Le théâtre de Kossi Efoui

Le théâtre de Kossi Efoui: Une poétique du marronnage sous la direction de Sylvie Chalaye
«la question de l’espace vide n’est pas une question moderne, elle nous renvoie au corps du conteur». Kossi Efoui

 

Le lancement de cLe théâtre de Kossi Efoui dans analyse de livre Bre numéro spécial de la revue Africultures consacrée au théâtre de Kossi Efoui, a réuni chercheurs et praticiens pour une table ronde autour de l’auteur, au Musée Dapper,
Voisins anonymes, présenté par Le Théâtre inutile (mise en scène de Nicolas Saelens, avec  Ludovic Darras) précédait  un dialogue entre participants. La projection du film Io à Lubumbashi (réalisatio
n : Pénélope Dechaufour et Jeanne Lachèze), l’a  clôturé.
A la base de l’ouvrage, un colloque organisé par Sylvie Chalaye, en février 2010, avec le Laboratoire Scènes francophones et écritures de l’altérité.
Le théâtre de Kossi Efoui : une poétique du marronnage est pour elle une « réflexion autour de l’œuvre du dramaturge togolais, l’occasion d’interroger ce concept de « maronnage créateur«  formulé en particulier par Edouard Glissant, et de revenir sur les débuts des nouvelles dramaturgies d’Afrique et des diasporas ».
Kossi Efoui vit en France depuis vingt ans. Il a écrit quatre romans (dont Solo d’un revenant en 2008, qui obtient l’année suivante le Prix des Cinq Continents et L’ombre des choses, en 2011), des nouvelles et une quinzaine de pièces (dont Le corps liquide en 1998, Volatiles en 2006, Le choix des ancêtres, en 2011). Il obtient le Prix RFI en 1990 pour Le Carrefour. « Le théâtre de Kossi Efoui est une réinvention constante. Les lieux à la fois repliés s
ur eux-mêmes et ouverts à tous les possibles constituent une mise en abîme théâtrale que les processus de ré-écriture viennent accentuer » écrit Bassidiki Kamagaté (Université de Bouaké).
Kossi Efoui définit le « marronnage » comme « la ruse de la raison et la persistance de l’inattaquable en l’homme », comme « un moyen de résistance qui permet de s’évader, de faire la belle, corporellement ». Et il met en parallèle le blues : « Comment se fait-il que le blues, rit ? »
A l’intersection des mondes romanesque, dramaturgique et cinématographique, le ton  de Kossi Efoui frappe. « Le roman est comme un poème », dit Boniface Mongo-Mboussa. Pour Ramcy Kabuya, l’auteur travaille sur la notion de rupture et de « violence en creux ». Il parle de « marronnage institutionnel » car on ne le trouve pas là où on l’attend, sur les thèmes de la pauvreté, la misère, l’exotisme ou la violence, il utilise plutôt la ruse. La violence est feutrée. Il y a de la bonhomie dans son écriture. Son travail sur l’espace théâtral touche au concret, au scénique autant qu’au mental, aux limites. « Rien n’est acquis dit Paul Balagué, il questionne l’espace, le lieu et le récit ».
La référence donnée est celle de Sony Labou Tansi, « une écriture de la désillusion ». L’influence de ce grand auteur congolais est telle qu’on parle d’avant et d’après Labou Tansi. Les deux sont dramaturges. Chez Kossi Efoui, les mémoires sont écartelées, « on est dans des carrefours, des ruines, des endroits défaits » note Mongo-Mboussa.
Les Africains, dans le théâtre, cherchent le message, et la question de la réception est entière. Pour Nicolas Saelens, se pose la question de la représentation. Il y répond, dans le spectacle qu’il a présenté, en introduisant l’objet, la marionnette, la sculpture, en l’occurrence, un manteau sculpture, véritable partenaire pour le comédien. « La réinvention des formes et le déplacement des enjeux qui s’opèrent au sein des œuvres de Kossi Efoui posent avec acuité le problème de la réception des drames africains. Il ressort des différentes problématiques que soulèvent ses œuvres, le besoin pressant de donner d’autres marques aux théâtres africains » dit Edwige Gbouablé, (Université de Cocody-Abidjan).
Sylvie Chalaye parle de la question du corps et de l’espace, du « marronnage » au sens premier, quand l’esclave quitte l’espace de la protection, pour l’ailleurs, pour construire un territoire rêvé. « Le théâtre, dit-elle, permet de convoquer les âmes mortes, les rêves fantasmés, et de vivre ensemble ».
Quatre parties dans cet ouvrage : « Rupture et Subversion, Exil et Errance, Rythme corps et voix, Un théâtre de l’envol » et de très intéressantes photos des pièces  de Kossi Efoui montées en Afrique comme en France. C’est un voyage, une somme de travail, la confrontation de points de vue, et l’entrée dans un univers magique, poétique, subversif et humain.

Brigitte Rémer

La table ronde du 12 mai  était animée par Pénélope Dechaufour, en présence de Kossi Efoui, Nicolas Saelens (metteur en scène), Paul Balagué  et Sylvie-Chalaye( Paris 3-Sorbonne Nouvelle), , Ramcy Kabuya (Université de Lorraine, Université de Lubumbashi), Boniface Mongo-Mboussa (Africultures).

*Africultures n° 86, mai 2012; Université Paris 3 Sorbonne Nouvelle – Laboratoire SeFeA/Institut de Recherches en études théâtrales, éditions de L’Harmattan.


