussi précis qu’énergique, il semble déjà avoir oublié les attaques néo-facistes dont le Théâtre de la Ville  a été l’objet cet hiver et il voit l’avenir avec beaucoup de confiance, à l’image de celle qu’il place dans ses collaborateurs, notamment  ses conseillers pour la danse, Claire Verlet et Christophe Lemaire pour le théâtre, et ceux qui travaillent à l’élaboration des programmes musicaux.
 » Depuis que le Théâtre municipal est devenu en 68 le Théâtre de la Ville, dit-il, on essaye ici de travailler tous ensemble, surtout quand la gestion économique n’est pas des plus simples, et de faire en sorte qu’avec moins d’argent, l’activité principale ne soit pas fragilisée. Et cela, avec  deux plateaux, celui du Théâtre de la Ville et celui des Abbesses. Il n’y a pas de crise du public, c’est sûr,  mais, en ce qui concerne la musique dite classique, si le public -vieillissant-est stable, il n’a cependant pas augmenté comme ailleurs…
Nous avons,  toutes catégories de spectacles confondues, 280.000 entrées, ce qui ne veut pas dire autant de spectateurs différents mais on ne va quand même pas s’en plaindre! Et nous avons vu avec beaucoup de plaisir une nette augmentation du public de moins de trente ans! Ce qui est sans doute aussi  dû à la progression de nos relations avec les établissements de l’Education nationale. Du côté abonnés, nous arrivons au nombre de 15.000, ce qui n’est pas rien et qui, évidemment, facilite nos problèmes de trésorerie.
Cela dit, nous devons assurer du 10 septembre au 10 juillet quelque 90 premières, ce qui est lourd,  et sans restriction par rapport au calendrier des vacances scolaires! Du côté de la programmation, nous avons choisi de favoriser aussi les reprises de spectacles créés par de jeunes compagnies comme,  par exemple, récemment aux Abbesses, cette Vie de Robert Plankett créé au Théâtre de Vanves,  puis joué au Théâtre de la Cité internationale,  ou  des reprises de spectacles comme  Victor ou les enfants au pouvoir, créé chez nous, ou encore les Corneille mis en scène par Brigitte Jaques. Ces différentes reprises peuvent favoriser l’émergence d’un nouveau public… Mais je n’aime pas du tout le mot diffusion, pas plus que celui de maillage du territoire qui a une connotation militaire! J’avais besoin de le dire, maintenant cela va mieux!
La trilogie: danse, théâtre et musique est maintenue et équilibrée  et nous visons de plus en plus l’ouverture aux écoles et collèges, et nous accordons une bonne place aux spectacles en langue  étrangère que nous avons privilégiés et qui correspondent à une demande du public de plus en plus forte, comme, par exemple, ceux du Berliner Ensemble mais nous voulons développer aussi les  tournées à l’étranger, cette année à Istanbul et les Etats-Unis.
Il est aussi important de prendre des risques et de favoriser le travail de grands metteurs en scène comme Claude Régy qui a obtenu un beau succès avec Ode maritime de Pessoa. Je voudrais aussi dire un mot sur les théâtres parisiens avec lesques le Théâtre de la Ville a établi un paternariat comme le Monfort , le Centquatre, le Grand Parquet que dirige François Grosjean, ou encore le Forum du Blanc-Mesnil: au-delà de la solidarité, cela va vers le partage de valeurs communes.
Il y a un autre moment fort chez nous ce sont les chantiers d’Europe où, cette année, des spectacles italiens et grecs seront mis en valeur, avec le soutien financier de la Grèce… ou plutôt celui de la fondation Onassis! Même si on rame un peu quant à la fréquentation du public (environ 30 %!)

