Une piètre imitation de la vie

 Une piètre imitation de la vie, de et par le théâtre de la Démesure, mise en scène de  Benjamin Abitan.

Imaginez une station de recherche internationale installée sous les glaces de l’Antarctique, Concordia (!). Mission : étudier le lac subglaciaire de Vostok, dernier endroit inexploré sur terre. Sur quoi  va se greffer ,l’opération « langue des dieux ». Nous allons donc voir ce groupe de jeunes gens, le temps d’une nuit polaire – rien que six mois -, travailler, manger, tuer le temps avec des jeux de société – il n’est pas indifférent que leur jeu préféré soit le déguisement -, sans crises, sans conflits. Ce ne serait pas le sujet, on n’est pas dans un théâtre bourgeois délocalisé, le huis-clos n’a pas pour fonction de dramatiser une quelconque crise. Non, notre objet d’étude, à nous, spectateurs, c’est cette fameuse « langue des dieux » que parlent entre eux ces jeunes chercheurs.
Nous n’en entendrons que la version française, en voix-off enregistrée, et  sur le plateau les comédiens se livreront au minimum de gestes nécessaires pour que l’on comprenne qui parle, qui répond, dans la situation où ils se trouvent. Aucun besoin de mimer quoi que ce soit du contenu du message, emprunté presque uniquement aux phrases de la méthode Assimil.
C’est dire la qualité d’humour à froid de l’affaire! La moindre des choses dans ce cadre polaire. Dans un décor minimaliste, fonctionnel, soigné, blanc, est représentée une vie banale et sérieuse jusque dans ses  jeux , rigoureusement organisés. En prologue, nous avions eu droit à un savoureux atelier-théâtre, une metteuse en scène invisible guidant les improvisations d’un homme et d’une femme « des cavernes », signalés comme tels par leur tunique en peluche. Ensuite, sur écran blanc et ciel bleu, nous avions vu la ballade poétique d’un ours blanc, lui aussi en peluche, avant d’entrer dans la station de recherche.
Avec cette Piètre Imitation de la vie, le Théâtre de la Démesure travaille sur  les couches de langage artificiel qui nous séparent de notre réalité.
La « langue des dieux » existe bel et bien, et pas seulement dans la réclame ou dans les médias, barrant le passage à la pensée, formidable travail d’idéologie au service des « dieux ». Lesquels ? Pas trop difficile à deviner, en ces temps où l’on nous matraque avec la crise. Laquelle a bon dos….

Bon vent aux “scientifiques“ du Théâtre de la Démesure : ils font là un théâtre intelligent, drôle – même si la répétition de la voix off finit par  lasser -, et très politique, dans la mesure où ils interrogent très profondément, par leur jeu et par les jeux de leurs personnages (voyez l’abîme…), ce qu’est la représentation.
On a pu voir ce conte théâtral à plusieurs étages début mai à Montreuil. Si vous voyez annoncée quelque part, cette Piètre Imitation de la vie , allez-y.

Christine Friedel


Archive pour 9 mai, 2012

Une piètre imitation de la vie

 Une piètre imitation de la vie, de et par le théâtre de la Démesure, mise en scène de  Benjamin Abitan.

Imaginez une station de recherche internationale installée sous les glaces de l’Antarctique, Concordia (!). Mission : étudier le lac subglaciaire de Vostok, dernier endroit inexploré sur terre. Sur quoi  va se greffer ,l’opération « langue des dieux ». Nous allons donc voir ce groupe de jeunes gens, le temps d’une nuit polaire – rien que six mois -, travailler, manger, tuer le temps avec des jeux de société – il n’est pas indifférent que leur jeu préféré soit le déguisement -, sans crises, sans conflits. Ce ne serait pas le sujet, on n’est pas dans un théâtre bourgeois délocalisé, le huis-clos n’a pas pour fonction de dramatiser une quelconque crise. Non, notre objet d’étude, à nous, spectateurs, c’est cette fameuse « langue des dieux » que parlent entre eux ces jeunes chercheurs.
Nous n’en entendrons que la version française, en voix-off enregistrée, et  sur le plateau les comédiens se livreront au minimum de gestes nécessaires pour que l’on comprenne qui parle, qui répond, dans la situation où ils se trouvent. Aucun besoin de mimer quoi que ce soit du contenu du message, emprunté presque uniquement aux phrases de la méthode Assimil.
C’est dire la qualité d’humour à froid de l’affaire! La moindre des choses dans ce cadre polaire. Dans un décor minimaliste, fonctionnel, soigné, blanc, est représentée une vie banale et sérieuse jusque dans ses  jeux , rigoureusement organisés. En prologue, nous avions eu droit à un savoureux atelier-théâtre, une metteuse en scène invisible guidant les improvisations d’un homme et d’une femme « des cavernes », signalés comme tels par leur tunique en peluche. Ensuite, sur écran blanc et ciel bleu, nous avions vu la ballade poétique d’un ours blanc, lui aussi en peluche, avant d’entrer dans la station de recherche.
Avec cette Piètre Imitation de la vie, le Théâtre de la Démesure travaille sur  les couches de langage artificiel qui nous séparent de notre réalité.
La « langue des dieux » existe bel et bien, et pas seulement dans la réclame ou dans les médias, barrant le passage à la pensée, formidable travail d’idéologie au service des « dieux ». Lesquels ? Pas trop difficile à deviner, en ces temps où l’on nous matraque avec la crise. Laquelle a bon dos….

Bon vent aux “scientifiques“ du Théâtre de la Démesure : ils font là un théâtre intelligent, drôle – même si la répétition de la voix off finit par  lasser -, et très politique, dans la mesure où ils interrogent très profondément, par leur jeu et par les jeux de leurs personnages (voyez l’abîme…), ce qu’est la représentation.
On a pu voir ce conte théâtral à plusieurs étages début mai à Montreuil. Si vous voyez annoncée quelque part, cette Piètre Imitation de la vie , allez-y.

Christine Friedel

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