Archive pour 22 mai, 2012

Le théâtre de Kossi Efoui

Le théâtre de Kossi Efoui: Une poétique du marronnage sous la direction de Sylvie Chalaye
«la question de l’espace vide n’est pas une question moderne, elle nous renvoie au corps du conteur». Kossi Efoui

 

Le lancement de cLe théâtre de Kossi Efoui dans analyse de livre Bre numéro spécial de la revue Africultures consacrée au théâtre de Kossi Efoui, a réuni chercheurs et praticiens pour une table ronde autour de l’auteur, au Musée Dapper,
Voisins anonymes, présenté par Le Théâtre inutile (mise en scène de Nicolas Saelens, avec  Ludovic Darras) précédait  un dialogue entre participants. La projection du film Io à Lubumbashi (réalisatio
n : Pénélope Dechaufour et Jeanne Lachèze), l’a  clôturé.
A la base de l’ouvrage, un colloque organisé par Sylvie Chalaye, en février 2010, avec le Laboratoire Scènes francophones et écritures de l’altérité.
Le théâtre de Kossi Efoui : une poétique du marronnage est pour elle une « réflexion autour de l’œuvre du dramaturge togolais, l’occasion d’interroger ce concept de « maronnage créateur«  formulé en particulier par Edouard Glissant, et de revenir sur les débuts des nouvelles dramaturgies d’Afrique et des diasporas ».
Kossi Efoui vit en France depuis vingt ans. Il a écrit quatre romans (dont Solo d’un revenant en 2008, qui obtient l’année suivante le Prix des Cinq Continents et L’ombre des choses, en 2011), des nouvelles et une quinzaine de pièces (dont Le corps liquide en 1998, Volatiles en 2006, Le choix des ancêtres, en 2011). Il obtient le Prix RFI en 1990 pour Le Carrefour. « Le théâtre de Kossi Efoui est une réinvention constante. Les lieux à la fois repliés s
ur eux-mêmes et ouverts à tous les possibles constituent une mise en abîme théâtrale que les processus de ré-écriture viennent accentuer » écrit Bassidiki Kamagaté (Université de Bouaké).
Kossi Efoui définit le « marronnage » comme « la ruse de la raison et la persistance de l’inattaquable en l’homme », comme « un moyen de résistance qui permet de s’évader, de faire la belle, corporellement ». Et il met en parallèle le blues : « Comment se fait-il que le blues, rit ? »
A l’intersection des mondes romanesque, dramaturgique et cinématographique, le ton  de Kossi Efoui frappe. « Le roman est comme un poème », dit Boniface Mongo-Mboussa. Pour Ramcy Kabuya, l’auteur travaille sur la notion de rupture et de « violence en creux ». Il parle de « marronnage institutionnel » car on ne le trouve pas là où on l’attend, sur les thèmes de la pauvreté, la misère, l’exotisme ou la violence, il utilise plutôt la ruse. La violence est feutrée. Il y a de la bonhomie dans son écriture. Son travail sur l’espace théâtral touche au concret, au scénique autant qu’au mental, aux limites. « Rien n’est acquis dit Paul Balagué, il questionne l’espace, le lieu et le récit ».
La référence donnée est celle de Sony Labou Tansi, « une écriture de la désillusion ». L’influence de ce grand auteur congolais est telle qu’on parle d’avant et d’après Labou Tansi. Les deux sont dramaturges. Chez Kossi Efoui, les mémoires sont écartelées, « on est dans des carrefours, des ruines, des endroits défaits » note Mongo-Mboussa.
Les Africains, dans le théâtre, cherchent le message, et la question de la réception est entière. Pour Nicolas Saelens, se pose la question de la représentation. Il y répond, dans le spectacle qu’il a présenté, en introduisant l’objet, la marionnette, la sculpture, en l’occurrence, un manteau sculpture, véritable partenaire pour le comédien. « La réinvention des formes et le déplacement des enjeux qui s’opèrent au sein des œuvres de Kossi Efoui posent avec acuité le problème de la réception des drames africains. Il ressort des différentes problématiques que soulèvent ses œuvres, le besoin pressant de donner d’autres marques aux théâtres africains » dit Edwige Gbouablé, (Université de Cocody-Abidjan).
Sylvie Chalaye parle de la question du corps et de l’espace, du « marronnage » au sens premier, quand l’esclave quitte l’espace de la protection, pour l’ailleurs, pour construire un territoire rêvé. « Le théâtre, dit-elle, permet de convoquer les âmes mortes, les rêves fantasmés, et de vivre ensemble ».
Quatre parties dans cet ouvrage : « Rupture et Subversion, Exil et Errance, Rythme corps et voix, Un théâtre de l’envol » et de très intéressantes photos des pièces  de Kossi Efoui montées en Afrique comme en France. C’est un voyage, une somme de travail, la confrontation de points de vue, et l’entrée dans un univers magique, poétique, subversif et humain.

Brigitte Rémer

La table ronde du 12 mai  était animée par Pénélope Dechaufour, en présence de Kossi Efoui, Nicolas Saelens (metteur en scène), Paul Balagué  et Sylvie-Chalaye( Paris 3-Sorbonne Nouvelle), , Ramcy Kabuya (Université de Lorraine, Université de Lubumbashi), Boniface Mongo-Mboussa (Africultures).

*Africultures n° 86, mai 2012; Université Paris 3 Sorbonne Nouvelle – Laboratoire SeFeA/Institut de Recherches en études théâtrales, éditions de L’Harmattan.

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