Un mot aussi  du parcours enfance très important à nos yeux:  innovation, Bob Wilson créera un spectacle pour les enfants à partir de huit ans. C’est important que les enfants puissent voir des spectacles en langue allemande, arabe, anglaise ou italienne. Même si les enfants du 7ème arrondissement vont sans doute davantage au parc de Thoiry que chez nous! Notre théâtre doit aussi correspondre au changement du monde actuel. Et le développement des liens avec le Festival d’Automne permettra d’accueillir une création d’Heiner Goebbels et un concert de Gavin Bryars. C’est dire que la musique n’est nullement un parent pauvre de notre programmation…
Pour la programmation proprement dite, je ne peux tout citer et vous renvoie bien sûr  au document que l’on va vous remettre. Pour le théâtre, cela va , par exemple, de La petite Douleur de Pinter , mise en scène de Marie Bischofberger,  à  trois pièces de Büchner par  Ludovic Lagarde,  ou  pour la danse, le très fameux Kontakthof de Pina Bausch ou Le ballet de l’Opéra de Lyon avec Faces,  une création de Maguy Marin. »
Les choix d’Emmanuel Demarcy-Motta sont tout à fait cohérents et correspondent bien aux 98 propositions artistiques réparties sur les  trois axes héritées de son prédécesseur Gérard Violette:  théâtre, musique et danse; quant à l’élargissement du public, c’est sans doute un des enjeux les plus importants pour ces prochaines années et qui concernent aussi tous les grands théâtres parisiens.
Cela voudrait dire aussi qu’ils doivent tous s’orienter davantage vers  une relation solide et pérenne avec la banlieue. On en est encore loin! A quand KontakthoffVictor, Woyzeck, à Aubervilliers, au Blanc-Mesnil ou à Saint-Denis? C’est devenu une urgence absolue!  Aurélie Filipetti ne s’est pas encore exprimée à ce sujet mais il faudrait prendre conscience que Paris ne s’arrête plus désormais au périphérique…

Philippe du Vignal

Les quatre Jumelles

Les quatre Jumelles de Copi, mise en scène de Jean-Michel Rabeux.

 Les quatre Jumelles copi-a-la-vie-a-la-mortCela fait déjà presque 25 ans que Copi l’Argentin  est mort des suites du sida; il aurait aujourd’hui 73 ans. Dessinateur et créateur reconnu, romancier, il avait aussi écrit de nombreuses pièces,  dont  Eva Peron où il dénonçait  la dictature imposée à son pays, Une visite inopportune, assez  fréquemment jouée et L’homosexuel ou la difficulté de s’exprimer.
Au passage, rendons à César ce qui appartient à César: c’est Jérôme Savary lui aussi, argentin, qui,  le premier, avait monté de courtes pièces de lui, suivi de Jorge Lavelli, lui aussi argentin.
Copi avait aussi commis ces Quatre Jumelles, sorte de courts faux dialogues sans véritable intrigue ni personnages, qui se termine au bout de cinquante minutes,  plus qu’elle ne finit. Ainsi sans doute l’avait souhaité Copi mais  ce n’est pas sa meilleure pièce, et c’est un euphémisme! A la création, ces Quatre Jumelles,  comme aurait dit  Chirac, dans un langage plus cru, nous avaient  déjà laissé perplexe..

  Le texte  se veut  aussi provocateur qu’absurde et  désespéré; cela parle sans arrêt de mort, de cocaïne ou d’héroïne que l’on s’envoie toutes les trois minutes. Les seringues, les revolvers et les couteaux s’agitent et valsent sans que l’on n’y croit un seul instant ; d’ailleurs,  ce n’est pas fait pour cela, puisqu’on est dans la parodie du crime. Oui, mais cela devient vite lassant!
On est en Alaska chez  les sœurs Joséphine et Leila Smith , qui rencontrent deux autres sœurs, Joséphine et Fougère Goldwashing… On s’injurie copieusement, on  tue, on meurt puis on ressuscite sans difficulté aucune,  dans une sorte de rituel aux attitudes stéréotypées:  « Comment dire la rutilante absurdité de nos vies en assassinant toutes dix minutes, ce qui, avec Copi, provoque un rire aussi inextinguible qu’inexplicable dit Jean-Michel Tabeux(…) Pourquoi rit-on des ébats et des crimes de quatre improbables junkies, aux sexes indéfinis,aux mœurs dissolues, à la méchanceté bien établie, et qui s’entretuent avec joie et constance ».

Mais il y a un petit ennui: nous ne sommes pas obligés d’être d’accord avec Rabeux: « rire inextinguible et inexplicable », sexes indéfinis », « improbables junkies », c’est bien généreux et ce  qui paraissait plutôt dérangeant  et doucement provocateur il y a quelque trente ans, ne l’est plus guère  du tout maintenant. Autres temps, autre mœurs! Et même pas vraiment drôle! Quand Rabeux monte  La Nuit des rois de Shakespeare, c’est autrement plus  comique  et plus savoureux, et, dans un baroque échevelé,  plus décapant…
Bien entendu , il y a comme toujours chez lui, cette formidable direction, rigoureuse et  précise, avec, tous habillés et perruqués de  blanc, des acteurs travestis: Georges Edmont, Marc Mérigot, et  Christophe Sauger impeccables comme l’est Claude Degliame, la seule femme du quatuor.
Impeccable aussi la scénographie de  Pierre-André Weitz en gradins circulaires où l’on n’est vraiment pas bien assis mais bon, cela dure 50 minutes. Avec une petite piste de jeu ronde et  noire au centre du dispositif , éclairée par une grosse boule lumineuse; c’est lui qui  a aussi signé les costumes et les maquillages surréalistes qui sont de grande qualité. Encore une belle installation plastique pour le Palais de Tokyo mais dont on voit mal la véritable nécessité théâtrale…

  Si l’on arrive à sourire parfois, on ne rit pas vraiment, et  cette loghorrée verbale et gestuelle, tout à fait répétitive, devient insupportable au bout de dix minutes., allez un quart d’heure Alors, comment ne pas s’ennuyer à ce petit jeu sans grand intérêt, où les corps des personnages s’entremêlent parfois, épuisés par une telle dépense d’énergie?
Il y a bien quelques belles images-de ce côté-là, Rabeux sait faire-et même très bien faire-mais pour le reste? Quelques spectateurs sont partis, les autres sont restés, obéissants malgré eux et bien serrés, malgré la chaleur, plutôt contraints par le dispositif à ne pas bouger de leur petite part de siège sans dossier… Mais les applaudissements sont allés aux comédiens…

  Alors à voir? Oui, si vous avez encore au bout de la saison quelques  réserves de masochisme,  mais la vie est courte, et mieux vaut aller prendre un verre en terrasse: le théâtre est aussi dans la rue…

Philippe du Vignal

Théâtre de la Bastille jusqu’au 23 juin.

Quand m’embrasseras-tu? 

Quand m’embrasseras-tu?  de Mahmoud Darwich, mise en scène de Claude Brozzoni.

  Claude Brozzoni en résidence à Annecy veut croire à un théâtre populaire contemporain. Avec comme appuis: la parole, la musique et l’image. Il avait déjà travaillé sur de grands textes comme  La Tempête de Shakespeare ou L’Iliade d’Homère mais aussi Kaillas de l’auteur autrichien Peter Turrini. Quand m’embrasseras-tu? qu’on avait pu voir àl a Manufacture au dernier festival d’Avignon, prend toute son ampleur dans la salle pleine des Métallos.
« Darwich, né en 1941 et  décédé en  2008, dit justement Brozzoni, est l’un des grands poètes arabes contemporains. Assigné à résidence pendant plusieurs années à Haïfa, et, après avoir vécu au Caire et à Beyrouth, il était revenu à Rammalah en 96. Il aura vécu et accompagné les soixante-dix dernière années de l’histoire de la Palestine: guerres, expulsions, trêves, couvre-feu, guerre, expulsions… Il se définissait comme le poète des vaincus mais se refusait à être réduit au rôle de porte-parole de la cause palestinienne.S a voix reste pourtant belle et pleine de paix. Elle ne se complait ni dans le cynisme ni dans la morosité, ni dans la détresse. Lyrique et humaniste, elle chante l’espoir de tous et de chacun ».
Le grand écran recouvert d’une écriture presque enfantine, raconte la nuit d’horreur où le poète est chassé de son village, et est recouvert rageusement par le peintre Thierry Xavier qui danse  sur la toile.
Abdelwaheb Sefsaf, lui, clame avec une belle fureur la détresse du peuple palestinien :  » Je découvrais une réalité nouvelle, celle qui me priverait à tout jamais de mon enfance : je suis ARABE ! (…)La terre des hommes est-elle, comme vous l’affirmez,  à tous les hommes ? (…) Silence pour Gaza !
Et les musiciens Georges Baux, Claude Gomez et Abdelwaheb Sefsaf-à l’orgue, à l’accordéon, aux cordes et aux percussions-font sonner ce verbe de révolte, jamais désespéré.

Edith Rappoport

Maison des Métallos jusqu’au 3 juin, du mardi au vendredi à 20 h, samedi à 19 h, dimanche à 16 h. T:  01 49 05 88 27

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La Metamorfosi

La Metamorfosi,  opéra de Silvia Colasanti, livret de Pier’Alti d’après Franz Kafka, mise en scène de Marco Angius, orchestre et chœur du Mai musical de Florence.

 La Metamorfosi Colasanti-spartiti Dans le joli théâtre  Goldoni,  situé dans un faubourg de Florence, la découverte de cet opéra écrit par cette jeune compositrice de 35 ans  qui s’est formée au Conservatoire Sainte-Cécile de Rome, puis auprès de Fabio  Vacchi et de Pascal Dusapin , est une belle surprise!
Le thème de cette nouvelle que Franz Kafka écrivit en 1915, est bien connu: un certain  Gregor Samsa, un voyageur de commerce  qui fait vivre sa famille , se réveille un matin transformé en insecte, une sorte de cafard. Il lui est impossible de sortir de son lit, malgré les prières  de sa mère, la colère de son redoutable père, et  les supplications de sa sœur  Grete qui l’aime tendrement.

   Quand son patron vient le chercher, il promet alors de se rendre à son travail par le train de 8 h d’une voix éraillée. Peine perdue! Il n’est en effet plus lui-même, et sa mère qui ne supporte pas  que son fils ait faim,  demande à sa sœur Grete de le nourrir en cachette. Mais Gregor doit se rendre à l’évidence et se soumettre à son père qui le maudit . Insecte, il reste insecte mais il continue à penser comme un être humain. Privée de ressources, la famille tente alors d’accueillir dans l’appartement familial des hôtes payants. mais,  terrifiés par la vue du cafard qui se tortille devant eux, ils vont partir sans  régler leur note. La seule solution sera évidemment de faire disparaître cet horrible cafard! C’est aussi une sorte de parabole. Dans cette famille en proie à ce cauchemar, il ya aussi métamorphose:  le père faible devient dur, et la tendre sœur cruelle et sans état d’âme
  Interprété derrière un transparent où sont projetées en vidéo les visions d’horreur du pauvre Gregor souffrant les affres d’un  Kafka qui subissait la haine de son père, père à la fois méprisé et admiré, cet opéra a d’étranges résonances. Gregor/le cafard est chanté par un excellent  chœur, et les  interprètes du père (Roberto Abbondanza), de la mère (Gabriella Sborgi), de Grégoire (Edaordo Lomazzi), de la sœur (Laura Catrani) ont une belle tenue, et on  ne décroche pas une seconde pendant les 90 minutes que dure  cette Metamorfosi

Edith Rappoport

Maggio musicale di Firenze,  Teatro Goldoni, ce 25 mai

 

Le bateau feu

 

Le Bateau Feu, scène nationale de Dunkerque, animé par l’équipe  dirigée par Hélène Cancel, est en travaux jusqu’à la fin 2013. Les spectacles sont  donc  » en promenade » dans différents lieux de l’agglomération, ce qui  permet de toucher de nouveaux publics . Du 9 mai au 2 juin, Le Bateau Feu organise un temps fort autour des marionnettes et du théâtre d’objets avec de la musique, du cinéma, et du théâtre de plage, dans des lieux parfois insolites.
Du quartier du Banc vert à l’ancien cinéma Merlen, de la maison de quartier au phare déserté de Gravelines, en pas
Le bateau feu tantot_215sant par le musée portuaire  et la piscine de Dunkerque, Michel Laubu, du Turak, Claire Dancoisne, du Théâtre de la Licorne, et la compagnie Tantôt,  ont écumé une dizaine de villes de l’agglomération secouée pendant le week-end… par des milliers de motards et le dimanche matin par les coureurs du Triathlon.

 

Tantôt et le tapis roulant,   périple marionnettiste et cinématographique d’Éric Bézy.

 Accueillis sur une plage, nous apercevons au loin une marionnette en bois immobile, qu’on est en train de filmer. On nous explique que Tantôt (c’est le nom de la marionnette) fait l’objet d’un film d’animation; avec pour chaque mouvement ,une photo, et les réalisateurs en prennent jusqu’à 720 par jour! Il faut parfois toute une journée pour réaliser une minute  de film.
On nous emmène ensuite dans le Tati roulant, un vieil autocar  aménagé en salle de cinéma, qui rappelle les roulottes de notre enfance avec un  mobilier bizarre est chaleureux. On peut y voir un film de Tantôt sur grand écran, et de petites vidéos. Tantôt sillonne les lieux les plus étranges depuis 2006 où Eric Bézy a fait  ses premières armes au Pronomades. Il sera présent aux Fêtes d’Amiens en juin prochain.
peplum_215

 

  Fantastik(s) Peplums, écriture de François Chaffin, mise en scène et scénographie de Claire Dancoisne.

Claire Dancoisne promène depuis plus de vingt ans son univers décapant, plein d’une ironie noire, bien au delà du Nord-Pas-de-Calais et de Lille.On avait pu voir son Spartakus à Villeneuve-lez-Avignon, voilà deux ans, minuscule et hilarant spectacle de gladiateurs. Les épopées romaines conviennent bien à la Licorne : entre deux colonnes soutenues par les gladiateurs, on assiste à la naissance de l’empereur: est-ce Néron ou Caligula, c’est en tous cas un être noir et malfaisant, amoureux de Drusilla ou Drusaline sa sœur, qui préfère s’empoisonner  et mourir dans un bordel plutôt que de vivre avec ce frère malfaisant. 
  Caligunéron crache des insectes qui envahissent le plateau,et une  Rome noire eunuque  gargouille,  ça grouille de tous les côtés. Michel Wiame le comédien, aidé d’Amaury Roussel le manipulateur, arborent d’étranges masques dont la Licorne est familière, et font des prodiges pour faire vivre cette bande dessinée noire et pleine d’un humour (encore fragile selon  Claire Dancoisne pour ces premières représentations ). 
www.theatre-lalicorne.fr 

Gardiens de phare(s)  et autres loupiotes de et par Michel Laubu et Emilie Hufnagel, du Turak Théâtre  

Pour construire les errance de son gardien de phare, désormais sans phare, puisque les phares n’ont plus de gardien, Michel Laubu est parti pour les  îles norvégiennes Lofoten. au Nord du cercle polaire. Il joue  son spectacle dans un ancien cinéma de Gravelines, ville enrichie par l’énergie atomique produite par l’usine locale, au pied d’un phare  qui va l’accueillir le lendemain.
Il manipule  à bout de bras son gardien, personnage bancal à l’étrange visage blanc au nez crochu,  avec une tendresse émouvante. Ce gardien va pêcher du poisson , accompagné par une trompette, puis  on entend une  sirène,  et un homme à tête de poisson sort d’une valise lumineuse. On n’en finirait pas d’évoquer toutes les absurdités poétiques des aventures de ce gardien et de son troupeau de lampes…

Edith Rappoport


Le Bateau Feu, Dunkerque jusqu’au 27 mai T:  03 28 51 40 30.

 


 

 La  saison 2012-2013 à l’Odéon

 

 La  saison 2012-2013 à l’Odéon.

   La  saison 2012-2013 à l'Odéon thumb1Luc Bondy, le nouveau directeur de l’Odéon avait été nommé par Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture à l’époque dans des conditions pour le moins surprenantes, ce qui avait fait quelque bruit dans la petite sphère théâtro-médiatico-politque. En effet, Olivier Py, sans que rien ne lui soit reproché, avait été prié de faire ses valises, sous pression, dit-on, de l’Elysée, et avait reçu comme cadeau de consolation la prestigieuse direction du Festival d’Avignon.Les choses se sont depuis tassées. Frédéric Mitterand a lui aussi fait ses valises et Luc Bondy, metteur en scène de nationalité suisse, s’est installé et a mis en place la prochaine saison avec un nombre de spectacles limité.
  Très à l’aise, Luc Bondy parle debout  sans notes, avec beaucoup de clarté:  » J’ai été nommé tard, a-t-il dit et j’ai demandé à des amis proches de participer à la prochaine saison. Je voudrais renouer avec ce qu’avaient fait  Giorgio Strehler et avant lui Jean-Louis Barrault: travailler  avec des familles d’acteurs , tout en prenant des risques. je veux faire des propositions artistiques et aucun cas du garage.
Le théâtre en France souffre de problèmes économiques mais il faudra revenir pour l’Odéon au subventionnement tel qu’il était en 2006, et établir un programme normal en quantité et de grande qualité. Ce qui a été toujours une ligne de conduite pour moi.
Je suis né dans ce qu’on appelle la Mitteleuropa. Celle de von Horvath, de Peter Handke, de Josepth Roth, de Sweig mais aussi celle de Fassbinder, de Lubitsch ou d’Ophuls. Mon grand-père était directeur du théâtre allemand de Prague et  avait travaillé avec Kafka; j’ai commencé à faire des mises en scène quand j’avais dix-huit ans et j’ai grandi avec des gens de génération différente. Plus jeunes que moi comme F. Marthaler et d’autres plus âgés comme Peter Zadek, aujourd’hui disparu  qui a révolutionné le théâtre allemand. Mais aussi avec Peter Stein qui a créé la Schaubühne, ou  Klaus-Michaël Grüber… 

  Je crois beaucoup à la valeur des textes, je fais confiance aux acteurs et mon projet pour l’Odéon est d’y faire et d’y présenter un théâtre qui soit vraiment européen. Je n’ai jamais beaucoup cru à ce qu’on appelle le multi-culturalisme. Pour cette première saison, vous verrez qu’il y a nombre d’œuvres du 20ème mais aussi du 21ème siècle. Je ne peux tout énumérer mais  il y a aura d’abord  cette pièce étonnante d’Ödon von Horvath Foi, amour, Espérance que va monter François Marthaler (en allemand surtitré). Mort après avoir reçu une branche d’arbre sur la tête pendant un orage sur les Champs-Elysées, ce grand écrivain n’aura jamais vu sa pièce sur scène. Le langage musical de von Horvath correspond bien, je crois,  à Marthaler qui a déjà monté trois autres pièces de lui.
Par ailleurs, je monterai personnellement Les Beaux Jours d’Aranjuez, sous-titré Un dialogue d’été,  de Peter Handke, également en allemand surtitré, pièce qui vient d’être créée au festival de Vienne. Je tiens aussi à dire que Claude Régy qui a tant découvert d’œuvres nouvelles créera un spectacle tiré de La barque le soir de Tarjei Vasaas, le grand  auteur norvégien décédé en 70 et qui inspira Jon Fosse. Il me semblerait bien que Claude Régy puisse aussi diriger une masterclass aux Ateliers Berthier.
En octobre , je mettrai en scène Le Retour d’Harold Pinter. J’ai  demandé à Bruno Ganz , comédien suisse italien absolument trilingue qui tiendra un rôle pour la première fois en français, à Micha Lescot, Emmanuelle Seigner, Louis Garrel, Pascal Gregory et Jérôme Kircher d’aborder autrement  Pinter qui   a souvent été  vu   comme un auteur conversationnel et d’en exprimer toute la violence. Je veux remettre les acteurs au centre; cette interaction s’est perdue avec l’apparition de la vidéo! Je tiens aussi à ce que nos créations  soient longuement exploitées, à l’Odéon d’abord et ensuite  en tournée.Le Retour se jouera ainsi 57 fois.

  Nous reprendrons aussi Fin de Partie de Beckett qui avait été mise en scène par Françon au Théâtre de la Madeleine; en espérant faire disparaître  l’ostracisme que subit le théâtre privé en France, ce qui n’existe pas en Angleterre…Nous avons aussi invité,Grzegorz Jarzyna, metteur en scène polonais à présenter Nosferatu d’après le célèbre roman de Bram Stoker. Mais ont été aussi invités Robert Lepage, et  Peter Stein avec Le Prix Martin d’Eugène Labiche. Du côté français,il  y a aura la reprise de la remarquable Cendrillon de Joël Pommerat qui avait été créée à l’Odéon et Le Misanthrope monté par Jean-François Sivadier. Soit au total quatorze spectacles ». Cette saison  représente pour moi une véritable aventure,  même en terrain connu ».
  C’est d’évidence une saison de transition mais Luc Bondy souhaite que l’Odéon soit porteur d’aventures exceptionnelles, quitte, dit-il,  à ce que les langues qui en seront l’expression nous soient inconnues. Mais cela suppose évidemment 1) qu’il puisse disposer des indispensables petits sous. » Il me manque encore 1 million d’euros », a-t-il dit, mais j’ai bon espoir. 2) Que soit résolue la question concernant son âge, bientôt 64 ans donc proche de la retraite à 65 ans prévu par la loi française. Luc Bondy a dit très clairement qu’il y a aura bientôt un décret le concernant. Il faut citer le cas de Jean-Paul Cluzel, qui a bénéficié d’une dérogation, puisqu’il a été récemment nommé à 63 ans, président du Grand-Palais, pour cinq ans, en application  de l’article  qui modifie la loi de 84 en fixant la nouvelle limite d’âge à 67 ans.
Grand-Palais/Odéon même combat?  Luc Bondy, très malicieux, a précisé: « J’espère. Mon métier est d’espérer toujours… »

Philippe du Vignal

 

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